PAB LE CARDINAL DE RICHELIEU
( Voy . Mémoires, t. III, p. 34.)
La divine providence qui conduit la volonté des Rois, ayant disposé celle de Sa Majesté à nous approcher de sa personne pour le servir de nos soins et conseils eu la conduite de ses affaires , régime et gouvernement de ses peuples, et les choses qui ont été miraculeusement exécutées, tant dedans que dehors le royaume, ayant fait évidemment cognoître que nous* y avons été singulièrement assistés de la force et grâce spéciale du Saint-Esprit, nous, pour lui en rendre hommage et en quelque façon lui en témoigner nos très-humbles ressentiments, avons, pour sa gloire, favorisé autant qu'il a été possible le rétablissement de Tordre et de la discipline parmi les réguliers ^ et avons pris à cœur la décoration du sacré collège de Sorbonne, où ses divins oracles sont interprétés, et, de là, répandus en tous les endroits de la terre. Comblé aussi d'un nombre infini d'honneurs , dignités et bienfaits dont la munificence royale a daigné sans
1 . A la fin des Mémoirei on tronye les notet saiyanteft : t Monaeo ; fi TOUS rq>erdez Aire ; galères d'Espagne perdues par la tempête ; distribution de bénéfices. »
2. Nous ayons déjà indiqué (//i/roi/., p. lxxi, et ci-dessus, p. i6i)U fondation de r Académie française faite par le cardinal de Richelieu, et on connaît assez toute la libéralité dont il fit preuve en faveur du collège de Sorbonne. On lit déplus dans la Gazette de 1 Gif, sous la date de Richelieu ^U i^juin (p. 360) : < En exécutant la déclaration du Roi dont vous avez ou! parler et la commission de Sa Bfajesté donnée ensuite , fut établie
ÈM APraHIHGB AUX MAIIOIRES
régir et ciTiliier aa dedans , celle-là pour étendre et pro« téger au dehors ; néanmoins, les dotations des collèges et séndoaires semblent seulement £tre destinées aux jeunes gens qui suiirent les lettres, et les bourses affectées k ceux de bane étoffe et condition roturière, sans qu'on ait pensé d*en faire part à ceux qui portent les armes, ni que jQsques à présent on ait eu aucun soin de laisser aucun fonds pour soulager Tentretènement de la pauvre nbUesse qui en fasse particulière profession , soin toutefois d'autant plus nécessaire que la corruption des choses exodlentes est la pire ^ et la débauche et dépravation des gentflsbommes, faute de nourriture et bonne discipline, beaucoup plus dangereuse dans un État, que de ceux qui sont sortis d'une moindre ori^ne.
C'est pourquoi , désirant donner quelque commencement pour remédier à ce notable manquement et exciter r^nlaiion de ceux qui viendront après nous, comme nous suivons les vestiges et mouvements de ceux-là qui nous ont précédés , nous avons porté nos pensées et les desseins de nos libéralités en faveur de la profession militaire , mais singulièrement de la jeunesse issue de maisons nobles , lesquelles incommodées ou par nombre d'enfants, ou par les dépenses excessives à quoi elles sont obligées par leur qualité, ou par autres accidents de fortune, se trouvent en impuissance de la faire élever dans les vertueux exercices convenables à leur extraction.
A cet effet , sous l'heureux aUspice et bon plaisir de Sa Majesté, nous avons donné, cédé, quitté et délaissé, donnons, cédons, quittons et délaissons à perpétuité à l'Académie royale établie à notre instance par Sa dite Majesté en la Vieille rue du Temple de cette ville de Paris, et à ceux qui en ont à présent et auront ci-après
la direction , la somme de vingt et un mille livres tournois de rente annuellement et non rachetable, à prendre spécialement.... (sic), à la charge d'y nourrir, élever et instruire à perpétuité vingt gentilshommes, chacun d'eux pendant deux ans entiers, en tous les exercices militaires enseignés en ladite Académie, ne plus ne moins que les autres gentilshommes qui y seront pensionnaires , et sans distinction.
