‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay;Chapitre 41 sur 200 · Alger · texte numérisé non relu

Alger

3. C'était l'idée de Guillaume du Bellay (Bourrilly, op. cit., p. 337-341); mais Charles-Quint ne nourrissait, à ce moment, aucune arrière-pensée d'agression contre François I".

16 MÉMOIIIBS Dl MAJITIN DU BELLAY. [Sept.-OCt. 1&4I

roatme que le Roy avoit pourveu Marceille et la ooate de Provence, suivit son entreprise d*Argeres, laquelle fut mal fortunée pour luy*, ainsi qu'autres ont de»> crit, parquoy je m*en tais comme n'estant point de ma matière. Bien diray je pour une parentaise que TEmpereur estant à Luques parlementa avec le Pape ; le Roy envoya devers eux deux demander la raison de Fregose et Rincon, dont il n'eust response que frivoile'. Revenons à ma matière.

Le marquis du Guast voyant ses entreprises desoouvertes et n'estre venu à la fin qu'il pretendoit, d'entendre les desseins du Roy par les instructions de Gesar Fregose et du seigneur Antoine Rinoon, sans

1. Le désastre d'Alger est du 22-23 octobre. Le récit de l'expédition auquel Martin du Bellay fait allusion est probablement celui que dédia au sieur de Langey un de ses bommes de confiance qui s'était embarqué sur les galères de Cbarles-Quint, Durand de Villegagnon : Caroli F*' Imperatoris expeditio in Africam ad Argieram per Nicolaum Villagagnonem, equitem Rhodium, gailum, ad D. G. BeUaium Langteum, Subalpinarum gentium pro~ regem et primia ordinis equitem apud Christianissimum Regem, Parisiis, apud Joannem Lodoicum Tiletanum, 1542. La même année, le médecin lyonnais Pierre Tolet publia à Lyon une traduction de cet opuscule : l'Expédition et voyage de F empereur Charlea-Quint en Afrique contre la cité des Arge$, qui est intégralement reproduite dans la Cronique du roy Françoys premier, p. 337-362. Le texte latin et la traduction ont été réimprimés avec avant-propos, notice biographique, notes et appendice par H.-D. de Grammont, Paris, 1874, vtit-149 p. Voir encore Weiss, lea Papiers d'État de Granvelle, t. II, p. 612-617.

2. L'entrevue de Lucques se place entre le 14 et (e 25 septembre. L'envoyé de François I*' fut le sieur de Monneins. Set instructions sont k la Ribl. nat., ms. fr. 5153, fol. 79-80. Voir Boarrilly, op. cù., p. 339-340, et Weiss, op. eU., t. H, p. 006- 611 : • Avis sur la réponse à faire de la part de l'Emperear à on gentilhomme françois envoyé par M. d'Annebault. »

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qu'il luy etist esté possible de les sçavoir de leur bouche puisqu'ils estoient mors, et ayant advis que le Roy avoit envoyé demander réparation dudit crime tant à l'Empereur qu'aux Estais de l'Empire, délibéra d'envoyer à une diette (laquelle se devoit tenir en Allemagne pour le faict de leur defience contre le Turc) lettres pour se justifier et accuser ceux desquels il estoit accusé; lesquelles furent présentées aux Estats de l'Empire assemblez à Ratisbonne* et du depuis traduitles du latin en François, dont la teneur s'ensuit.

Lettres justificatives de la mort des ambassadeurs du Roy aux Estats d'Alletnagne par le marquis du Guast. — c Ayant entendu que l'on a contre toute raison rapporté à voz révérend issimes et illustrissimes seigneuries que j'ay troublé le repos de la chrestienté, rompant la trefve d'entre l'Empereur et le Roy très chrestien, je suis demouré longtemps en double si je devoy à telles objections faire response, parce que, voyant la vérité Mtre assez évidente, j'estimoy que d'elle mesme, sans autre mienne justification, elle se pouvoit assez manifester, aussi me sembloit qu'en y

1. Il j a deux lettres justificatives du marquis del Vasto, toutes deux en italien, la première plus détaillée que la seconde; on en trouvera une copie à la Bibl. nat., ms. fr. 2832, fol. 229-237 et 239-242; une traduction de cette seconde lettre, — c'est celle que reproduit ici Martin du Bellay, — suit dans le même manuscrit, fol. 243-246. Les deux lettres sont de 1S42, comme le prouvent les événements auxquels il y est fait allusion. Le marquis adressa donc sa défense non à la diète de Ratisbonne, comme l'indique par erreur notre chroniqueur, mais à la diète de Nuremberg qui se tint du 24 juillet au 26 août

