‹ Mémoires de Mathieu MoléChapitre 62 sur 146 · M. lie Sillery fui créé chancelier de France en · texte numérisé non relu

M. lie Sillery fui créé chancelier de France en

2. Il était alors défendu « de porter en lin, chemises , collets, nian«:heue$ . coiffes , rabats , camisoles , rabat-manchettes, mouchoirs tant de cols que de bas à botter, et autres linges, aucune découpure, broderie de fil d'or ou d'argent, [Missemefits, dentelles, points coupés et manufacturés tant dedans que dehors le royaume, sauf les passements qui se font dans le royaume, jusques à- la valeur de 0 livres Taune, sans pouvoir coudre ni appliquer plusieurs passeirents ensemble, ni que Ton puisse porter, sur le col ni ailleurs, plus d'une pièce qui soit garnie dudit passement. » (Voir des lettres patentes dn 5 novembre, enregistrées le 10.)— * De nouvelles défenses furent encore faites, un an plus tard, Je i 6 avril 1 63i. On ne laissait alors porter ni drap, ni toile 4'or oi| 4-argei|t, fin ou

DE MATHIEU MOLE. (1633.) iW

ce qui me fut dil. Je n'ai point encore parle eu particulier à personne pour sçavoir à quel dessein la comfM^ie dësiroit ce voyage, ne prévoyant pas d'occa^ sien d'employer rautorité du Roi, puisqu'il lui plaît faire la loi et prendre rësolulion de la maintenir, comme vous me mandez. On a huit jours de temps par icelle, devant que de commepcer les contraintes. Je verrai si les assemblées pour les monnoies oqt été tenues hors l'Hôtel de Ville, où la dernière fut faite» et où toutes les compagnies se trouvèrent en vertu des lettres du Roi, et ne manquerai de vous en rendre colllple^ Ce 9 décembre 1633. »

UOhi XV MÊME.

Allkiffe des monnaies. — Prix excesûf de For.

ir Monseigneur^ pouiT réponse à celles que vous m*avez fait 1 honneur de m'écrire touchant les mon-, noies, vous me permettrez de vous dire que cettç affaire est très-importante, et n'y change-t-on guère Tordre établi sans dommage public. Le pied qu'une couronné veut prendre ne dépend pas seulement d*elle, mais aussi des autres avec lesquelles il faut

faax, passements, broderies, franges, cordons, cannedlles, boutons de velours , sadn et autres ctoffes mêlées , couvertes ou passées d'or ou d'argent, fin ou faux ; les plus riches habillements devaient être en velours, satin, taffetas ou autres étoffes de soie, sans enrichissement que de deux bandes de broderie de soie ou de deux passements dhrn doigt de large chacun ; il était défendu d'y ajouter tout autre ornement quelconque, comme aussi à to.utes personnes de vctir les pages , laquais et cochers , d'autres étoffes que de laine , avec deux galons sur les coutures et extrémités de leurs habits seulement. » Cet édit fut enregistré le 9 mai. I. Bibliothèque impériale, S. F. 2722, t. VI, pièce 117.

nëcessairement avoir correspondance, si leurs mo noies ont cours. Je sçais bien que le désordre y i très-grand, et qu il n'appartient pas à des sujets d'( surhausser le prix sans Tautorité du prince. Afin do: d'y apporter remède, on pourroit écrire premièreme aux Généraux des Monnoies, afin que toute la conap gnie donnât avis au Roi^ et, comme on fit en i 61 4, 'm Prévôt des Marchands et échevins à ce qu'ils asseï blassent quelque nombre de bourgeois et marchan qui entendent le cours des monnoies, afin qu'ils eu sent aussi à donner avis. Et comme cette affaire i garde tout le royaume , on feroit par après une pi grande assemblée en l'Hôtel de Ville , en laquelle ] députés de chacune compagnie se trouveroient , si vaut l'ordre que le Roi leur en donneroit, leur < écrivant et au Prévôt des Marchands. Et lors, de to ces avis, on choisiroit le plus avantageux pour le p blic, sur lequel on feroit dresser édit ou déclaratio qui seroit envoyé au Parlement et autres liçux on naires, ne présumant pas que le changement que Vt veut apporter soit seulement pour enP tirer profi mais aussi pour apporter remède au défaut de Ta gent et au prix excessif de l'or *. Ce 1 2 décembre 1 63

i. Collection Saint-Germain, n» 709, t. H, p. 83.