La nomination desquels nous réservons à notre successeur, qui sera l'héritier de notre nom et de nos armes, et à ses descendants en loyal mariage de mâle en mâle et de degré en degré, toujours Taîné excluant le puîné, et tous les mâles les femelles quoique plus proches, et en défaut de mâle , retournera le pouvoir à la fille aînée et à ses descendants aussi de mâle en mâle, et puis aux femelles de degré en degré, toujours les aînés préférables aux puînés, comme dit est, et les mâles aux femelles. Et si tous viennent à manquer, que Dieu ne veuille, nous donnons et affectons ladite nomination.. •• (sic), pour y pourvoir conjointementou par moitié, comme il verra bon être. Ne seront nommés autres que gentilshommes en Tâge de quatorze à quinze ans, choisis, autant que faire se pourra , bien proportionnés , vigoureux , et propres à la profession à laquelle ils sont appelés.
Seront tous de la religion catholique, apostolique et romaine, vrais et originaires François.
Pendant les deux années qu'ils y demeureront , outre les exercices ordinaires de l'Académie, qui leur seront communs avec tous les autres , connue de monter à cheval, voltiger, faire des armes, les mathématiques, fortifications et autres, ils seront encore particulièrement instruits, à quelques heures réglées, es principes delà lo-
gkpie, physique, métaphjrsiqùey sommaireinent en kn» gage françois et pleinement à la morale ; et à line atitie heure conuDode de raprès-dinée, informés aussi sommairement de la carte ou gÀ^aphie et dënotations gëhérales de l'histoire universelle, de rétablissement, dédinaison et changement des empires du monde, transmigration des peuples , fondement et ruines des grandes villes , noms , actions et siècles des grands per* sonnages , comme aussi de Tëtat des principautés modernes, singuKèrement de FEurope, dont les intérêts nous toadbent de plus près par leur voisinage, et surtout et an plus long, apprendront l'histoire romaine et la Françoise.
^ Pour laquelle instruction, noua désirons être £sdt choix d'un personnage de suffisance et politesse requise et d'excellente conduite , auquel avons ordonné et ordonnons, tant qu'il vaquera, mille livres d'appointement, par chacun an, des vingt et un mille susdits de la présente fondation , la nomination duquel nous nous sommes aussi r&ervée, et après nous immédiatement la donnons aux susdits.
Après les deux ans expirés , seront tenus Icsdits gentilshommes servir le Roi autres deux ans ensuivants dans le régiment de ses Gardes , en ses vaisseaux ou autrement , selon son bon plaisir et suivant ses commandements, pour lesquels recevoir ils seront incontinent, et au sortir de l'Académie , présentés tous en corps par celui à qui en appartiendra la nomination, ou en son absence par le gouverneur de ladite Académie, ou par les deux ensemble, à Sa Majesté. Laquelle nous supplions très-humblement, par les services que nous lui avons rendus et que nous souhaitons lui continuer jusques au dernier soupir de notre vie, mais
plus par sa propre bonté que par toute autre considération, quMl lui plaise, en agréant ce petit témoignage de notre gratitude, prendre désormais en sa protection et bienveillance spéciale cette jeune noblesse que nous dressons à sa gloire et destinons au bien de son État, pour s^en servir aux occasions, la gratifier de ses bienfaits et l'avancer aux charges et autres emplois dont elle aura été rendue capable '.
HARINGCE DE l'aYOCàT G£Ni&ÀL BIGNOU SU A l'ÉDIT DE CAilTION d'offices, PR0?rORCéE pendant le lit de justice du 20 DÉCEM- BRE 1635.
(Voy. Mémoires^ t. II, p. dlOO
Sire, ce n'est pas maintenant, comme autrefois, que Votre Majesté vient en ce lieu pour y entendre les acclamations publiques de ses victoires, ce n'est donc pas une journée de triomphe pour y recueillir des lauriers, mais pour un triste sujet et duquel nous sçavons que Votre Majesté a les premiers et plus vifs ressentiments.
Ce n'est pas que Votre Majesté ne soit partout accompagnée de bonheur et de la gloire, dont ses actions sont toutes pleines ; mais nous sçavons que ses bonnes et pieuses inclinations, qui sont toujours portées au soulagement de son peuple , ne peuvent, sans un très-grand déplaisir, recevoir des remèdes fâcheux et moyens extraordinaires; c'est une plaie à votre bonté et à votre justice, plaie d'autant plus dangereuse, qu'outre le lieu
1 . Des créaûoDs analogues eurent lieu dans le duché de Lorraine et dans d'autres provinces de France, au xvin* siècle. (Voy. Inventaire sommaire des Archives départementales de la Meurthe, B, ISO. Ministère de l'intérieur.)
