‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 29 sur 200 · Beancoasin, op. cit., p · texte numérisé non relu

Beancoasin, op. cit., p

4. D'après M. Beaucousin \loc. cit.), Martin du Bellay n'aurait commencé à se soucier d'Yvetot qu'à partir de 1543, c'est-i-dire de l'époque où ses fonctions loi permirent de demeurer à peu près sans interruption en France. On constate dès lors ses séjours fréquents. Martin s'occupa non seulement de défendre ses droits contre toute atteinte, mais encore d'introduire dans sont royaume • des améliorations et des embellissements. Il 6t réparer la collégiale d'Yvetot, saisir le temporel des chanoines qni n'y résidaient pas pour en employer les revenus i la réparation de la chapelle et à l'entretien des ornements (25 septembre 1548). L'église d'Yvetot fut recoDSlraite ainsi que le château : c'étaient l'un et l'autre de modestes édifices qui ne faisaient pas « grand honneur à l'sr-

ui nnnoDucnoK.

De son mariage a^ec laabeau Chenu, Martin du Bellay n'eut que des filles*. Nous en connaissons deux : Marie et Catherine. Pour assurer la survivance du nom de Langey et conformément à l'intention exprimée par feu le gouverneur général du Piémont, Marie épousa, le 17 décembre

1558, un sien cousin, de la branche aînée, Kené du liellay, baron de la Lande, arrière-petit-flls d'Eustache du Uellaj, sieur de Gizeux'. L'héritage de Guillaume du Beliaj, la « librairie » et les papiers de Martin, une partie des biens do cardinal Jean passèrent à ce René do Bellay, qui assura, dix ans après la mort de son beau-père, la publication des Mémoires (1569). L'autre, Catherine, attachée à la maison de Jeanne d'Âlbret, fut gagnée aux idées nouvelles. Le jour des Rameaux 1561, ayant refusé d'accompagner à la messe M** de Langey, celle-ci la consigna dans sa chambre et lui

chitecta ». La château avait une avenue splendide longue d'un kilomMre. ■ Le long d'une partie de cette avenue..., Martin fit planter des arbrea en quinconces et l'on traça sur le terrain des allées qoi figuraient une étoile. > Comme René et comme Jean, Martin fut donc un fervent i planteur • (cf. Bibl. nat., ros. fr. 10485. fol. 180, MarUn i Jean du Bellay, 12 février 1&47, an sujet d'un achat de peupliers). Avec la passion des arbres, Martin avait aussi celle des chevaux, comme en témoignent plusieurs de ses lettres : il installa i Yvetot un marché aux chevaux et fit frapper une médaille pour perpétuer ce souvenir. 1. D'une lettre de Jean du Bellay à M"m de Langey, ?3 mai

1559, il semble résulter qu'il y avait alors trois filiea vivantes. Abbé Proger, art. cité, p. 215-316.

î. Sur René du Bellay, baron de la Lande, mort le 26 mars 1606, voir Trincant, HisUnr* çénéaloçiguty et l'abbé Blanchard, BuUMn de (a SoeUU arehioloçique du Vtnddnfù, 1897, p. 159t80. Pour l'exécution des clauses du testament de GuilUume du Bellay, voir abbé Pointeau, l'Héritage et les Héritiers des du Afitey, Mayenne, 1883. Jean du Bellay s'euit préoccupé é^eoMnt d'avantager sa nièce (actes des 15 mai 1555. 16 février 1560; lettre i M"*d6 Langey du 23 mai 1559 mentionnée 4 la note précédanta).

INTHODUCnON. un

iJéJMiHit à*êù sortir de six moii. Jeanne d'Albret, préreniie dn dit, M plaignit à Charles IX, à Catherine de Médicis, qui intenrinrent auprès de la mère. Celle-ci se défendit et écrivit h bi reine de Navarre et à la reine mère : « J'aj Youilu que ma fille me suyre partout où j'iray et qu'elle vive de la sorte que son père a Tescu et comme le Roj veult que tout le monde vive en son royaume. » Après un échange actif de OMTespondanoesS M** de Laogej consentit à enTOjer sa fille à la reine de NaTarre, qui la reçut « k bras ouverts » et la nomma ensuite (mai 1564) gouvernante de sa fille, la future duchesse de Bar. Catherine du Bellay épousa Charles de Beaumanoir, sieur de Lavardin^. Quant à M*** du Bellay, qui avait k peine dépassé la quarantaine à la mort de son mari, elle vivait encore le 11 février 1584. M. Beaucousin suppose qu'elle mourut seulement vers 1589, plus que septuagénaire.

