‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 2)Chapitre 3 sur 76 · LFTTEE DU ROI A MOLE · texte numérisé non relu

LFTTEE DU ROI A MOLE

Te Dewn en Phonneur de la cessation des troubles.

(c Monsieur Mole, ayant approuvé la pieuse pensée que ma cour de Parlement a eue , en vérifiant ma déclaration sur la cessation des troubles de mon royaume, d'en faire rendre grâces publiques à Dieu, je lui mande que je trouve bon qu'elle assiste au Te Deum qui sera chanté en Téglise de Paris, au jour et à l'heure que M. de Saintot , maitre de mes cérémonies, lui fera entendre de ma part. Et quoique vous ayez la meilleure part à la lettre que j'écris à madite Cour, sur ce sujet, je vous ai bien voulu faire celle-ci en particulier, avecTavis de la Reine-régente, Madame ma mère, afin que vous preniez soin de faire exécuter mes ordres dans la compagnie, selon que je m'en repose sur votre prudence et affection accoutumée. Et sur ce, je prie Dieu , etc. '. Écrit à Saint-Germain en Lave, le 3' jour d'avril 1649. »

LE SECRETAIRE d'EtaT LE TELLIER A MOLIÊ. Obserrations relatiires à Pexécution de la déclaration dn Roi.

w Monsieur, j'ai reçu voire lettre de ce matin. Il est vrai que M. le marquis de Jerzé est parti de ces quartiers avec deux régiments d'infanterie et un de cavalerie, et que deux autres aussi de cavalerie et deux

i . Une lettre à peu près semblable était adressée au Parlement, et il en fut donné lecture pendant la séance du 5 avril , en même temps que le Premier Président prévenait la Cour que le Roi avait aussi donné les ordres pour qu'on allât , par députés , à Saint- Germain, pour lui faire les remerciments votés par arrêt de la Cour. Le Te Deum fut chanté, le 5, sur les quatre heures.

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d'infanterie le doivent suivre ; mais c'est pour les mettre en garnison dans le Maine \ l'Anjou et le Poitou, en attendant la saison de mettre les armées en campagne contre les Espagnols. Ce que je vous dis. Monsieur, est si constant, que M. de Jerzé a ordre de faire aller dix lieues en deçà du Mans , attendant de voir si M. de la Boulaye acceptera la déclaration à son égard , dans les quatre jours portés par icelle ,

i . Lorsque cette nouvelle parvint dans la province, la municipalité du Mans prit Parrété suivant, que nous avons trouvé parmi les papiers de Mole. — «t Extrait des registres de l'Hôtel de Ville, du 7 avril 1649 : Le Conseil assemblé, sur l'avis donné qu'il y a plusieurs troupes sous la conduite de M. le marquis de Jerzé, qui s'acheminent pour venir en cette province, même en cette ville du Mans, a été avisé que M. le révérend évéque du Mans , étant de présent en cour, sera vu, salué et supplié, de la part des habitants de cette ville, de moyenner le divertissement desdites troupes et à cette fin en faire changer l'ordre. Et pour cet effet , ont été députés les sieurs. Desange vinières, conseiller, et Dorigne-Guiltet, capitaine de l'une des compagnies de ladite ville, et sera Monsieur du Mans remercié des témoignages de bonne volonté qu'il a rendus à ladite ville, notamment dans l'occasion présente, et assuré que les habitants sont dans l'obéissance du Roi, ayant ponctuellement effectué la déclai'ation de Sa Majesté , après la publication d'icelle et mis les armes bas. A été pareillement avisé que M. le baron de Lavardin, lieutenant pour le Roi en cette province, sera très-humblement supplié venir en cette ville, faire ce qu'il jugera utile pour le service du Roi. »

Cette délibération fut accompagnée de la lettre suivante adressée au Parlement : « A Messieurs du Parlement de Paris : Messeigneurs , après vous avoir fait sçavoir la façon de laquelle Messieurs du Mans se sont jetés dans vos intérêts , lorsqu'ils ont appris que leurs services pourroient vous être utiles , j'ai cru que j'aurois mauvaise grâce si je ne leur servois encore d'intercesseur dans la nécessité urgente qu'ils ont d'être appuyés de votre protection, pour détourner l'orage qui les menace d'une ruine inévitable, par les troupes commandées par le marquis de Jerzé. Us croyoient que la paix que vous avez traitée les mettoit à cou-

DE MATHIEU MOLE. (1649.) il

pour ne rien faire, de la part du Roi, qui y contrevienne.