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18 MÉMOIRES DE MABTIN OU BELLAY. (Joill. 1542

respoodanl je seroy forcé de me départir de ma naturelle modestie, parce que, vouiaot à telles imputations faire convenable response, je ne le pouvoy faire, sauf la révérence de qui m'a telles imputations données. Considérant toutesfois que bien souvent la vérité est si subtilement couverte et adumbrée de parolles que sa lumière luy peult estre ostée, aussi entendant combien chacun doit à son honneur avoir esgard, il m'a semblé que, si pour la deflfense du mien je ne m'efforçoy de remettre la nue vérité en sa vraye, propre et naturelle lumière, je pourroy en quelque blasme et reproche encourir.

c Doncques à vos reverendissimes et illustrissimes seigneuries a esté donné à entendre que les ambassadeurs du Roy très chrestien ont esté tuez, que ses messagers ont esté blessez par gens vestus à ma devise, que d'Allemagne j'ay amené gens de guerre en Italie et qu'à ce moyen on prétend que de ma part y ayt roupture de trefve.

« Au premier article, pource qu'autrefois j'ay esté nommé coulpable de tel ctfect, je diray à présent pour ma justitication une chose seulement. J'offry de constituer et moy et tous ceux que le Roy aliegueroit suspects de cest affaire entre les mains de nostre Sainct Père, afin que la vérité pur ce moyen fust oognue et justifiée, et, depuis le partement de Sa Majesté, je retournay de rechef à faire les mesmes offres; or, si cest offre paraventure sembloit à aucuns ii*estre assez justificatoire, j'en feray une telli> à la fin de oeste lettre ({u'entre chevaliers elle pourra estre plus recevable.

c Au second point, je ne respondray autre chose.

Joill. 4S4t) NIUVIÉMB LIVRI. 19

sinon qu'allant rencontrer Sa Majesté Imperialle à Trente vindrenl avec moy plus de trois mille personnes babillez à ma devise, de manière que autres que les miens ont peu estre vcstus d'icelle. Et d'avantage quand j'auroy intention de vouloir que telle cbose se feit, je sçauroy bien déguiser mes gens, en sorte qu'ils ne seraient si légèrement oongneuz à l'habit.

c Quant aux Allemans qui sont passez en Italie, il m'a semblé que, tenant le lieu que je tien pour Sa Majesté Imperialle, à moy touche d'y faire response. Sçachent donc voz reverendissimes et illustrissimes seigneuries que, ayant entendu que les François faisoyent descendre en Italie de trais à quatre mille Suisses et congnoissant que telle nation ne se levé pour garnison de villes, mais pour faction à la campagne, je depeschay le comte de Lodran en Allemagne pour faire levée de deux mille hommes^. Et par la datte de mes lettres escrittes au ray des Romains, et par le temps que sont partis les Suisses pour venir en Italie, il se oognoistra que desjà les Suisses estoient en chemin auparavant que je donnasse ordre pour la levée desdis Allemans; dont est que, si par ce chef on tient que la trefve soit rampue, elle sera rampue par qui a premièrement conduit les Suisses, non par qui après a conduit les Allemans. Gecy sera quant aux choses que

1. Le 28 «Trii 1542, Guillaume Pellicier écrivait que 3,000 lansquenets conduits par Lodrone avaient quitté rAllemagne et dépassé Insprûck {Correspondance, p. 598). C'est seulement à la diète de Bade, le 15 mai, que l'ambassadeur de François I" en Suisse, le sieur de Boisrigault, demanda nne levée de 6,000 hommes. Voir E. Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses^ t. I, p. 226-227.

20 MÉMOUIKS DE MARTIN DU BELLAY. [Juill. 1&4t

je pense vous avoir esté descrites de moy et, si je vouloy passer outre, je pourroy paraventure dire que les courriers de Sa Majesté ont esté dettroussez et les lettres de Saditte Majesté détenues, qu'on a tenu praticqucs es villes de Saditte Majesté pour les surprendre et dérober, que Maran a esté prins d'en>blée* et que par mer a esté au sieur de Granvelle donné la chasse*.

c Lesquelles choses je ne puis entendre comme on les puisse faire sans roupture de trefve, mais de ce je ne vueil pour le présent faire plus specialie mention, me reservant à temps convenable à telle justification. Bien diray je que ceux mesmes qui ont faict retenir les lettres de Saditte Majesté se sont peu esclaircir par ioelles quelle estoit son intention en me donnant commission expresse qu*en aucune manière je ne feisse chose qui redondast à roupture de trefve et, telle estant Tintention de Sa Majesté, il n*est à croire que ses serviteurs doivent procéder au contraire.

« Et puisque nous sommes entrez en ce propos de roupture de trefve, je dy qu'estant faicte détermina-

1. Marano, sur l'Adriatique, entre l'embouchure du Tagliamento et celle de l'Isonzo. La place appartenait à l'Autriche. Le 3 janvier 1542, Beltrame Sacchia s'en était emparé, prétendant agir pour le compte de la France. G. Pellicier, notre ambassadeur à Venise, était mêlé it l'afTaire. Voir Zeller, op. cit.t p. 302-320.