L'idée des Afémotref appartient à Guillaume du Bellay'. L'ambition de raconter l'histoire de son temps lui vint de bonne heure, presque dès le début du conflit entre François I" et Charles-Quint, peut-être lorsque, inscrit sur la liste des gentilshommes de la Chambre, il approcha de la personne du Roi et fut ainsi mieux en situation de con-

1 . Ces lettres de Charles IX, de Catherine de Médicis, de Jeanne d'Âlbret et les réponses de M*«da Bellay-Langey (d'octobre 1561) ■ont reprodaites par Thncant, Histoire ginéaloçiqu»y fol. 210-213.

2. Voir Pleury Yiodry, Dieiionnain de l'état-m^or français su IVh tièeU, p. 66-«7.

3. Voir poar les détails V.-L. Boarrilly, Guillaume du AsU«y, I. rV, ch. TU, et Fragments de la frmnitre oçdoade latine^ Introduction.

m i?mioDDcnoFi.

naître plus exactement les circoo^ooes dea évADenieDta dont il Toulait écrire le récit. Eo ferrent hamaniste, il choilit Qoaune modèle Tite-LiTe. Imitation non seulement extériaora : emploi de la langue latine, groupement des livrea eo Ogdoadetfk l'instar dea Décades de l'historien latin; mais encore interne, ai l'on peut dire, dans l'allure de la narration, l'ampleur dea développementa, la prédilection ponr lea discours {conciones). Dès 1524, peut-être même un peu aTant. Guillaume du Bellay jetait sur le papier une ^nche de la première Ogdoade.

Lea moltiplee missions militaires et diplomatiques dont il Alt aoaoita chargé durent l'^upécher de poursuivre le travail de rédaction ; mais elles lui fournirent, avec l'expérience des afiairea, une ample documentation et une connaissance plua approfondie des hommes et des choees. Bien plus, François I", instruit de ses projets, montra qu'il j prenait un vif intérêt : non seulement il prodigua les encouragements, mais, ce qui valait mieux, il donna toutes facilités pour connaître les documenta d'État, les correspondances diplomatiques. Guillaume du Bellay prit ainsi figure d'hiatorii^^phe ofBciel. Il ne n^ligea rien pour que son œuvre fOit digne de la faveur royale : il interrogea tous ceux qui avaient participé aux événements, se fit fournir par certains dea rapporta et des mémoires, dépouilla, comme nous dirions, les archives paKiculières. Il nous est possible de surprendre ce travail de préparation : nous avons en eflet, pour l'hiatoire daa années 1531 à 1533, une sorte de canevas déjà aaaei développé, avec l'indication des pièces à rechercher, dea témoins à consulter, des détails à vérifiera De 1536

t. Archives du mioUtère des Aflkirss éuangèret, Mémoiru «t I, 75t, fol. 27»-348; Mémaif», t. U, p. m-«6.

nrrsoDUOTNNi. w

k 1542, de Dombreox textes nous le prouTeot, la pensée det Ogdoadêi fat constamment présentée l'esprit de Guillaume do Bdla j. Tous les loisirs que lut laissèrent le gouTarnemMit de Tfltrin et celui de Piémont, il les consacra à a? ancer son triTail historique. Certaines parties furent même entièrement rédigées, non plus en latin, mais, pour obéir aux con> seils du Roi, en Suçais. L'œuvre était déjà de notoriété publique; et, de confiance, les poètes contemporains en chantaient les louanges.

La mort prématurée du sieur de Langey traversa ces espérances. Dans quel état l'auteur laissait-il les Ogdoadesf Combien y en avait-il et la rédaction en était-elle achevée? n est impossible de le dire, bien qu'il nous semble peu probable que le travail eût été poussé aussi loin que le prétend Martin du Bellay. D'ailleurs, une partie des papiers du défunt disparut dans le désarroi qui suivit le décès. De l'oBovre entreprise, il ne resta que quelques fragments. Mais le Roi s'y était trop intéressé, les contemporains en avaient promis trop de gloire à la famille pour qu'elle fût abandonnée. Le soin de la continuer revint à Jean du Bellay, que Guillaume avait au reste désigné pour « la re vision et la continuation de sondict œuvre* ». Par la faveur dont il jouissait à la cour, la place qu'il tenait au conseil, son rôle dans la diplomatie, le cardinal était plus que personne en état de s'acquitter convenablement de cette tâche. Mais il était distrait par trop d'afiaires publiques, — choses d'Angleterre, d'Âllenoagne ou d'Italie — ou d'affaires privées, — souci de casa* ses proches, intrigues de oour ou démêlés avec ses moines, pour pouvoir s'atteler à une œuvre d'aussi longue

i. Bibl. nal., mt. fr. 5146, fol. 4M6; 5150, fol. 26 («o chancelier, 10 octobre 1545).

