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ces années dernières y en la défense des États dudit duc de Mantoue , et les faits d'armes qui se sont passés durant le cours de cette guerre dans le Mantouan, Montferrat et Piémont, entre lesquels la conduite du secours de Tarmée de France, qui , à la vue des forces de TEmpereur , d'Espagne et de Savoie , a délivré Casai de son second siège, sera sans doute comptée pour une des plus hardies et signalées actions du siècle. Mais Ton ne doit pas omettre de remarquer, en ce Mémoire, que cette acquisition de Pignerol , qui a été comme la récompense des travaux et dépenses immenses que Sa Majesté a faits en cette guerre dltalie , a donné lieu à rétablissement qui est à présent dans la citadelle de Casai, où les François ont la principale force et autorité , ce qui est fort important , soit que Ton considère l'intérêt seul de la France , ou pour mieux dire la sûreté en laquelle Ton a mis cette place de Casai et tout l'Etat de Montferrat pour ledit duc de Mantoue , par l'établissement de ladite garnison françoise.
Le traité fait à Ratisbonne , au mois d'octobre 1 630, est celui en vertu duquel le Roi a fait restituer au duc de Mantoue la ville et le duché de Mantoue , que ledit Duc et les Vénitiens avoient laissé prendre aux Allemands, et a été le fondement de la paix qui s'est depuis ensuivie en Italie.
Celui de Cberasco , du 6 avril 1 631 , a réglé la forme de l'exécution dudit traité de Ratisbonne , ensemble les terres qui dévoient être laissées au duc de Savoie dans le Montferrat, pour le récompenser de toutes prétentions anciennes et nouvelles qu'il avoit sur ledit État, lesdites terres devant monter à quinze mille écus de rente en revenus anciens , à bquelle somme , par ledit traité de
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CherascOy ont été réduits les dix-huit mille écus accordés par le traité de Ratisbonne , pour le regard du revenu des biens établis et autres revenus nouveaux qui se levoient sur lesdites terres par-dessus lesdits quinze mille écus de rente. Ledit duc de Savoie a été obligé de les payer en argent audit duc de Mantoue , à raison de trois pour cent, revenant à la somme de quatre cent quatre-vingt-quatorze mille et tant d'écus.
Le traité fait avec le duc de Savoie à Millefleurs, le 19^ jour d'octobre 1631 , est celui sur lequel Ton a publié le dépôt de Pignerol entre les mains du Roi.
Et le traité du 5 juillet 1 632 , fait à Turin avec ledit duc de Savoie, porte cession et transport dudit Duc à Sa Majesté et successeurs de la ville et château de Pignerol y de la ville et fort ^e la Perouse et de leurs fînages et territoires, qui consistent en plusieurs villages dénommés audit traité. En récompense de quoi, Sa Majesté promet audit duc de Savoie de l'acquitter envers le duc de Mantoue de ladite somme de quatre cent quatrevingt-quatorze mille et tant d'écus, et de lui payer le surplus de ce que montera le revenu desdites terres délaissées par ledit duc de Savoie à Sa Majesté, en deniers comptants, à raison de deux pour cent, suivant la liquidation qui en sera faite.
D'ailleurs , ledit Duc s'oblige par ledit traité de ne bâtir aucun fort entre la ville de Pragelas et la ville de Pignerol, afin que le passage demeure perpétuellement libre à Sa Majesté audit Pignerol ; de ne donner assistance ni passage à qui que ce soit qui voulût entreprendre sur ledit Pignerol et autres terres par lui délaissées , ains de joindre ses armes à celles de Sa Majesté pour la défense d'icelles; et de plus, ledit Duc promet
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par ledit traité de donner libre passage par ses États aux armées du Roi , fournir vivres et étapes en payant , et ce toutes les fois que Sa Majesté aura besoin desdits passages pour la défense et conservation des princes ses alliés.
Comme aussi Sa Majesté s*oblige de défendre la personne et les États dudit duc de Savoie et le maintenir en la possession et jouissance des terres et places à lui adjugées dans le Montferrat , et pour cet effet de fournir vingt mille hommes de pied et deux mille chevaux avec artillerie à proportion , moyennant que le Duc fournisse de son coté douze mille hommes de pied et deux mille chevaux^ dont la moitié sera encore payée par Sa dite Majesté y qui promet en outre de donner libre passage par son royaume à tous les gens de guerre lorrains j liégeois et \7allonset d'autres nations que ledit Duc pourra faire lever, et de permettre dans le royaume la levée des hommes qui seront jugés nécessaires pour Teffet dudit traité. Outre tout ce que dessus ^ il y a beaucoup de .choses très-importantes et secrètes, qui regardent la conduite qui a été tenue en l'acquisition de Pignerol , qui a été si fort sensible aux Espagnols, qu'encore qu'ils affectent d'en cacher et dissimuler la douleur tant qu'ils peuvent, il est néanmoins échappé plusieurs fois au comte d'Olivarès de drre qu'il valoit mieux que son maître perdît cent Espagnes *, que de souffrir un si avantageux établissement pour la France, duquel, au contraire, tous les princes d'Italie se sont réjouis, ou pour le moins l'ont dû faire, comme d'un secours et protec-
i . Les prétendus Mémoires de Richelieu rapportent ces mêmes paroles du comte Oliyarès comûie ayant été dites à Bautru, amJbassadeur du roi de France. ( Mémoires, t. VU, p. 490.)
lion assurée contre cette puissance d'Espagne , qui Teur a toujours été si suspecte.
A la vérité, Ton pourroit bien douter si le duc de Savoie , après l'affaire faite , ne s'est point repenti d'avoir une citadelle à sept ou huit lieues de Turin , sa capitale ville, entre les mains des François; raais la pilule avalée , si ledit Duc n'a du tout passé ce déplaisir, il le couvre et cache en sorte qu'il ne parott point du tout , et en effet il se conduit avec la France avec le respect auquel il est obligé.
Tous les traités ci-dessus et autres faits avec le duc de Savoie ont été exécutés , pour les choses qui pouvoient être accomplies jusques à présent ; ce qui en reste seulement et à quoi l'on travaille , est de liquider les revenus du territoire de Pignerol , du val de la Pcrouse et des autres terres délaissées (comme dit est) à Sa Majesté, pour, sur ladite liquidation, payement être fait audit Duc , en deniers comptant, de ce que pourront monter les revenus à raison du denier cinquante , outre et pardessus les quatre cent quatre-vingt-quatorze mille écus que le Roi s'est chargé de payer à son acquit au duc de Mantoue.
Par le bénéfice des susdits traités et l'exacte exécution d'iceux, l'Italie, qui , durant les années 1628, 29, 30 et 31 , a été continuellement affligée des malheurs de la guerre , a recouvré son repos et sa tranquillité et en jouit à présent; et néanmoins, il reste encore quelques étincelles qui pourroient rallumer le feu et troubler la paix de cette province , si , par la prudence des princes intéressés, il n'y ctoit pourvu.
L'on a coté et remarqué, ci-dessus , comme il est bien difficile que l'affaire de la Valteline puisse demeurer et
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subsister longuement en Tétat où elle est. 11 est aussi sâsé de juger les accidents que peuvent produire , en Italie , le sentiment et le dépit qu'ont les Espagnols de Tacquisition de Pignerol , ce que sans doute ils auroient déjà fait éclater sans les grandes diversions qu'ils ont eues et ont encore dans T Allemagne et les Pays-Bas, le cours desquelles il importe d'observer diligemment; et ne seroit pas hon^ d'apparence si la trêve , qui se pour* suit avec tant de chaleur aux Pays-Bas , venoit à se conclure bientôt, et si l'Empereur et les catholiques d'Allemagne venoient au-dessus de leurs affaires , soit par force, soit par accord avec les protestants, que Iqs Espagnols^ en ce cas, n'employassent les troupes qu'ils assemblent en Italie, sous prétexte de les faire passer en Flandre avec l'Infant-Cardinal , pour attaquer le duc de Mantoue en ses États et en sa ville capitale, dont la prise ne leur seroit pas , ce semble , fort difficile , vu le peu de conduite dudit duc de Mantoue et le foible secours qu'il pourroit tirer des Vénitiens : de quoi l'on ne sçauroit se défiler assez, principalement s'il arrive que les affaires de la trêve et celles d'Allemagne prennent quelque avancement au gré des Espagnols , d'autant qu'ils peuvent s'imaginer que, d'attaquer le duc de Mantoue seroit le chemin le plus court pour mettre les affaires dans un accommodement général, qui obligeroit les François de quitter Casai et Pignerol moyennant que les Espagnols rendissent Mantoue, ou du moins qu'ils profiiteroient de leur côté dudit État de Mantoue comme la France a fait desdites places.
Outre ce , il reste encore deux différends particuliers en Italie, qui méritent considération : l'un est celui qu'ont de longue main le duc de Savoie et la république
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de Gênes pour le fief de Zuccarel , lequel a déjà servi de prétexte à la guerre qui se fît en TÉtat de Gènes en Tannée 1 625 ; l'autre est celui qui est à présent sur le tapis entre le Pape et les Vénitiens.
Quant au premier^ il est nécessaire de sçavoir que le marquisat de Zuccarel est un fief de TEmpire prétendu par le duc de Savoie par deux titres : Tun par la foi et Thommage rendu au duc Louis de Savoie, jusques en Tannée 1 448 , par Georges et Charles Carretti , frères , seigneurs dudit marquisat ; Tautre , par Tacquisition faite dudit marquisat par Charles -Emmanuel duc de Savoie, de Scipion Carretto, qui en étoit seigneur, en Tan i 588.
Au contraire, la république de Gênes prétend ledit marquisat avoir été confisqué et réuni à TEmpire par sentence de TEmpereur, du 22 décembre 1 622 , donnée contre ledit Scipion Carretto , tant à cause de l'aliénation par lui faite dudit marquisat, que pour autres choses par lui commises contre Tautorité et le respect de Sa Majesté Impériale, et qu'en conséquence de ladite sentence ladite république ayant bien religieusement acquis de TEmpereur ledit marquisat, il lui appartient; comme de fait elle en est demeurée en possession jusques ici.
Or, par ledit traité de Mouçon , du mois de mars 1 626 , ledit différend n*a pas été terminé et a été dit seulement que les parties seroient conviées par les deux Rois de convenir d'arbitres pour accorder entre eux toutes sortes de différends, c'est-à-dire pour raison dudit fief de Zuccarel et pour les restitutions des choses prises pendant la dernière guerre et retenues de part et d'autre.
Depuis j il a ëté fait divers projets d'accommodement entre ledit duc de Savoie et la république de Gènes ; mais aucun jusques ici n'a été agréé par les parties* Le dernier traité qui s'est proposé a été fait à Madrid , le 27 novembre 1631, sans aucune intervention de l'ambassadeur de France, ainsi que la chose le requéroit (puisque c'étoit une dépendance du traité de Mouçon passé entre les deux couronnes) , ains par le seul arbitrage du roi d'Espagne.
Par ledit traité de Madrid , la restitution des choses prises de part et d'autre est ordonnée , et est porté de plus qu'il seroit donné audit duc de Savoie cent soixante mille écus d'or, moyennant lesquels il renonceroit à toutes prétentions sur ledit fief de Zuccarel , et pour le pardon général qui a de coutume d'être accordé aux sujets qui ont servi lé parti contraire, il a été réduit et restreint à l'égard des Génois, au nombre de peu de personnes, auxquelles la vente des biens qu'elles avoient dans l'État de Gênes a été (à la vérité) permise , mais avec défense expresse d'entrer sur le domaine de la république , sous peine d'encourir les mêmes peines qui leur étoient auparavant imposées.
