Collection Colbert, t. CCXII, p
2. CeUe lettre de M. Cohon fut imprimée dans un Recueil du temps, de format in-4», à la page 34. Mathieu Mole l'a détachée de ce Recueil, dont le titre nous est inconnu, et il Ta classée parmi ses papiers, ^^ous la reproduisons donc suivant les intentions de l'auteur des Mémoires, Au bas du feuillet 35 on lit : « Du bureau d'adresse, rue de la Calandre, au grand Coq, proche le Palais, à Paris, le 28 de janvier 4634. ^ De plus, à la page 33, se trouve encore le fragment d'un éloge du discours du cardinal de Richelieu , dont voici le texte :
« .... Car, plus on va en avant, plus apprend-on l'admiratioii qu'elle a causée dans les esprits.
« Les uns, et des plus éclairés du barreau, dirent tout haut qu'ils avoient ouï tout ce qu'on pouvoit attendre d'un homme , dont la portée ne pouvoit aller au delà. Les autres ne craignirent point de dire qu'il y avoit plus que de l'homme, estimant qu'ainsi que Dieu a assisté extraordinairement le Roi en beaucoup de ses actions , ainsi , en cette occasion , avoit-il voulu , par im secours plus qu'ordinaire, faire que ses serviteurs se surpassassent eux* mêmes à son avantage.
« Le ravissement dç cette action fut tel, que beaucoup disoient ouvertement qu'ils voudroient en avoir acheté la gloire au prix de tous leurs biens, quelques autres au prix de leur vie, qu'ils ne se fussent pas souciés de perdre après avoik* acquis la réputation que cette action apportoit à son auteur.
« Tous conviennent que jamais action ne fut plus accomplie , soit pour la substance deà choses et le jugement avec lequel elles étoient distribuées, soit pour le choix des paroles sans affectation, soit pour la grâce de Tauteur , lequel ctoit maître de son audi* toire , pour ce qu'il l'étoit de soi-même.
«Vous verrez, par la lettre suivante, le jugement qu'en fait l'évéqne de Nîmes, que la probité et réloquenoe ont élevé à la
DE MATHIEU MOL^.. (1634.) f05
partent aujourd'hui ne doivent porter antres nouvelles par le monde ^ que de l'action qui se passa mercredi au Parlement, où le Roi fit un trône d'amour de son lit de justice, n'employant sa séance qu'à retrancher des impositions et pardonner des crimes.
<K Monseigneur le Cardinal , y parlant près d'une heure des merveilles de Sa Majesté , fit voir celles de son esprit avec tant d'avantage , que maintenant un chacun doute, avec raison, si les miracles de sa main sont plus dignes d'étonnement que les oracles de sa bouche. En effet, Monseigneur, il est certain que sa manière de parler n'est pas moins admirable que sa façon d'agir, et qu'en son éloquence, comme en ses autres qualités, il fait une espèce tout seul. Tous ceux qui l'entendirent ne jugent autre chose de son discours, sinon qu'il est au-dessus de tout jugement; qu'il surpasse la foi et l'imitation de tous les hommes; que Tart n'a point de règles, ni la nature point de grâces qui n'y soient surmontées, et que pour faire ces chefsd'œuvre, qui n'ont point de semblables, il faut être ce Cardinal qui n'en a jamais eu. Quant à moi, Monseigneur, je sortis du palais en même état que ceux qui , ayant pris un breuvage d'amour, se trouvent enchantés et sentent bien la force du charme qui les tient; mais sans pouvoir bien dire quel en est le secret et la composition. Car c'est ainsi que les paroles de Monseigneur votre frère ' saisirent tous^ mes sens et
'^gnité qu'il possède maintenant, et sans vous dire mes pensées ^iir ce sujet , je me contenterai d'être simple relateur en celle ^^©casion. »
^ i. Cette lettre était donc adressée à Alphonse du Plessis, qui ^^:^it sorti du couvent des Chartreux pour devenir archevêque
me laissèrent traDsportë, par reffet ordinaire de cette magie amoureuse qu'il exerce sur les esprits capables de sentir la puissance du sien. Mais du recueil de son action , dont ma mémoire est toute pleine , il ne me reste qu'une certaine cognoissance d'avoir été charmé, sans que je puisse dire à Votre Emînence quel a été rartifice et l'ouvrage de renchanteur, cela passant de tous points la science , Monseigneur, dt votre*,» etc.