2. Nicolas Perrenot, siear de Granvelle, revenait de Vienne, pattant par l'Italie. Le fait se produisit an début de février. Voir les avis envoyés de Gènes (Bibl. nat., ms. fr. 5i53, fol. 90 V*; Corrt$pondance de G. Peliicier, p. 537-538). Avant même de s'embarquer pour l'Espagne, Granvelle avait des inquiétudea. Voir sa lettre à Charles-Quint da 10 janvier 1542 {Calendar of State Papers, Spanùfi, VI, part. I, p. 236).

Joill. 4SI?) Nlt-VlftHB UVRB. ff

tion par une très saincte délibération du Sainci Empire, de prendre les armes contre les ennemis des vrais chrestiens, il me semble que qui voudra véritablement cognoistre dont procède ce&te roupturc de Irefve l'on doit principalement regarder qui est celuy qui, de la guerre entre les chrestiens, doit sentir aucune satisfaction. Or sçavent voz reverendissimes et illustrissimes seigneuries quel interest a Sa Majesté Imperialle en la guerre contre les Infidelles, de combien grande affection Elle, à ceste fin, a procuré l'union et accord de la Germanie et combien aussi Elle a ceste entreprinse à cueur; pour Pexecution de laquelle il est certain qu'il n'y a meilleur expédiant que la paix et union entre les chrestiens. Ce présupposé, comme il est vraysemblable que par les gens de Sa Majesté soit procuré de troubler ceste paix et de detourber ce que de si grande affection Elle désire! Et qui est plustost croyable d'avoir cherché d'empescher ceste entreprise ou de la partie qui en est autbeur, et continuellement cherche qu'elle se fasse, ou de celle qui, de toute son estude et engin, se travaille à faire que la guerre ne se face contre les Turcs? Quflle chose est plus à croire ou que son Imperialle Majesté, ayant une telle guerre que celle du Turc, vueille par entreprise de nouvelle guerre séparer et desunir ses forces, ou que ceux qui ne voudroient que ceste guerre se fist cherchent par ce moyen de desunir sesdittes forces?

< Qui est celuy qui a cause de penser que Saditte Majesté doive procurer (]ue la puissance du Turc ne soit abaissée, ou celuy qui de son abaissement espère son exaltation, ou celuy qui estime que Texaltation de l'Empereur et de l'Empire soit sa dépression et raval-

ti MtMOlRKS DE MAJITIN OU BELLAY. {Jnill. I&42

lement? La Germanie, très révérends et illustriftsimes seigneurs, ainsi qu'elle est la plus grande partie de chrestienté, ainsi est elle le fondement et soustien de tout l'Empire. Or, à qui appartient plus qu'à TEidpereur de soubaitter et désirer qu'elle soit sauve et entière? Certainement à homme quelconque. Et comme peult elle mieux estre conservée, sauvée et entière qu'en résistant gaillardement et vivement aux entreprises du Turc? Ne comme peult elle plus gaillardement y résister qu'en demeurant bien unie? Si de ceste union dépend son salut et si l'Empereur, sur toutes cboses, désire qu'elle soit sauve, comme est il vraj> semblable que luy, en la desunissant par autres guerres, vueille amoindrir ses forces pour mettre son salut en danger? Voz reverendissimes et illustrissimes seigneuries se vueillent réduire à mémoire, qui est celuy qui continuellement a cbcrcbé et cbercbe de tenir lesdittes forces séparées? Qui est celuy qui oe voudroit point que les forces de l'Empire s'augmentassent? Qui est celuy qui, avec les armes, cberchc de s'impatronir des cboses à l'Empire appartenans? Qui est celuy qui ne voudroit point que la guerre se fist contre le Turc? El parce que pourront vosdites reverendissimes et illustrissimes seigneuries assurément juger que ceux qui sont en telle volonté sont ceux mesmes qui, pour desunir la Germanie, veulent interrompre le repos et tranquillité d'entre les chrestiens, à oe que le Sainct Empire, se faisant plus grand, ne vienne avoir puissance de recouvrer les cboses qui luy appartiennent et de peur que le pouvoir de Tenoemy de Jésus Cbrist ne soit avec l'exaltation de l'Empire abaissé et ruiné, contre ceux là me semble que juste-

Juin t&4S) lOECVIÉME UVKI 13

ment se doit conduire estre recherchée la roupture de la trefve et non contre aucun de son Impériale Majesté, qui est en diverse et contraire volonté.

« Maifi, pour ne persister longuement en oeste nuUiere, laquelle, à voz reverendissinnes et illustrissimes seigneuries, doibt estre désormais trop claire et évidente pour sur icelle se devoir estendre un long propos, je retoumeray à mon particulier et dy que de« choses susdittes, ainsi que je les ay dittes, ainsi me soubsmets encores à la justification toutes les fois que de personne à qui la chose appartienne j'en seray requis avec le bon congé toutesfois de son Impenalle Majesté, de laquelle je suis asseuré qu'elle me fera oeste grâce.