Ce traité a été notifié en cette sorte par ladite république , il a été refusé par le duc de Savoie pour plusieurs raisons , dont la principale est qu'il veut que la république accorde un pardon et rétablissement général et sans aucune réserve à tous les Génois bannis qui ont suivi ledit Duc. Et en ce point consiste la plus grande difficulté de l'accommodement , ledit Duc s'attachant à vouloir ledit pardon pur et simple , par réputation, afin que ceux qu'il a engagés à son service ne soient pas ruinés, mais au contraire soient rétablis en
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leurs biens ; et par intérêt encore, espérant qu'il pourra recevoir des services utiles desdits particuliers pour TefTet des desseins qu'il a continuellement sur ladite république^ laquelle, pour la sûreté de son État, n'y veut souffrir le rétablissement de ceux qui ont conspiré à sa ruine.
Voilà l'état de cette affaire , de laquelle il y a grande apparence que l'ambassadeur extraordinaire que la république de Gênes a envoyé au Roi parlera à Sa Majesté , laquelle a intérêt (ce semble) d'embrasser toutes les ouvertures qui se présenteront pour faire Taccord entre ledit Duc et la république , d'autant , en premier lieu, que ce seroit un effet de son autorité d'avoir achevé ce que l'Espagne a voulu commencer et entreprendre sans en être venue à bout, et d'ailleurs que ledit différend peut rallumer la guerre entre lesdits intéressés , en laquelle Sa Majesté sera comme obligée de prendre part avec ledit Duc, ce qui ne se peut sans d'extrêmes dépenses; et en troisième lieu, parce que dans les jalousies et appréhensions que la république a de la guerre, elle est tant plus soumise à l'Espagne qu'elle croit avoir besoin de son secours pour sa défense.
Pour le regard du différend entre le Pape et la république de Venise , il consiste principalement en deux points : l'un au droit que chacune des parties prétend sur certains territoires qu'ils appellent terreni noçij proche du port de Gore , d'où la mer a commencé de se retirer depuis plusieurs années et se retire encore tous les jours; ces terres nouvelles, plus proches du Ferrarois que d'aucune autre terre, sont prétendues parle Pape lui appartenir par droit de proximité; au con-
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tndre, la république soutient qu'elles sont de son domtine comme la mer qui les couvroit , qui s'appelle en cet endroit le golfe de Venise, et prétend son droit si indubitable qu'elle ne veut pas seulement le mettre 4Ê^ question.
L'autre point est que le cardinal Palotta , légat à Ferrare au temps de l'éclat arrivé à Rome entre le préfet et l'ambassadeur de Venise, fit faire trois palières ou levées sur le Pô y en des endroits que la république tient contentieux, proches de ses terres nouvelles. La république s'en formalisa comme d'une innovation , et , parce que les esprits étoient déjà aigris de part et d'autre, elle envoya rompre lesdites palières à main armée, de sorte que, des trois , deux furent entièrement détruites ; à la troisième , les Vénitiens ayant trouvé quelque défense et opposition par des soldats du Pape , ils se contentèrent de se retrancher et de faire un fort auprès pour la ruiner avec le temps. Les Ecclésiastiques, d'autre part, en firent un autre pour la conserver et défendre. Pendant le travail de ces deux forts, les Ecclésiastiques et les Vénitiens vinrent aux mains , ceux-ci y eurent de l'avantage, tellement que des Ecclésiastiques il en demeura quelques-uns sur la place et quarante prisonniers, lesquels, par les offices employés au nom du Roi par M. d'Âvaux, furent renvoyés à Ferrare, et le différend réduit à ce point, outre l'accommodement qui fut fait de l'affaire du préfet , que les parties demeurèrent d'accord de députer des commissaires de part et d'autre pour en convenir à l'amiable. Ce qu'ayant été fait et les commissairesr assembles , ils rompirent sur le premier mot, les Ecclésiastiques n'ayant fait autre proposition que touchant les terres nouvelles , et les Vénitiens ayant
soutenu qu'il n'étoit pas question de cela , ains seulement des limites d^Aiian et de Lorco, tellement qu'ils se séparèrent sans rien faire , les Vénitiens disant que les commissaires qui furent assemblés de part et d'autre sur ce même sujet , en 1 61 3 , consentirent de ne point parler de ces terres nouvelles , et les Ecclésiastiques , au contraire 9 que ledit consentement ne fut pas pur et simple et fut donné , non pour céder leur droit en ce point , mais pour le laisser pour lors ainsi que Ton le peut entendre par ces mots : per tralasciar ora , afin de convenir plus aisément des autres, ce qui n'arriva pas néanmoins , car il n'y eut aucun accord ; ils ajoutèrent de plus qu'il étoit absurde de ne point traiter desdites terres nouvelles , puisque les deux forts, au sujet desquels on avoit des commissaires , sont construits sur icelles.
C'est en gros le sujet, du différend pour l'accommodement duquel Sa Majesté a donné des ordres très-exprès à M. le maréchal de Créqui , qui semble ne pouvoir proposer autre expédient que de rétablir les choses de part et d'autre en leur premier état, c'est-à-dire de démolir la levée ou palier, et les deux forts nouvellement construits, sans entrer plus avant au fond du différend, duquel l'on auroit sujet d'appréhender quelque trouble, si les parties n'avoient grand intérêt <le fuir et éviter un tel accident, lequel, s'il arrivoit, il faudroit croire apparemment que le mépris que le Pape et les Vénitiens font des forces les uns des autres les y auroit sensiblement engagés ; et d'ailleurs que les Espagnols , qui seuls profi* teroient de ce trouble, les y auroient pressés et excités : car, en efifet, il est certain que le roi d'Espagne se prévaudra toujours des querelles particulières qui pcar-»
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ront sunrenir entre les princes d'Italie, soit qu*il prenne parti avec eux ou non; parce que, s'il donne secourSy ce sera à conditions avantageuses pour lui , sMl n'en donne point et qu'il laisse vider le diffërend entre les intéresses j comme il est indubitable que la guerre consommera leurs forces et leurs moyens , cet affoiblissèment les rendra toujours plus redoutés et puissants par-dessus eux, et lesdits princes plus soumis à ses volontés.
Les intérêts de la France , opposés en toutes choses à ceux d'Espagne , le sont encore à ce sujet , car elle doit toujours désirer la paix entre les princes d'Italie , afin qu'étant bien unis ensemble, ils puissent faire contre-poids à la puissance d'Espagne pour la sûreté et conservation de leurs États et de leur liberté et souveraineté. Joint qu'il est bien difficile que la guerre soit en Italie sans que le Roi y prenne part , pour empêcher l'avantage que les Espagnols y prendroient , dont il arrivera toujours de grandes dépenses à Sa Majesté ^ sans peu ou point de profit ; l'expérience des choses passées ayant fait assez cognoître combien les guerres d'Italie ont coûté d'hommes et d'argent à la France : tellement ^ que Sa Majesté, à l'exemple du feu Roi, par l'autorité duquel se fît l'accommodement du pape Paul Y avec la république de Venise du temps de l'interdit, doit employer son nom et crédit puissamment pour arrêter le cours du différend qui se présente entre ces princes, tous deux de considération; le premier, pour le respect de sa dignité , et l'autre pour l'union étroite qui est entre cette couronne et la république; outre qu'il y va de l'intérêt de l'Église que les princes chrétiens se conservent en paix avec le père com-
mun, et de Toffice du Roi Très-Chrétien de les y intintenir.
Par les mêmes raisons que dessus , il seroit à désirer que les froideurs qui continuent entre la république de Venise et le duc de Savoie fussent cessées ; elles peuvent être fondées sur deux sujets : Tun est que le feu Duc, durant quUl s^étoit lié avec les Espagnols pour envahir les États de M. de Mantoue, fit retirer , avec moins de respect quUl n'étoit dû à la république, le procurador Lorenzoy son ambassadeur, qui étoit à Turin au temps que Pignerol fut pris par les armes du Roi , conduites par M^ le Cardinal , ce qui a été cause qu'elle n'a plus voulu tenir un ministre en cette qualité près le duc de Savoie, jusques à ce qu'elle eût reçu quelque satisfaction sur la retraite dudit Lorenzo.
L'autre sujet de mésintelligence est que le duc de Savoie est entré, depuis quelque temps, en prétention de se faire traiter d'un titre plus haut et relevé que celui qu'il avoit possédé jusques ici , sur ce fondement que le royaume de Cypre lui appartient. Et, de fait, il a fait composer une nouvelle couronne qui n'est pas du tout fermée comme celle des rois , mais qui l'est à demi , de même et un peu plus que celle des électeurs de l'Empire, son intention étant, en effet, de se faire traiter ainsi que Ta fait la république de Venise, et de marcher en tout de pair avec elle.
Le Pape semble avoir flatté ledit Duc en ce dessein , l'ayant dispensé de traiter les cardinaux d'Éminence, ainsi qu'il a fait pour les têtes couronnées, et particulièrement Venise; pour la république, en une lettre qu'elle a écrite audit Duc, portant réponse sur la naissance du prince de Piémont, au lieu de le traiter de se-
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rënissime, comme il prëtendoit , ne Ta traité que d'illiutrissime à Taccoutumée, ce qui a piqué le Duc, qui n'a pas voulu recevoir la lettre.
Ladite république en a usé de cette sorte pour deux raisons : l'une pour ne point faire ledit Duc son égal ; mais la principale est qu'elle prétend que ledit royaume de Cypre lui appartient. Et de fait, elle est en possession des titres , sur quoi il y a difficulté entre les deux ; pour laquelle éclaircir, il faut scavoir que Janus de Lusignan , roi de Cypre, eut deux enfants, sçavoir Jean et Anne , que Jean fut roi après ledit Janus , et Anne fut mariée avec Louis , duc de Savoie , fils d'Ame V^.
Jean eut deux enfants : sçavoir, Charlotte, d'une femme légitime ; et Jacques le bâtard , d'une concubine.
Cette Charlotte fut mariée à Louis de Savoie, fils dudit Louis j mari d'Anne , tante de ladite Charlotte.
Or, le duc de Savoie allègue, pour son droit sur ledit royaume, la transaction faite au mois de juin 1 462, entre ladite Charlotte de Lusignan (qui est la dernière de cette maison), reine de Cypre, d'une part, et ledit Louis , lors duc de Savoie, et Anne sa femme , tante de ladite Charlotte, d'autre, qui porte que ladite Charlotte et Louis son mari, fils dudit Louis de Savoie et de ladite Anne , mourant sans enfants , ledit royaume demeurera entièrement à ladite Anne et aux siens ; et outre ce, la donation faite par la même Charlotte, en février 1 485 , dudit royaume de Cypre à Charles , lors duc de Savoie, son neveu. A cela, ledit Duc ajoute^ pour faire considérer son droit, que le pape Inno* cent VIII, lors du décès de ladite Charlotte , qui arriva à Rome, traita ledit Charles du titre royal par sa lettre sur ledit décès.
