‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 126 sur 146 · LETTRE DU ROI A MOLE · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI A MOLE

Les ordonnances relatives à la parenté des juges doivent être observées,

w Notre amé et féal, nous avons fait expédier nos lettres d(^ déclaration sur ce qui est de notre volonté et intention en l'observation plus exacte des ordonnances qui concernent Tâge et la prohibition des parentés et alliances en certains degrés, de ceux qui sont pour être admis dans notre cour de Parlement. Et comme c'est chose qui importe grandement au bien de la justice et que nous avons en singulière affection, pour voir cesser les plaintes qui nous sont

4dî MÉMOIRES

journellement faites des désordres qui arriveDl du mépris desdites ordonnances; à ces causes, nous voulons et vous mandons que, incontinent ces présentes reçues et toutes autres affaires cessantes, vous ayez à présenter à notredite cour de Parlement nos susdites lettres de déclaration, lesquelles nous vous envoyons à cette fin, et à en requérir et poursuivre instamment la publication et enregistrement ' selon leur forme et teneur, sans qu'il y soit apporté aucune longueur ni difficulté. Et au surplus, vous tiendrez soigneusement la main à Tobservation du contenu en icelles*, et es

1. D'après ces lettres patentes, il était aussi défendu d'admettre à la Cour aucun ofQcier qui n'avait pas l'âge requis, qui n'eût pas fréquenté le barreau ou exercé autres charge de judicature le temps voulu par les ordonnances; il ne devait pas non plus y avoir de parents aux degrés défendus ; mais la Cour, en les enregistrant, réserva qu'il serait fait des remontrances au Roi pour le supplier, en ce qui touche les parentés mentionnées es dites lettres, que les neveux et les frères en fussent exceptés, enfin qu'il fût accordé des dispenses de la rigueur de l'ordonnance à ceux de la compagnie qui par leurs services auroient mérité d'être gratifiés.

2. Depuis la nomination de Scguier aux fonctions de chancelier de France , on paraissait rappeler avec soin le Parlement aux usages antiques qu'il avait laissé tomber en désuétude. Nous avons déjà vu le règlement des préséances et des honneurs à rendre au garde des sceaux et au chancelier entrant à la Cour. Avant de renouveler les ordres relatifs à la parenté des juges, le Chancelier voulut remettre en vigueur l'usage de la mercuriale. Le Parlement reçut donc, pendant la séance du 14 décembre, la lettre suivante du Roi : « Nos amez et féaux, vous sçavez que c'est |>ar la justice que les rois régnent, que leur autorité est recognue et que leurs États florissent ; et pour cela les rois nos prédécesseurs vous l'ont donnée en déjiôt, comme nous avons fait aussi, nous déchargeant sur vos consciences et sui* votre honneur de la rendre à nos sujets, qui doivent se promettre de la recevoir en toutes occasions de vous. Il ne suffit pas à un juge d'être exact et droiturier : il doit l'exemple au public, et que la conduite de sa vie serve de

isdites ordonnances, et nous donnerez avis des conlYentions qui y pourront élre faites, pour y être par lus autrement remédié. Si n'y faîtes faute, car tel

|t noire plaisir ^ Donné à Saint-Germain en Laye, le îpur de septembre 1 638. >j

[΀ aux autres ; ce que nosdits prédécesseurs ayant recognu pire partie de la foncrion d'un bon juge, et aussi que Puidul^ence

El se glisse aisément dans les esprits des hommes les fait relâer de la discipline , ils ont prescrit, par leurs ordonnances, diverses choses qti^ils onl voulu être observées, soit à Thabît, soit 1.1a forme de vivre de leurs officiers qu'ils ont aussi assujettis aux

