Fameux relieur de l'époque de Louis XIII
Crusca; les accents n'y sont point, et beaucoup demots y manquent.
« Vous voulez bien que je vous dise , que nous venons de voir (à Champlâtreux) quatre nouvelles sources, qui jettent l'eau fort claire et en abondance^ Les autres ne se clarifient point, et jettent autant de sable que vous avez vu. C'est le divertissement des premières heures de l'après-dînée; celles du matin se passent au cabinet, en attendant que les brouillards se passent, qui ont été ces deux jours fort épais et longuement.
« Le temps s'approche que j'espère avoir l'hopneur de vous voir. Ma fille, la carmélite', a fait sa profession ; on attend le jour du voile. Le R. P. Léon vous salue et toute la compagnie, etc. Ce 26 octobre.
ce Nous attendons des nouvelles assurées de Salces'. S'il y a d'autres livres à avoir chez Pelé, vous m'obligerez de les mettre à part et d'en arrêter le prix. Vous me renverrez les deux lettres encloses \ »
'c Monsieur, je vous rends grâces de la part que vous me donnez des nouvelles du dedans et du dehors.
i . Voyez, sur le même sujet, ci-après une autre lettre de Mole à Dupuy.
2. Françoise Mole, qui fut plus tard abbesse de Saint-Antoine de Paris , et dont l'oraison funèbre , prononcée , en 1 686 , par Joseph de Fontaines (de la Boissière), fut imprimée , in-4**, en la même année.
3. Il est difficile de préciser le pays dont Mole veut parler. Il existe une localité de Sais dans le Forez, de Saises dans le Roussillon, et de Salts dans le Tyrol. Selon les usages du temps, les noms ne sont pas rigoureusement orthographiés , et on pouvait , en l'année 1632 , attendre également des nouvelles de ces diverses localités.
4. Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettres lu, lxxviii , xxii, l'ixn, Lxxni et lxxi.
I^s unes et les autres donnent assez de sujet de mécontentement, mais entre autres celle de la coadjutorerie ^ ; ce sont brevets extorqués lors de la foiblesse du gouvernement, et au temps qu'ils se faisoient croire nécessaires : ce sont les fruits de nos mouvements de bis et suivants. Serons-nous si lâches qu'après la primatie établie ', à laquelle le feu évéque de Toul , diocésain de Nancy, a cédé , que Ton souffre que cet évéché tombe entre les mains de ceux de Lorraine, qui ont déjà Tabbaye de Saint* Amould? Ils uniront les domaines de ces bénéfices à leur souve* raineté pour l'agrandir tant qu'ils pourront, et pour le spirituel feront que tous les diocésains ne reco* gnoitront que le primat, faisant tomber en même main l'un et l'autre. Je sçais de très-bonne part leurs des*
i. Les coadjutcurs de l'évéché de Toul furent d'abord , ai 16i0, le prince Charies de Lorraine, alors âgé de six ans, doflt il est souvent question, dans ce volume, sous le nom de Charles IV. Il eut pour successeur son frère puîné le prince Nîcolat-Fkmçois» qui fut plus tard cardinal , et enfin duc de Lorraine (Charles Y), après la résiliation du duché faite par son aîné (voy. , d-après, la note de la page 180). Mais ces coadjuteurs n'eurent que l'administration du temporel de l'évéché de Toul. L'évéque de Sitliie, suffragant de Toul , gouvernait le spirituel. L'électeur de Trêves s'opposa vivement à l'érection de liancj en évéché. (Test à k prochaine vacance de la coadjutorerie du prince Ïïicolas-Françoit que Mole fait allusion dans cette lettre.