La république de Venise dit, pour ses raisons y que, après le décès de Jean , père de ladite Charlotte et de Jacques bâtard, le Soudan d'Egypte, qui étoit le seigneur dominant du fief de Cypre , lequel relevoit de la Mecque à huit mille ducats de rente annuelle , jugea que ce fief ne pouvoit être possédé par des femmes et en instruisit ledit Jacques , qui jouit depuis paisiblement du royaume , se maria avec Catherine Cornare , fille adop«tée de la république, à laquelle, par contrat de mariage et par testament , il laissa ledit royaume , et ladite Cor* nare, de son vivant, céda son droit à la république, ensuite dç quoi ledit Soudan lui en donna Tinvestiture moyennant la continuation de ladite rente que ladite république a payée pendant quatre-vingts ans, et jusquesàce queBajazet, en Tan 1567, prît ledit royaume; pendant lequel temps ladite république a été recognue de tous les princes , au vu et au sçu de Savoie , pour reine de Cypre.
Voilà en somme les raisons de part et d'autre et les causes de la froideur qui est entre lesdits princes , la* quelle étant de grande conséquence comme elle est , il importe, sans doute, que par Tautorité du Roi elle soit levée , s'il se peut , afin que lesdits princes , unis ensemble et tous deux liés avec Sa Majesté , fassent un parti puissant en Italie pour y contrecarrer celui d'Espagne , et même pour empêcher que les Espagnols n'entrepren» nent aucune chose avec les troupes qu'ils font assembler, au préjudice de la paix et de la sûreté des princes dltalie.
C'est sans doute pour ce sujet que le Roi , par une sage prévoyance et digne de la sincère affection qu'il a pour le bien public, a fait proposer et poursuivre par
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ses ambassadeurs 9 depuis tantôt deux ans, une ligue pour la sûreté et conservation de la paix de l'Italie , et en particulier pour la défense des États de ceux qui y entreront.
En cette ligue , Ton a proposé de comprendre tous les princes qui ont des États en Italie , sans en exclure les Espagnols, et d*en rendre le Pape promoteur, comme d'une union qui n*a autre fin que raffermissement de la
Cette ligue se poursuit encore par les ambassadeurs et ministres de Sa Majesté^ mais l'on n'a point appris jusques à présent qu'il en ait réussi aucune résolution , s'entend même pour Venise, Savoie et Mantoue : ce qui, peut-être, procède à l'égard desdits princes de cette mésintelligence qui passe entre ladite république et Savoie, joint que ladite république, depuis l'exécution de la dernière paix d'Italie, a montré de vouloir prendre temps pour respirer et pour réparer les brèches que les dépenses excessives de ladite guerre et de la contagion avoient faites dans le corps de son État.
Pour ces mêmes raisons , elle a fait difficulté de prendre part en l'affaire des Grisons et en toute autre union , par laquelle elle eût pu être engagée à la guerre par les intérêts d'autrui, et d'ailleurs elle a pris beaucoup de soin pour s'entretenir avec la maison d'Autriche.
Néanmoins, l'on peut tenir pour constant que lesdits trois princes , sçavoir, Venise , Savoie et Mantoue , ne manqueront au besoin de concourir et s'accorder aux intentions de Sa Majesté au fait de ladite ligue, qui ne tend qu'à leur propre bien et conservation. Il est bien vrai que les autres princes d'Italie y ont pareil
intérêt ; mais il n'y a pas lieu de se promettre qu'ils y entrent , quoiqu'ils en soient recherchés au nom du Roi.
Le Pape prendra soii excuse par le titre qu'il porte de père commun, qui Toblige de n'entrer en aucun parti, bien que celui-ci ait un but si utile, c'est-à-dire celui de raffermissement de la paix j que lui-même en pourroit être à bon droit l'auteur et le chef comme père spirituel des princes chrétiens , qui doit par tous moyens en procurer l'union.
Quant au roi d'Espagne , il ne voudroit pas entrer en aucun traité avec la France pour les affaires d'Italie, prétendant que lui seul en doit être le juge et l'arbitre , et que le Roi n'y tenant point d'États ne s'en doit point mêler.
Pour le regard du Grand-Duc et des autres princes d'Italie, ils seront détournés d'entrer en cette ligue, tant par l'exemple du Pape que par le respect qu'ils portent au roi d'Espagne , contre lequel ils penseroient faire une espèce de déclaration ouverte, si ; en quelque manière que ce soit, ils entroient en union avec la. France.
Il est vrai que le Grand-Duc, la république de Gênes et le duc de Parme , qui , depuis plusieurs années , se sont tenus dans une grande soumission et dépendance vers l'Espagne, se montrent plus considérés depuis l'établissement que la France a pris en Italie, car le Grand- Duc (gouverné comme il est par le comte Orso , tenu pensionnaire d'Espagne et auquel feue sa mère avoit donné des inclinations vers la maison dont elle étoit sortie), n'avoit point fait ci-devant difficulté d'entretenir à ^s dépens un régiment de trois mille hommes au roi i^ 13
d'Espagne pendant ces guerres dernières , sans aucune cause légitime , puisque le cas n'étoit pas échu auquel ledit Roi pouvoif prétendre ledit secours lui être dû 11 cause de la ville et seigneurie de Sienne, sçavoir est pour la défense de TÉtat de Milan lorsqu'il seroit attaqué y a depuis peu refusé la proposition qui lui a été faite, de la part dudit roi d'Espagne, par le sénateur Yillani , d'entretenir aux dépens du Grand-Duc six mille hommes de guerre en Flandre, sous le commandement d'un de ses frères, moyennant quoi ledit Roi donneroit à Fun de ses frères la pension de trente-six mille écus , dont jouissoit le feu archiduc Léopold sur rarchevêché de Montréal, en Sicile, n'ayant non plus ledit Duc voulu entendre à la demande qui lui a été faite , de la part dudit Roi, de lui faire un prêt d'argent, en lui engageant et en mettant es mains les places de Piombino , Porto- Hercole et autres à sa bienséance.
Le duc de Parme, de son côté, a refusé pareillement d'accepter la généralité de la mer en Flandre, le gouvernement de deux ou trois ports de mer audit pays , et la lieutenance générale sous le Cardinal-Infant, que ledit Roi lui avoit fait offrir, moyennant qu'il entretînt à ses dépens six mille hommes de guerre audit pays, pour cinq ans, et s'est même ledit Duc fait entendre au Roi de la bonne intention qu'il a de ne pas laisser mettre le pied aux Espagnols dans la place de Sabionnette, qui est en dépôt en ses mains , ainsi qu'ils en ont dessein , pourvu qu'il plût à Sa Majesté l'assister en cas de besoin pour la conservation de la place , ce qui sans doute lui aura été promis. En quoi il faut remarquer la bonne volonté dudit prince plutôt que tout autre chose, et considérer que lui et les autres de cette qualité, en Italie, ne se soumettent
au roi d'Espagne que par crainte et non par aucune incK» nation qu'ils aient pour lui , et que l'acquisition de Pignerol produit de grands effets en leurs esprits et les rend plus fermes contre les tyrannies des Espagnols.
Quant à la république de Gênes , il est vrai qu'elle montre de vouloir rendre plus de respect à la France que ci-devant, et qu'elle a résolu l'ambassade extraordinaire qu'elle envoie en France, contre toutes les oppositions et empêchements que l'Espagne y a pu apporter.
Le seul duc de Modène s'est montré moins avisé et moins ferme sur les occasions présentes , s'étant laissé persuader par ledit Yillani d'entretenir un régiment de deux mille hommes en Flandre , composé de Bourguignons y sous le nom de son frère , moyennant quoi le Roi a fait son frère grand d*Espagne et a donné audit Duc ladite pension annuelle de trente-six mille livres, dont jouissoit ledit feu archiduc Léopold sur l'archevêché de Montréal en Sicile.
Toutes ces recherches que le roi d'Espagne fait vers les princes d'Italie , font voir clairement la nécessité urgente de ces affaires, et la difficulté, voire impossibi* lité où il se trouve de soutenir par ses propres moyens les affaires de Flandre. Cela , avec les affaires de l'Empire et les signalés avantages que la France a remportés depuis trois ans en Italie, Lorraine et Allemagne, ayant en toutes ces parties étendu ses frontières, a obligé ledit roi d'Espagne de rechercher, à quelque prix que ce soit, la trêve ou la paix avec les HoUandois, s'étant démis de cette gravité et ostentation que les Espagnols ont de tout t^mps affectée , jusques à tel point qu'ils n'ont pas fait difBculté d'envoyer des députés , sous le nom des Etats
de Brabant , requérir ceux de Hollande , jusques chez eux , de ladite paix ou trêve , et de comparoitre à la Haye, plutôt comme suppliants que comme dëputës, pour traiter de pair avec les HoUandois.
Or, il est bien difficile de parler pertinemment de ladite trêve et de juger du succès de la négociation ouverte qui s'en fait à la Haye , car cette affaire chemine de jour en jour, et aujourd'hui se trouve en un état auquel elle ne sera pas demain et qui changera à tout moment, jusques à ce' que l'affaire soit conclue de part et d'autre.
Néanmoins, pour donner quelque lumière de cette importante affaire , l'on peut dire que le roi d'Espagne a engagé la négociation de la trêve avec les HoUandois ou pour la faire en effet, ou pour, sous prétexte de cette négociation , arrêter le cours des armes et des progrès du prince d'Orange, qui ont été , ces années dernières , favorisés tant par les guerres d'Allemagne et d'Italie , que par le défaut d'expérience des chefs des armées que le roi d'Espagne a tenues es Pays-Bas , et par le dégoût auquel sont entrés les principaux et le général des peuples du mauvais gouvernement des Espagnols, qui a éclaté par la révolte ouverte du comte Henri de Bergues, du comte d'Egmont, du doyen de Cambrai , du gouverneur de Bouchain, son frère, et d'autres.
Pour les sieurs les Etats , il faut sçavoir qu'en ce qui touche ce point de paix ou de trêve avec les Espagnols', ils sont partagés en opinions , les uns y étant directement opposés et ceux-là sont les Gomaristes ^ , lesquels ont aujourd'hui le plus de part au gouvernement, gens
i. Sectateurs de Gomarus, zélé calviniste.
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hardis et violents^ ennemis mortels de la religion catho* lique romaine et des princes qui la soutiennent, et principalement des Espagnols; puissants en biens et qui désirent la continuation de la guerre pour conserver durant icelle plus puissamment leur autorité^ et pour Tintérét qu'ils ont en la compagnie des Indes Occidentales , qui tire de grands avantages et fait de grandes prises sur les Espagnols.
Les autres sont ceux qu'on appelle Arminiens', desquels a été autrefois chef Barneweld, que le feu prince d'Orange fit mourir pour crime d'État ; ceux-ci suivent une opinion, en la religion, plus approchant de la catholique ; ils sont modérés, prudents et unis plus que les autres et plus accomihodants avec les Espagnols , n'oubliant aucune chose pour promouvoir et avancer le désir qu'ils ont de la paix ou trêve , pendant laquelle ils pré?tendent relever leur autorité au-dessus des Gomaristes , qui les ont opprimés en la mort de leur chef , et depuis au bannissement d'aucuns d'entre eux, quand ils en ont eu le pouvoir.
Les raisons des premiers , pour continuer la guerre, sont que, pendant le déchet apparent des affaires des Espagnols, ils en peuvent beaucoup profiter, comme ils firent les années dernières ; que pendant qu'ils sont en guerre contre le roi d'Espagne , ils se tiennent en plus grande considération prèâ de tous les princes qui ont pour suspecte la puissance de la maison d'Autriche et en tirent de grands secours; que faire la paix ou la trêve avec les Espagnols, c'est montrer l'exemple aux protestants d'Allemagne de s'accommoder avec l'Empereur, et
1. Ou Remontrants^ sectateurs de. Jacques Arminius, autre théologien protestant.
19g APPENDICE AUX MÉMOIRES
par conséquent laisser ruiner ledit parti ; que la guerre tient le corps de leur république plus uni et plus attentif à leur conservation ; que le repos peut jeter des divisions entre eux, comme il est véritable; et enfin, que les Espagnols ne proposent de s^accommoder avec eux qu'à dessein de les ruiner et surprendre dans la paix, n'ayant pu rien gagner contre eux durant la guerre , dont les occasions et les prétextes ne leur manqueront jamais, lorsqu'ils auront plus de moyen de la faire, quelque traité que Ton puisse arrêter avec eux.
