‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 2)Chapitre 17 sur 76 · Voy. Wt Mmmoirt dé Mieheliem, t. VII, p · texte numérisé non relu

Voy. Wt Mmmoirt dé Mieheliem, t. VII, p

M firent de grands compliments : le Cardinal voulant mener ledit Duc en son logis y et le Duc le Cardinal au s'en. Sur ces compliments, quelqu'un dit : « M. de Lorraine n'a pas ou! la messe. » Sur quoi le Cardinal*Duc hidit : « Monsieur, vous feriez mieux d'entendre la messe y et puis nous traiterons. » Il s'en alla. Le Cardioal-Duc avoit mis des gens pour prendre garde quand la messe seroit dite, pour aller attendre M. de Lorraine en ion logis ; mais ses gens n'ayant pas été assez prompts ]Mmr l'avertir, conmie il descendoit le degré de son logis, il trouva M. de Lorraine en tête, qui le surprit fort, et hidit : u Monsieur, j'allois à votre logis. » Là-dessus le passèrent force compliments, après lesquels ils montèrent en haut , où ils furent enfermes trois heures ensemble, sans rien faire. L'après-dîner, ils traitèrent encore pour le moins quatre heures, au logis du Cardinal- Duc; ils ne se purent accorder. Tout le monde croyant <[ue tout ëtoit rompu, l'ordre fut donné aux troupes qui étoient venues avec le Cardinal-Duc , de se tenir prêtes pour s'en retourner le lendemain 20 y à neuf heures du matin. Mais comme le Cardinal-Duc vint pour dire adieu su Duc en son logis, ils parlèrent quelque temps en- Kmble, et demandèrent une écritoire, qui leur fut apportée, et le traité fut signé à l'heure que les parties s'y tttendoient le moins.

A l'heure même, le Cardinal-Duc envoya lé comte de Nogent au Roi, pour lui donner avis que le traité étoit ôgné, et que le duc de Lorraine seroit le lendemain, ^rès dîner, auprès de Sa Majesté. A même temps , le Due fit partir le sieur de Contrisson, avec passe-port du Cardinal-Duc, pour aller à Nancy défendre, sous peine

^ ^a vie, que l'on ne tirât point : la journée finit ainsi. IV 7

98 APPENDICE AUX BfÉMOIRES

Le 21 1 le Cardinal-Duc est allé voir M. de Lorraine en son logis, et de là sont partis pour venir trouver le Roi y le Cardinal-Duc dans sa litière et M. de Lorraine dans le carrosse du Cardinal-DuC| oii ëtoient avec lui le cardinal de la Yallette, le nonce du Pape et le duc de la Vallette. Comme ils ont été proche le quartier du Roi , le Cardinal-Duc a monté dans son petit carrosse, et est allé trouver le Roi un moment devant que le Duc arrivât; puis M. de Lorraine est arrivé, à qui le Roi a fait toutes les caresses du monde, et le mena dans son petit cabinet, où étoient le Cardinal-Duc, le Garde des Sceaux, les sieurs de Bullion , Saint-Cfaamond , Brassac et Bouthilier. Ils ont discouru quelque temps. Âpres, le Cardinal-Duc est sorti avec tout le conseil, et M. de Lorraine est demeuré avec le Roi, qui Ta entretenu assez longtemps. Sa Majesté voyant venir Theure du souper , lui dit : « Allez vous reposer à votre logis, » et Ta fait conduire par M. le Premier Écuyer et plusieurs autres seigneurs de la cour. Ainsi a fini la journée.

Le 22 au matin, le sieur Bouthilier, secrétaire d'État, et le père Joseph, capucin, sont allés voir M. de Lorraine, et ont demeuré deux heures avec lui pour quelques petites difficultés qui restoient et pour résoudre le temps que les troupes du Roi pourroient entrer dans Nancy. Le Duc demanda lors d'envoyer quérir le sieur Jeannin, secrétaire d'État de Lorraine, qui étoit dans la ville. On Ta envoyé quérir aussitôt, mais il n'est venu que trois heures après. Cependant le Duc est venu voir le Roi, où il a été une heure ; on lui vint dire que Jeannin étoit venu ; il sortit aussitôt pour aller à son logis, et demeura enfermé avec lui deux grosses heures.

On donna cependant avis à Sa Majesté, de plusiev'S

DB liATmEU MOLE. 99

oôtésy ijne le Duc avoit quelque dessin de s'échapper, la nuit même ; à ce que Ton a sçu depuis on le croyoit dans la ville. A quoi Sa Majesté ne voulut pas ajouter foi ; mais, pour éviter tous mauvais événements, elle commanda que Ton fît bonne garde dans le quartier, qui est Tordinaire ; et quelques ofliciers du régiment des gardes eurent ordre de se promener autour du logis , de peur que si M. de Lorraine eût voulu sortir la nuit, les sentinelles ne lui fissent quelque mauvais tour : de quoi le Roi eût été au désespoir. La nuit se passa comme cela.

Le lendemain 23, le Duc dormit jusques à dix heures. Dàs qu'il fut éveillé , le Cardinal-Duc Talla voir, pour l'assurer que le Roi n'avoit rien cru des bruits qui avoient couru qu'il se vouloit sauver; véritablement, qu'il eût extrêmement fâché Sa Majesté s'il eût fait un trou à la lune^ de quoi toute l'Europe se fut moquée. Ce qui avoit obligé le Roi à faire la même garde dans son quartier qu'il a accoutumé en temps de guerre, qui est trèsexacte ; et commander à quelques offîciers de se tenir près de son logis, de peur qu'il ne lui arrivât quelque accident, comme j'ai dit ci-dessus.

Quand le Cardinal-Duc fut sorti, M. de Lorraine alla à la messe, puis retourna dîner ; la garde étant toujours fort exacte dans le quartier.

L'après-dîner , on croyoit entrer dans Nancy, les troupes mêmes furent commandées; mais une bonne partie de la journée se passa en allées et venues du sieur Xeannin chez le Cardinal-Duc, et aussi que le Duc dit que ses troupes ne sortiroient point de Nancy , sans une certaine marque qu'il leur avoit donnée. Pour cet effet, il «Qvoya dans la ville un de ses valets de chambre, auquel

400 APPENDICE AUX filÉMOIRES

il se confîoit, pour faire venir parler à lui le sieur Drus-^ net, lieutenant de ses gardes, qui porta Tordre d'ouvrir, le lendemain matin 24, les portes aux troupes du Roi ; et entrèrent, dès le soir, les maréchaux des logis du Roi avec le sieur de Miremont , capitaine au régiment des gardes, lequel manda, le matin, au Roi, que la garnison de la ville sortiroit, à huit heures du matin, par la porte Saint-Jean, et que ceux du Roi entreroient, à neuf heures, par les portes Saint-Nicolas et Saint-Georges, ce qui a été exécuté en la forme qui s'ensuit :