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de sa situation , qui est une partie eitréoiement délicate et sensible y cette dilatation d'esprit peut causer une si grande foiblesse dans le reste des membres , que tout le corps tomberoit en une espèce de paralysie. .
Que plût à Dieu que Votre Majesté sçftt combien cetle multiplication d'officiers apporte de préjudice à vos armées ; qu'elle diminue le commerce et augmente Toisiteté dans l'esprit de ceux apn se pourroient occuper à d'autres emplois plus utiles au bien et à la puissance de l'État ; qu'elle consomme les familles et en épuise toute la fortune , et qu'elle corrompt nos cœurs et les porte dans le luxe qui n'est déjà que trop grand parmi nous, qui sommes nourris dans les désordres. Que plût à Dieu encore que Votre Majesté cognût par détail le désordre que produit la vénalité des offices ; qu'elle étemt toute l'innocence, la vertu, le cpurage et l'espérance de ceux qui y devroient légitimement espérer, et que le plus grand bien qu'elle pourroit donner à son État (comme elle feroit sans doute, s'il étoit possible) seroit de rendre à la vertu les récompenses qui n'appartiennent qu'à elle, et que désormais on ne fût porté dans les charges que par le mouvement d'une bonne conscience et TafTection de servir son Roi et son pays , et par les épreuves et le mérite des bonnes actions dont Votre Majesté sçauroit faire un très-digne choix. Mais il y a longtemps que ce mal a commencé parmi nous et qu'il y a pris de profondes racines, et s'est fortifié jusques à un tel excès, que désormais on ne mesure la dignité des charges et le mérite pour y parvenir, que par la taxe des parties casuelles ; que ceux qui y entrent ne les considérant que par le poids du métal qui les récompense, en prennent de la dureté et se laissent emporter à l'ambition et à l'avarice,
croyant qu'il est permis de marchander tout, quand ils voient que les plus grands honneurs de la justice et cette puissance qui préside sur la vie des hommes , s'achètent à prix d'argent.
Il n'en faut pas d'autres témoignages^ que de celui même qui l'a introduit pour en tirer un semblable secours, en une même nécessite; c'est le roi François I^ qui l'a lui-même déclaré et voulu qu'il fût écrit dans les registres de ce Parlement, où il témoigna publiquement le regret qu'il en avoit et qu'il imputoit cela à un mal* heur particulier qui lui étoit arrivé , comme véritablement de toutes les conquêtes de ce prince il ne nous en est rien resté , le secours en est passé et il n'en est demeuré qu'un monument perpétuel de l'impuissance de l'État.
Néanmoins, ce mal s'est toujours depuis augmenté par de nouvelles créations, en sorte qu'il semble à présent que c'est un monstre et un prodige ; et au lieu que^ si les affaires l'eussent permis , nous devrions espérer voir éteindre cette corruption, ou de la voir au moins notablement diminuée, nous voyons tous les jours que ce venin a glissé plus avant et ne peut avoir que de bien fâcheux effets , car il fait perdre courage aux anciens officiers qui voient qu'on leur partage l'honneur et la fonction de leurs charges, et remplit de hardiesse ceux qui y sont nouvellement élus, par Taccoutumance au mal, et se portent enfin dans l'injustice et l'infidélité.
Ce n'est pas. Sire, que nous ne voulions rendre obéissance entière à tous les commandements de Votre Majesté ; ce n'est pas que nous ne sçachions très-bien ce que nous voudrions apprendi*e à tout le monde, que parmi toutes les vertus qui sont communes aux Rois et au reste
des hommes , la prudence et la vertu des sujets qui n*oat pas cette grande lumière, est Tobéissance et la soumis» sion tout entière à la volonté de leur prince , sans raisonnement.
Nous sçavons bien que Votre Majesté ne s'y est point résolue qu'après en avoir recognu la nécessité, nous sçavous bien que ce n'est pas de vos jours que cette querelle est formée : il y a un siècle entier que les mêmes eimemis ont fait dessein sur cette monarchie , qui s'est presque seule courageusement opposée à cette cinquième monarchie dont il n'est pas parlé dans l'Écriture comme des quatre autres ; nous voyons bien qu'ils continuent dans le même dessein, et comme c'est Votre Majesté qui en porte le faix , c*est à elle à en disposer , et à nous de la secourir de nos vœux et de notre obéissance. Mais nous croyons être obligés de vous témoigner ce que nous en cognoissons , et comme il y a des animaux qui n'ont pas des yeux et des oreilles pour se conduire, mais ils ont de certains mouvements naturels et des ressentiments même de ce qui leur doit arriver, nous ne pouvons pas nous empêcher de vous dire le mal que nous craignons et ce qui nous touche principalement : la crainte que nous avons, c'est de voir que sous le plus grand Roi du monde, sous lequel nous devons espérer toutes sortes de bonheur et de félicité , il reste à jamais des marques perpétuelles de la puissance de nos ennemis et de la nécessité publique.