Les Arminiens , au contraire , disent que les grands efforts qu'ils ont faits aux derniers sièges de Bois-le-Duc et de Maëstrichy ont épuisé leur État de forces et de moyens, qu'ils ne peuvent plus supporter telles dépenseis, que leurs dettes sont immenses , que le secours des alliés est incertain, qu'il est glorieux de traiter pendant qu'ils ont l'avantage de leur côté et qu'ils en sont recherchés; que ce seroit faire faute de refuser les grandes offres que le roi d'Espagne leur fait ; qu'il n'y a plus de guerre, à présent, en Italie, qui puisse divertir les armes du roi d'Espagne; que le roi de Suède est mort, et qu'il n'y a point de doute, si l'Empereur et les princes catholiques viennent au-dessus de leurs affaires en Allemagne , que les Espagnols se départiront de leurs offres et recherches, et leur jetteront toutes les forces de l'Empire sur les bras, avec celles qu'ils ont déjà , ce qui ne pourroit être sans étonner leur État; que, pour toutes ces considérations, il est plus expédient d'accepter la paix ou la trêve , aux conditions honorables et avantageuses qui leur sont proposées, que de la refuser.
Entre cette diversité de sentiments , le prince d'Orange, qui est le chef des États, qui a grand crédit et
autorité parmi eux, se tient fort retenu et couvert, ainsi qu'il Test de son naturel en toutes choses, comme prince fort sage, fort avisé et adroit autant qu^autre le peut être pour parvenir à ses fins. Ce qui s'est pénétré néanmoins de son dessein, est qu'il incline à la trêve, soit qu'il pense que ce soit le bien des Provinces-Unies, soit qu'il ne veuille pas hasarder dans de nouvelles entreprises , dont les inconvénients sont toujours incertains, la grande réputation qu'il s'est acquise dans les heureux succès des sièges de Groot, Bois-le*Duc et Maëstrich et par la prise de Wezel, soit aussi qu'il veuille dès à présent chercher le repos et la tranquillité , se délivrer des peines , travaux et périls qui suivent nécessairement la guerre , au rebours du prince Maurice , son frère, et de plusieurs grands capitaines , qui n'ont pu consentir à quitter le commandement et l'emploi des armes, tant qu'ils ont eu moyen de le garder et conserver.
C'est à peu près ce que l'on peut juger des princi-» pales parties intéressées en celte trêve. Or, les Espagnols, pour induire les États à y entendre, leur ont fait espérer, par leurs émissaires, qu'ils pourroient leur donner Breda et Gueldres , démolir le fort de Santwlit, qui est au-dessus d'Anvers, mettre Rimbergue en neutralité, et leur donner quelque élargissement plus grand au fait du commerce , qu'en la précédente trêve.
Ces offres si spécieuses , appuyées par les traités, ont fait écouter les propositions de trêve qui jusques alors avoient été rudement rejetées, et ont engagé et lié la négociation. Depuis, les États ont commencé de faire leurs demandes conformes aux articles ci-dessus que l'on leur avoit fait espérer, de quoi ceux de Brabant, après avoir pris divers prétextes d'envoyer leurs députés à Bruxelles,
pour prendre avis et ordre de l'Infant sur ce qui leur étoit proposé par les États, et avoir gagné beaucoup de temps en ces allées et venues , ont montré un grand éttmnement, comme si les demandes des États étoient du tout exorbitantes. Et néanmoins, pour ne pas rompre, sans rien refuser aux États de leurs prétentions, ils sont entrés en d'autres demandes de leur part, ayant proposé que les États leur donnent, en échange de Breda, Fernambuk, à la charge de donner trois cent mille livres pour le dédommagement de la compagnie des Indes Occidentales , rÉcluse pour Gueldres (il est vrai que, dans récrit qu'ils ont baillé de leurs demandes, ils n'ont compris ni Gueldres ni l'Écluse), le fort du Poldre de Namur au lieu de Santvleit, et que Maëstrich soit ueutral comme Rimbergue.
Sur ces demandes , plusieurs de Messieurs des États inclinoient à renvoyer les députés du Brabant en leur pays ; les autres , qui désirent la trêve , ont fait consentir qu'ils envoyassent à Bruxelles, pour tirer éclaircissement ou ampliation de pouvoir sur les sûretés demandées par lesdits députés , en baillant les places qu'ils avoient d'abord offertes : à quoi ils ont enfin satisfait , mais toujours avec beaucoup de longueur, l'un d'entre eux ayant rapporté aux autres un pouvoir assez passable; mais , en le présentant aux États , ils leur ont en même temps fait instance qu'ils autorisassent leurs députés de même sorte, afin que toutes choses allassent de pair^ proposition qui a fait juger à plusieurs que la trêve étoit bien avancée , comme en effet l'on pourroit la tenir en bon chemin pour ceux qui la désirent , si lesdits États avoient donné un pouvoir absolu à leurs députés. Mais comme ce point est de grande importance et que la
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forme de traiter desdits sieurs les États, principalement au fait de la trêve, n'est pas de donner un si ample pouvoir à leurs députes , ains de demander Tavis de chacune province sur chaque point qui se présente , aussi ont-ils été plus de trois semaines à délibérer sur la demande dudit pouvoir, sans être résolus en aucune sorte , jusques au 21 du mois de mars dernier passée les provinces n'en étant pas toutes d'accord, et chacune soutenant son opinion par ce qu'elle estime importer au bien commun de tous. Cet article n'étoit donc pas alors vidé, mais ce qui paroissoit de plus assuré, étoit que les États se montroient bien résolus à ne point se relâcher de leurs premières prétentions , et que d'ailleurs tous les préparatift pour mettre en campagne étoient prêts.
Ce sont les termes auxquels peut avoir été cette négociation, jusques à la fin du mois de mars, pendant laquelle il ne faut pas douter que le Roi et son conseil , qui veillent continuellement aux choses publiques à l'avantage de cette couronne , n'aient employé tous les offices nécessaires vers les États, pour les persuader et disposer à ce que Sa Majesté , comme leur vrai ami et allié , a estimé être de leur bien et de l'intérêt commun de tous ceux qui ont pour suspectes la puissance et l'ambition des Espagnols et de la maison d'Autriche.
IjCS conseils que Sa Majesté aura donnés auxdits Etats ne peuvent être cognus que par ceux qui sont dans le maniement des affaires , et ce que l'on peut juger, par conjecture, que Sa Majesté leur aura pu faire insinuer, est qu'elle laisse à leur prudence et à la cognoissance particulière qu'ils ont des affaires de leur république et de leurs provinces , de juger ce qu'il est plus expédient pour eux de faire la trêve ou de continuer la guerre;
que Sa Majesté n*â pas intention de les penuader plutâl à un parti qu*à Tautre, mais seulement de contribuer à^oe que celui qu'ils prendront soit le plus k leur arantage qu'il se pourra.
Que s'ils inclinent k la pus ou à la trêve, Sa Majesté ponrroit, en ce cas^ leur offrir d'intervenir au traité qui sW fera I à l'eiemple du feu Roi son père , et de leur donner sa garantie pour sûreté des choses qui leur seront promises de la part d'Espagne, avec cette condition réciproque , que la paix se rompant entre les Espagnols et les Hollandois, Sa Majesté assistera les États de toutes ses forces, et se déclarera ouvertement avec eux contre l'E^Migne; comme au semblable, s'il arrivoit rupture entre la France et l'Espagne, que les États se joindront à Sa Majesté, pour, conjointement avec elle, faire la guerre contre l'Espagne.
Cette dernière clause est fort importante ; elle est avantageuse et honorable aux États pour lesquels la France s'engage et s'intéresse plus avant qu'elle n'a jamais fait, s'obligeant de rompre avec l'Espagne au même temps qu'eux. Mais aussi, en la conjoncture présente, elle est bonne pour la France ; car, présupposé que la trêve qui se négocie ne se puisse empêcher par les moyens qui seront dits en l'article suivant, quelle précaution plus grande le Roi peut-il tirer contre la mauvaise volonté des Espagnols, et pour conserver ce qu'il a de nouveau acquis en Italie, Allemagne et Lorraine, que d'avoir obligé les Etats de se joindre à Sa Majesté et de rompre incontinent avec l'Espagne, à l'instant qu'elle attaquera Sa Majesté aux lieux par elle nouvellement acquis ou dans son royaume ?
Mais si les États sont en branle, ou partagés en opi-
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nions entre eux , comme ils sont pour accepter ou pour rejeter la tréve^ il y a grande apparence que le Roi n'oublien rien pour faire vuider ce partage pour la rupture de la trêve , et que pour cet effet; il aura fait offrir aux États, pour les encourager à la guerre, non-seulement la continuation du million qui leur a ëté accorde par le traité fait avec eux au mois de juin de Tannée 1630, mais encore un plus grand secours d'argent, et si cela ne sufSt, un certain nombre d'hommes de pied et de cheval François,entretenus sans ou avec drapeaux, ou peut-être, à toute extrémité, une déclaration ouverte de guerre avec TEspagne, en cas que ladite trêve ne puisse être divertie on empêchée par autre moyen, pensée qui sembleroit hardie et qui peut-être sera tenue, de prime face, pour un long embarquement à la guerre, mais, en effet, elle doit être considérée comme le meilleur et le plus sage conseil pour assurer le repos de TÉtat.
La raison est qu'il ne faut point douter, et il n'y a personne qui n'en juge de cette sorte, que si les Espagnols avoient fait la trêve avec les États , dans peu de temps ils viendroient aisément à bout des protestants en Allemagne, où ils emploieroient toutes leurs forces, et que cela fait, le Roi les auroit incontinent sur les bras, •si ce n'est en son royaume , du moins en Italie , Allé-* magne ou Lorraine, où ils voudroient lui ravir, par force, le fruit de tant de travaux et de dépenses que Sa Majesté a supportées es guerres dernières. Quoi faisant, voilà cette rupture, dont le nom étonne les pacifiques, arrivée par nécessité, Sa Majesté étant obligée de défendre . par armes ce qu'elle a si justement acquis.
De manière que , s'il est apparent comme il est , la trêve se faisant, que bientôt après les couronnes doivent
Î04 APPEICDICE kJSX MÉMOIRES
entrer en guerre l'une contre l'autre si la France veut conserver y non pas tout ce qu'elle tient en Allemagne, nuds seulement Pignerol, qui ne jugera, puisque cel ac^ cident est comme inévitable , qu'il vaut mieux empêcher la trêve par cette déclaration, si Ton ne le peut à moins, pùisqu'au moyen de quelques troupes que le Roi entretiendra dans les armées des Hollandois et de quelques secours qu'il donnera aux protestants d'Allemagne , il donnera assez d'exercice aux Espagnols pour les divertir d'entreprendre sur ce qui lui touche ? Et en récompense de la dépense que Sa Majesté fera, non-seulement elle eonsarvera ses sujets en repos et sûreté, mais elle pourra avoir part aux conquêtes qui se feront dans les Pays-Bas, et pourra recueillir les offres qui lui peuvent être fiâtes du coté de TAllemagne par les protestants, des places et paya qui confinent avec le royaume.
