‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 55 sur 146 · PRISE DU DUC DE MONTMORENCT ET DÉFAITE DE SES TROUPES ▲ GASTELNAUDART · texte numérisé non relu

PRISE DU DUC DE MONTMORENCT ET DÉFAITE DE SES TROUPES ▲ GASTELNAUDART

LETTEE DU &0I ▲ MOlJ.

(c Notre amé et féal , comme nous faisons part à notre cour de Parlement de Paris de la nouvelle que nous venons de recevoir de la défaite des troupes commandées par le duc de Montmorency', et de la prise et détention de sa personne'; nous voulons et

i. CoUecrionColbert, t. CCXIX, p. 119.

2. Le 23 août, le Roi avait publié une déclaratioii expreue contre ce personnage , par laquelle on l'accusait d'avoir engagé le duc d'Orléans à envahir le Languedoc, et on le déclarait cri* mine] de lèse-majesté.

3. Cette lettre 9 annotée de la main de Mole, se trouve dans le tome II de Colbert, p. 1 52. — Voyez, dans V Histoire de Louis XIIl de M. Bazin , le récit du combat de Castelnaudary, où le duc de Montmorency, couvert de blessures , fut pris par les gens du Roi. Le duc s'écria, après son arrestation : « Je me suis battu pour des lâches. » (T. II, p. 206.) — Le maréchal de Schomherg a écrit mie relation de ce combat livré le 1*' septembre. La collection des EsUmpes de la Bibliothèque impériale possède plusieurs planches gravées, du temps, représentant les séances des États de Languedoc i le combat de Castelnaudary ; les heureux succès dû Roi

vous mandons que vous ayez à leur rendre la lettre que nous leur écrivons sur ce sujet ', laquelle, à cette fin y nous aTons voulu accompagner de la présente : si n*y faites faute , car tel est notre plaisir. xi Donné à Lyon, ce 7 septembre 1632. »

et du Cardinal en ladite année ; Tèxécution du duc ; les mausolées, tombeaux , épitaphes , devises , etc. , de ce personnage et de la duchesse sa femme. (Portefeuille de VHistoire de France.)

1. Cette lettre à Mole était, en effet, accompagnée d'une autre adressée par le Roi au Parlement sur le même sujet : • Nos araés et féaux, ayant plu à Dieu de favoriser nos armes, sous la conduite de notre cousin le maréchal de Schomberg , en la défaite des troupes de notre très-cher frère le, duc d'Orléans, commandées par \% duc de Montmorency, dont nous avons reçu la nouvelle en arrivant encette ville , nous avons bien voulu vous en faire part et vous dire comme le succès de cette action se trouve avantageux pour le bien de l'État et TafToiblissement de cette faction , tant en la prise et blessure dudit duc de Montmorency, qui étoit l'un des principaux chefs, qu'en la mort ou prise de plusieurs autres personnes de qualité, entre lesquelles s'est trouvé le comte de Moret, blessé à mort d'one mousquetade à travers le corps. De quoi nous serons bien use que tous nos bons serviteurs soient informés, afin qu'un chacun Mit contenu dans son devoir. A quoi nous sçavons que vous contribuerez de votre part tout ce qui dépend de l'autorité de vos ciuurges. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Lyon, ^e 7 septembre I63Î. » (Collect. Colbert, t. n, p. 153.) — Au mois de décembre de cette même année , il y eut des lettres de don des biens de feu M. le duc de Montmorency, qui furent enregistrées au Parlement le 9 mars 1633. ( Voy, collection Colbert, t^ LUI, p. 289.) Mais le Roi ne voulant pas se prévaloir de la oonfiscation des biens de ce personnage, lesquels lui étaient acquis I^ar l'arrêt de condamnation , en gratifia les plus proches parents ^11 duc, qui auraient hérité de ces biens si cet arrêt n'avait pas été prononcé. La princesse de Condé, et les duchesses de Ventadour et d*Angouléme , recurent presque toute la fortune du duc de Montnaorency. Louis XIII se réserva cependant la terre et seigneuries ^e Chantilly, de Gouvieux et comté de Dammartin , les justices de Chantilly j Vineuil, Saint-Germain, Ajiremonl, Pontarmé , Montépilloy, Saint-Nicolas, Toumebus, Thiers et Neufmoulins, qui,

LETTRES DE MOUE A M. DUPUT

AfTaires de Lorraine. — Loi salique. — Coadjutorerle de Tool. — Maladie de son (ils. — Ordonnance relative aux mariagef . — Le lÎYre de Davila. — Le dictionnaire de la Crusca. — DécoOTerte de sonroei d'eau à Champlatreux. — Une des filles de Mole prend le Toile. — AfTaires de Hollande. — Nouvelles diverses. — Annivenaîre da père Athanase, frère de Mathieu MoIé.