Ëuriaks, afm que la crainte d'y être blAniés et repris les ree en leur devoir. Il est arrivé en cette loi, comme des plus es, que le temps a diminué de force et que peu à peu on s'est ituraé à la négligence ^ dont il est arrivé tant de maux à notre Ittstice, à la dignité d'icelle et respect que nous voulons lui être Rendue» que pour l'y n-tablir, nous n'avons point trouvé de voie ius sure que de remettre en pratique une ordonnance si sainte nie celle-là. A ces causes, nous voulons et vous mandons qn'ès burs, destinés à la susdite mercuriale, tous nos présidents et conillers se trouvent en notre cour de Parlenjent, et qu'en icelle il it traité de l'heure des entrées , des habits^ et autres choses qui jardent la dignité, discipline et fonction de vos charges; que tre Procureur Général y puisse faire telle proposition qu*il ii\ira pour le bien de la justice et dignité de la compagnie j qne résolutions qui y seront prises soient exécutées selon leur ^rme et teneur ; que de tout ce qui aura été proposé et déterniiné pi icelle assemblée, Fon en informe notre très-cher et féal Chanblier, qui nous en rendra compte» et qu'en toutes autres choses |Dus observiez ce qui vous est enjoint par nos ordonnances^ Si n'y pites faute , car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en |liye, le 11 décembre 1638. »

\ i. Collection Colbert, t, V, p. 245. — Voy, sur celte imporpDte question le t. 1*^ de ces Alémoirts, p. 488, 496, 509 et 515. Le Roi adressa au Parlement une lettre de cachet sur le même bu jet ; on la u*ouve dans les registres sous la date du 2^ décembre.

LETTRE DE MOLE A H. DUPUT

Panégyrique du père Joseph. — Le Traité des Uhertés de PÉgiise galUemm, — Prise de Brissac.

(V Monsieur, je vous renvoie Tun de vos livres et vous en rends grâces. Il est bien plus difficile de ranger par ordre tant de papiers, que de les écrire en table. Il n*y a plus de peine quand cela est.

(c Le père Lëon sera bien examiné aujourd'hui en son oraison funèbre ^ Le peu de temps qu'il a eu peut

i. Le père Léon, capucin, dont il a déjà été plusieurs fois question dans la correspondance de Mole, était un commensal habituel du Premier Président au château de Champlàtreux. Il a laissé la réputation d'un bon prédicateur panégyriste. La Gazette de Renaudot dit de lui, sons la date de 4639 (p. 432) : «Cette semaine, le père Léon et le sieur d'Airains, Tun des prédicateurs dg.Simfciipence , ont reçu ordre de prêcher devant le Roi, en ]4|ffirc^PI^ sieur de Lingendes. » Mais Toraison funèbre dont il est question dajji^ la lettre de Mole fut , au dire de la même Galette, prononcée le 24 décembre 1638, au service solennel qui fut ^lébrc, pour le père Joseph, par le révérend père général des CaDAcins, dans leur couvent du faubourg Saint-Honoré , auquel assimrent le cardinal Bichi , le nonce de Sa Sainteté, l'archevêque de Paris , et tant d'autres prélats et seigneurs , qu'il s'y compta plus de trois cents carrosses, où le père Léon, comme réformé da couvent des Billettes, s'acquitta très-dignement de son oraison funèbre. »

Le père Léon forma, plus tard, un recueil de tous les sermons qu'il avait prêches et les publia sous le titre de : la Couronne des Saints , composée de divers sermons panégyriques. L'édition de Tannée 1642 est dédiée à « très-sage, très-vertueux et très-illustre seigneur, messire Mathieu Mole, premier président au parlement de Paris, » et la dédicace en est ainsi conçue : « Monseigneur, c'étoit la coutume des Romains de couronner la porte des pères dont la fécondité donnoit de nouveaux enfants à cette grande république, laquelle devoit dompter et peupler tout l'univers; coutume que l'esprit de Dieu rend plus solemielle , lorsqu'il enseigne par la

DE MATHIEU MOLE. (i638.) éèb

servir d'excuse ; mais elle ne sera pas reçue de tous. Ce genre est très-difficile , et encore plus en œ rencontre.