L*on peut (ce semble) discourir de cette sorte des intérêts du Roi sur le sujet de la trêve, du succès de laqudle personne ne sçauroit parler bien assurément; mais à peser et considérer toutes choses qui concourent en cette négociation , les deux partis qui sont dans le corps des États, les uns pour, les autres contre la trêve, chacun des partis assez puissant pour l'exclusion de ce qu'il ne voudra pas, comme les Comaristes, soutenus des offres avantageuses de la France pour empêcher que la trêve se conclue sitôt, et les Arminiens, au contraire, appuyés des conditions spécieuses proposées par l'Espagne, et peut-être du prince d'Orange (comme l'on croit), pour entretenir la négociation et empêcher que l'on s'engage à aucune entreprise de guerre qui la puisse rompre du tout; d'ailleurs, la patience que les Espagnds auront et l'artifice dont ils se serviront en cas
qu'ils ne puissent conclure la trêve, pour tirer les choses en longueur et continuer le traité, attendant révënement des affaires d'Allemagne : toutes ces considérations jointes à Tordre des Provinces-Unies, qui veut que Ton ne puisse prendre aucune résolution pour la paix ou pour la guerre que toutes les provinces n'en demeurent d'accord (en sorte qu'une seule peut, par sa voix, empêcher la résolution des six autres), peuvent faire juger que ladite trêve ne se conclura pas sitôt ; que la négociation en sera continuée et entretenue avec soin , en quelque sorte que ce soit ; que les États et les Espagnols se mettront chacun de leur côté en campagne ; que, s'il se fait quelque entreprise de guerre, elle ne sera pas de grande considération, et que cette conduite portera enfin, mais avec beaucoup de temps , les choses à la trêve ou à la paix.
Ainsi qu'il a été remarqué ci-dessus, les affaires d'Allemagne et des Pays-Bas ont un tel rapport les unes avec les autres, à cause de l'intérêt que la maison d'Autriche a de tous les deux côtés, que, comme la trêve aux Pays- Bas seroit un acheminement à la paix d'Allemagne , aussi le déchet des protestants en la Germanie porteroit coup contre les Hollandois pour les rendre plus faciles à s'accommoder avec le roi d'Espagne, de manière que, pour cette raison et pour plusieurs autres, il faut considérer les affaires qui se passent en l'Empire comme les plus importantes qui soient aujourd'hui en la chrétienté, pour les suites qu'elles peuvent avoir en dernier lieu.
Il faut laisser à ceux qui entreprendront de faire l'histoire du temps, de décrire la cause des guerres qui ont affligé l'Allemagne, depuis l'année 1 620 jus'ques à présent , les événements des batailles qui s'y sont données
et des graods sièges que l*oo y a entrepris : l'on se contentera de remarquer en ce petit Mémoire, que, comme Torgueil et la présomption des protestants et la vanité du feu prince Palatin a été cause de la ruine de jJusieurs autres protestants, qu^aussi la trop grande rigueur dont l'Empereur a usé envers lesdits protestants, lorsqu'il a eu avantage sur eux , la ruine des princes de Meckelbourg, et les menaces de la trop sûre exécution de Tédit donné par ledit Empereur pour la restitution des biens ecclésiastiques, ont beaucoup servi pour exciter le roi de Suède , i^rince de son naturel hardi , ambitieux et trop aélé à sa religion, de venir en armes dans TEmpire pour relever le parti de ceux qui avoient même créance que lui.
Mais ce qui a donné plus de facilité à l'entreprise du dit roi de Suède et aux bons succès qu'il a eus en Allemagne , à la ruine des princes catholiques , a été la guerre injustement entreprise par le roi d'Espagne pour dépouiller des États de Mantoue et de Montferrat, un prince catholique qui en étoit légitime successeur et héritier, laquelle entreprise ayant attiré , par la violente poursuite des Espagnols, les meilleures troupes de l'Empereur en Italie, et d'autre part celles de France y étant accourues pour s'opposer à une si injuste invasion, il en est arrivé deux effets : l'un que cet éloignement des forces de l'Empire a donné cœur audit roi de Suède pour exécuter son entreprise; l'autre que le Roi, pour divertir les forces des Allemands qu'il avoit sur les bras en Italie, a fomenté le dessein dudit roi de Suède, lui ayant accordé, par traité fait avec lui, au mois de janvier 1630, un million de livres de secours par an pour l'entretènement de son armée.
Mais ce seroit ignorer la vérité et la suite des choses , que d'attribuer audit secours de France seul Fentrée dudit roi de Suède en Allemagne y et les funestes événements de ses armes à la ruine des catholiques; la vraie cause de ces accidents et de ces malheurs est celle qui ci-dessus est dite y de la trop grande rigueur exercée contre les protestants, et le passage des Allemands en Italie.
Car à regard du-Roi, comme par raison d'État, il a pu et dû, par tous moyens, secourir un prince son allié, et ses armes porter en Italie même, par ladite diversion qui a eu TefTet que Sa Majesié en avoit attendu en la prompte exécution de la paix d'Italie, avec les avantages pour la France qui se peuvent juger de la restitution de Mantoue et de Féchange de Pignerol ; aussi n'attelle pas défailli à ce qui pouvoit être désiré d'un Roi Très-Chrétien pour la religion catholique en Allemagne, puisque, par le même traité par lequel il avoit promis audit roi de Suède le secours d^un million de livres, ledit Roi étoit obligé de permettre l'exercice de la religion catholique , apostolique et romaine , en tons les lieux qui seroient par lui occupés, selon les constitutions de l'Empire, et de laisser en son entier le libre exercice de ladite . religion, en tous les lieux où il le trouveroit établi. Et de plus, Sa Majesté avoit fait tirer un écrit dudit Roi, par lequel il offroit , pour le respect de Sa Majesté, la neutralité au duc de Ravière et aux autres Électeurs et princes de la ligue catholique, qui la voudroient accepter.
Or que ces conditions promises à sa Majesté n'aient de beaucoup modéré en faveur des catholiques les vio« lences d'un prince et d'un parti conquérant, ennemi de notre religion , chacun le sçait ; ce n'est pas que les dés-
ordres, insolences et barbaries de la soldatesque niaient été encore trop grandes, mais elles pouvoient Têtre beaucoup plus , et il est vrai que le respect du Roi a sauvé beaucoup de temples, d'églises et d'ecclésiastiques, qui sans cela couroient fortune d'une entière ruine.
U est aussi constant que si les électeurs de Bavière, de Mayence , de Cologne eussent suivi les bons conseils de Sa Majesté, qui les a fait rechercher avec tant de soin, par envoi d'ambassadeurs et d'autres personnes de condition , d'accepter la neutralité , ils eussent garanti leurs États des malheurs auxquels ils sont tombés, ainsi qu'a fait l'électeur de Trêves, lequel s'étant mis sous la protection de France, n'a reçu nulle atteinte des armes suédoises , et n'a souffert autre incommodité durant les troubles et les ruines de toute l'Allemagne, que celles qu'ont de coutume d'apporter les gens de guerre dans les États où ils sont obligés de vivre, lesquelles eussent été bien moindres, si ledit Électeur eût donné ordre à leur entretien.
Tellement que l'on peut dire que le Roi a autant servi à la conservation de la religion et des catholiques, en Allemagne, comme la mauvaise conduite de l'Empereur et Tirrésolution desdits électeurs de Bavière, Cologne et Mayence a aidé et contribué à leur ruine.
Il est vrai que la mort du roi de Suède leur donne espérance de s'en relever dans peu de temps ; c'est chose pourtant qui est incertaine, car, si d'un côté le Valestin (Wallenstein), sous le nom de l'Empereur, et les princes catholiques font des levées de tous côtés pour faire un dernier effort à la ruine des protestants en Allemagne, d'autre part lesdits protestants demeurent jusques à présent fort unis ensemble. Us conservent et gardent les
pays et places qu'ils tiennent, et ont plutôt acquis que perdu depuis la mort dudit roi de Suède. A la vérité une chose défaut à ce parti , qui est très-importante, c'est un chef capable de succéder à l'ambition et aux desseins dudit Roi, aussi bien qu'à sa valeur et expérience; ce qui ne se trouve point parmi lesdits protestants, le duc de Saxe qui seul , par sa qualité, pourroit tenir la* dite place , étant prince de peu de capacité , de courage et d'expérience , plus désireux de conserver le sien que d'accroître ses limites, plus amateur de repos et des exercices de paix ordinaires aux Allemands, que jaloux de la ^oire et du bien qui se peut acquérir par les armes. L'on peut dire le même de l'électeur de Brandebourg. Le duc de Saxe Weymar, qui est de la maison dudit éleo^ tear de Saxe et descendant de la branche de Jean-Frédéric qui fut dépossédé par Qiarles-Quint, a bien quelques parties de chef de guerre ; mais, outre qu'il pourra être suspect audit électeur de Saxe, il n'a pas encore toutes les qualités requises pour un si haut commande^ moit et une si grande entreprise ; de manière que Ton peut juger par ce défaut, que ce n'est pas du tout sans raison que l'Empereur et les princes catholiques se promettent de redresser bientôt leurs affaires en AUemagney et que plusieurs autres doutait que lesdits protestants ne puissent longtemps se tenir unis ensonble, sans im dief paissant capable de conduire et de commander a nu si grand corps; et moins encore que des capitaines parti* coliers, la plupart Suédois et étrangers, paissent eon* serrer longaement ce qu'ils tiennent en un pays éloigné da iear, s'ils ne sont soutenus ouvertement d'une grande
iJéanmoins, Dîca^ qoi ordonne do sooois des armes
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comme il lui plaît y pourroit bien disposer de ces choses contre les apparences, ainsi qu'il a fait ci-devant en plusieurs occasions signalées, qui se sont passées durant le cours de ces guerres d'Allemagne ; et se peut dire, contre les raisons ci-dessus, que pourvu que lesdits protestants demeurent fermement unis , comme ils ont protesté de dire en la dernière assemblée par eux tenue, à Hailbron en Souabe, ils pourront , avec l'aide de leurs bons amis, donner encore beaucoup d'exercice à l'Empereur, ou Tobliger d'en venir à une bonne et équitable paix.
Cependant , le Roi , qui est obligé par le rang qu'il tient en la chrétienté, par Falliance qu'il a avec les princes de l'Empire, et par les places qu'il y tient à présent, de prendre part aux affaires d'Allemagne, n'auroit pas sans doute manqué , selon sa vigilance accoutumée et les prudents et généreux avis de son conseil, de £sdre en même temps, par ses envoyés et ministres, les offices près l'Empereur, les Électeurs catholiques et les princes protestants, que Sa Majesté aura jugé convenables, sur une conjoncture si importante.