ttl lltTRODUCTION.

btMBê. Il y •ongeait toujours : en 1549 encore, la composition des Mémoires est une des raisons qu'il allègue pour obtenir son rappel d'une mission qui lui pèse* ; mais il ne l'exécuta jamais. Il finit par y renoncer, probablement vers 1553, lorsqu'il quitta la France pour se fixer aux bords do Tibre, sans esprit de retour. Dès lors, il ne restait plus que Martin du Bellay pour conduire à son terme, — dans la mesure de ses moyens, — une entreprise qui se présentait comme une afiaire de (amille.

Bien qu'il ait rempli d'importantes charges à la fin du règne de François I* et surtout pendant le règne de Henri II, Martin n'ayait ni l'expérience des grandes afiisiires, ni l'intsUlgenoe Teste et pénétrante de Guillaume et de Jean ; il était avant tout, et à peu près exclusivement, un soldat, ayant la bravoure, le sang-firoid, le coup d'osil, la pratique et les connaissances qui font un excellent subordonné et, k l'occasion, un chef. 11 n'avait pas poussé ses études aoasi

i. Bibl. naU, m», fr. 5150, fol. 31 (Jean du BelUy à Jacques d'Albon de Saint-André, Home, 10 join 1549, reproduite par L. Romier, Jaeqtêêt d'Albon dé Saint-André, p. 411-413). • L'autre raiaon qui me meut est que, d«s le temps du feu Roy, ma vraye résolution estoit, comme sçayt le Roy, de me retirer i mes estudee, estant après si long Mrvice temps de penser à quelque aaltre chose. Asseures vous, monsieur, que tant pour l'occasion susdicte que pour toutes bonnes oonsiderations, si lors j'avoye eesie envye d'ung doy, j'en ay maintenant une brasse «t. si je pays une fois avoir acquis ce paradis terrestre, d'une chose me tiendt je seur, c'est que je no seray envyeutz à personne d'an aoltre. Geulx qui sont maistres do mesUer m'aaaeursnt, je ne sçay si c'est par flatterie ou aultrement, c'est que si je me veuU appUcqner à laisser par eschpt la roemoyre de mes maistres, setgoeors et amys, elle sera bien receue et pour durer bien longtemps, et, pttyaque je veoy ceste opioioo, comme dict est, en eulz qui se y eognoiiieni, voilà en quoy je vouldroy passer le demoarant de mes jours, s

nmioDUCTiOBi. vm

loin tfOB nt alDéi, el la carrière des armes, oè il s'était de très bonne beore engagé, ne loi ayait laissé que peu de loisirs pour les compléter. Cendant, il avait le goût des lettres, — c'était de (amille; — amateur de belles choses et de Irrres, il se coostitua à Glatignj une « librairie » où son gMkbre s'éann^eillait de trouver tant de Tolumes, et des Tolomes qui avaient été lus, puisqu'ils étaient non seulement « déposes par ordre », mais encore « cottez de marques et additions pour le secours de la mémoire * ». Il avait donc de la lecture^, ajoutez de l'esprit naturel, une certaine verve qui amuse dans quelques-unes de ses lettres. Tout cela donne de la valeur h son témoignage, mais ne suffisait pas à faire de lui un écrivain. Lui-même, au reste, s'en rendait compte : franchement, il se déclarait incapable d'atteindre au « beau style » qui semblait de rigueur dans une composition historique. S'abritant, avec une modestie non feinte, derrière la mémoire illustre de l'historien des Ogdoades, dont il mettait au jour les fragments, il visait seulement pour sa part à réunir des matériaux qu'utiliserait un auteur mieux doué et pins habile.

C'est vers 1555 que Martin dn Bellay se mit au travail. Les afiaires militaires lui laissaient des loisirs. Sa chaîne de lieutenant général en Normandie lui permettait des séjours plus fréquents et plus longs dans ses terres, notamment à Olatigny, le berceau des Lang^, qu'il s'occupait d'embel-

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