a Si vous avez fait une copie de la table par rois du livre nouveau et ancien, vous m^obligerez de me l'envoyer. Vous souhaitant bonnes fêtes et longues an- D^ , et serai toujours^, » etc.

bouche du plus sage des rois, et par la plume du plus éminenl des apôtres , que les enfants , comme chapeaux de fleurs et couronnes de fin or, arrondissent la gloire de ceux qui les mettent au monde. Si vous avez assez de bonté, Monseigneur, pour prendre la qualité de père en faveur des religieux de notre province, depuis nommément que par la bonté du Roi et par la protection de Son Éminence , ils sont établis dans cette ville de Paris , certes , nous n'avons pas moins d'obligatioa que toutes nM vies vous soient de justes remerciements , et que toutes nos csuvres contribuent à la gloire que vos incompard)les mérites ont acquise dans le public. £n cela , véritabrement , nos pensées s'accordent avec la voix de toute la France, laquelle conçoit une joie extMordiudre de vous voir, Monseigneur, dioisi parmi tant de sages tètes, pour être le chef du premier et plus auguste de nos Parlementa. Comme il n'y a personne dans le monde qui n'ait la même cognoissance de voti*e intégrité, dont la nature nous a donné les premiers ^ principes, et de ces grandes vérités générales écrites partout avee les rayons du soleil , de même chacun a cru que notre invincible monarque , remplissant la charge de premier président d'une personne de votre sorte , faisoit justice tout à la fois à la bonté de son génie, au bien de son État, à l'approbation des peuples et à la longue expérience que l'on a de vos vertus. C'est aussi le sentiment qui presse mon cœur , pour la seconde fois , de vous offrir avec soumission et révérence cette Couronne des Saints, composée des plus riches tleurons de la grâce. Ne l'osavt mettre sur le dfff de ces hommes consommés en gloire, qui en font on étemel hommage au trône de la Divinité , à l'imitation des anciens qui les posoient aux pieds des statues , je la présente entre vos mains ; qui n'êtes séparé de la condition des saints que par celle de mortel. Monseigneur, votre, etc. F. LioN, r. carme, »

i. Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettre lxxx.

ce Monsieur^ votre soin regarde plus les autres que vous-même, encore que, si vous me croyez, vous eu prendriez un peu plus de votre santé. Celle de M. de Colombie est beaucoup mieux : Topiat y est bon^ mais Tair n'y nuit pas. Vous auriez plaisir de le voir courir le long des montées, du haut en bas, pour faire Texercice qui lui est ordonné; ceux qui n'en sauroient pas la cause pourroient faire quelque jugement à son désavantage, ainsi de beaucoup d'autres choses du monde.

a Nous vîmes hier, après dîner, ]e soleil ; ce ne fut pas sans aller voir les fontaines de près et de faire noire tour des allées du jardin. On ne les voit pas aujourd'hui, tant il fait brouillard; le bon feu le dissipe aisément.

« S'il étoit universel , je Tappréhenderois pour une attaque des retranchemens de Brissac ; cet événement nous réveille d'un profond sommeil de nuit : j'espère beaucoup au bonheur de nos armes, et que les mauvais succès de cette année se couronneront de quelque nouvelle victoire. Pour le moins, le ciel a-t-il tenu cette balance jusqu'ici de nous donner tous les avantages d'un côté. J'en aurai assez quand je vous servirai, puisque je suis*, etc. Ce lundi matin.

a La dame vous salue du bon du cœur. Messieurs vos frères trouveront ici mes très-afiectionnées recommandations. »

i. Collection Dupuy, t. DCCXCn, lettre xu.

DE MATEDDSU MOLE. (1638.) 437

PRISE DE BRISSAG. — TE DETTH. fûtciT DE MOLE.

LETTRE DU ROI AU PABT.KMENT.