« Monsieur, j'ai été bien aise d'apprendre le parti* culier des entrevues de Monsieur. Je souhaite que ce soit la dernière pour telle cause. Si vou^ en sçavez quelque autre chose , vous m'en ferez part. J'ai reçu de M. Godefroy la copie du titre scellé de vingt-quatre sceaux : il sert non-seulement pour justifier nos inductions passées y mais aussi pour combattre leur loi salique 9 laquelle néanmoins nous avons prise à notre avantage. S'il trouve ce testament de René', il inoH porte d'en observer la forme, puisqu'il a toujours été suspect. Je finirai par mes ressentiments du bon ac* cuei) que l'auteur de la préface' a reçu de Monsieur; il mériteroit de posséder la charge dont le bruit court en faveur de deux personnes, où il n'y a guère d'apparence. Conservez-moi votre amitié, et croyez que je suis , » etc.

par lettre du 4 2 avril , furent érigés en bailliage , puis en prévôté royale, au mois de juillet. Le Roi habita Chantilly pendant la plus grande partie de l'année i 653 : ce fut longtemps après que Louis XIII rendit enfin à son cousin, le prince de Condé, celte seigneurie qui lui appartenait du chef de sa femme.

1 . René d'Anjou , qui porta le titre de roi de Sicile et de doc de Lorraine. Sa donation est datée de 1419.

2. Mole veut sans doute parler de la préface du livre du Fmme alleuj dont il a été question dans ce volume des Mémoires ^ I. H, p. 10.

DE MATHIEU MOLE. (1632). i6i

Ce mercredi sept heures.

« Monsieur, VOUS prendrez la peine de faire les copies nécessaires pour justifier Thommage dû par M. le duc de Lorraine ^, afin de les coUationner aussitôt que je serai de retour, qui sera vendredi^ s'il plail à Dieu.

a Cet article pouvoit être résolu devant que de jurer le traité, afin de n'avoir rien à démêler avec lui. Et puisqu'il a dit qu'il n'avoit pas son conseil pour prendre résolution, il désirera du temps pour le faire venir et pour communiquer les titres, qu'il ne manquera pas de contredire. Je serai toujours, etc. Ce 1 8 septembre, n

a Monsieur, puisque je ne vous vois que par lettre, je soulagerai mon regret du mal qui vous arrête en vous témoignant mes sentiments de ce qu'il diminue. Il n'y a donc plus cle paix en Lorraine*? Le procédé

i • Depuis son avènement, le duc de Lorraine avait toujours différé de prêter foi et hommage lige au roi de France, pour le duché de Bar; ce manquement aux devoirs féodaux entraînait , à la rigueur, perte de fief. (Voy. les Mémoires de Richelieu^ t. VI, p. 563.)

2. Pendant Vannée 1632 , les affaires du duc de Lorraine avec la France se compliquèrent singulièrement. Le refuge qu'il avait donné à M. le duc d'Orléans dans ses États, et le mariage qu*ii avait permis au frère du Roi de contracter avec la princesse Marguerite de Lorraine, lui attirèrent l*animadversion du roi Louis Xin. Les affaires temporelles et spmtuelles étaient donc en question dans ce duché, quoique le Roi eût traité avec le duc le 6 janvier, et eût prorois de lui conserver ses États; mais le Roi s'aperçut bientôt après que le duc de Lorraine ne tenait pas ses promesses, et recommençait, depuis le mois de février, à négocTer avec la maison d'Autriche et avec Monsieur. Il donna aussi passage dans ses États à ce prince pour entrer en France à la tète d'une II W

iM MEMOIRES

me blesse plus que tout ; et me suis défié de l'exécution 9 puisque ce duc ne sçait point garder la foi promise. La vie me manquera plutôt qu^ de manquer à l'assurance que je vous ai donnée d'être, etc. Le livre du voisin «era lu en liberté ^ : je Tattendrai au plus tôt. »

ce Monsieur, vous m'écrivez de votre main , et sçais assez la peine que cela vous donne. Je vous cherchi ici (à Champlàtreux) et ne vous trouve plus qu'en esprit. Je me trouve insensiblement, par racooutu«< mance prise , à la porte de votre chambre , et apris je descends seul, ou je me souviens du temps pass^ que vous avez accourci trop tôt.