2. Le duc Charles III de Ix)rraine, par suite de l'oppositioii de rélecteur de Trêves, n'ayant pu faire] ériger lYancy en évécbé, fonda dans cette ville, en l'année 1602 , une église exempte delà juridiction de l'ordinaire, sous le nom de prin^tiale, et il la dota richement. La bulle du pape Clément VIII, contenant loos les privilèges accordés au primat, est imprimée dans V Histoire de Dirraine de D. Calmet, t. III, p. cccclxiij. Le primat en exeroioe ciait alors Antoine de Lcnoncourt (1607 à 1636).
iBeitiâ, que dous laiisotis exécuter insetisiblement. Je âçaift bien que Ifi Loitaine esit petite, mais II9 appelleront à leur secours ceux que nous craignons trop ; la nécessité notis forcera de Yoir le mal : veuille Dieu que ce ne soit pas lorsqu'il sera sans remède ! Je ne cesserai jamais de vous chérir comme je le dois, et de TOUS faire cognoitre que je serai toujours, etc. Ce samedi, cinq heures du matin'. »
H Monsieur, vous pouvez croire si, parmi ces dé*plaisirs, je reçois contentement des vôtres (lettres). J'attends le coup de Compiègne; je le recevrai avec Tesprit que je dois : veuille Dieu que ceux qui disent avoir aidé à dissiper Forage ne l'aient fait ! mais nous sommes au siècle ayquel on joue le. double. Témoignez, s'il vous plait, à M. de la Ville-aux-Clercs mes sentiments du regret qu'il a de ce procédé à mon endroit. Je souhaite la fin de vos mécontentements et de vos affaires, pour avoir le bien de nous entretenir en liberté , où je réserve le reste des pensées \ En
i. Même collection, t. DCLXXXV, lertre xxvi. C. Les lettres de Mole, de l'année 1632 , ne nous disent rien 4*iine brochure qui arait été imprimée et mise en vente depuis quelque temps, et qui célébrait cependant le frère même du Procureur Général, le P. Athanase Mole, mort le S6 juillet 1632 (roy. la note de la page 471, t. l**" des Mémoires que nous pou- TMW compléter aujourd'hui). — > La brochure dont nous roulons ^irler est indiquée dans la Bibliothèque hisujritfue ^ édit« Fontetle, «U n* SI 675, sous le titre suirant 2
m Action très-chrétienne faite à Fontainebleau ^ par le Roi
£ocns Xin, le jour de l'Ascensioii dernière. Paris, 1631, in^2.<«*-
Aaêoiue Dumont, oi-devâtit ministre, peudant vingt-'sept ans ^ des
C|^lises prétendues réformées de 8anit<»Aignan et ministre au
A€#iiie, ajrtnt été converti par lo R. P. Athanase Mole, ca|Hioin
«Viissionnaire, Look XIII vdUlili qU« l'abjuration se fk à Fontai-
im MÉMOIRES.
attaidaDt, vous prendrez assurance de la volonté que j'aurai de chérir votre amitié comme je dois, étant, Monsieur, votre, etc. Ce vendredi, neuf heures du soir, (c Les nouvelles de Hollande sont très-avantageuses pour rétat présent des affaires ; je les tiens assurées par cette voie. M. de Thou ne m'aimera pas moins que de coutume; aussi le servirai-je toujours. Mes recommandations, s'il vous plaît, à messieurs vos frères ^ n
LE I>ARLEH£ICT REFUSE d'eNREGISTRER LA DÉCLARATION DU ROI RELATIVE AUX OFFICES DES CONDAMNÉS PAR CONTUMACE.
£xil du président de Mesmes. — Lit de justice du Roi. ^ Cérémonial et discours.
Le 12 avril 1633, sur le refus du Parlement de vérifier la déclaration relative aux offices des condamnés pour crime de lèse-majesté, le Roi entra en son Parlement. Sa Majesté avoit envoyé ses lettres de déclaration, en date du 31 janvier, par lesquelles, en interprétation des ordonnances de Moulins et Blois , il lui plaisoit ordonner qu'il seroit pourvu , de sa part , aux offices des condamnés par contumace pour crimes de lèse-majesté, nonobstant que les cinq ans ne fussent passés, suivant l'article 28 de l'ordonnance de Mou-
nebleau, en sa présence, dans la chapelle du chAteau, et il signa avec la Reine , le cardinal de Richelieu et toute la cour, dans le registre où sont les actes des autres personnes qui (Hit reçu la même absolution par ledit P. Mole, qui sont au nombre de deux mille cinq cents. » — Voyez aussi, n*» 6049 (t. IV, supplément), une autre publication relative au P. Athanase. Elle a pour titre : De Ctmversione ad fidcm cat/tolicam duorum viroruin illustr. videlicet Jacob. et Dav. Rhodon^ per R. P. Athanasium Mole. Paris, 1685, iii-8. i . Ck)llection Dupuy, t. DCLXXXV, lettre xxxii.
lins (qui ne se pouvoit entendre des criminels de lèsemajestë), et suivant l'ordonnance de Blois, art. 183. Ayant'élé délibéré en son Parlement , par arrêt du 21 février, il fut arrêté qu'il ne pourroit entrer en vérification desdites lettres.