< Et pource qu'il y a deux voies de se justifier, Tune civile et l'autre dievaleresse, je m'offre à deffendre civilement que de moy n'est précédée roupture de trefve et si aucun chevalier mon pareil me veult de telle chose imputer et me vueille prouver son intention avec les armes, je deffendroy qu'il dit le faux, et qu'autant de lois il aura dit le faux quantes fois il m'aura donné ou donnera telle imputation. A vous dire ce que dessus, reverendissimes et illustrissimes seigneurs, m'a conduict le grand désir que j'ay d'estre du tout justifié devant voz reverendissimes et illustrissimes seigneuries; et si je sçavoy autre voye de me pouvoir plus clairement justifier, je ne faudroy de la mettre en avant, parce qu'en une entreprinse si juste, si religieuse et si saincte, je ne voudroy que sur moy tombast un tant soit il petit souspeçon que contre la religion chrestienne je voussisse prendre les armes. Je dy cecy parce que je sembleroy les prendre contre

?4 MÉMOmBS DK MARTITI DU BELLAY. (Jolll. 1512

Christ luy mesme si, nourrissant la guerre entre les chrestiens, je donnoy empeschement à la guerre qui s'entreprend contre ses ennemis ; ainçois me reputeroj je heureux si Dieu, par sa grâce, me concedoit qu*en une si glorieuse entreprise j*espandisse mon sang et rendisse mon ame à sa divine Majesté. >

Le sieur de Langey (auquel peu des actions du marquis estoient inoogneues), dès que laditte lettre eust esté minutée et avant qu'elle fust mise au net, en recouvra secrettement une copie, à laquelle il ne faillit de faire response, attendu que par icelle il estmt taxé non ouvertement, mais il se pouvoit cognoistre, et que d'avantage n'y estoit observée la modestie dont il devoit user en parlant d'un tel prince très chrestien que le Roy, son souverain seigneur (car il l'accusoit cou vertement), laquelle il envoya en latin à messieurs des Estats de l'Empire, ainsi que celle du marquis, et en feit la traduction en françois qu'il envoya au Roy, dont la teneur s'ensuit^

Lettres de M. de Langey aux EstaU d'Alletnapu reipofuiveê aux précédantes. — c Vous pourrez paraventure, très révérends et très illustres princes, vous esbahir de prime face, qu'entre voz si grandes occu-

1. La réponse de Guillaume du Bellay est reproduite en copie à la Bibl. nat., ms. fr. 2832, fol. 247-261; on trouve encore la traduction de la seconde lettre du marquis del Vasio et la réponse de Langey à la Bibl. nat., ms. fr. 3015, fol. 23-31 v«. Gnillauroc du Bellay agissait sur l'ordre de François 1". L« 18 juillet 1542, (Jiabot de Brion lui écrivait par « commande* ment du Roy de depescher la responce à la lectre du marchis du Vast pour la faire imprimer et envoyer à Nuremberg avant la On de la journée qui se y tient ■ {Corrt*poittUmce pctiùqmé tU G. Ptitieier, p. 670).

JuiU. 1542] KlCVlftin LIVRE. tS

pations sur la deffence et conservation de voz pals, je me sois meu à vous escrire d'autres affaires, soubs couleur de rcspondre à lettres en quoy je ne suis aucunement nomnné; mais, s'il vous plaist prendre la patience de lire ou d'ouïr lire ma lettre jusques au bout, vous trouverez à la fin que l'occasion qui m'a meu est conjoincte à celle dont maintenant la délibération vous tient occupez et que, sans recevoir honte, je ne pourroy faire moins ; car, encores qu'en la lettre à laquelle je respon je ne soy expressément nommé, ceux toutesfois qui, de plusieurs endroits d'Italie, m*en ont envoie des doubles les m'ont envoiez en opinion qu'elle me touche, pour les raisons que vous mesmes en lisant cognoistrez. Et pleust à Dieu, très révérends et illustres princes, qu'à ceux desquels la juste plainte a induit le marquis du Guast, capitaine gênerai et lieutenant de l'Empereur en Italie, à vous escrire uœ sienne prétendue justification, mais en effect accusation d'autruy, à laquelle par ceste mienne je respons, jamais n'eust esté donné l'occasion d'icelle plainte! Si ainsi fust, très révérends et très illustres princes, je n'auroy présentement cause d'offencer voz publicques négoces, interrompre voz occupations pour entendre à moy, cependant que je confuteray, ou plustost vous monstreray comme d*elle mesme se confute la remonstrance que vous faict ledit marquis, en laquelle, soubs umbre de se vouloir justifier, il accuse autruy contre raison au cootemnement et mespris de la grandeur et majesté du Roy mon maistre; qui est au cueur noble et hautain le plus poingnant et urgent esguillon qui soit à l'esmouvoir et inciter à vengeance et le forser à se ressentir par effect (toutesfois à son