(c J'ai vu, par l'extrait que vous m'avez envoyé, l'état de nos affaires publiques : pourvu que Ton fassi

armée, ce qui détermina Louis XIII à envaliir de nouveau h Lorraine. Le Roi^ par une lettre adressée au duo de Montbaion, k i 7 juin , fait connaître les pratiques du duc de Lorraine et les autres causes qu'il avait de porter les armes dans les États dec0 prince Louis Xin se rendit maître de la Lorrain» en six jours ( Mé* moires de Richeiieu^ I. VII, p. 116 ), et, par une letu^.adrt» sée au comte de Soissons, le 20 juin, il annonçait la défaite dii troupes du duc. Elle fut suivie d*un nouveau traité de paix àgtU k Liverdun le 26 juin. Tous ces malheurs ne corrigèrent pas h duc de Lorraine, et il fut bientôt après réduit à abdiquer s% soiiveraineté de Lorraine. Mathieu Mole parle sommairement , iêm ses lettres à Dupuy, des diverses phases des négociations du IU> avec ce duc malheureux ; mais on reconnaît toujours , dans ce lettres, l'indignation du Procureur Général contre le prince qii usurpait sur les droits du Roi son souverain. On peut consulter sur ces mêmes événements , une Relation de M. de Gtiron ton* chant la Lorraine, qui se trouve parmi les papiers de M!olé| col* lection Colbert, t. II, p. 158.

i. Voyez ci-après, sin* le Livre du voisin^ les lettres da pages 188 et 189.

DE MATHIEU MOLE. (1632.) i63

à Turin comme en Bresse , Dieu soit loue ; il se trouvera peut-être quelqu'un qui imitera. ce bon chevalier Bayart , que tout capitaine dût lire pour l'imiter, l^ R. P. Lëon* vous salue^ et dit qu'il se tient trop obligé à vous aimer pour y manquer. La dame s'est fôcliëe des termes de la vôtre, et parle souvent du temps que vous étiez ici ; elle est allée à la Chapelle faire la fête de la profession de sa fille carmélite/ qui est aujourd'hui. Ma sœur du Pont-Saint-Pierre* arriva hier au soir : je serai toujours , etc* Mes recommandations très-affectionnées à messieurs vos frères. »

« Monsieur, si je vous eusse sçu incommodé, je n'eusse pas manqué de vous attendre.

« Le même seigneur chercha longtemps le papier et un autre «de Tinquisition , mais il ne put trouver ni l'un ni l'autre. U me dit l'évocation de puissance ; mais l'ayant pressé sur l'excommunication, qui tient, et le préjudice à l'autorité royale , n'ordonnant point sur l'absolution à cautelle , il n'y eut guère de réponse*.

1 . Le P. Léon de Saint-Jean appartenait à Tordre des Carmes réformes. Il en sera ultérieurement question lors de la mort de la femme de Mathieu Mole, en l'année 1641.

2. Marie, fille de Pierre de Roncherolles , baron du Pofit- Saint-Pienre, et df Marie de I^icolaï, parente de madame Mole, était religieuse en l'abbaye Saint-Paul, près Beauvais. (Voy. la note du t. I", p. 318.)

3. Toutes ces questions se rattachaient au travail dont Pierre Dupuy s'occupait alors très-actiyement, et qui fut imprimé bientôt après sous le titre de Traité des libertés de VÉglise gallicane, Mathieu Mole a lui-même écrit un grand nombre de notes sur la même question ; elle;» sont principaliment recueillies dans le t. CLIII de Colberty sous le titre d^Jffaircs ecclésiastiques, Voye^ plus particulièrement, pour révocation et l'absolution à cautelle, les pages 35 et 86 de ce volume CLIII de Colbert.

a II ne reste guère de courage quand la peine nous retient. C'est un lien qui nous arrête si court , qu'il n'y a plus de liberté.

(c Songez à votre santé surtout , et retournons au désert (à Champlàtreux), puisque vous vous y portez bien ; c'est mon dernier souhait de vous témoigner que je suis^ etc.

K N'oubliez pas Dombes et ia conversation du cardinal de Chàtillon. »

« Monsieur, c'est m'obliger de plus en plus que d'avoir pris la peine de voir mes enfants; j'appris hier seulement, au soir, la maladie de François^ : je me promets que ce ne sera rien.

(c On a souvent parlé de l'ordonnance des mariages* ; mais comme il semble que l'on touche au spirituel , on a si peur d'en approcher, que l'on laisse là le temporel. Notre pouvoir regarde les efTets civils, à l'égard desquels on peut donner tel ordre que l'on voudra , si on veut conserver entière l'autorité royale.

« Je vous rends grâces de l'Avila* que vous m'avez retenu ; je vous prie de commander qu'il soit porté chez le Gascon*. C'est un auteur qui ne peut être assez estimé ; il rend raison de toutes les actions passées , comme si nous en avions partout, et qu'il ne se soit rien fait sans conseil. J'ai eu un dictionnaire de la

i. François Mole, né en 1625, fut abbé de Sainte-Croix de Bordeaux.

2. Voyez, pour l'ordonnance relative aux mariages, les Considérations de Mathieu Mole, ci-après, année 1634.

3. Historia de Ne guerre civili di Francia^ di Uenrico Caterino Davila; Venise, Baglioni, 1630, in-4**.

Page 1