Lit de justice do Roi. *- Déclaration en faveur da duc d*Orlcans. — Harangnet du cardinal de Richelieu et de M. Bignon. — Discours de Mole. — Beautés de la harangue du Cardinal. — Les chanoines de Saint-Qitentin et Téréque de Noyon. -— Richelieu s'intéresse aux afiaires particulières de Mole. — Le Roi accorde ce que Mole désire.

— Édit de rédaction des rentes au denier dix-huit. — Le Parlement refiue de Tenregistrer. — Mole reçoit ordre du Roi de venir le voir.

— Le Parienient députera plusieurs de ses présidents et conseillers. — Andienee du Roi. — Lettre de jussion pour Tenregistrement de Tédit-.

— Enregistrement après protestation. — Considérations sur le mariage de Monsieur avec la princesse Marguerite de Lorraine. — Procédure à SDÎTre aa Parlement. — Lettre que le Roi doit écrire. — Faits haillés par le Procureur Général pour informer du rapt de Monsieur. — Reqoétef et conclusions du Procureur Général. — Lettre du chancelier Ségiûer an sujet de cette afRsire. — Mole envoie à Richelieu ses Con*. iidérations sur le mariage de Monsieur. — Éloge que Richelieu fait de ee travail. — U faut poursuivre rigoureusement ce procès. — Retour do doc dX>rléans en France.

Le mardi, 17 janvier 1634*, Taprès-dînée , Puget, lieutenant des cérémonies , apporta lettres de cachet à la Cour, par lesquelles le Roi témoignoit qu'il vpuloit entrer le lendemain , mercredi , en son Parlement* et y tenir son lit de justice pour alTaires impor-

i. Au commencement de cette année, le royaume jouissait d'im grand calme; partout l'autorité du Roi trouvait obéissance. Louis Xin> qui avait accordé une grâce complète pour les troubles du Languedoc, pensa aussi à publier une déclaration en faveur de son frère , afin de permettre à ce prince de rentrer en France.

î. D'après les Mémoires de Richelieu^ le Roi avait écrit, le 2 janvier , onc longue lettre à son Parlement contre le duc de Lorraine et en faveur du duc d'Orléans. (T. VIII, p. 68 et 67.) On trouve, en effet, le texte de cette lettre dans le Mercure fran^ çoisj t. XX, année i6â4, p. 8S3.

i98 MÉMOIRES

tantes : ce qui a été fait sçavoir à tous ceux de la compagnie pour se trouver en robes rouges.

Mercredi , sur les dix heures , le Roi est arrivé en la Sainte-Chapelle ; quatre de MM. les présidents * et huit conseillers' ont été au-devant. M. le garde des sceaux Séguier est entré avec Messieurs du Conseil, et MM. les Présidents se sont Içvés comme il a passé. M. le Premier Président lui a parlé, et on dit qu'il a protesté que c'étoit par commandement du Roi qu'il étoit debout. Et incontinent, le Roi est entré et s'est assis en son lit. Aux hauts sièges, du côté droit, étoient M. le prince de Condé, M. le comte de boissons, les ducs d'Uzès, de Chaulnes, de la Valette; les' maréchaux de France de ChàtiUon et de Brésé. Aux hauts sièges à senestre, M. le cardinal de Richelieu et M. le cardinal de la Valette. M. le duc de Chevreuse, comme grand chambellan, aux pieds du Roi; M. de Gordes, capitaine des gardes de quartier, et MM. de Tresme et Villequier, aussi capitaines des gardes, chacun avec un bâton, assis sur le marchepied entre le Roi et MM. les Cardinaux ; le prévôt de Paris*, sur le troisième degré qui descend.