Depuis, ayant été proposé que la déclaration étant générale, elle avoit pu recevoir plus de difficultés ; mais que n'y ayant que l'office du président Le Coigneux vacant au Parlement, avec celui de Payen , il sufïisoit de donner provision des deux ofïices et en poursuivre l'enregistrement, vu même que l'office du sieur Le Coigneux lui avoit été donné gratuitement à la vue de toute la France , pour l'obliger de servir à l'union de Monsieur avec le Roi, et qu'au contraire, il avoit été l'instrument des désordres qui ont suivi, et que toute donation se pouvant révoquer pour ingratitude, le Roi pouvoit, avec beaucoup plus de raison, faire cognoitre à un chacun le juste mécontentement qu'il avoit de son procédé et lui faire ressentir les peines qu'il méritoit : Sa Majesté se résolut d'envoyer les deux autres déclarations, en date du.... (sic) mars dernier, pour les deux offices seulement, et son Parlement ayant délibéré sur celle qui regarde l'office de Payen, arrêta qu'elle seroit mise au greffe pour être délibérée après les cinq ans portés par l'ordonnance de Moulins, article 28, qui seroit exécutée en tous ses points, sans qu'il y puisse être contrevenu.
Cet arrêt donna sujet au Roi de venir en son Parlement; et, pour faire sentir son indignation, envoya, le mercredi 23 mars, commander, par lettres portées par le sieur Lucas, secrétaire du cabinet, à M. le président de Mesmes, auteur du suffrage suivi par le plus
no MÉMOIRES
de voix^ qu'il eût, dedans le lendeinaiD « à sortir de Paris pour s'en aller à Blois et y demeurer jusquas à ce qu'il reçut autre commandement.
Il partit le jeudi 24, sur les dix heures.
Les fêtes de Pâques étant passées, le Parlemeol reti* tra le jeudi suivant 31 . Et ce même jour, les Chambres furent assemblées sur le prompt départ de M* k président de Mesmes , et par arrêt, il fut arrêté que très-humbles remontrances seroient faites au Roi et qu'il seroit supplié très-humblement de commander son retour, et M. le Premier Président fut député.
Je fus aussi chargé par la compagnie d'aller trouver M. le Garde des Sceaux, afin qu'il lui plût prendre la peine de sçavoir le lieu et l'heure qu'il plfliroit au Roi donner pour l'aller trouver, vu son absence de Paris et son séjour incertain. Le vendredi (25 mars), sur les sept heures du soir, je reçus de M. le Garde des Sceaux Séguier', la lettre suivante : t( Monsieur, ce mot
i. Pierre Séguier, président au parlement de Paris , avait été nomme garde des sceaux de France le deinier février i633, eft remplacement du marquis de GhAteauneuf, que RicheUeit atik fait arrêter peu de jours auparavant.
La disgrâce de M. de Châteauneuf avait eu pour cause aes i^ lations intimes avec la duchesse de Chcvreuse, Tune des ennemies du Cardinal ; d'autres disent que le peu de chagrin qu'avait té* moîgné le Garde des Sceaux lors de la grave maladie éaût le Cardinal fut atteint pendant le voyage de la Reine à Bordeiax, «xdia les soupçons de Son Éminence, et son arrestation fut décidée taen* tôt après.
Les gardes des sceaux qui se succédèrent en Fralice sons le règne de Louis XIII ont donc parfaitement justifié cette malhea* reuse maxime exprimée dans les Mémoires de Richelieu (t. VlIIt p. 105) ainsi qu'il suit : « On accuse facilement ceux qui ne sont pas en état de se défendre. Quand Tarbre est tombé , tous accourent aux branches pour achever de le défaire \ la bontiè oti i
DE MATHIEU MOLE. (1633.) 17i
pour VOUS donner avis que je me rendis hier à Saint* Germain, où je saluai le Roi sur les si% heures du soir, (1 sou retour de la chasse. Je lui fis entendre la volonté que Messieurs du Parlement avoient de lui faire très-humbles remontrances^ sur le sujet de Téloignement de M. le président de Mesmes. 11 me commanda de vous écrire pour avertir la compagnie de se rendre samedi à Saint-Germain, pour y dîner et ensuite être ouïs à une heure précisément. Je vous prie donc de faire entendre^ la volonté du Roi à la compagnie^ et Tassurer que je tiendrai toujours à honneur singulier de la servir en toutes les occasions qu'il lui plaira me fournir* C'est ce que je vous puis mander, après vous avoir assuré que je suis , >» etc.