Premièrement , le marquis de la Force , maréchal de camp, est allé, avec trois cents chevaux, au bout de Tétang pour conduire la garnison ; ils sont donc sortis, la cavalerie la première, au nombre de deux cent trente, et r infanterie après, composée de deux mille trois cent dix, lesquels ont été conduits par ledit marquis proche de Rosières. Après est entré le Grand Prévôt et ses archers par la porte Saint-Nicolas. Le duc de la Yallette , colonel de Tinfanterie, avec huit compagnies des gardes, qui sont allés tout droit prendre possession de la vieille ville; suivoit après le sieur de Châtelier-Barlot,> maréchal de camp, à la tête de six compagnies des gardes, qui ont pris la porte Saint-Nicolas et la grande place de la nouvelle ville; en même temps, M. du Rallier, maréchal de camp , entroit par la porte Saint-Georges , avec six compagnies de Suisses, et a garni la porte et les bastions de main gauche jusques à la porte Saint-Nicolas. Après est entré, en suite de M. de Châtelier, le comte de la Suze à la tête de douze compagnies du régiment de Picardie, qui se sont saisis de la porte Saint- Jean et des bastions entre ladite porte et celle de Saint-Nicolas. Comme le Duc a sçu que tout étoit exécuté, il est venu voir le Roi, qui

lui fit grandes caresses. Le Roi n'y a pas été coucher la première nuit et n'y est entré que le lendemain 25, oîi étant près de la chapelle de Bon-Secours, le cardinal de Lorraine est venu au-devant de lui, assisté du marquis de Mercy et de plusieurs autres gentilshommes lorrains. De là le Roi est allé à son logis, pour donner promptemeni ordre à Texécution d'icelui.

mXTOUB DU DUC D^ORLilNS UT PRANGB, EN 1684.

(Voy. Uémoires^ t. II, p. 288.)

De Parai, ce 14 octobre 1634.

Monsieur , frère du Roi, ayant fait sçavoir à Sa Majesté qu'il désiroit revenir en son royaume et se remettre en ses bonnes grâces, Sa Majesté reçut cette nouvelle avec grande joie, et, pour cet effet, lui envoya les ordres pour tous les gouverneurs des places de Picardie, afin qu'ils eussent à le recevoir , ne sçachant pas lui-même à bquelle premièrement il se pourroit retirer, toutefois en gardant toujours leur sûreté : ce que mondit seigneur trouva très-juste. Donc, Monsieur, ayant reçu les ordres in Roiy prit résolution de partir à Tinsçu des Espagnols, Mirce qu'ils avoient bien fait cognottre, par leurs actions, jn'ils ne désiroient pas qu'il s'accommodât avec le Roi : A même croyoit-on qu'ils le voulussent arrêter. Deux ours devant son partement, le président Rose (chef du ïonseil d'Espagne en l'absence du marquis d'Ayetone), int trouver Monsieur et lui dit qu'il trouvoit bien étrange [u'il n'eût point fait de feux de joie du gain de la baaille de Nordlinguen, vu que la Reine sa mère en avoit ait, et que toute la ville étoit en joie; et qu'il le venoit Lvertir qu'il y avoit rumeur de cela dans la ville, et qu'il

102 AFPEin)ICE AUX BIÉMOIRES

le prioit que ses gens se tinssent clos et couverts durant trois ou quatre jours , de peur quHl ne leur arrivât accident. Tout cela fît juger à Monsieur la mauvaise volonté qu'il y avoit contre lui et les siens, ce qui le conforta encore dans la bonne résolution qu^il avoit prise dès auparavant.

Voyant donc Toccasion propre pour rezëcuter^ le marquis d'Âyetone étant allé à Tréveure, il prit son temps, le 8 de ce mois, fît semblant d'aller chasser le renard dans un bois distant de deux lieues de Bruxelles, oii étant arrivé, il prit le chemin de la Capelle, la plus proche place frontière de Picardie, éloignée de Bruxelles de vingt-cinq lieues, à laquelle il fut tout d'une traite ; son cheval mourut sous lui à la dix-septième lieue, mais en ayant fait mener six en main, pour rafraîchir ceux qui ne pourroient plus aller , il en prit un qui le porta jusques à la Capelle , où il arriva sur les dix heures du soir\ par un beau clair de lune, qui lui servit de beaucoup pour se faire recognoître. Car, approchant de la place, les sentinelles prirent Talarme, et toute la garnison prit les armes, et allèrent chacun en leur poste. Le gouverneur, qui est le baron du Bec, fîls de feu M. de Vardes, alla promptement sur le bastion du Roi pour voir ce que c'étoit. Il entendit une voix qui dit, conune les sentinelles demandoient : « Qui va là ? — C'est Monsieur, frère du Roi. 2> Le voilà bien surpris, ne sçachant rien de l'affaire ; il donne tous ses ordres pour se bien défendre, croyant que ce fût une entreprise sur la place. A l'heure même. Monsieur parla et lui dit : « Baron du Bec, empêchez que l'on ne tire sur nous. Je viens ici avec

i . Voy. les Mimovtê ds MicMisu, t. VH, p. 82.

les bonnes grâces du Roi et sa permission. » Le baron , cognoissant sa parole , commanda aussitôt que Ton ne tirât point. Lors Monsieur lui dit : « J'ai des ordres du Roi pour vous. Faites sortir quelqu'un à qui je les puisse donner. » Il fît donc sortir le baron de Longchamp, son neveu, capitaine au régiment de Piémont, qui l'ëtoit venu voir le soir précédent, auquel mondit seigneur bailla les ordres du Roi , lesquels il porta dans la place au gouverneur, qui reçut à l'instant Monsieur, lui sbûème, en gardant toujours sa sûreté, suivant les ordres du Roi; de quoi mondit seigneur lui sçut très-bon gré. Ceux qui étoient armés et qui entrèrent avec lui étoient les sieurs de Puylaurens, du Fargis, d'Elbène, Briançon, du Coudray et Senantes. Étant donc entrés, il dit au gouverneur : « Donnez«nous à souper; il y a dix-huit heures que nous n'avons ni bu ni mangé. » Le gouverneur lui fît apprêter diligemment à manger. Il fut bu à la santé du Roi et ensuite à celle du Cardinal-Duc. Puis le gouverneur le logea très-bien dans sa chambre, et dépécha aussitôt le baron de Longchamp vers le Roi, pour lui donner avis de l'arrivée de Monsieur, et lui dire comme tout s'étoit passé. Monsieur dépêcha aussi le sieur d'Elbène, pour témoigner à Sa Majesté la joie qu'il avoit d'être remis en ses bonnes grâces. U a demeuré à ht Capelle le 9, en est parti le 1 0, pour aller à Notre- Dame-de-Liesse remercier Dieu de l'avoir tiré d'oii il étoit, et, de là, est allé à Soissons attendre les ordres du Roi.

De NoyoDy ce 9 norembre. -

Le sieur de Chaulnes, en étant averti, est aussitôt parti, assisté des compagnies de cavalerie du cardinal de la Valette, qui étoient logées à Noyon, et de celles de

104 APPEIfDIGE AUX MÉMOIRES

Beauregard et de la Roque-Massebaut, pour lui ofiErir toute sorte d'assistance de la part de Sa Majesté et hn donner escorte pendant qu'il seroit vers la frontière; et^ ayant appris à Saint-Quentin qu'il avoit couché à Marie, l'y est aUé trouver pour lui faire ces mêmes offres.