Lors le Roi a dit, ôtant son chapeau : qu'il venoit en son Parlement témoigner, par effet, son affection envers son frère et son amour envers son pauvre

i. Ce furent MM. les présidents de Bellièvre, de Novîon, de Mesmes, de Bailleul.

2. Les huit conseillers étaient MM. Boucher, Pinon, Durand t de la Kauve, Le Clerc, de Courcelles, Chevalier cl Crcpin.

3. M. de Saint-Biisson était alors le prévôt de Paris «d fonction.

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peuplé; et qile M. le Gai*de des Sceaum feroit entendre ses intentions. M. le Gfarde des Sceaux est monté -vers le Roi et s'est rais à gerioui sur le mûrcbepied , et a parlé un peu avec le Roi ; il est descendu aussitôt et à fait une révérence aU Roi et s'est assis. Il a dit le sujet de la déclaration, a parlé des victoires, des Grands Jours, et de la décharge du peuple \

Après, M. le cardinal de Richelieu, assis, a fait un panégyrique excellent à la louange du Roi', et ôtoît son bonnet autant de fois qu'il notnmoit le nom de. Sa Majesté. Il Ta dit avec là dignité , rassurancé et Êicililé qui se pouvoient désirer, et une grâce nonpareille. Il ne serviroit de rien d^en exprimer quelques périodes, m'assuràn't qu'il sera imprimé'.

M. le Premier Président a remercié le Roi, comme il a accoutumé. Après, les lettres de déclaration ont

1. Ce discours fut grave, sérieux et très-élégant, au dire de Tanteur du Mercure françois^ t. XX, p. 4.

2. La Gazette de Renaudot dit (p. 23), au sujet du discours du cardinal de Richelieu : « Pllis il y avoit à dire en ce sujet, plus il y avoit de difIQcultc à le traiter ; mais l'éloquence sans pareille de Son Eminence, et la parfaite connoissance qu*il a de cette matière lui en rendit le discours si facile, qu'il parla plus d'une heure, durant laquelle on ne vit jamais une telle attention , dont les yeux de toute l'assemblée fixement arrêtés sur lui , leurs oreilles allachées à sa p«irole et leurs corps immobiles, étaient des signes certains, comme leur approbation unanime, éloignée de tout Soupçon de flatterie, le fut de leur ravissement, tel qu'il fut capable de convertir ce qu'il pouvoit rester de haine en affection et bienveillance. »

3. M. Bazin cite les passages les plus intéressants de ce discours {Histoire de Louis XI IJ, t. II, p. 317), qui a été imprimé en Tannée 1634. On le trouve aussi manuscritdans la collection Fontanieu de la Bibliothèque impériale, portefeuilles du règne de Louis XIII, à sa date. Enfin le Mercure français ^ publié en 1637, en réimprima i^««xte,t.X3t,p. 5.

été lues*; et après, M. l'avocat du Roi Bignon a pris la parole, et, avec son éloquence ordinaire, a rendu grâces au Roi des effets de sa bonté, de sa justice et de sa clémence.

Voici le projet de discours que je devois prononcer', sur la déclaration en faveur de Monsieur^ pen« dant ce lit de justice du Roi :

« Votre Parlement, cette cour des Pairs, ne pouvoit recevoir plus de joie et de contentement que de vous voir assis en ce théâtre honorable de la justice, établi par les Rois vos prédécesseurs pour la rendre à vos sujets : théâtre auguste, pu pour mieux dire temple saint et vénérable, puisque Dieu y rend ses oracles par la bouche des juges, leur inspire ses lois et ce qui appartient à leur devoir.