Ne pouvant faire entendre à la compagnie, vu qu'il éloît trop tard , Tordre que le Roi donnoit de Taller trouver le lendemain , samedi , à Saint-Germain, je le Aïs dire à M. le Premier Président, afin qu'il y pourvût dès le soir : ce qui fut fait.
Le samedi (26 mars), nous sommes partis trois de MM. les présidents et conseillers , tant des Enquêtes que des Requêtes, M. l'avocat du Roi Talon et di^ et sommes arrivés à Saint-Germain, sur le midi. Tous sommes descendus à l'hôtel de Villeroy, hors la c^ourdu château, et incontinent on a servi à diner, pré-
'V' Jttie réputation dépend de la dernière période de la vie : le bien ^< le mal passent à la postérité, et la malice des hommes fait plu- ^<»t croire à Tun qu'à l'autre. »> — On peut encore consulter, sur ** nomination du nouveau garde des sceaux , une brochure ayant P^r titre : La disgrâce de M. de Chdteauneuf^ et rétablissement * ai, Séguier en sa place ^ in-8»; ainsi qu'un Panégpiqiie par <^«rnier. Paris, i63« et i633.
paré par les officiers du Roi. M. le comte de Lanoy, premier maître d'hôtel , est venu visiter, et plusieurs autres. Et après avoir attendu une heure après dîner, le sieur Lucas, secrétaire du cabinet , est venu avertir d'aller vers le Roi. Lequel nous avons trouvé en son cabinet du vieux château, où étoient aussi avec lui M. le cardinal de Richelieu, à main droite, avec BIH. de Bullion^ et Servien ; à main gauche, M. le Garde des Sceaux^ M. Bouthilier, surintendant, M. de Loméoyei la Vrillière et Bouthilier, secrétaires d'État, et peu d'autres. M. le Premier Président a parlé au Roi, et après lui avoir témoigné les ressentiments de la compagnie, il l'a conjuré de se surmonter soi-même en sa colère, et que c'étoit une des plus signalées victoires qu*il pourroit acquérir, en rendant la liberté à M. le président de Mesmes, son confrère, et lui permettant Tezer^ cice de sa charge. ' •
Lors, le Roi a dit : « Qu'il vouloit répondre luimême et non M. le Garde des Sceaux. — Quand on ju* geoit quelqu'un à la Tournelle, ce n'étoit pas seulement pour lui faire souffrir la peine de son crimes mais afin que, par son exemple, les autres soient retenus en leur devoir. Qu'ainsi , quand il a commandé au président de Mesmes de s'en aller, ce n'a pas été pour sa faute seulement, mais pour faire en sorte qu'à l'avenir vous soyez plus sages. Quand les juges
i . On lit à la marge du feuillet 294 la note suivaDte de Moié : « que ce même jour, et un peu devant que nous entrassioiis» il a voit plu à Sa Majesté donner l'Ordre à M. de Bullion, surintendant, comme garde des sceaux de TOrdre , et à M. Bouthilier, aosii surintendant, comme trésorier de TOrdre, au lieu du sieur Moran.-» Voyez, sur la promotion de ces deux personnages, un rédi qui se trouve dans le Mercure français de l'année 1633, p. 78.