M. de Chaulnes ayant trouvé Monsieur, frère du Roi, parti de Marie, apprit qu'il étoit allé diner à Notre-Dame* de-Liesse et qu'il viendroit coucher à Laon , lui coupa chemin entre Liesse et ledit Laon, ou il l'attendit jusques sur les trois heures après midi. Donc, Monsieur venant, le duc de Chaulnes le pria et conjura si instamment de vouloir venir coucher à la Fère , ou son souper l'attendoit , que Monsieur, après quelques résistances, lui disant qu'il avoit mandé au Roi qu'il alloit attendre ses commandements à Soissons , se laissa enfin aller et se mit dans le carrosse du duc de Chaulnes, et alla coucher à la Fère, ou il a été défrayé lui et les siens six jours durant, y ayant été tenu pour cet effet huit tables de trente couverts chacune. Il en est parti lundi dernier 1 6, et est venu coucher à Soissons, où ceux de la ville Tout défrayé. Il y a séjourné mardi, auquel jour le duc de Chaulnes lui a encore donné à souper, et, mercredi 17, est venu coucher à Nanteuil, où i! attendit les nouvelles du Roi. Il y vint dans le carrosse que Sa Majesté lui avait envoyé.

Le sieur de Longchamp arriva à Sainte -Geneviève*^ des-Bois, le 1 0 de ce mois, à huit heures du soir, comme le Roi soupoit, et lui apporta cette bonne nouvelle et ce qui s'étoit passé à sa réception. De quoi le Roi témoigna une joie extraordinaire, et dit au baron de Longchamp le contentement qu'il avoit de son oncle, de la façon dont il s'y étoit gouverné. Sadite Majesté l'envoya aussitôt au CardinaUDuc, pour lui faire part de cette agréable nou-

DK MATHIBO MOLE. IM

^fcde, kipiel Ta reço à Chilfi. & Majesté croit eanojé k sôgaenr i Soiasons le àtar BoothilicTy secié* dlÊtat^ pour rassurer de son afieciimi, et lui témoi* rcztrâne joie ipi'il a de le reroir dans son 103^11111169

cà il recevra toute sorte de bons tndtemeats*.

(Toy. la JttBoiref, t. n, p. ses à S6S.)

Dm cuip deiaat Gariiîe, ce 8 octobre.

Yont anra dqà sça oomme, le 2* jour de œ mois, le Bm alla à Amiens, où étoit le Cardinal-Duc, oîi se rendirent ansâ Monsieur, M. le comte de Soissons , k dnc d^ Angouleme , les marédiaux de Chitillon et de la Force, et aussi les àeurs du Hallier et marquis de la Fotcc, marédiaux de camp. En ce lieu fut

f . Dut k lettre nrante 3e Mole à Pierre Dopor, fl est an» qoe»i âm retour du doc dtMéant : t Monsieur, je toqs rends mille grâces âm kl put <pe toos wà'xrtx donnée de ït mcillenre dtyasifion de ce pctk mewem , et ai appns par M. Giraok qoe k pienne étoit si petite qoe eda a é$é cause de faû avoir £ût sooffiir on pea pins longteaqM dn mal , ■nia «fall j a tonte sorte d^e^Manoe de sa santé ; oomoM ansâ de Fêtât âm »oa aflaires publiques, qui , dans la justice des diticins dn prince, ■accède font toujours à souhait.

c Pai lu cette préface arec grand contentement, puisque j^y ai tu la iésiliL trè»-lMcn défendue ; l'auteur a eu très-grand arantage de louer Ici co— cils après les heureux crénements ; mais ce qui ne se peut assez mt/àmer^ c*est qu*après tant de sorte de perKmnes qui ont jusques ici enticprit les kniangcs de M. k Cardinal, fl les a publiées avec des pensées nonreDes et un style digne du sujet ; si die n*eàt été achcrée d*im- *, le retour de Monsieur j eut été ajouté, non en tobu, mab en cfleta, qui fait cesser nos craintes et nous donne des assurances de repos; c'en une TÎctCHre de laquelle nous recueillerons le fruit de jour en jour.

c Vous sçaTex qn^fl a été deux jours à Écouen, bien près de nous, et ^DC M. Bouthilier y étant arrÎTé hier sur les sept heures, fl en partit à «ûdi pour aller tronrer le Roi. Le reste est plus tôt tçu à Paris qu^icL Ja flû, etc. Ce famdi, lept heures. >

S. Sur les picpamifii de cette campagne et Wt premières opérations

prise la résolution d'investir Q>rbie de delà Tean. qui fîit exécute le même soir par le sieur de Fontenay-- Mareuil| maréchal de camp, avec dix mille hommes d^ pied et deux mille chevaux, lesquels s'allèrent camper'K^'^^ dans un bois hors de la portée du canon de là ville , oii^^^"^ il est retranché, le lieu étant assez fort de son naturel. ^ '* Monsieur et le comte de Soissons, avec tout le reste de Tarmée, sont demeurés logés à Buîgny et à Allonville , distants d'une honne lieue et demie de Corbie, du côté de Doullens.

Les travaux du coté de deçà (dont le Roi prend particulier soin, étant de son côté et sous lui le marquis de la Force et le sieur de Lambert, maréchaux de camp)^ seront^ dès le 8 du courant, en état de se bien défendre et seront en perfection dans peu de temps, sçavoir : le fort appelé Louis, qui est autour de Téglise dans la terre ferme; les deux redoutes dans la prairie, entre le premier cours de la rivière et le second à droite et à gauche du second pont ; et le fort qu'a entrepris le sieur de Campis, capitaine au régiment de Navarre, lequel est à la tête de tout dans la corne qui fut surprise et dont vous avez oui parler. Les travaux de delà consistent en sept forts et huit redoutes, sçavoir : trois forts et quatre redoutes, et les lignes d'entre-deux, entre la rivière de Somme et celle d'Ancre, et trois autres forts delà la même rivière d'Ancre et quatre redoutes, dont le maréchal de Châtillon et M. du Hallier prennent soin. Le Cardinal-Duc y vint le 6 de ce

militairet, "voy. les Mémoires de Richelieu , t. IX, p. 236 et siùt. Mais \t récit y est toat à fait hostile au duc d*Orléans et au comte de Soissont.La relation du Roi est plus circonstanciée et paraît empreinte d'one grande impartialité. Cependant, la part faite au Cardinal-Duc, pour la direction des opérations, est, comme dans les antres affaires de guerre , pent-étre un peo trop restreinte.

snois, «nqad M onnear fit tout voir, pois le C^ardinal re- Waaarùm coudier à Amiens.

Le Roi est loge à Demain , village distant d^une lieue de Gorbie, sur la rivière de Somme^ Sa Majesté n'ayant pu loger plus près, tous les villages du long de la Somme ^tant tous brûlés, et les autres, qui sont sur le haut, n'ont point d'eau, et étant aussi infectés de peste et de quantité de corps morts et charognes que les ennemis y ont laissés. Us ont rempli le peu de puits qui y étoient de chevanz morts et autres immondices , de façon qu'on a mieux aimé les abandonner que d'y loger; personne, même les paysans, n'y voulant retourner, de peur de mourir, mais ils se buttent dans les champs pour recueillir quelques blés et labourer leurs terres.

Sa Majesté alla, le 4 de ce mois, visiter les passages de Cerisy et Sailly, auxquels il traça les forts et redoutes pour empêcher les ennemis d'y passer une autre fois.

Le dimanche 5, le Roi se rendit à Amiens , oîi se trouvèrent le comte de Soissons et le maréchal de Qiâtillon. Là fiit tenu conseil , pour résoudre le reste des travaux qui se feront delà la rivière d'Ancre, vers le quartier de Monsieur. Puis, Sa Majesté s'en retourna coucher en son quartier, les autres travaux que font entre cette rivière et celle de Somme les troupes que commande Fontenay- Mareuil étant déjà presque en défense par les soins de Monsieur, qui n'en bouge du matin au soir.