<r Nos amés et féaux^ cette lettre est pour vous donner la bonne nouvelle de la prise de la ville et forteresse de Brissac par nos armes , sous le commandement de notre très- cher et très-amé cousin le duc de Weimar. Les difficultés de ce siège, par la situation de la place et par sa propre force ; les signalées victoires que nous avons remportées /en divers combats généraux , contre de puissantes armées qui ont tenté de la secourir; les peines qu'il y a fallu surmonter pour faire passer et tenir nos soldats en ce pays y où ils n*ont pas^eu moins à combattre contre des fatigues extrêmes, que contre des ennemis qui les ont incessamment attaqués; l'heureux événement de divers secours que nous avons envoyés à notredit cousin , lesquels sont arrivés si à propos pour chasser et repousser les ennemis et assurer l'entreprise /que , sans eux , elle n'eût pu réussir; et enfin, la réduction de cette place, qui est une des plus importantes et plus fortes de l'Europe et la plus considérable de l'Allemagne, dont elle ouvre et ferme l'entrée du côté de la France et de plusieurs grands États, après un siège de quatre ou cinq mois, auquel toutes les Forces de la maison d'Autriche et de ses alliés en l'Empire et en l'Espagne se sont opposées, sont autant d'ouvrages de la main toute-puissante de Dieu ; auquel voulant en rendre les grâces qui lui sont dues, le plus religieusement qu'il nous est possible, nous avons résolu de faire chanter le Te Deum à cause de cet heureux succès , en Téglise de Notre-Dame de

notre bonne ville de Paris, avec toutes les cérémonies requises y et de faire mettre en ladite église les enseignes et drapeaux que nous avons gagnés, en plusieurs défaites des ennemis, à roccision de ce siège; et noas vous mandons et ordonnons d'assister en corps à cette cérémonie, qui se fera en ladite église, au jour et heure que vous dira , de notre part, le sieur de Saintot, maître de nos cérémonies, vous recommandant de rendre grâces à Dieu, avec nous, d'une conquête si glorieuse et dé si grande conséquence, et de joindre vos prières aux nôtres à ce qu'il lui plaise nous faire obtenir la fin pour laquelle nous employons de toutes parts nos aruies, qui est le rétablissement d'une bonne et sûre paix, dans la jouissance de laquelle chacun le puisse continuellement bénir et louer. Et nous remettant sur ledit sieur de Saintot de ce que nous pourrions ajouter à la présente , nous ne vous la ferons plus longue. Donné à Saint-Germain en Laye, le 27' jour de décembre 1638. »

Le même jour, sur les huit heures , qui fut mei^ credi, Saintot, lieutenant du maître des cérémonies, est venu en la Cour, a pris séance après le dernier conseiller de la Grand'Chambre , proche le bureau à main gauche en entrant, a dit le commandement du Roi et s'est retiré. L'heure de deux heures après diner fut arrêtée pour partir pour aller à Notre-Dame, et la lettre portée par les Chambres par l'un des conseillers de la Grand'Chambre. L'après-dtnée, on s'est trouvé en la Grand'Chambre, dont on est parti entre trois et quatre, et étant arrivé dans le chœur, pris place à droite main et au bas, vers la chaire de

M. l'Archevêque. U y avoit six chanoines dans six chaires réservées; M. l'Archevêque, avec sa mitre, dans sa chaire : à main gauche , la chambre des Comptes ; après^ la cour des Aides et six autres chanoines de ce côté, es chaires hautes du bout. Et aussitôt sont arrivées deux compagnies de Suisses, qui sont entrées dans le chœur, tambour battant, et après les drapeaux, guidons et cornettes, en nombre de plus de cent , portées chacune par un des Suisses, qui ont passé devant le grand autel avec les trompettes sonnantes, et sont sorti par les portes du chœur, proche Tautel, et après on a dit le Te Deunij un psaume et le Domine sahum fac Regem^ Toraison par M. r Archevêque, qui a aussi donné sa bénédiction, et sommes tous sortis, sçavoir : le Parlement, par la porte ordinaire de la nef, et la chambre des Comptes a été obligée de prendre le chemin, pour sortir, le long du chœur, pour aller trouver la porte proche Tautel à main gauche, ayant reçu ce commandement par le sieur Riquetty, lieutenant des gardés, qui a assisté à la cérémonie pour ce sujet, se tenant en cet espace qui est vide, entrant de la nef dans le chœur, entre les degrés de main droite et gauche , avec une douzaine d'archers des gardes du corps , pour éviter à quelques désordres ^