De juger précisément quels auront été ces offices , cela doit être réservé à ceux qui ont part au secret des affaires et qui ont été présents à la délibération ; ce qui s'en peut penser sur le fondement des choses passées, est que Sa Majesté doit , par tous moyens , s'acquérir créance et confiance, tant près les Electeurs catholiques que vers les Électeurs et princes protestants, les rendant persuadés que son but en cela n'est autre que de les porter à une bonne et sûre paix : employer cette créance vers les uns et les autres pour les reunir tous ensemble en amitié et bonne intelligence, afin que par cette union ils fassent cesser tous les différends sur le fait de la reli-
DE MATHIEU MOUt 211
gioBy et qa'en fiûsint ladite paix, ils pniiieiit remettre l'Empire en m première liberté, et Fétablir de telle lorte, par la coofirmatioii des anciennes constitutions et même par l'amplification d'icelles , si besoin est , qu'elles ne poissent à Tarenir être yiolëes par quelque puissance qoe et paisse être, ni même par la maison d'Autricliey an pr^n£ce de Fantorité, franchises et priTÎlëges deldits Électeorsy princes et antres memlves de l'Empire* Pour ces effets , il est nécessaire de faire comprendre Électeurs combien il imoorte de ne nas soufiiir on*il
soit pioG^ a râection du roi des Bmnains arant le décès de rEmpefenr, et que, si cette élection se finsoit en la perscHme dn rm de Hongrie, ce seroit rendre TEai* pire l»éditaire à la maison d'Autridiey et soomellie celte snpi£uic dignité à la monarchie d'E^Migne*
Engjgu lesdits Electeurs, lorsqu'il se traitera de la* dtoepnîzy de demander que le Boî soit reqms d' j interipcair ea qndité de médiateur, comme prince tpâ cit knr ansî et allié coannm^afin que Sa Mqcsté poime coatrifaoer ce qni sera de scn antorité pour les fins sasdites, et se rendre garant emwtn les catholiques el les des choses <pii seront respectivement coave* eux et qui leur seront promises par l'Empe»
Piipoaii aosEÎ lesdits priaees et rfnqMrcnr comnfcner font ce qm pourra dépendre d'cBS, afin tfÊt le Boi reeoîse par IcÂt traité de paix toole la tins qnH peut désirer dans ses intérêts, c — 1> iwMP pfai— «— et paHUHcaaat j«nr de kslons^aoBt da» rérédié de Xctz^ct des plwn
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212 APPINDIGE AUX MÉMOIRES
ëyêchés de Toul et Verdun et dans les places de Lorraine que Sa Majesté fait garder à présent, aucun trouble en quelque manière que ce soit.
Pour le regard des places que Sa Majesté tient dans réyêché de Trêves, du gré de l'Électeur, Ton doit croire que, la paix se faisant, elles seront rendues, sauf à y laisser quelque garnison françoise pour la sûreté d'icelles, principalement à Hermanstein, en cas que ledit Électeur le désire pour son propre intérêt.
Pour parvenir aux fins susdites , il importe de soutenir le parti des protestants, les conseiller de demeurer toujours armés, les exhorter à se maintenir en union les uns avec les autres, sous la conduite de l'électeur de Saxe, vu qu'autre que lui ne peut être leur chef.
Et d'autant qu'ils ne peuvent demeurer armés ainsi qu'il est, sans avoir de l'argent pour payer leurs gens de guerre, l'on estime que le Roi sera obligé de leur offrir la continuation du secours d'un million de livres qu'il donnoit au roi de Suède , aux conditions portées par le traité fait avec ledit Roi pour la religion catholique, et surtout à la charge que ledit électeur de Saxe ne pourra faire traité ni paix sans le consentement de Sa Majesté.
Par la continuation dudit secours , l'on ne doit pas prétendre que le Roi entretienne la guerre en Allemagne et porte les protestants contre les catholiques ; mais l'on doit juger que Sa Majesté, en ce faisant, dispose comme il convient les choses à une paix assurée , tant pour les Électeurs catholiques que pour les protestants, d'autant que le moyen d'y parvenir est de tenir des forces, en l'Empire , capables de s'opposer à celles de la maison d'Autriche; autrement, si l'Empereur, par le désarme-
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ment des protestants ou par leur déchet et division, venoit à prendre le dessus avant la conclusion d'une solennelle paix j au lieu d'un bien tant désiré , il en arriveroit la ruine de l'Empire y laquelle le Yalestln , sons le nom de l'Empereur, ne manqueroit pas de commencer par l'électeur de Saxe et les autres princes protestants, et de la continuer à achever par les catholiques, ou du moins de soumettre ceux-ci à un tel point, qu'ils passeroient plutôt pour esclaves et sujets de la maison d'Autriche et des Espagnols , que pour princes libres et souverains associés, comme ils sont, à l'Empire.
Pour ces raisons, l'on doit se promettre que les offices et les offres de Sa Majesté doivent être reçues avec beaucoup de gré et de respect , non-seulement des princes protestants, mais aussi des Electeurs catholiques, et particulièrement du duc de Bavière, lequel, comme chef de ceux-ci et le plus considérable, en l'état, en biens, en crédit et en conduite, et par conséquent capable de donner plus de jalousie à la maison d'Autriche, doit prévoir que la fin de la ruine des protestants seroit le commencement de la sienne, ne pouvant pas être en grande confiance près des Espagnols qui ont eu cognoissance du traité secret qu'il a fait avec la France, au mois de mai 1631 , et moins encore en amitié avec le Valestin, qui a bien sçu aussi que ledit Duc avoit été l'auteur de sa destitution, qui fut résolue en l'assemblée de Ratisbonne, en l'année 1 630, comme il le fut aussi de la pratique faite pour éluder en ladite assemblée l'élection du roi des Romains en la personne de l'Empereur. Toutes ces choses , qui ont été bien marquées , peuvent faire juger quel peut être, contre ledit Électeur, le sentiment de la maison d'Autriche , et s'il n'aura pas été plutôt couvert et dissi-
114 APPENDICE AUX BIÉMOIRES
mnlé qu^ëteint , dans Fezlrême nécessite quHls ont eoA de demeurer unis pour leur commune défense.
Contre ces raisons, il y a une considération importante qui pourroit donner d^autres sentiments audit duc de Bavière, et rengager à se joindre du tout à l'Empereur pour la nûne des protestants en Allemagne : c'est qa*ayant possédé la meilleure partie des États du feu prince Palatin , ensemble la dignité d'électeur dont il a été inTCsti, il pourroit craindre, si , d'un coté il ne demenroit en étroite intelligence avec l'Empereur, et que d'autre part les princes protestants étant puissants vinssent à traiter la paix avec forces égales, qu'il ne fût contraint et obligé de lâcher prise, et de quitter, lorsque ses États qui sont tenus et occupés par les Suédois lui seroient rendus , ceux qu'il a détenus et détient encore i présent aux héritiers dudit Palatin, neveux du roi de la Grande-Bretagne.
Mais les raisons ci-dessus doivent, ce semble, prévaloir sur cette considération ; d'autant que, par la ruine des protestants, il est menacé de la sienne propre et tout entière, au lieu qu'en leur subsistance il se conserve luimême et maintient les libertés de TEmpire contre TEmpereur et les Espagnols qui les veulent abolir, joint que d'ailleurs il pourra, avec l'assistance de l'autorité du Roi dans la négociation et traité de ladite paix générale, assurer, à lui et aux siens, sinon tout ce qu'il tient et a tenu dans le Palatinat, du moins la meilleure partie.
Quant à l'électeur de G)Iogne, il ne faut point douter qu'il ne suive les mouvements du duc de Bavière, son frère.
L'électeur de Mayence, qui est entièrement dépouillé de ses États , semble plus attaché à l'Empereur, quoi-
DB MATEŒU HOLÉ. ti»
qu*il n*ait pas grande obligation aux Espagnols, qui a^ent entrepris sa défense et Tont laisse lâchement ruiner.
Pour rëlecteur de Trêves, il est engagé de suivre les volontés de Sa Majesté.
Pour le regard de FEmpereur et de ceux de sa maison, encore qu'il leur soit aisé de recognoitre que la fin jnindpale de tout ce que le Roi a fait en Allemagne a été d'abaisser leur puissance, et que ce même dessein sub« siste encore, avec raison, comme une maxime essentidle pour le repos de cet État , néanmoins, comme Sa Ma* jesté, de son côté, ne laisse pas d'envoyer avec soin des gentilshommes vers l'Empereur pour l'assurer de ses bonnes intentions pour la paix de la chrétienté, et particulièrement pour celle de l'Empire, et pour lui offrir en ce sujet son entremise royale, lui témoignant même la bonne disposition que Sa Majesté auroit d'entrer^ tant avec lui qu'avec le roi d'Espagne, en une parfaite intelligence, pourvu que lesdits princes fussent aussi disposés de leur part d'ôter toutes les occasions qui pourroient empêcher l'effet et le fruit d'un accommodement et union si nécessaires pour le repos de la chrétienté. Ainsi l'Empereur, qui sçait combien le Roi lui peut nuire, soit par les avis et l'assistance effective qu'il peut donner aux protestants, soit par ses armes propres, ne doit pas faillir de correspondre i ces honnêtes démonstrations, lear quelles pourroient se convertir en effets d'une bonne paix et sincère amitié, si l'Empereur et le roi d'Espagne vouloient donner la juste satisfaction que Sa Majesté peut désirer, tant pour l'assurer de la possession entière en laquelle elle est du pays et des places de l'évêché de Metz, même de Vie et Moyenvic , et de ceux de Verdun et de
ti6 APPENDICE AUX MÉMOIRES
Toul j de ne la point troubler en cela , non plus qu'en ce qu'elle tient du duc de Lorraine et au fait de Pignerol, comme aussi de convenir d'une fidèle éxecution du traité de Mouçon, ci-dessus coté, sur les affaires des Grisons et de la Valteline.
Ce sont les points principaux , lesquels étant ajustés et réglés^ les maisons de France et d'Autriche pourroient demeurer en paix et bonne intelligence, qui même se pourroit continuer, si TAutricbe et TEspagne, que Ton compte pour une seule, se contentoient de ce qui lui appartient, sans entreprendre sur les États d 'autrui.
Mais comme il n'y a pas lieu d'espérer une modération si grande de la part des Espagnols, il faut dire, pour ce regard, qu'encore qu'il n'y ait point de rupture ouverte entre les couronnes , elles vivront toujours en jalousie ; ce qui fera que l'Espagne désirera du trouble en France pour empâcber qu'elle s'oppose à ses desseins, et que la France assistera tous ceux que l'Espagne voudra opprimer et fera obstacle à toutes ses entreprises, afin qu'elle ne s'agrandisse davantage.
Pour revenir au particulier des affaires d'Allemagne, ce que l'on peut conclure , après tout le Discours ci-dessus, est que le Roi ne peut tenir une meilleure conduite que de conforter les protestants en leur union et leur continuer son assistance, afin qu'ils ne succombent; les disposer de s'unir avec les catholiques, et ceux-ci avec eux et, tous ensemble, contraindre la maison d'Autriche de venir à une bonne et juste paix ; d'accompagner tous ces offices de l'approche d'une armée puissante sur la frontière, tant pour leur donner vigueur, que pour assurer la conservation des places qu'il tient en Allemagne : par ce moyen, Sa Majesté oblige les protestants et les en-
DE MATHIEU MOLE. il7
gage à suivre ses bons conseils et à ne faire aucun tnàti sans elle. Sa Majesté oblige aussi TEmpereur, à cause dti crédit quMi acquiert yers les protestants et les catholiques, et de la jalousie qu'il peut avoir de son armée, de rechercher et désirer son amitié et avoir égard à ses intérêts.
En ce Discours des affaires d'Allemagne et des Pays- Bas, il est bien juste de donner part à l'Angleterre^ intéressée aux choses d'Allemagne par le rétablissement des enfants du Palatin, neveux du roi de la Grande» Bretagne, et en ce qui touche les États par le lien de sa religion et par sa sûreté propre , laquelle est toujours plus grande envers l'Espagne quand elle est en guerre contre les Hollandois que quand elle n'en a point.