Le Roi y a été tout le 7, pour voir en quel état étoit le travail , qu'il a trouvé pouvoir être en défense dans quatre jours après et en perfection dans huit. Sa Majesté y trouva plus de cinq mille hommes, et, comme il y arrivoit, les ennemis firent une sortie de quelque cinquante chevaux et de deux cents honmies de pied , qui ne

108 APPENNCE AUX MÉMOIRES

s'avancèrent qu'à demi-portée du canon de la ville, pour attirer aux canonnades notre cavalerie , laquelle, voyant leur dessein, n'y envoya que vingt chevaux et trente mousquetaires, qui les menèrent battant jusques tout contre la ville, en tuèrent deux et trouvèrent un sac d'avoine qu^un de ceux qui furent tués avoit en croupe. On ne sçait que juger de ce qu'il en vouloit faire. Il n'y a eu des nôtres qu'un cheval blessé à la fesse d'un coup de mousquet.

Le Cardinal-Infant est à Ârras , à ce qu'on a sçu par neuf prisonniers qui furent pris mercredi 8 de ce mois, qui disent aussi que les ennemis ont mis tout leur canon dans la ville et s'étoient logés dans les villages d'alentour.

Le 9, le Roi fut douze heures à cheval, pour aller recognoître entre le camp et Bapaume, et aussi du côté d'Arras, les avenues par où les ennemis pouvoient venir pour jeter du secours dans Corbie, où Monsieur, le comte de Soissons, M. d'AngouIême, le maréchal de la Force, le duc de Beaufort, et les sieurs du Hallier et marquis de la Force, se trouvèrent. Le conseil fut tenu à cheval, où le champ de bataille fut résolu en cas que les ennemis vinssent, et le changement du camp de Monsieur, porté à Querrieux, au lieu de Buissy, où il étoit. Ensuite de quoi il vint avis, par un prisonnier que le colonel Gassion prit, que Jean de Wert étoit délogé et alloit prendre ses quartiers d'hiver en Liège. Ce qui nous fit tenir sur nos gardes toute la nuit suivante, de crainte que ce fût une feinte pour donner sur quelque quartier , bien que le Roi, avant que s'en retourner au sien, eût fait retirer ceux qu'il jugeoit être en quelque péril.

Le 10, les travaux ont continué, et sont en défense entre la Somme et la rivière d'Ancre ; le reste n'est pas si avancé. Ou a remarqué que le jour que les Espagnols

iont en garde^ ils tirent bien plus de canonnades que les autres jours auxquels en sont les Italiens et Wallons, car le jour que le Roi j fut, qui ëtoit le 1 0 de ce mois , ils tirèrent plus de deux cents volées de canon , et ce jour étoit celui de la garde des Espagnols. On a appris, hier, que Jean de Wert est encore vers Bapaume, et, dit-on, qu'il a des pontons avec lui pour passer les rivières ou faire entreprise sur quelque place.

Les carabins de carquois, qui sont en garnison à Doullens, prirent avant-hier deux cents bêtes à cornes, vingt chevaux et quelques prisonniers proche la ville de Saint-Pol.

Le 1 1 , les régiments qui doivent garder la tête d^en haut , se sont buttés chacun à son poste , derrière le retranchement.

Le 12, le Roi est retourné faire le tour du camp, lequel il fait de deux jours Tiin sans y manquer. Après, il a été voir le fort qu'il fait faire à la chaussée de Sailly, puis s'en est retourné à son quartier : Sa Majesté ayant été à cheval depuis sept heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. Le même jour, un homme fut pris à Bray-sur-Somme, lequel venoit recognoître les passages de la rivière de Somme , pour faire faire quelque entreprise à Jean de Wert de ce côté-là. On l'a envoyé à Amiens. Il sortit de la ville de Corbie un tambour des nôtres, lequel dit qu'ils ne mangeoient dedans que du pain, qu'ils font avec du blé pilé dans des cloches et marmites de fer qu'ils ont assemblées à cette fin ; ce qui fut confirmé par un autre habitant qui en est aussi sorti. Us ont voulu jeter dehors quelque cent trente bouches inutiles , mais on les fit rentrer à coups de mousquet, excepté deux qu'on amena au Roi. Us faisoient un moulin à vent,

ilO APFEEIDIGE AUX MÉMOIRES

lequel devoit aller dans deux jours ; mais on a mis quatre canons pour l'abattre au premier tour qu'il feroit. Le même 1 2, le Cardinal-Duc alla visiter les travaux, accom* pagné des maréchaux de Châtillon et de la Force ; et, sur le même soir, sortit encore un tambour de la ville, qui dit qu'il y avoit trois jours que le lieutenant du gouverneur, nommé Campagne, avoit été tué d'une bombe qu'il vouloit jeter à nos gens, laquelle creva en sortant du mortier et lui emporta tout le ventre, et qu'il avoit été fort regretté dans la ville ; il dit aussi que le gouvei^ neur étoit fort malade , et un quart des soldats ; qu'ils n'avoient ni viande fraîche, ni salée , ni aucune autre nourriture que la moitié d'un pain de munition fort mal moulu ; ils ont de la bière où ils mettent du foin haché au lieu de houblon : encore ce n'est que pour les o£Bciers, qui la boivent toute chaude.

Le 13, le Roi alla faire le tour du camp, et s^arrêta quelque temps avec Monsieur, son frère, à voir jeter par terre, après vingt coups de canon, le moulin à vent que les ennemis avoient fait sur le rempart, qui n'avoit encore tourné qu'une heure, et sur lequel étoit fondée toute leur espérance , les moulins à bras ne les pouvant fournir, comme vous aurez déjà sçu ; et, en même temps, un soldat ayant eu la jambe coupée d'un coup de pièce de la ville, Sa Majesté lui a donné trois pistoles et l'a envoyé à l'hôpital des blessés. Ils n'ont blessé que celui-là en toute la journée. Kos travaux continuent toujours puissamment.

Ce même jour, les sieurs du Hallier et le marquis de la Force allèreùt à la guerre avec douze cents chevaux , moitié François , moitié étrangers , et après eux ont suivi quatorze cents chariots, pour aller au fourrage

DE filATHIEU MOLE. iil

eo des lieux que les ennemis avoient consenrës pour eux, eo cas <{u'ib Youlussent se rapprocher d'ici. Un espion rapporta que, le jour précédent, se devoit tenir une assemblée au Mont Saint-Eloy, où se trouveroient le Cardinal-Infant, le prince Thomas et Piccolomini, pour aviser, nr le rapport de leurs espions , comme ils entreprendroient le secours de Corbie, ou s'ils l'abandonneroient. Qb dit ici qu'il leur doit venir un secours de trois mille hommes de pied, commandés par le colonel Goeutz, sergent de bataille de la Ligue. Cependant, les nôtres (mt rapproché de la ville le pont de bateaux qui étoit à Taire, pour ce qu'il étoit hors du retranchement. Oeux delà ville ont envoyé un tambour pour sçavoir si on vouloit acheter leurs chevaux, ofFrant de donner pour douze rizdalers ceux qui seroient estimés cent écus^ et les moindres à proportion. Ils ont fort peu tiré cette journée; ils élèvent un travail pour voir dans le nôtre du coté de la rivière, mais ils ne nous feront point de mal, cirà mesure qu'ils haussent le leur, nous élevons le nôtre. le iA, dès le matin, le Roi est retourné au camp et a &it faire trois ponts de bateaux près de celui qui est &ità Aubigny, pour pouvoir passer plus promptement pour secourir le quartier de Monsieur , en cas qu'il en fit besoin. Il a aussi ordonné de toutes les gardes qu^on doit faire dans les forts et lignes à mesure qu'ils s'avancent et donné les postes à un chacun en cas d'alarme. Le conseil fut encore tenu tout à cheval. U est sorti , ce matin, un homme de la ville, qui dit qu'on y avoit été quatre jours sans pain, pour ce que les moulins à bras étoient en désordre, mais qu'ils étoient raccommodés depuis avant-hier, et qu'on leur avoit donné, le jour précédent, demi-ration, qui est l'ordinaire pour eux et pour