\. Collect Colbert,t. CXXXIX,p. 224, 225.— Voy. àPamiéc 1639 divers ordres analogues donnés par le Roi, en attendant qu'il lui fut possible de régler la contention, pour la préséance, qui existait alors entre le Parlement et la chambre des Comptes.

Comme on a pu le voir, toutes les affaires qui intéressaient un peu Louis XIII étaient l'objet d'une lettre quelquefois entièrement autographe du monarque à Mathieu Mole. Nous citerons entre autres : l"* une lettre pour lui recommander un homme aliéné

Contention entre le Parlement et la chambre des Comptes. — - M. le Chancelier. — Traité des libertés de TÉglise gallicane. — Sedan — Disgrâce de M. de Toulon. — NouTeUes diverses. — Les bàdmeots du LouTre. — Désordres dans Tabbaye de Saint-SaTÎn. — Prise de Hesdin. — Mort du duc Bernard de Saxe-Weimar. — Prise de Saloes par le prince de Condé. — Bataille de Saint-Nicolas. — Agrandisic ment du Palais de Justice. — Serment des écherins de Paris. — Noa> Telles direrses. — Enfants opérés de la pierre. — M. de Sourdb. — Duel de Tarannes et d'Aumont. «— M. de Marca. — Régale des éfèchés. «— Contentions ayec le Pape sur divers sujets.

COlfTENTION ENTRE LE PARLEMEUT ET LA CHAMBBB DES GOBIPTES.

Le 20 mars^ M. le Chancelier a envoyé Tordre suivant du Roi pour la procession du 22 mars , où les compagnies dévoient se trouver : €c Le Roi désire qu'il ne soit rien changé en Tordre que Ton a accoutumé de tenir en la procession générale, qui se fera mardi, sinon qu'il a jugé à propos, afin de prévenir

( même coUectioD , t. V, p. 288} ; — 2* une lettre da 3 i prier Mole de faire mettre en liberté la Ramé (arrêté sur qudques soupçons), dont le Roi avait besoin pour son artillerie (l. V, p. 238 bis) ; -^ 3* une autre du 18 juillet relative à une coupe de six mille soliveaux à faire dans les forêts de rile-de-France (t. Y, p. 239) ; — 4* une autre, du 7 novembre, relative aux procès pendant entre les paroisses de Saint-Germain l'Auxerrob et de Saint- Roch au sujet des jardins et écuries du Roi ( t. V, p. 241 ); — 5** enfin une lettre du 26 du même mois relative à un procès soutenu par la ville do Donchery (t. V, p. 254).

1 . Les Mémoires du cardinal de Richelieu finissent, dans l'édition publiée par Petitot, avec Pannée 1638 , et les papiers de Math. Mole ne contiennent aucun récit relatif aux premiers mois de Tannée 1639. En cherchant avec soin à combler cette double b-