présidiaux manquent à ce qu'ils vous doivent, vous les déclarez criminels de lèse-majesté du Parlement, vous les interdisez de leurs charges. H faut que vous confessiez que la puissance que j'ai sur vous est beaucoup plus grande que celle que vous avez sur eux. C'est donc à moi à user de mon autorité à votre égard, quand vous vous oubliez de ce que vous me devez. Si j'envoie quelque affaire au Parlement qui mérite de me faire remontrances, je les trouverai toujours bonnes; mais aussi, après cela, j'entends être obéi ponctuelleinent. Quant à ce que vous dites que ce n'est pas manque de bonne volonté si je ne suis pas content, je vous déclare que je veux d'autres effets des bonnes intentions de mon Parlement. Servez-moi mieux à l'avenir. J'irai mardi en mon Parlement et veux que Tordre ancien soit rétabli : que quatre des présidents viennent au-devant de moi , avec nombre de conseillers; que le chambellan qui est à mes pieds soit couché et non assis; que le Garde des Sceaux venant parler à moi soit à genoux, comme on avoit accoutumé. »
Et après, chacun se retirant, il plut au Roi nous
appeler et nous demander si nous avions entendu ce
qu'il avoit dit. Nous avons dit que oui , avec regret,
puisque c'étoit marque de son indignation contre son
Parlement ; que pour le nombre qu'il commande être
augmenté, que c'est bonheur de lui témoigner des
soumissions extraordinaires, puisqu'il en mérite tant
que Ton ne lui en peut assez rendre, n Vous direz aux
^éâdents que j'entends qu'ils se lèvent quand M. le
^î^e des Sceaux entrera et qu'ils lui rendent l'hon-
'^^ur qu'ils font au dernier d'entre eux. »Et lors nous
m MEMOIRES
avons pris congé de Sa Majesté : et aussitôt ayaulP mrM retrouvé M. le Premier Président, j'ai satisfait à ce^^3 qu'il a plu à Sa Majesté nous commander.
Le lundi 1 1, M* de Rhodes , grand maitre des ce -^
rémonies, est entré au Parlement et a apporté les let— — > 1res de cachet du Roi , par lesquelles il déclare qu*iK ^ viendra tenir son lit de justice en son Parlement, le^sm
jour de ma^rdi suivant , afin que l'on s'y trouve en l'or ^-
dre accoutumé.
Le mardi, sur les dix heures, le Roi est venu en i Sainte-Chapelle ouïr la messe, et aussitôt que l'on l'a sçu, sont partis MM. de Bellièvre, Pottier, I^e Bailleui et Séguier, présidents, pour aller au-devant avec huit des conseillers de la Grand'Chambre. Et avant qu'il entrât au Parlement, est arrivé M. le garde des aceaui Séguier; et M. le Premier Président qui étoit seul s'estrr^ levé et a parlé à lui , et a pris sa place en la chaire du ^ Garde des Sceaux, et le Roi est arrivé incontinent après et s est assis. A côté gauche étoient MM. les car- — dinaux de Richelieu et de la Valette ; à côté droit , M. le duc de Monlbazon, de Brissac, de Chaulnes, el M. de la Force, maréchal de France. À ses pieds, M. de Chevreuse, grand chambellan, et le prévôt de Paris plus bas , et un peu plus haut, trois des capilai* nés des gardes.
M. le Garde des Sceaux est allé parler au Roi et a été à genoux tant qu il a parlé , et puis est descendu en sa place et a discouru du sujet du voyage du Roi et des déclarations contre les officiers criminels. Après, M. le Premier Président prononça aussi un discours. Les édits de suppression et de création dW office de ^ président en faveur de M. de Lamoignon et de cou* "^
DE MATHIEU MOLE. (i633.) 173
seiller en faveur du sieur de la Haye ont été lus. Après a parlé M. Bignon, avocat du Roi, moi présent; M. Talon , avocat du Roi, posa les conclusions pour qu'il fût mis sur las lettres patentes ; lues, publiées et registrées, et que les officiers soient reçus , en prêtant serinent en tel cas requis. M. le Garde des Sceaux est allé au Roi, s'est tenu à genoux tant qu'il a parlé , de là est allé aux cardinaux et puis aux ducs et pairie et maréclial de France; est descendu après aux présidents et ainsi aux autres. Puis est retourné au Roi, est descendu et Il prononcé. Il a fait prêter serment au président .qui étoit debout devant le bureau qui sert à rabattre le tapis et qui est devant la chaire de M. le Garde dea ScMMiux, et lui a dit qu'il allât prendre sa place : ce qu'il a fait^ et MM. les Présidents se sont levés comme il passoit» Et puis le conseiller a aussi prêté serinent, et M. le Garde des Sceaux a dit à MM. Gayant et Barillon, et autres conseillers de la première cham* bre, d'y aller pour être présents à son instaUatiopi qui â iti faite par M. le pi'ésident Lamoignon.
