‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 146 sur 200 · Gaspard de Saulx, sieur de Tavannes · texte numérisé non relu

Gaspard de Saulx, sieur de Tavannes

3. Nettfchâtel, caot. de Samer, arr. de Boulogne (PasHie- Calait).

SIt WÉIfOIRES DE MARTIN DU BELLAY. (Oet. i&4S

deçà Boulongne, tomba malade d'une fièvre chaulde si véhémente qu*il fut contrainct de demeurer audict Neuf Chaste) ; par quoy le prince de Melphe, le seigneur de Maugeron et de Langey parachevèrent le chemin, pour faire rapport au Roy de ce dont ils avoient charge. Le prince de Melphe, arrivé audict lieu, ayant bien visité le fort et considéré le temps qu*il estoit commencé et le temps qu'il faloit pour Tachever, jugea qu'on seroit bien avant en l'hyver, devant qu'il peust estre en estât d'cstre deflfendu sans avoir Pespaule d'une armée. Et après toutes ces choses bien considérées, retourna trouver ledict seign^ir l'Amiral encores malade au chasteau de Courleville^ trois lieues par delà Montreul, sur le chemin de Boulongne ; d'où ils s'acheminèrent pour retourner devers le Roy, luy faire rapport de ce qu'ils avoient trouvé; lequel voyant son espérance perdue et la saison trop ^ tardive pour ceste année se mettre en campagne, se retira en l'abbaye de S. Fuscien^, deux lieues au dessus d'Amiens, à cause que la peste estoit dedans la ville.

Le coup de lance que receui monsieur d*AumcUle. — Ce pendant que ledict seigneur Amiral et le prince de Melphe se retirèrent devers le Roy, à raison de la proximité du Mont Lambert où estoit assis nostre camp, ordinairement s'y faisoient de belles et grandes escarmouches. Et entre autres un jour monsieur François de Lorraine, duc d'Aumalle, jeune prince de

1. Courteville, tar U comro.de Tobenent, cant. d'Buple», UT. de Montretûl (Pas-de-Calait).

2. Saiot-FoMien, c«.nt. .de Bovc», «rr. d Atnient (Somne). François 1"^ y téjounu durant ia dernière semaine d'octobre.

Oet. IM5] Dixiftni Lrmg. 313

grande volooté, fils aisné du duc de Guise, estoit allé

pour veoir rescarmouche , mais voyant noz gens la

sousienir Méez lentement et estre sur le poinct d'estre

renversez, pour les remettre debout, voyant une

trouppe d*Anglois qui les venoient charger par le

flanc, et se pensant asseuré que plusieurs qui estoient

près de sa personne ne Tabandonneroient, chargea

lesdicts Anglois si vigoureusemeut qu'il les arresta sur

cul ; mais n'estant suivy comme il esperoit, receut un

coup de lance dedans la vpue. qui luy donna entre le

nez et Toeil, et entra dedans la teste environ demy

pied ; car il fault entendre que le fer de la lance estoit

à trois quarres, et n'estoit gros, et avoit environ une

paulme de long, le<}uel entra tout dedans la teste avec

la douille et bien deux doigts du bois; la lance rompit,

et luy demoura le tronçon dedans la teste ; toutesfois

pour ledict coup il ne perdit ny les arsons, ny Tenten-

dement, dont bien luy print, car s'il fust tombé, jamais

homme ne Teust sauvé des mains des gens de pied

aoglois, qui en prenoient peu à mercy. Estant retourné

au camp, tous les chirurgiens doutoient foK que la

force dont il convenoit user pour retirer ledict tronçon

hors de la teste ne meist ledict prince en hazard, ne

pouvant supporter la secousse, et par ce moyen qu'il

rendist l'esprit entre leurs mains; mais il porta la

douleur aussi patiemment que qui ne luy eust tiré

qu'un poil de la teste ; ce nonobstant estant porté en

une litière jusques à Picquigny ^ , il fut deux ou trois

jours qu*on ne luj esperoit vie ; à l'occasion de quoy

il disposa de toutes ses affaires, en pourvoyant tous

ses serviteurs. Quant à moy, je pense asseureroent

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