les contentions qui pourraient survenir entre la cour de Parlement et la chambre des Comptes , que ces deux compagnies se rendroient aux Augustins pour assister à la messe, sans aller à la procession , dont Sa Majesté les dispense pour cette fois, attendant qu^elle ait terminé le différend qui est entre elles. Sa Majesté veut aussi que pour la sortie après la messe dite aux Augustins, Ton observe entre les deux compagnies le même ordre que Ton a tenu en la dernière cérémonie du Te Deum chanté à Notre-Dame, c'est-à-dire , que Messieurs de la cour de Parlement sortiront par la porte d'en bas du chœur des Augustins , et que Messieurs de la chambre des Comptes sortiront par la porte d'en haut dudit chœur, proche l'autel. » M. le Chancelier m'ayant envoyé ce mémoire , pour servir d'ordre en la procession du 22 mars 1639, je le conjurai de donner ordre qu'il y eût des lettres du Roi; autrement, qu'il seroit difficile de porter la compagnie à y obéir, vu que l'on faisoit perdre au Parlement la possession en laquelle il étoit,

cune, nous avons reconnu le manuscrit de trois années des Mémoi" res de Richelieu, qui ne se trouvait pas publié dans l'édition Petitot. Ces fragments nous ont paru devoir fournir un très -utile complément aux récits de Mole ; nous les donnerons à )^ Appendice à ses Mémoires, L'authenticité de cette partie des Mémoires de Richelieu est égale à celle du reste de l'ouvrage publié par Petitot ; c'est le même scribe qui a mis au net, c'est la même main qui a corrigé et modifié quelques passages. Nous reviendrons du reste sur cet important sujet en publiant V Appendice aux Mémoires de Mole, Toutefois , nous devons ajouter que le père Griffet s'en est servi dans les preuves de son Histoire de France sous Louis XIII, Nous remarquerons aussi que les Af(^moires du comte de Brienne et ceux à! Orner Talon sont très -peu étendus pour cette même année 1639.

et qu'en une contention avec une compagnie bien inférieure^ on la traitoit d'égal ' , et que c'étoit donner trop d'avantage aux officiers des Comptes.

Le 21 , je reçus la lettre suivante du Roi , que je portai au Parlement^ où elle fut lue immédiatement :

(c Notre amé et féal , ayant jugé à propos de prévenir les contentions qui pourroient arriver entre notre cour de Parlement et notre chambre des Comptes^ en la procession générale , qui se doit Eure' mardi prochain , nous faisons entendre aux

i . n est difBcile de dire à quelle affaire de préséance se rapporte la lettre suivante de Mole, adressée au Garde des Sceaux et qui ne porte pas de date d'année :

« Monseigneur, je chéris trop Fhonneur de vos commandements pour n'y satisfaire en tout ce qui sera de mon pouvoir. J*avois différé de vous envoyer les copies des commissions pour y avoir encore beaucoup de temps pour y donner ordre : cehii qu'il a plu au Roi de prendre en l'afFaire de M. du Tillet est trèsavantageux pour la compagnie, dont elle vous demeure très-obligée , pourvu que l'instruction regarde les complices seulement et non sa personne, en laquelle, par le décret, le privilège seroit violé. Nous avons sçu les contentions pour les rangs, auxquelles rois donnent telle loi qu'il leur plsut ; je ne trouve point d'exemple pareil à celui de MM. de Caudale et d'Halwin, puisque le premier n*ayant été dû qu'à cause de la dame, et le second à la terre qu'il possède, il veuille néanmoins, par son brevet, avoir la préséance par-dessus l'autre qui jouit de l'une et l'autre ; c'est une seconde grâce qu'il doit attendre du Roi, qui l'a fait duc sans duché. Nous attendrons les événements du projet de traité , pourvu que la fin de ce mouvement ne soit pas le commencement d'un autre. Je m'ose promettre la continuation de l'honneur de vos bonnes grâces, puisque, par effet, je serai toute ma vie, votre, etc. Ce 13 mai. « (Coll. Saint-Germain, n" 709, 1. 1, p. 346.)