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grand regret et desplaisir) du lourd et infâme outrage que présentement j'ay à vous déduire. Je dy, meaaieurs, à son grand regret, car telle est la vérité, ainsi que Dieu à soy mesmes est tesmoin, et aux hommes en font foy la précédente tant gratieusc poursuitte et la tant patiente et longue attente de la réparation dudit outrage, dont a ledit sieur Roy usé jusques icy.

c Or, se plaint, messieurs, ledit marquis que Ton vous a donné à entendre qu'il est infracteur de la trefve entre le Roy et TEmpereur et turbateur à ceste cause du repos et bien de la chrestienté, tant pour le meurdre commis es |)ersonnes des ambassadeurs dudit seigneur Roy et aucuns ses messagers assaillis et blessez par gens vestus à la devise dudit marquis, que pour quelque levée de lansquenets venus pour luy en Italie.

< Du faict des ambassadeurs, il 8*excusc par une offre qu'il dit avoir faitte de se représenter et ceux que le Roy en nommcroit coulpables entre les mains de nostre Sainct Père, afin que la vérité du faict fust congnue; des messagers, par un grand nombre de gens qui raccompagnèrent au devant de l'Empereur babillez à sa devise, concluant qu'autres que les siens en auront peu estre vestus, qui paraventure auront conmiis le cas; aussi que, s'il eust à ses gens oon>mandé faire une telle exécution, il les eust bien sceu déguiser, en sorte qu'à l'habit on ne les eusi oogoeuz; de la levée des lansquenets, il s'excuse sur la précédante levée des Suisses qu'il dit avoir esté faicte par le Roy.

« Quant aux ambassadeurs, ayant esté le Roy très ohrestien par moy adverty et informé, pour le devoir

Jnill. IMS) NKUVIÉMI LIVRI. Tl

du lieu que je teooy pour luy, tel que ledit sieur marquis tenoit et le tient pour rÊmpcreur en Italie, que ce malheureux assassinemeut avoit esté faict en la jurisdiction impertaile et sur le Pau, rivière si marchande que de jour et nuict gens y naviguent ordinairement, en descendant ou montant au long de l'eau, de sorte qu'il estoit mal croyable que sans le sceu dudit marquis il fust advenu; informé qu'il avoit esté exécuté par des Espagnols qualifiez, estans soubs sa charge et reaidaos autour de sa personne ; informé aussi que par diverses portes, et après plusieurs allées et venues du chef de l'entreprinse vers luy, et lettres sur lettres de luy audit chef d'entreprinse, eux sortirent un soir de Milan et, se rencontrans par chemin, arrivèrent la Duict au chasteau de Pavie, et que dudit lieu, prenant en leur compagnie autres Espagnols dudit chasteau, ils s'allèrent embuscher sur le Pau, où ils feirent quelque séjour, jusques à ce qu'ils eurent exécuté leurditte entreprise, qu'ils s'en retournèrent menans prisonniers avec eux tous ceux qui, au batteau desdis ambassadeurs, tant barquerols que autres, demourerent en vie; item, qu'iceux prisonniers furent quelques jours après amenez et conduits ailleurs en la puissance toutesfois dudit marquis; ayant d'avantage esté ledit seigneur informé que iceux Espagnols, après ceste infâme exécution, s'estoient retirez vers ledit marquis, monstrans en apparence de plustost en espérer récompense que d'en craindre aucune punition, vous pouvez penser, messieurs, que pieça ledit seigneur pouvoit estre asscuré que ledit marquis en estoit consentant ou ooulpable, quoy que soit, inexcusable que, sans grande négligence en sa charge, il fust advenu.

28 MtMOIMS Dl MARTm DU BELLAY. {Joill. 1S49

Mais pource que, par une sienne lettre, il baptisoit oest acte du nom de meschantisc, qui estoit pour donner occasion de penser au moins qu*ainsi le baptisant il ne vouloit que Ton creust qu*il en eut voulu estre participant ne consentant, le Roy, à ceste cause, gratieusement luy manda par lettres, et quelque temps après à l'Empereur, et depuis à nostre Saincl Père comme autheur et protecteur de la trefve, et de rechef audit seigneur Empereur, avec la protestation pertinente que réparation luy fust faicte de cest outrage, au moins contre ceux qui i'avoient exécuté; et peult estre qu'il eust passé la chose soubs dissimulation, sans chercher expressément le scandale dudit marquis, se contentant de laisser au jugement de l'aage présente ou future s'il estoit possible de croire que telle chose fust advenue avec les circonstances cy dessus spécifiées, sans estre venu à sa c<^oissance.