Et le Roi s'étant levé de son siège, avant qu'il fût descendu au parquet, il a appelé M. le Garde des Sceaux, M. le cardinal de Richelieu s'est approché et MM. de RuUion et Routbilier y sont aussi montés : et là a tenu conseil» et puis en descendant a parlé à M» le Premier Président et, m'a-t-on fissuré qu'ayant trouvé quelques termes de son discours trop hardis , il en a témoigné ses sentiments lui-même. Ce fait, chacun
i. (Mlectioil Golbert, L CCXH , p. S93. — - Le Mercure fran^ falr, t. XIX, p. 67, mentionne à peine celte séance impofUnte du ffiffleinent.
JHOLà A M. LE GABDE DES SCEAUX Sl^GUIER. Police intérieure du royaume. — Chambre de TÊdit. — Siège de Nancj.
(c Monseigneur, j'ai différé de faire réponse à celles que vous m'avez fait Thonneur de m*écrire sur la fin du mois passé , jusques à ce que j*eusse obtenu arrêt conforme aux intentions du Roi ; vous en trouverez b copie ci-enclose. Je ne m'ose néanmoins promettre grand secours, puisque les officiers subalternes ne trouvent point de personnes de cette condition , se contentant d'un aveu de quelqu'un de la maison des grands, ou de ce qu'ils disent qu'ils travaillent sur l'eau. Nos lois ne servent de rien sans exécution , qui doit être nécessairement faite par ceux préposés aux charges subalternes , qui ne prennent soin du public qu'en tant qu'il y a de la faveur à acquérir ou du profit à faire. Ils ont été tous mandés et avertis de leur devoir; ils y ont toujours donné tous les ordres néces« saires, à ce qu'ils disent : et néanmoins, notre mal augmente de jour en jour*; des avis, ils n'en tiennent
1. Depuis un an, en effet, Mole avait obtenu du Parlemenl divers arrêts relatifs aux vagabonds et mendiants de la ville de Paris. Celui du 16 mars 1632 portait : « Sur la plainte faite par le Procureur Général du Roi , des assassinats , violences et voleries qui se commettent nuit et jour, tant en cette ville et faubourgs que es environs, par nombre de soldats vagabonds et gens sans aveu , requérant y être pourvu : la Cour arrête et ordonne que tous soldats non enrôlés, vagabonds et autres qui ne sont domestiqua demeurant actuellement es maisons des seigneurs, videront de notre ville et prévôté et vicomte de Paris, dans vingt*quatre heura après la publication du présent arrêt; à faute de ce, sera permis au lieutenant criminel de les emprisonner : ordomie que Parrél portant pouvoir audit lieutenant d'envoyer lesdits vagilvmds ans galères, sera exécuté selon sa forme et teneur; fait défense k toa
DE MATOIEU MOLE. (1683.) 177
compte; des accusations publiques , Us trouvent moyen d'en sortir. On exerce les charges povtr liBLgain seulement^ et l'augmente-t-on par toutes sortés.d'inv'entions. On se sert de la justice contre la justice même.
K Quant aux condamnés aux galères, en le proposant à la compagnie, cela eût pu recevoir difficulté, puisque les peines sont prescrites par les arrêts qui ne peuvent être changés sans lettres patentes. S'il vous plaît m'envoyer lettres de cachet adressantes au con-
huilier, tavernier, cabaretier et locataire de maison, les recevoir ni loger, à peine d'amende arbitraire et de punition corporelle s'il j échety » etc. (Registre du parlement.) Le i6 juillet de la même amiée , il y eut un nouvel arrêt ordonnant l'ouverture d'ateliers pour donner moyen aux pauvres de gagner leur vie, et les empêcher de vaguer par les églises et les rues de Paris. Une année de taxe de l'aumône générale, pour faire un établissement ou hospice des pauvres, fut levée par ordre de la Cour. Toutes ces mesures n'arrêtèrent pas les désordres , comme on le voit pim les deux lettres suivantes du garde des sceaux Séguier, adressées à Mole :
« Les laquais firent hier une nouvelle violence à des sergents qni menoient un homme prisonnier, accusé d'avoir trois feinmes.