2. Ces mêmes ordres furent renouvelés au mois d'août, comme on le voit par la lettre suivante que reçut Mathieu Mole :

« Notre amé et féal, ne désirant pas que l'on retombe aux contentions et désordres qui arrivèrent l'année dernière, en l'église

deux compagnies ce qui est de notre intention, qui est qu'elles aient à se rendre aux Ai^stlns, pour assister à la messe qui s'y célébrera, sans aller à la procession, et qu'après la messe dite notredite cour de Parlement sorte par la porte d'en bas du cbœur, et la chambre des Comptes par celle d'en haut dudit chœur, proche l'autel, conformément ^ l'ordre observé entre les deux compagnies en la dernière cérémonie du Te Deum chanté en l'église de Notre-Dame , lequel nous voulons être suivi. À ces causes, nous vous mandons que vous ayez à présenter à notre cour de Parlement la lettre que nous lui écrivons* sur ce sujet, et faire toutes les diligences nécessaires pour ce qui est, en cela, de l'exécution de notre volonté. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye, le 20* jour de mars 1639. »

Les trois Chambres ayant été assemblées pour aviser les moyens de terminer cette affaii^e et conserver

cathédrale de Paris , à la cérémonie de la fête de l'Assomption de la glorieuse Vierge , nous mandons à notre cour de Parlement, comme aux autres compagnies souveraines , qu'elles n'aient point à se trouver à la cérémonie qui se fera en ladite église à cette prochaine fête de T Assomption, dont nous la dispensons pour cette fois en attendant que nous ayons réglé les différends qui sont sur^ Tenus en cela. A ces causes, nous voulons et vous mandons- que vous ayez à rendre à notredite Cour les lettres que nous lui écrivons sur ce sujet et à faire les diligences nécessaires pour ce qui est en cela de l'exécution de notre volonté. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Mouzon , le 6* jour d'août 1639. » (Collection Colbert, t. V, p. 255.J

1. MoIé avait gardé copie de cette lettre du Roi, mais comme le contenu est identique à celle que le Procureur Général avait reçue , nous n'en donnerons pas le texte ( voy. collect. G »

t.CXXXIX,p. 182,184).

rhonneur dû à la compagnie , il fat résolu d'obëir pour cette fois^ qu'on en délibéreroit au premier jour, et que mardi on se trouveroit au Parlement pour, de \ky partir en corps, en robes rouges, pour aller aux Âugustins assister à la messe. Ce qui a été ainsi exécuté*.

LETTRES DE MOLE A M. DUPUT

M. le Chancelier.' — Libertés de l'Église gallicane. ^— Sedan. -* Dugriet de M. de Toulon. -» Noayellef diTerset.

(c Monsieur, je suis privé de la consolation que je me promettois. On a peu de loisir et avec plus de regret, puisque votre indisposition en est la cause.

« Je vous rends grâces des nouvelles de Hollande*, il se faut promettre que le ciel , qui favorise toujours laFrance^ dissipera cet orage, et que, la tempête finie, nous jouirons de quelque repos en public et en particulier.

(c Conservez-moi votre amitié , qui ne doit finir entre nous qu'avec la vie. Ce jeudi saint. »

ce Monsieur, je vous rends mille grâces de vos soinSi et la peine que j'avois de votre mal, qui vous surprit hier, augmentoit le mien. J'espère que la fièvre le passera après la saignée de ce matin.

1 . On voit, par une autre délibération, que le Roi fut hamUement supplié de terminei' le différend d'entre le Parlement et la chambre des Comptes et de conserver au Parlement ses rang , préséance , droits et prééminences et que jusque-là il soit disfioué d'aller à aucune procession. Le document que nous publions» fait partie de la collection Colbert , t. CXXXIX, p. 183.