Il a paru, depuis quelque temps, que le conseil d'Angleterre, se rapportant à l'humeur du prince, n*avoit autre objet que de jouir des douceurs de la paix et de la tranquillité qui est en leur État, sans se soucier beaucoup du reste ; que les affaires de cet État étoient en telle as* siette, que la maison royale et les dépenses ordinaires du royaume se pouvoient bien entretenir aisément des revenus ordinaires : mais , pour les choses extraordinaires , ledit Roi n'y pouvoit subvenir que par le secours extraordinaire qu'il pouvoit tirer du Parlement du royaume, qui est une assemblée qui se fait quelquefois, qui a grand rapport avec les États Généraux de France , mais avec plus d'autorité.
Or, le conseil d^ Angleterre et principalement le Grand Trésorier, qui est le principal ministre , jugeant qu'il ne pourroit assembler le Parlement pour demander des secours extraordinaires , sans se mettre au hasard que ledit Parlement , naturellement jaloux et envieux des fa-
voris^ entreprît de lui faire son procès, a évité tant qu'il a pu de rassembler, aimant mieux que le Roi son maître se contente de vivre doucement chez soi , que d'entreprendre avec réputation au dehors et être, pour cet e£fet, obligé de rechercher dudit Parlement des secours extraordinaires. Ainsi l'Angleterre a été tenue , depuis trois ou quatre ans, en fort petite considération dans les intérêts publics.
Elle est remise en paix avec la France, comme chacun sçait, par le traité du 24 avril 1 629 ; elle a aussi fait paix avec l'Espagne, mais avec beaucoup de déplaisir de la part des États avec lesquels l'Angleterre s'étoit res« pectivement obligée de ne faire ni paix ni trêve sans leur commun consentement, de manière que ce traité a fort décrédité l'Angleterre avec les HoUandois, avec lesquels elle avoit eu autrefois grande intelligence à cause de la religion , et ce décréditément s'est encore augmenté sur le bruit qui a couru, ci-devant, que TAngleterre s'étoit comme jointe aux passions d'Espagne pour procurer la trêve, sur la fausse espérance que les Espagnols lui ont donnée , moyennant ces offices , de rétablir les enfants du Palatin dans leurs États.
De quoi les Anglois se justifient tant qu'ils peuvent, et maintiennent au contraire qu'ils ont travaillé, comme ils font encore, fort utilement pour rompre la trêve, disant, quant aux affaires d'Allemagne, qu'ils ont envoyé un notable secours au feu roi de Suède , sous la conduite du marquis d'Hamilton ; qu'ils ont fait trouver en ladite diète^ tenue à Hailbron, un ambassadeur nommé le sieur Amstruder, qui a fait bons offices pour maintenir les protestants en union, et que, de plus, ils offrent à la France de contribuer un million de livres par an pour le
DE BfATHIEU BfOLÉ. ti9
secours des protestants d'Allemagne et même pour le rétablissement des enfants du Palatin en leurs États, ce que Ton ne doit pas douter que le Roi n'ait reçu, pourvu que les Anglois consentent que , pour la partie que le duc de Bavière a tenue et tient encore dans le Pa* latinat , Ton y procédera seulement par voies amiables de négociation avec ledit Électeur, et que pour l'autre Ton emploiera les armes contre les Espagnols pour y rétablir et conserver lesdits princes Palatins y condition que Ton juge nécessaire et importante. Sa Majesté ne devant agir en aucune façon contre ledit duc de Bavière, qui est le plus capable de donner quelque contre-poids à la maison d*Âutricbe en Allemagne.
U reste à parler du duc de Lorraine, de qui la con* duite, depuis quelques années , a été bien éloignée de la maxime qu'ont tenue ses prédécesseurs, de se bien entretenir avec la France ; à quoi il est obligé comme vassal de la couronne, à cause du duché de Bar qui en relève, et pour sa conservation propre , ses États étant tellement ouverts du côté de ce royaume, qu'ils peuvent être tenus à discrétion des rois de France^ ainsi qu'il a bien paru aux deux voyages que Sa Majesté a faits en ce quartier-là.
Néanmoins, ledit Duc, s'appuyant de la maison d'Autriche et s'assurant encore plus sur les grandes affaires que Sa Majesté avoit sur les bras , tant dedans que dehors le royaume , n'a guères laissé passer d'occasion de pratiques contre la France qu'il n'y ait pris part. La négociation du sieur de Montaigu arrêté sur les frontières de Lorraine^, allant d'Angleterre en Lorraine et en Piémont, au temps que l'Angleterre s'étoit déclarée contre
i . Voy. le tome I" det Mémoires dé MoU^ p. i76.
no APPENDICE AUX MÉMOIRES
la France, en a donné des preuves suffisantes. L'on ne dira rien de la retraite que ledit Duc a donn^ en ses États à Monsieur à diverses fois ; mais Ton ne peut fermer les yeux à Tentreprise que ledit Duc fit, en Tannée 1 630, pendant que Sa Majesté étoit au fort de ses affaires en Italie^ de se saisir des places de Vie et de Moyenvic, dans révêché de Metz, et de faire fortifier et garder la dernière ; les artifices et finesses dont ledit Duc usa en ce temps-là pour ôter la cognoissance de son dessein, se servant en tout du nom de TEmpereur, ayant plutôt augmenté contre lui Tindignation que méritoit une si téméraire entreprise, que mis en doute s'il en étoit Fauteur.
C'est la cause qui auroit engagé le Roi , se servant très-à*propos du voyage que ledit Duc étoit allé faire en Allemagne, sur l'approche du roi de Suède, de donner ordre au maréchal de la Force , sur la fin de l'année <631, de reprendre ladite ville de Vie et d'assiéger Moyenvic *, Sa Majesté étant résolue , en même temps, de se porter en personne sur les lieux , pour favoriser par sa présence et rendre plus prompte cette expédition, en laquelle elle fut si bien et heureusement servie, qu'encore que ladite place de Moyenvic soit en assiette forte, étant presque toute environnée de marais, entourée de bastions et plus encore fortifiée des injures et rigueurs de l'hiver, toutefois elle capitula le 27* dudit mois de décembre, qui fut le jour même de l'entrée de Sa Majesté dans Metz.
Ce succès si prompt et si heureux, et l'arrivée de Sa
1 . Voy., dans le tome II des Mémoires de Mole, le récit de la prise de ces deux places fortes par l'armée sous les ordres de Louis XIII , p. 128, 129, et à V Appendice la campagne du Roi en Lorraine.
Majesté sur la frontière ayant étonné le duc de Lorraine et fait recognoître le danger où ses fautes passées l'avoient mis j il eut recours à la bonté et à la grâce du Roi , qui eut agréable de le bien recevoir et le traiter comme un prince son voisin qui a eu l'honneur d^être nourri près de sa personne , Sa Majesté lui ayant accordé le traité fait à Vie le 6 janvier 1 632, par lequel^ entre autres conditions, ledit Duc étoit obligé de mettre es mains de Sa Majesté la place de Marsal pour lui être rendue dans trois ans, durant lesquels ledit Duc devoit jouir du domaine et de tous les revenus , et se départir de toute ligue, association et pratique avec quelque prince que ce puisse être au préjudice des États de Sa Majesté, pays et terres de son obéissance, et ne permettre aucune levée de gens de guerre en ses États contre le service de Sa Majesté.
De ces trois conditions , la première fut accomplie en la remise effective de la place de Marsal es mains de Sa Majesté avant son départ du pays; quant aux deux autres, de se départir de toute pratique et de ne permettre aucune levée dans les États dudit Duc , elles furent par lui fort mal observées. Car par lettre interceptée du comte de Vaudemont, père dudit Duc , Ton vérifia les pratiques et intelligences, plus étroites que devant, dudit Duc avec TEmpereur, les Espagnols et Monsieur, sollicitant les premiers d^assister Monsieur pour entreprendre sur ce royaume, et Monsieur de n'en perdre pas Toccasion ; et même passant plus outre, il auroit reçu Monsieur en ses États et permis de tailler en pièces une compagnie de carabins que le maréchal d^EfBat y faisoit passer pour aller en Allemagne.
Cette conduite obligea Sa Majesté de faire un second
îîî APPENDICE AUX IfÉMOIRES
voyage sur la frontière de Lorraine, au mois de juin de ladite annde 1 632, et d'entrer en armes dans les villes et pays dudit Duc ; auquel Sa Majesté ayant pris quelques places du duché de Bar, ledit Duc ne voyant autre salut qu'en Sa Majesté, eut recours pour la seconde fois à sa grâce et à sa clémence, de sorte qu'après avoir reçu ses soumissions , elle trouva bon de lui rendre lesdites places prises, et fit retirer son armée de ses pays, à condition que le Duc remettroit en ses mains , comme en dépôt, les villes, châteaux et citadelles de Stenay et Jamets, pour lui être rendues dans quatre ans à compter du jour du traité qui en fut fait à Liverdun, le 26 du mois de juin ; et de plus, qu'il remettroit la ville , le château et le comté de Clermont à Sa Majesté , pour demeurer à elle et aux siens en pleine propriété et souveraineté, moyennant le prix qui seroit payé par Sa Majesté audit Duc, à raison du denier cinquante du revenu de ladite terre, jusques auquel payement ledit Duc jouiroit dudit revenu ; et en cas que , lesdits quatre ans passés , Sa Majesté n'eût pas payé le prix dudit comté , ladite ville et château de Clermont seroient rendus au Duc au même état que Sa Majesté les auroit reçus, ainsi qu'il est dit plus particulièrement par ledit ëdit du mois de juin 1 632, qui contient encore que pour les différents mus et à mouvoir entre Sa Majesté et ledit Duc, pour raison des évêchés de Metz , Toul et Verdun et autres lieux, seront nommés commissaires de part et d'autre pour les régler et terminer à l'amiable.
Il a été promis au duc de Lorraine , tant par les ordres donnés par le Roi au feu maréchal de Marillac, que par lettre de Sa Majesté écrite au Duc, du 8 mars 1 C32, que en la conférence qui se doit tenir pour régler les
différends , il n'y soit point traité des fiefs possédés par ledit Ducy mouvant nnement de l'Empire, non plus que des choses possédées par le duc de Lorraine avant le tooDips auquel la ville de Metz a été soumise à la protection du Roi.
C'est ce qui a été convenu avec ledit Duc, dont Texé* cation a été faite à l'égard de la remise desdites places. Quant à l'évaluation du revenu du comté de Clermont et au payement d'icelui à raison du denier cinquante , ensemble ce qui touche le règlement desdits différends^ ce sont choses qui restent à faire et qui méritent considé* ration. Mais surtout il importe de bien observer la conduite dudit Duc, et de voir s'il satisfera en tout et pour tout à ce qu'il est obligé par ledit traité de Vie et de Liverdun, au défaut de quoi Sa Majesté seroit déchargée de lui rendre lesdites places , qui apportent , de ce côtélà, le même avantage à cet État que l'acquisition de Pignerol fait du côté d'Italie, attachant de telle sorte le doc de Lorraine aux volontés et au service de Sa Majesté, qu'il n'oseroit s'en départir.
ULEM^LES COXMS LES PEINGES ÉTEANGEES NE POUyOlEMT GONTEACTEE MAEIAGE SANS LA PEEMISSION DU SOUYEEAIN.
(Voy. Mémoires f t. II , p. 243 *.)