« Je pense qu'il seroit à propos de demander à la Grand*Chàmbre que le règlement portant défense de porter épée par les laquais soit exécuté. Le prévôt de l'Isle s'offre de le faire observer, pourvu que Ton l'assiste d'hommes et d'un peu d'argent, dont il assure avoir besoin. >
« Monsieur, je visitai hier Son Éminence; elle étoitbien avertie du décret donné, que l'on a fait passer pour un grand soin et diligence , avec cette addition qu'il ne tient plus qu'à vous : et TOUS conjure de n'oublier aucun soin pour la capture, et d'y veiller autant qu'il se pourra.
« La violence faite au lieutenant-criminel donnera sujet nouveau de discourir; je crois qu'il aura fait sa plainte ce matin au Parlement, et vous prie me tenir averti de ce que l'on aura fait Je suis. Monsieur, votre très-aflectionné serviteur.» (Collection Colbert, t. tl , p. 240 et 34i .)
ilÈ MÉMOIRES
ducteur, à ce qu*il conduise la cbahie en tel lieu qu*i plaira au Roi de nommer, au lieu de Marseille oc Toulon, et que, lorsqu'il sera arrivé, on lui fera bail* 1er décharge valable , je ferai préparer les chaînes es attendant pour faire partir aussitôt. Lors du siège dâ la Rochelle, il plut au Roi commander que Ton y menât la chaîne ; mais aussitôt qu'ils furent déchaînés, ils s'enfuirent, et ne tira-t*on d'eux aucun service. Il me suffit d'obéir, puisqu'il platt à Sa, Majesté com< mander.
« Je n'ai pas poursuivi Tenregistrement de la Chambre de l'Edit, prévoyant les oppositions et ayant açu les discours qui se sont tenus. L'édit de Nantes porte rétablissement de la Chambre ; mais depuis ce temps on a observé d'y mettre deux conseillers de chacune chambre, et le surplus du nombre des couseillersa été pris, selon qu'il a plu à Messeigneùrs les Chanceliers et Gardes des Sceaux, pour y servir deux ans seulement. Et quand ils ont envoyé les commissions contre cet ordre, cela a donné sujet de délibérer, comme vous verrez par un ârrét donné en 1624. £n.celle*ci, il y en a huit de la quatrième chambre et nul de la cinquième ; vous y pourvoh^ez s'il vous plaît*, puisqu'encore que le Roi puisse tout d'autorité absolue, il
i é Le Garde des Sceaux refusa de modifier la composidon de la Chambre de TÉdit, ainsi que Mole le lui demandait; aussi j.cttKil opposition du Parlement pour l'enregistrement des lettres du Roi. On voit, par les registres de celte Gour^ qu'elle ne consentit à les enregistrer que sur la déclaration du Procureur Général qu'il avait fait au Garde des Sceaux des observations sur l'irrégularitc de la Chambre de l'Édit pour Fannce i 634, et que ce ministre avail promis d'observer à l'avenir Tordre acoeutumé. Cette promeisc fut mentionnée dans les registres. (Séance du 44 novembre 1693.}
DE MATHIEU MOLE. (i633.) i79
ne s'en tert néanmoins qu'en ocoasions très^pressantes. Je m'ose promeltre l'honneur de vous revoir de<^ vant que la commission s'exécute; vous me permet «- Ires de réserver pour lors ce que le papier ne peut soqnHr.
« Nous attendons l'événement du siège de Nancy, qui Qe peut être qu'heureux, puisqu'il est entrepris pour Hne si juste cause, importante à Thonneur et à Vassuranée de la couronne. On lui fera sentir (au duc de Lorraine), pour la dernière fois, l'injustice de son procédé, et lui fera*t*on cognottre qu'il ne mérite pas de posséder un État, puisqu'il abuse si souvent du peu de puissance qu'il a.
« 11 a eu non-seulement la pensée, mais a bien osé commettre un rapt public' ; et si l'on considère le temps , le lieu , la personne et les suites de l'avenir, on recognoltra ce crime si grand, qu'il ne peut être asses sévèrement puni. Vous n'honorerës personne de voi commandements, qui y obéisse plus (idèleihent que votre*, etc. Ce 3 septembre 4633. »
U GAini nBS SCBA.UX SKGUIER A MOlJ.