« Or, voyez vous, messieurs, combien il y a proffité, combien de temps, combien patiemment il a attendu que quelque raison luy en fust faicte et combien impudemment ledit sieur marquis se couvre de l'offre qu'il vous allègue et met en avant. Car s'il eust eu tant soit peu d'envie (comme il s'en vante) de faire sortir en lumière la vérité de cest affiaire, eust il pas bien esté en son pouvoir, laissant seulement en liberté les uns et les autres barquerols qui en pouv(Nent parler véritablement et de veue et qui n'avoient aucune occasion d'en devoir en faveur de l'un ny de l'autre mentir? Mais il a faict, messieurs, tout le contraire, car, outre la détention d'iceux (desquels toute»fois j'ay recouvré aucuns eschappex de ses prisons), il a faict publier des edicts pénaux es lieux où le faict

Joill. IMS] NIUVltME LIVRE. t9

pouvoit eslre oogneu, que nul fust si hardy <i*eo deviser; et, outre les maltraitlemens faicts à ceux qui desjà en ont parlé, a careaset, honorez et creuz en estai ceux non seulement qui ont exécuté l'entreprise, mais ceux aussi qui ont travaillé à desguiser la vérité. Qui sont, messieurs, actes et voyes de telle nature, que non sans cause le Roj très chrestien a refusé d'accepter la protestation contraire aux efiects, de laquelle, faisant mention en cesl endroict, ledit marquis l'a recitée plus grasse qu'à la vérité paraventure il ne b feit ou (comme je le vueil croire) ne se souvenant plus de si loing; car j'ayme mieux dire, messieurs, qu'il en ait eu mauvaise souvenance, que qu'il ait voulu à son escient mentir devant vous, c'est à dire devant la lumière de tout le monde. Encores me deplaist il, messieurs, que je n'ay autre moyen, sans le diarger iterativement d'impudence, de confuter l'autre, combien que soit frivolle l'excuse qu'il met en avant touchant les messagers du Roy assaillis par gem vestus à sa devise, et que, contre le faict cogneu et vérifié, il ait osé alléguer raisons et conjectures si mal fondées, que de dire, qu'il eust bien sceu (s'il eust voulu telle chose commander à ses gens) les desguiscr en sorte qu'à l'habit ils n'eussent esté cogneuz; aussi que, pour raonstrer qu'autres que les siens i'ayent peu faire qui se soient vestus de sa livrée, il se couvre de dire que luy, allant au devant de l'Empereur à Trente, avoit bien avec luy trois mille hommes vestus à sa devise.

< Quant à ce dernier poinct, je ne le vueil aucunement contredire, ains l'advoue sans difficulté, m'en rapportant à ceux qui par force l'accompagnoieut.

N lltBOniES DE MÀBIHf DU BELLAY. [JdUI. 1542

contrains de se vestir* armer et monter à leurs despens ont pour y fournir engagé si avant leur patrimoine qu'ils n'ont à présent moyen de satisfaire aux tyrannicques impositions que journellement il leur met sus. Mais, quant à l'invasion, je voudroy, puisqu'elle ne se peult contredire, parce que les officiers de la seigneurie de Venise, es pals de laquelle est advenue ceste invasion, ont pris et exécuté à mort les delinquans non seulement vestus de la livrée, ains souldoyez en la garde dudit seigneur marquis, que luy, au lieu d'alléguer ceste mensongère négative excuse, se fust plustost attribué l'honneur de les avoir faict luy mesmes exécuter jusques esdittes terres de la Seigneurie et pourchassé que lesdits officiers en fissent justice. Mais il a de si longtemps esté dit, et tant de fois, que plus il n'en fault douter, et prouvé que qui une fois a passé les bornes de honte, il fault que tost après il devienne apertement et naïfvement impudent, et tellement, messieurs, que l'homme plongé en ceste impudence ne pense plus que la chose dont il n'a honte semble à autruy honteuse ny reprocfaable, comme vous le pouvez, outre les deux prealleguez exemples, non moins facilement oognoistre, que parce que pour se couvrir de la levée de ses lansquenets, qui seroit acte fort aisé à reparer s'il n'y avoit autre occasion de roupture et si en autres choses il n*eust jà esté procédé aux eflfects, ledit sieur marquis aussi, messieurs, vous allègue une raison, et qui, par nous advouée, ne peult aucunement le relever, et qui, encores qu'elle soit malitieusement déguisée, ne le peult toutesfois eslre à bonne partie de vous ; car il ne luy sert de dire que noz Suisses estoient en chemin au