leurs femmes y la plupart des soldats étant mariés; que cependant leur viande ordinaire étoit du blé bouilli et: pilé , comme je vous ai dit ci-devant , dans les cloches et. pots de fer y puis fricassé avec huile de chènevis. Les sieurs du Hallier et marquis de la Foi'ce sont retournés sans rencontrer personne, et les charrettes ont amené du fourrage pour quatre jours. Il est venu nouvelles ce soir que le Cardinal-Infant étoit allé à Cambrai, et que le prince Thomas, Piccolomini et Jean de Wert étoient demeurés à Arras, et autour de là leurs troupes, desquelles ils avoient fait revue sans leur donner argent, de quoi ils se fâchent fort^

liC 1 5 octobre, il n^est venu aucunes nouvelles des ennemis; mais, du 15 au 16, nouvelles vinrent au camp qu'il avoit paru huit escadrons des ennemis vers Ancre. Aussitôt le comte de Soissons monta à cheval avec la cavalerie légère et alla au champ de bataille. Monsieur demeura dans son quartier et fit tenir toute Tinfanterie sous les armes, sans sortir, mais toute prête à marcher.

1 . Nous donnons en note la partie du récit du siège de Corbîe , qu n'est pas autographe, mais qui a été dictée par le Roi et quelquefois cor^ rigée de sa main, ce Ce jourd'hui, depuis six heures jusques à minuit, on a été occupé dans le quartier du Roi à donner les ordres nécessaires pour arrêter le feu qui a pris par quatre fois audit quartier. La première ao corps de garde des Suisses, où étoit la compagnie de Chaufstein, qui j a perdu toutes ses armes et lui tout son bagage ; la seconde , incontinent après, au quartier de Guitault , qui a brûlé son logis et huit autres eu suite ; la ti'oisième, au quartier de la colonelle , où il n'y a eu qu'une maison, et l'autre derrière la maison du Roi, qui, suivant ses soins ordinaires, a donné lui-même les ordres nécessaires pour sauver le quartier, lequel couroit sans cela grand risque d'être entièrement brûlé, sans cette vigilance du Roi, qui ne se lasse point de produire tant de bons effets pour le bien et conservation de ses peuples. On ne sçait encore d'où vient ce feu ; l'intervalle et suite du temps et la difTérence des lieux font croire qu'il y ait été mis exprèi par personnes envoyées à cet effet. »

DE MATHIEU MOLE. i13

Le canon fut attelé. Bref, tout étoit en bonne disposition pour combattre. Tout ce qu'il y avoit de noblesse dans Amiens accourut au bruit. Monsieur en donna avis au Roiy lequel montoit à cheval, comme on lui vint dire que ce n*étoit rien et qu'il pouvoit se recoucher. Il ne laissa pas de commander au duc d'Angoulême d'envoyer douze cents chevaux au marquis de la Force, au cas qu'il en eût besoin, lesquels furent à cheval jusques au jour. Le 1 6 , le Roi fit le tour du camp et montra les lieux où il vouloit qu'on fît encore un fort et deux redoutes, à sçavoir : entre le fort de Châtillon et la chaussée. De ce côté, il y aura double ligne. On y fait aussi une digue pour noyer tout le marais de la rivière d'Ancre. Ceux de Corbie tiroient depuis deux jours, de leurs canons, des balles de fonte, des battants de cloches et des poids de plomb : ce qui fit croire qu'ils manquoient de boulets; et eut-on avis que, lorsqu'ils firent sortir les habitants, ils avoient &it signer aux principaux un procès- verbal , on ne sçait pour quel sujet ils ont fait cela, qu'ils étoient sortis huit cents, et cependant ils n'étoient que soixante-douze. Un prisonnier, qui se sauva d'avec Jean de Wert, le même jour 16, rapporta que le Cardinal-Infant avoit donné quatorze mille écus à Piccolomini et six mille à Jean de Wert; qu'il étoit logé à Aubigny, proche d'Arras, et qu'on leur avoit donné de l'avoine pour trois jours, avec commandement de ne la séparer point à leurs soldats sans nouvel ordre : ce qui fît croire qu'ils avoient quelque entreprise.

Le 17, le Cardinal-Duc vint au quartier du Roi, où se sont trouvés aussi le comte de Soissons, le duc d'Angoulême et le marquis de la Force, et ont tenu conseil , sur l'avis reçu que Jean de Wert étoit en campagne avec trois

mille chevaux et deux mille dragons. Tous les quartiers eurent Tordre de se tenir alertes. Le même jour^ il sorti de Corbie cinq Wallons qui confirmèrent tout que vous avez sçu ci-devant, et ajoutèrent encore que ceux de dedans n'ont point de drogues pour les malades et blessés, et ils ont telle faute de cuirs , qu'ils sont près* que tous nu-pieds; qu'ils manquent aussi de graisse, de chandelle et de sel. Ils ont découvert depuis deux jours un magasin dans une cave de Tabbaye, où il y avoit cent setiers de farine et dix tonneaux de vin , desquels ils vi^ voient à cette heure. Les uns disoieut qu'il leur est entré quatre petits moulins à bras, il y avoit quatre jours; d'autres, qu'ils en font courir le bruit dans la ville, mais, qu'ils ne le croient pas vrai. Ils confirment l'extrême maladie du gouverneur, lequel n'étoit point sorti de son logis depuis quinze jours.

Le 1 8, les ennemis ont fait une sortie de six cents che^ vaux, et sont venus pousser les vedettes de la compagnie de chevau-légers du Cardinal-Duc , qui étoit en* garde : laquelle sortit de son poste, et les repoussa vigoureusement jusques dans leurs contrescarpes. Ils tirèrent force canonnades, sans faire mal à ladite cavalerie, mais tuèrent du troisième bond un capitaine du régiment de Navailles, qui étoit devant la hutte de son mestre de camp. Sur le soir du mcmejour, le feu prit dans les huttes du réj;iment de la marine, où un capitaine du régiment de Picardie, nommé le Buat, voulant aller mettre ordre, quelcjues mousquets tirèrent dans lesdites huttes, dont il reçut un coup dans le ventre : duquel il mourut sur-le-champ.

I-.e 19, les travaux ont toujours continué, et la circonvallation du côté du marquis de la Force a été réso-

lut Aujourd'hui, on a reçu nouvelle que cinquante carabins de carquois, qui sont à Doullens^ ont défait huit cents paysans qui ëtoient en embuscade dans un bois, et «ont venus vendre leurs fusils à Doullens.