« Votre Majesté nous permettra de lui dire qu'encore que son Parlement ait, par diverses fbis, été favorisé de ce bonheur, qu'il étoit néanmoins ombragé par les sentiments qui lui restoient, considérant les occasions qui l'obligeoient d'y venir. Nous u^osons parler de ceux de Votre Majesté, puisqu'il faudroit entrer dans votre âme pour bien sççivoir quelle peine et quel déplaisir c'est à im bon prince de se voir engagé à se montrer père à ses sujets plutôt par des châtiments, que par des témoignages de tendresse. Ce lui est véritablement un martyre que d'être contraint de retrancher une partie de son corps, puisque les particuliers font un corps duquel le Roi fait la

1 . On en trouve le texte dans le Mercure français^ t. XX, p. Î5.

2. Ce projet de discours fut probablement abandonné lorsque le Procureur Général apprit que le cardinal de Richelieu devait aussi prononcer dans la même réunion un panégyrique du Roi,

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tète, et qu'un, membre ne se peut arracher d'avec les autres, quelque gâté qu'il soit , sans une douleur extrême.

ce Ce ne sont plus de ces ëdits qui. ne méritoient ce titre que par la marque qu'ils portoient de l'autorité royale , par votre nom et votre sceau , en la vérificatioq desquels vos plus fidèles officiers n'y rendoient autres devoirs que d'auditeurs et non de ju^es. La liberté leur étoit 6tée de donner leur suffrage et demeuroient sans fonctions , en la résolution de telles affaires important au bien de. son service, au repos de son État et à la sûreté de la fortune de ses sujets,

« Ce ne sont plus ces déclarations contre ces criminels de lèse-majesté, ces tonnerres et ces foudres dont les coups ont été portés si loin. Le jour est enfin venu qui nous fait espérer que les parties principales, d^devant désunies, se rejoignant à leur tout pour ne s'en séparer jamais, que ces étoiles errantes repren^ dront leurs places et demeureront fixement attachées au firmament de la royauté, ou plutôt que ces grands astres du ciel , qui ont jeté leur feu à contretemps, emploiront leur lumière, non plus pour brûler, mais pour luire et servir dorénavant leur soleil. Ce sera la fin de nos guerres civiles , mortel poison des États et principalement à la France, qui ne redoute autre coup pour arrêter le cours de ses prospérités que celui de ces mains parricides.

ce U ne manquoit à tant de semonces et de recherches que Votre Majesté a fait depuis le malheureux jour de leur séparation , que ce témoignage public des justes intentions de Votre Majesté; car encore

qu'après les assurances données au ndm du Roi 6n foi de prince, on ne pût désirer des gages plus cet^ tains, Votre Majesté néanmoins a voulu cboisir ce dépôt public de justice pour j consigner en sa présence les marques d'une clémence qui ne peut être assez louée.

(c En toutes les victoires passées, depuis la prise de cette ville qui a été la source des rébellions pdssëes et des avantages pour Tavenir, jusques à Feutrée dedaoê la ville capitale de ce vassal félon S il y a toujours eu quelque mélange qui a pu prendre part à la gloire. Mais en celle-ci, Thonneur est dû à vous seul , qui né peut être assez dignement exprimé, puisque vous vous êtes surmonté vous-même, qui surpasses en mérite tous les princes de là terre.

« Cette grâce inespérée fera recogbottre à Monsieur Tinfidélité de ceux qui n'ont cherché leur repos que dans le mouvement public, et la trahison ,de leurs conseils qui n'ont eu autre but que d' établit* leur grandeur dans l'abaissement de leur mattre. il lt>nipra sans doute les liens qui l'ont trop arrêté parmi les envieux du bonheur de la France, et se réveillant de sou profond sommeil , il trouvera Votre Majesté lui tendant les bras et l'embrassant avec des larmes de joie, qui lui témoignera de cœur que, rentrant dans le sein de la France, il ressentira les effets d'une piété paternelle ; et surtout, que comme son éloignement a été Tune des principales causes des charges extraordinaires imposées sur le peuple, aussi, par son retour, il doit attendre qu'elles seront levées et les pauvres su-

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