Joill. 1&4?] NIUVltMI Lim. SI

temps et datte qu'il escHvit au roy des Romains pour saditte levée des lansquenets, si bonne partie de vous tçaviei très bieu que, dès le mois de janvier et quelque lempti auparavant, il avoit desjà envoyé retenir les capitaines et ordonné qu'ils fussent prests à son premier mandement, si desjà il s'estoit renforcé d'Espagnols, il avoit desjà faict grosse creuc de chevaux légers, il avoit desjà depescbé les capitaines d'un fort gros nombre de gens de pied italiens, desjà faict publier edict au duché de Milan, que tous soldais et gens de guerre dudict duché eussent à se faire enrol- 1er es bandes d'iceux capitaines, sur grosses peines contenues en son edict. Encores pouvoy je adjouster mille autres préparatifs de guerre, comme fortitications de places au préjudice de noz capitulations, fonte de nouvelle artillerie, amas de pouidres et autres munitions, ponts à passer rivières, eschelies à assaillir places, cassons à porter pain en camp et autres tels équipages qui se faisoyent auprès de nous secrettement, mais en extrême diligence. Et quand tout cela ne seroit (ce que si) et que le Roy auroit faict la première levée, voire commencé la guerre effectueilement, quelle guerre fut oncques à plus juste cause commencée, que pour la vengeance de Tassassinement d'ambassadeurs, la réparation duquel il a si gratieusement poursuivie et patiemment attendue, et après toutes les solcnnitez et protestations requises, désespérée.

« Or, puisque ceste déduction nous a ramenez au propos de l'assassinement, qui est en effect Testât et fondement de ceste matière, considérez, messieurs, encores que ledict sieur marquis emploie tous ses esprits pour artiticieusemeut s'en justifier, comme il

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se couvre neantmoiDs si pauvrement, que la vérité de toutes parts y apparoist claire comme le jour, et comme en disant une chose, et taisant une autre, et tournoyant ainsi qu'un diien qui ne sçait où trouver le chevet à se reposer la teste, il ne franchit toutesfois le sault de simplement et ouvertement nyer ou advouer le faict. Seulement dit qu'il s'est voulu représenter devant nostre Sainct Père; et puis en la fin de sa lettre il semble qu'il veuille faire peur aux gens d'entrer en camp sur ceste querelle, il ne conclut point absolutement à propos sur ces! aKicle, ains par astuce et cauteleusement baille le moien pour se reserver tousjours une porte ouverte à s'en retirer hors si bon luy semble.

c Secondement, vous voyez que tout ainsi qu'un homme surprins à l'interrogatoire et qui ne se trouve bien estoffé de response a de coustume de se sauver par quelques autres diverses interrogations, ainsi ledict marquis voyant sa justification si froide, qu'entre gens de bon esprit elle peult estre prinse et interprétée pour une tacite confession, qui court maintenant aux subterfuges de contre accusation, disant que, s'il vouloit, paravanture pourroit il mettre en avant (ce qu'il faict) que du costé des gens du Roy l'on a surpris quelques courriers impériaux, retenu les lettres de Sa Majesté, entretenu des praticques es terres de son obéissance, prins la place de Maran d'emblée et au seigneur de Grantvclle donné la chasse par mer; après oeste presupposition, conclut en demandant (comme de question dont il ne se peult résoudre) comme telle chose sans roupture peult avoir esté faite en temps de trefve. Je le relevcray, messieurs, facilement, et par un seul

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mol de scrupule, c'est que celuy ne rompt la trefve qui se reveocfae, et contre Tinfracteur d*icelle, il est permis à Poffensé de s*en venger en quelque sorte et manière que ce soit, et mesmement quand la réparation de TofTense luy est non seulement déniée, mais est par roffeodant persévéré, comme à présent, d'accumuler et adjouster oflfences sur offences, depHsant, coutemnant et vilipendant si ouvertement et indignement b grandeur, puissance et majesté de Toffensé.

< Or, quand je n'aurois (comme j'ay) ceste juste respoose absolute et universelle, qui subvertit et rue par terre le fondement et pied de la contre accusation dudict manjuis, encores pourroy je particulièrement respondre à cliasque article. Car, quant à la plainte que cest liyver le marquis me feit entendre par un trompette que, sur le chemin, en un certain bois taillis, entre les villes de Cony et Fossan, un courrier venant d'Espagne avoit esté détroussé de ses bouges, pacquets et argent par gens de cheval armez, dont ceux que ledict courrier soupçonnoit luy furent représentez, lesquel les déchargea, et sur sa plainte on envoya gens avea|ues luy revisiter le bois, qui est situé au mi chemin desdites deux villes, qui toutes deux sont de la jurisdiction impcrialle et non de celle du Roy ne près d'aucunes de ses garnisons, je pourroy dire qu'audit bois furent trouvez plusieurs pacquets espars çà et là, ouverts les uns et les autres, entre les autres aucuns pacquets de l'Empereur adressans à Dostre Sainct Père; qui est chose assez donnant à penser que ceux qui détroussèrent ledit courier le feirent pour avoir son argent et non pour crocheter les lettres de TEmpereur, et que s'ils les eussent voulu IV 3