Mais quelque avantage qu'ils se promettent, quelque défiance qu'en puissent recevoir les timides et malveillants, si est-il bien certain qu'il n'y a rien à craindre; il n'en faut d'autres preuves que toutes les victoires et le bonheur qui accompagne partout Votre Majesté qui
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triomphe toujours sur ses ennemis, et par le moyen d'une très«heureuse victoire acquerra à ses sujets une bonne et durable paix ; car , comme disoit un prophète dans rÉcriture : « Qui a*t-il à craindre ? n'y a-t-il pas un roi dans Israël ?» et tant qu'il plaira à Dieu de conser* ver la personne sacrée de Votre Majesté , que devonsnous craindre de nos ennemis ? On peut dire encore avec un autre prophète , car FÉcriture Sainte nous fournit assez de très-belles instructions, <c qu'il n'y a rien à crain* dre tant que celui qui retourne victorieux des armées ^ viendra seoir dans le trône du jugement. » Nous devons toujours bien espérer tant qu'il plaira à Votre Majesté (comme elle est puissante et heureuse dans ses armes) seoir dans le trône du jugement, pour faire la justice à son peuple. Nous sçavons bien qu'un saint personnage , très-savant dans la langue hébraïque, a autrement interprété ces mots : (c séant au trône du jugement, » et dit qu'ils signifient la force en la main ; mais le plus sûr, car ce n'est pas tant par la force et l'autorité que les Rois régnent sur les peuples , que par la justice dans le trône sur lequel Votre Majesté est maintenant assise ; comme la grandeur de Dieu , créateur du monde , ne paroît ja^ mais plus que quand elle se communique aux hommes , ainsi la grandeur de Votre Majesté n'a jamais plus d'éclat que quand elle se communique à ses sujets , par l'entre* mise de ses officiers , et qu'elle entend leurs très-humbles remontrances dans le trône de son jugement. C'est ce qui nous fait espérer que Votre Majesté, selon ses inclinations naturellement bonnes, apportera toute la modération qui lui sera possible dans ses édits, dont l'exécution est encore en sa main; comme elle le fera sans doute tant qu'elle le pourra.
Mais parce que , comme disent les théologiens, Tespërance n'est jamais bien fondée si Tobéissance n'est entière , c'est ce qui nous fait espérer qu'en faisant à Votre Majesté, comme nous faisons, un sacrifice de respect et d'obéissance , nous mériterons d'autant plus la grâce que nous attendons que Votre Majesté (qui à un autre titre glorieux a voulu encore ajouter celui de Juste et de Père du peuple) emploiera toute sa bonté à lui rendre^ dans une bonne et durable paix , le repos et la félicité qu'il se promet.
MÏMOiaE SUR l'eittrepaise faits fax m. lb NoncB d'officibx ponti-
FICALEMEIf T , LB JOUB DE L* ASSOMPTION DE LA VIEBGE, ET DE FAIBB LES OBDBBS AUX QUATBB-TEMPS DE SEPTEMBBE DEBHIEB 1640, ÉTANT LOGÉ EN l' ABBAYE DE COBBIE; FAB MATHIEU MOLE*.
(Voy. les Mémoires de Molé^ t. II, p. 468 et 495.)
Les Papes sont recognus pour souverains es choses spirituelles; mais, en France, la puissance absolue et infinie n'a point de lieu. Elle est retenue et bornée par les canons et règles des anciens conciles de l'Église, reçus en ce royaume.
Les nonces , qui sont envoyés de la part de Sa Sainr teté^ n'ont aucune juridiction et les légats a latere n'en peuvent exercer qu'après que la bulle de notre Saint Père, portant leur pouvoir ^ a été approuvée par le Roi et vérifiée en Parlement.
Ces maximes étant véritables, on ne peut trouver de titre suffisant pour M. le I^once, en vertu duquel il ait entrepris, de son autorité, d'officier pontificalement en l'abbaye de Corbie et y conférer les ordres.