Âlfonse , II du nom , neuvième roi d'Oviedo , dit le Chaste, an du salut 791 , fut fort irrité du mariage clan-
i . Nous complétons la publication dn travail de Mole sur la non-Talidité du mariage du duc d'Orléans arec Marguerite de Lorraine. Ce ne fat que le premier acte des longues procédures qui eurent lieu à partir de l'annde 1634. Au mois de janvier 1635, le Roi disait au Parlement : c Je ne vous parlerai point des affaires de mon frère ni de son mariage ; Toîlà
destin de sa sœur D. Ximena avec dom Sandias; lequel il fît venir en sa ville de Léon et en présence de plusieurs seigneurs le condamna comme traître à finir ses jours en perpétuelle prison , dans le château de Lune, lui ayant fait crever les yeux , et fit mettre sa sœur en un monastère. (En Tinventaire général d'Espagne.)
Dom Pedro YIII, roi de Portugal, étant en puissance de son père Alphonse, et Infant sous le nom de dom Pedro, épousa D. Inès de Castro, ores qu'elle fiit aucunement sa parente, et ce clandestinement, pour la crainte de son père. Fan 1 354 ; et furent témoins des promesses matrimoniales, D. Guillaume, évêque de Guardia, et Etienne Lovar, maître de garde*robe, auxquels il imposa le silence requis en telles affaires. Ce mariage clandestin ayant été ignoré longtemps par le père et l'ayant depuis sçu, prit une cruelle résolution de faire tuer D. Inès de Castro , ce qu'il fît par trois de ses satellites , lorsque le fîls étoit allé à la chasse, en Tan 1355. Ce qui fut cause que Tinfant D. Pedro se rebella contre son père, et entra en ses terres , en armes , et eût fait davantage si on n'y eût apporté la réconciliation.
En Tannée 1464, le comte de Warwic, fils du comte de Salisbery, conspira contre Edouard IV, roi d'An-
une lettre de lui signée Gaston et Coulas. Je la garderai bien dans ma pochette, d mais il nous a été impossible de savoir de quelle lettre le Roi voulait alors parler. En 1640 , cette grande question parait prendre une tournure tout à fait défayorable à la princesse de Lorraine. Un pamphlet, attribué à la princesse de Phalsbourg, sa soeur, fut alors publié ; mais il y eut défense du Roi de le lire, de le montrer ou de l'écouter lire (i" février). Le 20 février, Marguerite de Lorraine porta plainte au pape contre Tabandon de son royal époux, auquel elle adressait en même temps une longue lettre de reproche sur son ingratitude. Mais après la mort de Richelieu et de Louis XIII, ce mariage fut enfin reconnu et validé.
DE MATBIEU MOLE. 22»
gleterre» avec beaucoup d'autres seigneurs, qui le chassèrent de son royaume^ et se retira vers le duc de Bourgogne, son beau-frère. La source de ce mal venoit de la jalousie qu'avoit ce Comte, contre le sieur de Rivières, la fille duquel étoit mariée avec le Roi, et avoit, en conséquence, grand crédit à la cour. Le Comte pour fortifier son parti attira à lui Georges, duc de Clarence, Tun des frères du Roi , et lui bailla sa fille en mariage ; par ce moyen, il Tentretint en la rébellion contre son frère, lui donnant même espérance de le faire parvenir à la couronne, au lieu du Roi son frère ; mais enfin , ce prince recognut le mauvais conseil du comte de Warwic, et par Tentremise de sa mère , de ses sœurs et de quelques ëvêques , il se réconcilia avec le Roi son frère , peu de temps après la bataille où le Roi demeura victorieux, et ou le Comte fut tué sur la place.
L'histoire rapporte que : a dès lors que le Roi eut sçu le mariage de son frère, il fit venir ses frères devers lui , et leur demanda (ce sont les propres termes de l'historien du temps) , qui les mouvoit d'éloigner la cour et même sa personne, et qui leur avoit donné ce conseil ? Ils répondirent que nul, fors eux. — Si , leur demanda derechef^ si nul d'eux n'avoit fiancé, ni eu nulles convenances à ses cousines les filles du comte de Warwic, son cousin. Ils dirent que non. — £t lors le Roi, qui étoit averti de toute la vérité, les commença fort à blâmer, en leur remontrant qi|e ce n'étoit point leur état d'eux allier sans son conseil. Et alors le duc de Clarence répondit au Roi , qu'il lui sembloit que quand il auroit ce fait, si ne seroit-ce pas mal, puisqu'il se mettoit en bon lieu. De laquelle réponse le Roi sentant à quoi elle tendoit,
se courrouça moult fort, si jura qu'il les puniroit de cet rr 15
St6 APPENDICE AUX MÉMOIRES
outrage. Pourquoi il les fit entrer dans une chambre, et commanda à quatre chevaliers qu^ils prissent garde sur eux , de quoi ils furent moult ébahis, quant en ce point se trouvèrent. » Voilà les propres termes de l'historien ^
Ce mariage fait de la sorte fut fort malheureux. Le comte de Warwic fut tuë, comme nous l'avons dit. Le Roi , depuis , eut toujours pour suspect le duc de Clarence^ son frère, comme s'étant intéressé avec son capi-* tal euAenu, et U fît noyer. Les enfants issus de ce mariage clandestin , fait contre le gré et au préjudice du Roi, seigneur souverain de son frère, n'eurent pas meilleure (brtune , car les rois Henri Vil et Henri VUI, de la maison de Richement , les fibrent tous mourir, ou les bannirent du royaume, et nul d'eux n'a succédé à la couronne.
Thomas Howart , duc de Nortfolk, un des grands, seigneurs d'Angleterre, fut, en l'an 1573, ÇQndamné à mort pour crime de lèze-majesté, pour avoir, entre autres, choses, pratiqué d'épouser clandestinement la rdne d'Ecosse, au déçu de la reine d'Angleterre, contrevenant (porte le procès-verbal de son procès) à l'ordonnance de l'an 1427, du roi Henri YI, qui défend à tous Anglois d'épouser une princesse du sang royal , ou étrangère, sans en avertir le roi ou la reine d'Angleterre.
Arbele, la plus proche héritière du royaume d'Angleterre, après le roi Jacques, fut mise en une étroite prison, sous le règne de la reine Elisabeth, pour s'être clandestinement mariée avec le fils du comte de Northuniberland de la maison de Percy. {Thuanus^ hist.y lib. 129, anno 1603.)
1. Jean, sieur de Forestel, chevalier du pays de Hainault, aux Chro> nîque* d'Angleterre.
DE MATHIEU MOLE. 2t7
Ferdinand, ai*chiduc d'Autriche, épousa, sans le consentement de son père , Philippine Welser.
EXEMPLES DES PEINCES ^TEAIIGEES QUI OUT CONTEACT^ MAEIAGE
SANS LA PEEMIS8I0N DE LEUE EOI.
(Voy. Mémoires, t. II, p. 250.)
Ensuite de ces exemples tires de notre histoire de France, il est à propos de remarquer que cet usage n*est point particulier à la France ; mais qu'en tous les royaumes, il s'obsenre avec plus de rigueur.
lie pape Paul ly, un des bons papes qui aient ëtë dans le siège , craignant quelque soulèvement dans son État^ fit signifier y le 2 janvier 15S6, un monitoire à Jeanne d'Aragon, femme d'Ascanio Colonne, qu'elle n'eût k marier aucune de ses filles sans sa permission , et si elle le faisoit, ce qui est à noter, le mariage seroit nul, quoi* qu'il fut consommé (^Istor, del Concilio Tridentino^ p. 876, in-4*). Cette action dh Pape doit être considérée comme d'un prince temporel et non pas comme du chef de l'Église.
Philippe II , roi d'Espagne , se mariant avec Marie, reine d'Angleterre, en l'année 1554, voulut qu'il fût mis dans le contrat : que la fille ainée qui naitroit de leur mariage succéderoit aux provinces des Pays-Bas, au cas qu'il n'y eût point de mâles de ce mariage, à condition, néanmoins, que cette fille se marieroit du consentement et par le conseil de son frère , fils aîné dudit Roi de son premier mariage , et le plus proche héritier du royaume d'Espagne ; autrement, qu'elle seroit privée de la succession desdits Pays-Bas, et Charles, son frère.
y succéderoit et ses héritiers. {Ann. eccles. regn, Henrico VIII^ Eduardo VI et Maria.)
Au contrat de transport, fait le 6 mai 1 598 , des provinces des Pays-Bas, par le même roi d'Espagne à sa fille Tinfante Isabelle , en faveur du mariage d'elle avec Tarchiduc Albert, il est porté que les princes qui naîtront de leur mariage seront tenus de marier leurs enfants, soit fils ou filles, par Tavis et du consentement du roi d'Espagne et de ses successeurs rois.
L'exemple qui suit est d'autant plus remarquable, qu'il est de la maison de Lorraine et qu'il contient, outre cela, quelques points fort importants : Charles F', duc de Lorraine, épousa Marguerite de Bavière, dont il eut un fils et deux filles, sçavoir : Isabeau, qui épousa René d'Anjou, et la seconde, Catherine, fut marquise de Bade, à cause de son mari. Après la mort du duc Charles, Antoine , comte de Vaudémont , prétendoit , comme héritier, que le duché de Lorraine lui appartenoit à l'exclusion d'Isabeau et de Catherine. Les vassaux des bailliages de Nancy, Vosges et Allemagne, assemblés, l'an 1425, résolurent que faute d'hoirs mâles, les filles succéderoient au duché de Lorraine, selon la coutume générale et ancienne du pays; qu'Isabeau, après la mort du duc son père, étoit la légitime duchesse de Lorraine, et, elle décédant sans hoirs , qu'ils recognoîtroient Catherine, sa sœur, pour leur dame. Mais que si ladite Isabeau, son mari décédé, venoit à convoler en secondes noces sans la volonté de son père , s'il étoit vivant , ou , lui mort, sans le sçu et le consentement des Trois États dudit duché, ou de la plus grande partie d'iceux , en ce cas, ils déclaroient que ladite Catherine seroit leur légitime dame et duchesse et non ladite Isabeau , ni ses hoirs
qu'elle auroit d'un second mariage, fait sans le consentement de son père ou desdits Trois États. (Cet acte est au Trésor des Chartes de Nancy , scellé de vingt-quatre sceaux.)
Par le contrat de mariage de Frédéric, électeur Palatin , avec Elisabeth , fille de Jacques, roi de la Grande- Bretagne, fait à Westminster, le 1 7 novembre 1 61 2, il est porté : que les enfants qui viendront de ce mariage ne pourront être mariés sans le conseil et le consentement du Roi, leur aïeul , de ses héritiers et successeurs audit royaume de la Grande-Bretagne.
L'ordonnance des Etats du royaume de Suède, faite à Norcoping, l'an 1604, est fort à ce propos. Voici ce qu'elle porte : « Nostri principes haereditarii, sub priva- « tione jurisdictionishaereditariae, nequeuUi matrimonio « sese permiscebunt, regni ordinibus insciis et non prius « interrogatis : an regno hujusmodi connubium utile? »
Ferdinand , archiduc d'Autriche, épousa sans le consentement de son père Philippine Welser*, des nobles familles de la ville d'Augsbourg, dont il eut deux enfants, Charles, à qui l'on donna le marquisat de Burgaw pour son enlretèneroent , et André, qui fut évéque de Constance et cardinal. Ces enfants furent, par décret public, déclarés incapables de parvenir à l'empire et de succéder aux terres patrimoniales de la maison d'Autriche. {Thuanus Histor.^ lib. CXII , an 1580.)
Ferdinand conçut un tel déplaisir de voir, lui vivant, un tel décret contre ses enfants, qu'aussitôt après la mort de Philippine Welser, sa femme , il épousa en secondes noces la fille de Vincent, duc de Mantoue,