Le 20, Monsieur a pris congé de Sa Majesté; il est allé couchera Amiens, pour demain aller à Paris, et de U à Blois. Il a laissé son beau logement de tentes au Roi : lequel s'en veut servir pour faire des corps de garde, en attendant que ceux auxquels on travaille soient acheta. On fait état de mettre dans les lignes et forts quannte pièces de canon , dont il y en a déjà vingt-huit de placées ; le reste y sera dans deux jours. Ceux de la ville ont tiré, cette journée, plus de deux cent soixante volées de canon sans toucher personne. La revue de l'infanterie a été faite, laquelle est en très-bon état. La nuit du 20 au 21 j ils ont jeté force feux d'artifice à la redoute deCaropis, sans y offenser aucun.

Ce jourd'hui a été pris un prisonnier qui a été amené tu Roi, qui dit que, la nuit du 1 5 au 16^ Jean de Wert ^tavec quatre mille chevaux et deux mille dragons pour essayer à jeter quatre moulins dans Corbie, et qu'ils oe surent entrer. Ce fut justement la même nuit que nous eûmes l'alarme que vous avez déjà sçu. Il assure, de plus, que les moulins qu'on disoit être entrés, sont ceux-là, et qu'assurément il n'en étoit point entré. Le Roi a été tout œ jourd'hui au camp, pour marquer les campements de Tinfanterie dans les lignes et donner les ordres pour le passage de la cavalerie , qui doit repasser demain la ririère de Somme p pour plus grande facilité , moitié au pont d'Âubigny, un quart à Pontavert et l'autre quart à Amiens.

ne APPENDICE AUX MÉMOIRES

Au camp deyant Corbie, ce 24 octobre 1636.

Le 22 octobre, il est revenu en notre camp un soldai de Miche qui étoit prisonnier , et confirma tout ce que rapportoit le prisonnier que nos gens avoient pris le jour précédent. Il dit, de plus, que les ennemis font état de venir dans six jours , avec toute leur cavalerie et quatre mille dragons, pour essayer encore à jeter des moulini dans la ville et soixante hommes de métiers, dont ils ont grand besoin. Ces choses étoient bonnes à faire il y a huit jours, mais il n'étoit plus temps à cette heure , n*y ayant plus que deux cents toises d'ouvrages à achever du côté de M. de Giâtillon, et qui sont à demi faites. Il as* sura, de plus, que les troupes de Piccolomini et de Jean de Wert n'avoient point voulu prendre d'argent, comme celles de Flandre, parce qu'on les vouloit par là obliger à vivre dans l'ordre, et elles n'y veulent pas vivre, aimant mieux voler que d'avoir de l'argent et vivre dans la discipline; elles traitent le pays où elles sont comme elles ont traité la Picardie. Aussi Jean de Wert voulant aller loger dans un village, les paysans se retirèrent dans l'église et tirèrent sur ses gens, desquds ils tuèrent jusques à quarante ; ce que voyant ledit Jean de Wert , y fit mettre le feu et brûla tout le bourg. On apprit aussi que le Cardinal-Infant étoit toujours à Arras, où il faisoit état de passer l'hiver, n'ayant point été à Cambrai , comme on Tavoit dit. Le Roi donna pour quartier à M. le Comte Marcelcave, qui est à un quart de lieue de son quartier. Toute la cavalerie qui est passée aujourd'hui , suivant l'ordre que vous avez sçu , logea entre Demuin , Marcelcave, Amiens et Corbie, le logement plus éloigné n'étant qu'à trois lieues de Cor-

bie. Toute Tinfanterie est demeurée dedans les retranchements, excepté les gardes et suisses qiii étoient de de lày lesquels sont revenus joindre leurs corps au quar« tier du Roi. Le maréchal de Qiâtillon est aussi demeuré pour commander le quartier de delà , lequel a sous lui pour maréchaux de camp les sieurs du Haliier, Fonteoay-Mareuil et Bellefons. Le maréchal de la Force , qui est Tancien des maréchaux de France , est repassé de deçà pour senrir près du Roi. Un homme, qui est sorti ce soir de G>rbiey assure que le gouremeur étoit mort , et qa^il y ft grand grabuge dans la ville pour le commandénient. La nuit du 22 an 23, nous fûmes sous les armes d^Niis deux heures après minuit jusques à une heure de jour, tar nn avis qui étoit Tenu de DonUens, qu*un grand corps de caialerie aroit passé à Pas , en Artois , qui n*eit qu'à qoatre henres de nous. Le Roi a envoyé anwlôl quantité de batteurs d^estrade qui n*ont rien rencontré. Mais les batteors d^estrade ont pris un espion qm a mwooé qn*il aBoit trcwrer le prince Thomas , et qnH n'aroil antre charge qoe de fati donner nne paire d*Hcores qnH aroit dans sa podbe, et lui éin qu'il re^ gvdit lesTcrsels an^dcwMsdesqueL il j Vf^Aï d«s yAuU. Ces Heorei ont clé jpporuus an Rjm^ qui a tfxwv^ dent ■anfnâ de ces points; 2 y a à Ton : FtM nJj€^ ÙÊâL, Domiikt^ rjfKr net • q^jtmadiwÂwn $fj^ ÎM ie^ ctàfantre: /a i€. iMjmxiy:^ rpera^i. Vw Bçer ex ^pslje mxKsstÀ Ib ^jjA^ ^^^^jt çrMkie des fnnw»i'>s fui mom vjsâsnu^ par o^. ^is^jt^ asenra imft \0eapt «ai» ywn^'M p^^^f f^^ur & inâéL }dr«: ^^jÊOSt yy/armùri, xi muif, ^ ée m jet^ ^aac la r7r]l&^ . oi il f ut ynt^ D it womtt en ^mn^nj^iw armé la «lit ^dv Jund^

précèdent, et dit que le sergent-major commandoit. tl est arrivé au Roi quatre mille hommes de pied que St Majesté a envoyés en de bonnes garnisons, pour rafra^* chir, dans quelque temps, ceux qui sont ici, et en attefV* doit-on encore deux mille dans quatre jours j sans 1^^ recrues des vieux régiments qui viendront dans peu.

Le 24, le Roi alla coucher à Amiens, et revi^ndr^ demain coucher à son quartier. M. le Comte est demeura au camp pour avoir soin de tout, pendant Tabsence di^ Sa Majesté, qui mena avec soi le duc d'Angoulême^- L'armée des ennemis étoit toujours derrière la rivière de Scarpe qui vient d'Aubigny, passe à Arras et de là s- Douai. M. de Rambures a fait ces jours passés brûlef huit villages vers Arras.

Sa Majesté étant à Amiens, reçut nouvelles cer^ taines que le général Banier avoit gagné la bataille contre le duc de Saxe , près Havelberg , et qu'il y avoit eu du coté des Saxons vingt-deux mille hommes morts ou blessés; qu'il avoit clé pris quarante canons et neuf mille chariots; que le duc de Saxe s'étoit retiré avec trois cents chevaux seulement, et que les feux de joie de celte victoire avoient été faits à la Haye et par toute la Hollande. Il vint aussi nouvelle au Roi que la forteresse d'IIermanstein avoit reçu un assez bon secours de vivres, souliers et habillements, et que le landgrave de Hesse, accoiT>pagné du marquis de Saint-Chamont , partoit de Wesel avec un grand convoi , afin de le ravitailler pour plus d'un an.