2. Voy., pour les nouvelles de Hollande et le combat livré par l'amiral Tromp à la flotte d'Espagne, \e Mercure français f U XXIII, p. 179.

ce J'ai VU les deux arrêts; si vous les avez, vous m'obligerez de me les envoyer. Par le premier, les libertés de rÉglise gallicane étoient violées, puisque le Pape avoit entrepris de permettre de succéder. Croyez que je serai toujours votre, etc. Ce 6 avril. »

a Monsieur, je m'en allois envoyer vers vous au moment qi^e votre homme est entré. J'étois en peine de votre santé; mais elle ne diminuera pas par ce que vous me mandez. Vous m'avez promis de vous purger, et il semble que le temps y soit propre. Contribuons tout ce qui est en nous pour vaincre le mal et y chercher des remèdes. Ce sera la satisfaction de vous-même et de vos amis.

a Quant à Sedan S c'est le pire conseil que l'on y pouvoit prendre , au milieu de notre gloire, d'inciter notre prince : c'est s'exposer au torrent, et si on commence, on n'en voit pas la fin. Les autres petits princes dussent servir d'exemple à ne se commettre point contre les grandes couronnes.

ce Conservez-moi votre amitié et croyez que je serai toujours, etc. Ce mercredi, neuf heures. »

(c Monsieur, c'est avec grand regret que j'apprends que votre incommodité continue; j'espérois que la douceur du temps la diminueroit, et si l'air de Champlâtreux y pouvoit contribuer, je chérirois la maison beaucoup plus qu'auparavant. Si je peux prendre séjour, j'éviterai la chaleur par le grand matin. Je n'ai rien sçu de la disgrâce de M. de Tou-

1 . Le duc de Bouillon avait reçu à Sedan le comte de SoissoDs, lorsqu'il se retira de la cour ( voy. ci-dessus).

Ion ^ ; vous m'obligerez de me faire part de ce qui s'est passé, et que je puisse voir au plus tôt le livre de M. Marca.

a Pour Sedau, il semble qu'il n'y ait sujet de craindre, si la nuée d'Allemagne ne vient fondre; nous aurons grand intérêt que les forces de Banier soient assez puissantes pour arrêter celles de l'Empire. Croyez que je serai toujours, etc. Ce vendredi, sept heures. Recommandations très-affectionnées à M. votre frère. »

c< Monsieur, j'ai reçu les deux vôtres, et lu votre Gazette, que je tiendrai toujours très-vraie, puisqu'eUe vient de votre part. Nous sommes éloignés, et néanmoins nous sommes ensemble; votre esprit est ici et le mien est avec vous. 11 seroit en quelque repos, si la crainte de l'événement de l'orage qui menace le duc de Weimar' ne le troubloit : cette tempête nous regarde de près. Son courage pourtant m'assure, encore qu'il tente un genre de milice nouvelle, puisqu'il quitte la campagne en laquelle son expérience lui donne tant d'avantage.

c( Vous m'obligerez de me mander l'alliance qui est entre MM. de Bellièvre et de Harlay. Cette belle fille lui fera perdre l'humeur de sa solitude.

1 . On lit dans la Gazette de Renaudot, sous la date du S6 avril i638 : « L'abbc de Loyal remercia le Roi à Saint-Germain de i'évèché de Toulon, en Provence, duquel Sa Msgesté avoit reconnu ses mérites; » et sous la date du 1*' janvier 1639 : « Cette semaine, le président de Marli a été pourvu de Tévéchc de Toulon, vacant par la démission de l'abbé de Loyal. »

t. Le. duc commandait alors Tarmée française d'AUenagne. Voy. à VJppendice les Mémoires de Richelieu.

. a On m'a assuré de la meilleure santë du Roi et que sa fièvre étoit passée \

« M. de Laubardemont a ouï les témoinscoDtre M. de Toulon. Cet évécbé est fatal; il arrive souvent que les nonamés n'ont point de provisions. On dit que c'est sa mauvaise vie qu'il avoit cachée jusques ici. Si cela pouvoit encore toucher les pourvus , ce ne seroit pas peu ; ils semblent qu'ils aient ^it de commettre le mal impunément. Croyez que je serai toute ma vie", etc.

tf La compagnie vous salue et parle souvent de vous. »

COUPE DE BOtt POUR LES BATTMSNTS DU LOUVBE. ,

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