Affaires de Lorraine. — Négociations. — Habileté du eardinal de Richelieu. ,
« Monsieur, je vous mandois du 9 le traité fait par M. le cardinal de Lorraine avec Sa Majesté , pour le
I. Voyez ci-après > année 1634, les chefe d'accusation portés oontre le duo de Lon*ain€ à Pocfasion an mariage' de Monsieur avec la princesse Marguerite , dont le Roi demandait l'annulation au Parlement.
fv BflbKothAqtie impériale, oolleedon de Saiat-Ocrmaifi des Prés, «^IICCIX,t. P», p. 7.
dépôt de Nancy, et que l'on attend son retour pour l'exécution ; depuis il est arrivé hier soir et descendu chez M, le Cardinal, où, avet le conseil, il fit cognoltre la volonté de M. le duc de Lorraine , son frère, d'agréer le traité et l'exécuter suivant le pouvoir qu'il lui en a donné ; et de plus, qu'il s'étoit démis de tous ses États entre ses mains ^, en sorte qu'il n'est plus duc et désire demeurer comme particulier. L'exécution du dépôt de la ville de Nancy est remise à mardi, que Sa Majesté y doit entrer, établir la .garnison de quatre mille hommes , avec un gouverneur. Ce dépôt est pour quatre années : lorsque le traité sera .exécuté, vous en aurez, si je puis , une copie. «Je ne vous dis point le prix de ces actionts, vous le sçavez assez juger par TefFet de voir venir une des plus importantes villes de l'Europe entière, la capitale de l'État de Lorraine, la porte de l'Allemagne, entre les mains du Roi qui n'a pas plutôt entrepris cette action qu'elle lui a succédé. Ce sont des conduites admirables, qui sont soutenues par l'esprit de Dieu qui favorise la piété de notre prince. Il faut avouer qu'il n'y a rien d'égal à l'esprit de M. le Cardinal en ces grandes affaires; il a des prévoyances qui ne se peuvent concevoir ; des adresses à traiter les afTaires , que tout lui succède. Après cette victoire, la France n'a. plus que craindre : eUe peut tout entreprendre, n'ayant que le côté d'Artois à soutenir. Adieu, Monsieur, je suis, etc. Du camp devant Nancy, ce 1 1 septembre.
« Le duc de Lorraine est à trois lieues par delà Re-
i . L'acte officiel de cette donation ne fut rédigé que le i9 janvier i034 ; il est imprimé dans le Mercure français^ t. XX, p. iS6.
miremoDt. Le duc de Feria n'est encore passé et viendra bien tard^ »
BiPONSE DE MOLE.
Jtféme «ujet.
a Vous m'obligez infiniment de me donner part de l'exécution d'une af&ire si importante à l'honneur de la France et à la gloire de notre prince; tant est qu'il porte la peine de sa mauvaise volonté contre la France : lé duc de Lorraine n'est plus duc par la ratification du traité. Il reste de prendre possession de Nancy en. dépôts en quoi^ contre leur ordinaire procédé, il se faut promettre qu'ils n'y mettront pluà de demeure. Je ne doute point qu'en la démission des États, on ne désire principalement celle de la Duchesse et l'autorité de son mari seulement à cet eflet : autrement ce seroit confirmer leur prétendue loi salique et lui donner tm pouvoir qu'elle n'a pas. Par ce moyen ^ le cardinal fi*ère lui rendra son Etat aussi facilement qu'il Fa reçu et ne le gardera peut-être qu'un jour, comme le duc de Vaudémont père fit quand il se voulut faire déclarer duc françois. Je ne parle pas de la jeune sœur, d'autant que le père, par son testament, en a disposé au profit de l'ainé. Si on rend ces États y retenons pour le moins ce qu'il a usurpé sur la France et sur les Évéchés, et si Ton accorde délai pour l'hommage, qu'il ne jouisse plus à l'avenir des droits souverains qui lui ont été honteusement délaissés. Il semble que si la paix est faite en Lorraine, qu'il ne sera plus nécessaire d'envoyer ni galériens ni vagabonds. J'attendrai vos ordres.