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crocheter, aussi bien eussent ils crocheté celles qui alloient à nostre Sainct Père comme les autres. Aussi pourroy je dire qu'il n'est à croire que les soldats royaulx eussent deviné ny le jour« ny l'heure, ny le lieu que devoit passer un courrier venant d'Espagne avec lettres, pour ainsi se trouver à point pour le détrousser; et aussi peu eussent ils sceu deviner que ledit courrier, qui estoit un courrier ordinaire de depesches de bulles et de marchans, eust deu apporter la depesche et pacquets de l'Empereur; et que si de long temps ils y eussent esté embuschez en armes, attendansque ledit courrier passast, et que, durant b longueur du temps, ils n'eussent esté par les allans et venans découverts et cogneus, je laisse à un chacun penser s'il est croyable. Encores pourroy je dire, que ledit OHirrier dit luy mesmes, en déchargeant ceux qu'il avoit souspçonnez (qui sont gentilshommes servans le Roy sur chevaulx légers), que, audit Cony, où il arriva vers la minuict, on l'avoit bien amusé deux heures avant que luy bailler chevaulx, de sorte que l'on peult penser (et luy n'en estoit sans souspçon) que les propres hommes de Cony, sçachans qu'il avoit argent en ses bouges, l'eussent tout à propos arretté pour ce pendant gaigner temps pour s'aller mettre en ambuscade. Et qui me pourroit aider à le croire, c'est que je me suis trouvé autrefois avoir faict pendre en la jurisdiction du Roy, pour crimes commis et perpétrez en icelle, un homme qualifié subject et employé au service de l'Empereur, qui a confessé par son procès avoir faict delicls, actes et assassinement contre les propres soldats espagnols et les avoir tuei et meurdria

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de guet à peos, sans autre oocaiioa que pour avoir leur argenl.

< Et quant au fatcl des praticques que dit le marquia avoir par nous esté entretenues en ce pals sur villes et places de l'obéissance imperialle, s'il en parloit plus évidemment et desigooit le temps, les plaœt et les aut heurs d'icelles praticques*, ou je luy nieroy absolutemfOt, ou luy diroy, ainsi que la vérité porte, que luy et les siens ont faict le semblable sur les nostres; encores pourroy dire d'avantage, que si bien il est prohibé de surprendre les villes Tun de Tautre en temps de trefve, il n'est toutesfois prohibé de prèster Toreille à qui se vient offrir, ny de préparer et entretenir des praticques et nnoyens de pouvoir endommager son ennemy après la trefve expirée et rompue. Et quant à la prise de Maran, certainement je pourroy dire qu'oncques elle n'advint du consentement, participation ny sceu du Roy, ne de gens qui eussent charge ny maniement de ses affaires; et que si quelqu'un veull maintenir de si, se trouveront des hommes prests à soustenir le contraire avec les armes et la vérité. Vray est que ceux qui Tentreprindrent et l'exécutèrent, cc^noissans bien que sans gros adveu ils n'estoient suffisans à longuement tenir leur prise, et advertis de cesdits outrages faicts par les gens de

1. Dans M première lettre, le marquis del Vasto donne des noms et des détails; il cite en particulier les « praticques > tentées à Crémone. La correspondance de Guillaume du Bellay avec le sieur de Termes, qui fit l'intérim du gouvernement do Piémont entre novembre 1541 et mai 1542, prouve combien le marquis était exactement renseigné (Bibl. nat., ms. (r. 5155, fol. 35-50).

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TEmpereur au Roy et sur ce pensans que vray aemblablement ledit seigneur serait bien aise de recouvrer une telle place en contreschange à recouvrer ses aml>assadeur8 s'ils estoient vifs, ou pour commencement, s'ils estoient morts, d'en exécuter la deue vengeance, bientost après haulserent les bandieres de France et envoyèrent offrir la place au Roy, avec langage toutesfois equipollent à protestation qu'à son refus ils trouveraient autre à qui en faire marchandise. Et se laissèrent, messieurs, entendre sur ceste marchandise, de telle manière qu'il estoit facile à cogooistre qui serait le marchant * et que la marchandise seroit préjudiciable et à nostre Sainct Père, et à l'Empereur, et à la seigneurie de Venise, à chacun en particulier et universellement à toute la chrestienté.

c Surquoy, messieurs, le Roy, voyant de quelle importance et conséquence estoit cest affaire, en communiqua incontinent aux ambassadeurs des dessusdits estans riere Sa Majesté qu'ils en escrivissent à leurs seigneurs, en leur déclarant que si dedans le temps avec eux accordé ne luy estoit par les susdits seigneurs envoyé meilleur advis, il accepteroit ladilte place, non pour la tenir comme sienne, car elle ne luy est, ores qu'il y eust juste tiltre, d'aucun service ny commodité, mais pour éviter qu'elle ne tombast en telles mains de tel que la direstierité en receust dommage, et pour après en faire en temps et lieu ce qu'à uo bon et juste ppince appartiendra d'en faire. Je vous bisse à juger, messieurs, que pouvoil faire le Roy en ceste occurrence, sinon qu'il eust faict rendre la place au roy des Romains, ce qui n'estoit ny pouvoit estre

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