Le 25 , le Roi s'en retourna à son quartier, après avoir jugé le matin, au conseil de guerre, par contumace, le sieur de Soyecourt, qui a rendu Corbie aux Espagnols , dont vous verrez l'arrêt au premier jour. Ce

DS MATHIEU MOlA. 119

jour-lày 1% Cardidid-DuCy voyant que la circonvmllation était formée du côté par où le secours pouvoit veniri siq>plia le Roi de s'en vouloir aller à Chantilly pour quinze jours, aGn de se rafraîchir un peu des peines qu'il a eues depuis deux mois j et aussi pour faire nettoyer soa quartier, où il y a de la peste ; ce que Son Éminence eut grand'peine à faire agréer à Sa Majesté, qui ne vouloit point, même pour ce peu de temps, quitter Tarrnée. Mais enfin elle a acquiescé à sa prière et partira le 27 de ce mois pour Chantilly, laissant en son quartier tous ses meubles et partie de sa maison. Sa Majesté va aussi pour donner ordre aux logements et subsistances de dix mille hommes de pied, qui doivent arriver vers Senlis le quatriaie du mois prochain, pour rafraîchir cette armée en cas de besoin; le Cardinal-Duc et le Chancelier demeuranl à Amiens. Le comte de Soissons commande l'armée en Tabsence du Boi.

La nuit do 24 an 25 , on fit donner une alarme aux fansmis ptf qoatre côtés, et la prirent si cbaode qu'ils tirèffeai toote la nnit, bien qu'il n'y eut personne; car eeox qiB [la] leur avoîent donnée s'étoient retirés aussitôt* Les aoCres, qui étoient en garde du coté de la rivière , les cateadoient crier : c A moi , à moi , les voici I » crojaal qu'on leur doaaoit Tescalade de tous cot^ ^

I. Le ùi^itiu ioifjaC n^^^tf pas tmc^nçhe, H fatnk arvoôr été dutté w le Boc : c Ce jnaz'là eoefur^, !e Roî r*fjif noarv^V» fn^ le% r/ymp^-» 6t thiÊ^mm^tgKn et taa^buÈA cSm^onveniear de CsîfMr. tMMMtMe* par le mexst 4if la Modie, aryanf fu a^is qu'oa^ rr^m^^ie de (*b^Dii' lé^n itaiirn», de la g^rmunn <Ut b CaprUe, Hmz Itiffn 'itiM «m h^tnrg ém , eà ûy arott Ibree bsrin, fit partie t^^e f^Ufoen M^n^^fem ém im. pmaiaaa ée faàlrr eninrmer, fjoiof pamn y^nf e^ êmte , W 17 ém prôeat mum. fiiiiigFM « hfuretn^fwunkK , «pt'a^MC ^•yéftyi I11IW i> aêm d'anâwar Le» <yBiei< a b «sMipts^, <tAf ^êna/L, ft— it dmyb m i mlemeaf •f « ♦ pinprvf pur l^a f«i# 4m •*!*.

Le 26, le Roi assembla M. le Comte et tous les ofB«-ciers de Tannée pour leur commander ce qu'ils avoient * faire pendant son absence de quinze jours. Il ordoni quatre batteries : trois du côté où le maréchal de Châtillon commande, chacune de huit pièces, et la quatrième du côté de Fouilloy, de six pièces. On fait celle-ci dili* gemment, pour ce que les ennemis y en font une que Ton veut empêcher, et celui des deux partis qui aura plus tôt achevé fera grand tort à l'autre. Les lignes sont toutes fermées et seront en perfection la veille de la Toussaint.

La nuit du 26 au 27, il vint avis de Doullens que les ennemis étoient partis d'Ârras avec six mille chevaux , autant de mousquetaires , huit petites pièces , cent cinquante charrettes chargées de farine, onguents, souliers, moulins, lard, chandelles et autres choses dont la nécessité est grande dans Corbie; qu'ils portoient aussi quantité de petits bateaux pour essayer d'entrer par la rivière vers le pont deVaire, pendant qu'ils essayeroient à forcer les retranchements de l'autre côté, ce qui est du tout impossible. Le Roi commanda aussitôt au comte de Soissons de s'en aller à Vaire, avec six cents chevaux et deux mille hommes de pied, pour garder cette avenue et donner les ordres au maréchal de Châtillon de prendre garde et de se tenir sous les armes. Cependant le reste de la cavalerie étoit à cheval à la tête du quartier du Roi , et les régiments des gardes françois et suisses sous les armes et

que cette compagnie italienne fut par eux mise en déroute , partie det ennemis tués sur la place, partie faits prisonniers. Le reste s*étant touIu sauver dans Vervins , y a été arrêté, de sorte que ladite compagnie a été entièrement défaite, et en même temps le bourg de leur logement forcé par les nôtres, l'épée à la main, d'où ils ont remporté quantité de vivres et de butin. »

I» MATHIEC MOLE. 121

prêts à lordr œc le Roi, lequel avec ces susdites troupes derat Tenir entre Yaire et le fort Louis , pour secourir le quartier qui en eût eu besoin , au premier avis que lui donaeroît M. le Comte de rapproche des ennemis, qui le pomroit sçayoir deux heures devant par les batteurs d'estrade avancés à deux lieues au delà des lignes. Une bemne après cet avis , il en vint un autre par un carabin de la garnison de Behencourt , qu'ils avoient vu cinq escadrons de Tennemi. On y envoya aussitôt huit partis de Tingt dievaux , lesquels n'entendirent et ne virent lien. Chacun ëtoit en bonne dbposition de bien faire si les ennemis fussent venus.

Le Roi n*est point parti le 27 comme on croyoit , Sa Majesté voulant voir s'il n'arriveroit rien la nuit suivante. Ce jour- là les ennemis ont fait une sortie de soixante chevaux et quatre cents hommes de pied , qui ont poussé notre garde à cheval jusques à deux cents pas des huttes; mais aussitôt qu'ils ont vu avancer l'infanterie, ils se sont retirés avec perte de deux de leurs ca« valiers, et un chevau-léger des nôtres eut son cheval tué d'an coup de pièce , et lui une jambe emportée. Le Roi alla le même jour voir toute la circonvallation et ordonna un nouveau travail vers l'église du Hamelet, duquel il donna le soin au sieur de Lambert, maréchal de camp.

Le 28 , le Roi est parti pour Chantilly et alla coucher à Nointel, ayant laissé les lignes et forts en tel état qu'ils ne se peuvent forcer. Sa Majesté emmène avec soi le marquis de la Force pour avoir soin des troupes qui doivent venir vers Pon toise.

lit APPENDICE AUX MÉMOIRES

Da cunp, ot S niommhtt ittS,

Le 28 du passé , qui fut le jour auquel le Roi partît on trouva sur le soir sept moulins d*acier en des ho cachées dans le bois de Heilly, distant d'un quart de Hi du fort de Châtillon.

Le 29| le comte de Soissons alla visiter tous les vaux ; et sont revenus des soldats du régiment de Degenfeld , qui étoient prisonniers , et assurèrent que l'armée ennemie s'étoit séparée et mise dans les garnisons, et que la dernière alarme que Ton eut de Jean de Wert à notre camp étoit véritable. Non qu'il eût dessein d'amener àm secours dans la ville, mais il s'étoit avancé avec un corps de cavalerie, afin de couvrir la séparation de leurs troupes, et qu'elles fussent un peu avancées dans leur pays avant qu'on le pût sçavoir en notre armée, de peur que notre cavalerie ne fît quelques courses dans leur pays, et, trouvant des soldats écartés , ne leur donnât sur les oreilles; La moitié de notre cavalerie est allée dans les garnisons se rafraîchir, suivant les ordres que le Roi en avoit fiùt avant son départ.

Le 30 octobre, passa par ici le sieur de Marins, qui alloit rendre compte au Roi du voyage du colonel Gas*sion, lequel étant parti par ordre du Roi, la nuit du 26 au 27, pour aller à la guerre avec douze cents chevaux, entra dans le Cambresis la même nuit , se présenta aux portes de Cambrai, d'où personne ne voulut sortir; puis alla à un village des ennemis nommé Arligny, oîi trou* vant cent paysans qui tirèrent sur ses gens, trois desquels ils tuèrent et en blessèrent cinq , et puis ils se retirèrent dans une maison assez forte ; mais il les y fit attaquer si vigoureusement que les siens entrèrent l'épée à la main dans ladite maison et y tuèrent tout. Il a brûlé ensuite,

le même pays du Cambresis, quarante-deux villages plis de grains et de bestiaux. Comme il se retiroit, de la garnison du Catelet lui firent dans un bois embuscade de cent quarante hommes de pied et cent dievaux ; mais en étant averti par les batteurs d'estrade, il les alla charger si rudement qu'il poussa toute cette cavalerie toujours tuant jusques dans les portes, d*oii et de leurs basîions on lui blessa quelques-uns de &es gens ; ils pnrent cinquante chevaux des ennemis. 11 retourna à 1* instant contre Tinfanterie ennemie, que le reste des siens Benoit si bien investie dans ce bois, qu'elle fut toute t.uée 9 à la réserve de deux seulement sauvés pour sçavoir nouvelles. On apprit d'eux qu'ils étoient un tiers Espa* gnolsy le reste Wallons et Italiens. 11 alla repasser ensuite devant ledit Catelet, afin de voir si les ennemis n'en sortiroient point pour les charger en queue, ce qu'ils n'osèrent faire, et s'ils l'eussent entrepris, ils eussent été bien tués; car il avoit laissé derrière soi, dans un fond, deux escadrons en embuscade pour les attendre. Voyant donc quUls ne vouloient sortir, il retira ses gens, et s'en alla, continuant ses brùlements, jusques au 29 octobre qu'il se retira près de Saint-Quentin, en un village nommé Grugis, où il étoit quand celui qui a apporté ces nouvelles en est parti. J'oubliois de vous dire qu'il n'a pas loufiert que pas un de ses gens entrassent dans les églises, en ayant ordre très particulier du Roi, qu'il a fait sçavoir à plusieurs curés de ces villages par lui brûlés.

Le dernier dudit mois, les tranchées pour aller aux iuitteries ont été ouvertes. Les ennemis sont sortis, ca* Valérie et infanterie, pour les rccognoitre ; toutefois, ils n'en ont osé approcher à plus de deux cents pas. Il est irrivë plusieurs recrues à l'infanterie.

i24 APPENDICE AUX MÉMOIRES

Da camp derant G>rbie9 le S de noTembre 1636.

La nuit d^entre le premier et le second de ce mois, M. le Comte eut avis de Doullens que les ennemis s^étoient avances jusques à deux lieues d'Ancre. Aussitôt il donna avis partout, afin qu'on se tint prêt au premier commandement, sans que toutefois personne sortit de son quartier, et, cependant, envoya plusieurs batteurs d'estrade qui ne trouvèrent rien.

Le lendemain, un prisonnier retourné d'Arras rapporta que Piccolomini y ëtoit fort malade i et confirma que les ennemis avoient envoyé dans les garnisons toutes leurs troupes qui ont fatigué, et fait revenir d'autres qui avoient tenu garnison tout cet été. Les batteries du maréchal de Châtillon s'avançoient fort; celles du maréchal de la Force, du côté de Fouilloy, tiroient; depuis le parlement du Roi, les nuits ont été si pluvieuses , que l'on ne pouvoit travailler que malaisément , et toute fois la circonvallation est à cette heure en sa perfection.

La nuit du 3 au A , un lieutenant du régiment de Vaubecourt, avec dix mousquetaires, ayant eu commandement de donner une fausse alarme à la ville, alla si avant qu'il se trouva tout contre une demi-lune , et , l'ayant reconnue, y entra, y trouva huit des ennemis, les fit tous tuer , et se retira sans perdre personne. Les ennemis en eurent l'alarme toute la nuit , et tirèrent extrêmement.

Le A, il nous arriva quantité de canons et munitions de guerre. Un Wallon serti de la ville rapporta que les ennemis ne sont que huit à neuf cents hommes sous les armes, tout le reste étant morts ou malades, qui s'aug-

DE MATHIEU MOLE. it5

mentent fort dans la ville ^ et^ au contraire , diminuent fort en notre armée.

Du camp derant Corbie^ le 9 novembre.

Le 6 de ce mois , les travaux s'avançoient fort vers la ville. Il y a quatre attaques différentes , sçavoir : trois delà Teau , du côte du maréchal de Châtillon , et une deçà, du côté du maréchal de la Force. Les batteries étoient faites , mais on ne vouloit pas qu'elles tirassent que les tranchées ne fussent plus avancées. Depuis que lesdites tranchées ont été ouvertes, les ennemis ont paru étonnés, tirent fort peu, et n'ont blessé que deux soldats assez l^èrement.

Le 7, le Cardinal-Duc se rendit à Aubigny au logis du sieur de Lambert, où se trouvèrent aussi le comte de Soissons et les maréchaux de la Force et de Châtillon. Là furent prises les résolutions de hâter les travaux le plus qu'on pourroit. Un petit garçon sortit de la ville, qui dit qu'ils étoient fort étonnés de ce qu'on les attaquoit de force, et dit qu'ils ne croyoient pas pouvoir longtemps résister, faute de gens, pour ce qu'ils n'étoient plus que huit cents hommes sains , et qu'encore en tomboit tous les jours grand nombre de malades de flux de sang et dysenterie , dont il mouroit du moins quinze ou vingt par jour, faute de médicaments, pour ce qu'ils n'en ont point ; qu'ils avoient mangé tous les chiens et chats , et la plus grande partie de leurs chevaux. Et ce qui fait croire ce rapport véritable est que, depuis leur dernière sortie qu'ils firent, on n'a vu paroître que sept ou huit chevaux au plus; il ajoutoit qu'ils ont assez de pain, mais moulu comme sçavez déjà. Ce qui fait croire aussi leur foiblesse est que les nôtres ayant souvant envoyé la nuit

iU APPENDICE AUX MÉMOmBS

dans leurs dehors , Ton n'y a jamais trouvé plus 4e sept à huit hommes dans chaque demi-lune, fft œ petit gar* çon assure qu^ils n'y en mettent pas davantage.

Il court ici un bruit que Piccolomini se porte bien à cette heure, et doit aller vers Liège avec ses troupes; que le Cardinal-Infant est malade à Arras, ce qui n*esl pas assuré, où est toujours le prince Thomas, lequel n'a fait revenir des garnisons que quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux, bien qu^on ait dit ci-devant qu'il en eût fait venir davantage ; en la place desquels sont allés ceux qui ont tenu cet été la campagne.

On apprit aussi que Jean de Wert a son quartier dans le Hainaut et Cambresis, pour tenir tête à Gassion, qui est à Yervins et jqui fait souvent des courses dans le pays ennemi.

CB QUI s'est PISSB ▲ L'EXicUTIOIT DB LA CAPITULATION DB COBBIS,

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