(c Des courriers ont ëté députés, ce matin, par tous les bailliages, pour la porter aux procureurs du Roi en iceux, avec les dépêches de M. le Procureur Général. M. de Saintot portera les dépêches pour le Te Deum^ et par lui vous serez informé ^ de la résolution de Sa Majesté , si elle désirera retenir des troupes et quelles

vert de l%persécutioii et que l'amnistie générale dans laquelle ils dévoient avoir part, les empécheroit que l'obéissance qu'ils vous ont rendue ne fût imputée à crime. Cependant, ils sont à la veille de leur perte, si vous ne prenez leur cause en main. Ils espèrent cette grâce de votre justice. Je leur ai promis de ne les point abandonner. En attendant vos ordres, lesquels reçus je vous offre pour caution de leur obéissance, Messeigneurs, votre, etc. Au Mans, le 5 avril 1649. Lessard. »

i . Saintot était aussi chargé d'informer le secrétaire d'État Le Tellier de ce qui se passait à Paris. Voici sa dépêche du 5 avril : c Monseigneur, j*ai reçu celles qu'il vous a plu me faire l'honneur de m' écrire, avec toutes les dépêches. Aussitôt j'ai été voir M. le prince de Conti, que j'ai trouvé avec M°** la duchesse de Longueville. Je lui ai dit comme j'avois ordre de vous pour lui remettre entre les mains l'ordre et la route pour son régiment d'infanterie , compagnie de gendarmes et chevau-légers, que Sa Majesté retenoit. Dans ce temps, MM. de Beaufort, le maréchal de la Mothe et le Coadjuteur, que j*ai trouvé l'oreille très-pendante et le visage fort pâle et défait , le sont venus voir comme il roontoit en carrosse avec M"' la duchesse de Longueville pour Chaillot. (Voy. p. 13, note 2.)

« J*oubliais à vous dire que lui ayant dit que le sieur Dambeville, ordinaire du Roi, seroit ce soir à Saint- Denis, attendant l'envoyé de l'Archiduc, pour lequel j'aurois ce soir un trompette du Roi , qui venoit pour le quérir et conduire au sieur Dambeville , pour être mené en Flandre près l'Archiduc, et qui avoit ordre de ramener MM. les marquis de Noirmoutier et LIligue. Il m'a dit qu'il seroit nécessaire et prioit qu'il pût parler au sieur Dambeville, et que je lui mandasse de le venir trouver ce soir ou demain matin, d*autant qu'il ne pouvoit pas dire au trompette ce

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ce seront. Je suis , etc. Â Saint-Germain en Laye , le 4 avril 1 649. j»

LE SEdUÊTiURE d'ÉTAT LE TELLIER A MOLE. Le duc de Vendôme. — Troupes au service du Roi.

« Monsieur, j'ai expédié la lettre du Roi adressante à M. le duc de Vendôme pour lui permettre de venir à Anet^ Je la mettrai es mains de M. le duc de Mercœur pour la lui faire tenir. J'ai aussi expédj^ les or-

qu'il pouYoit dire audit sieur Dambeville. J'en ai aussitôt donné avis à M^ le Prince, qui étoit à Ghaillot, de ce que je devois faire sur cela^ lequel ne m*a rien mandé. Vous aurez, s'il vous plaît, agréable, dans demain, sept heures du matin, que j'en aie la réponse, d'autant que nous devons partir à huit heures avec les députés du Parlement , qui sont au nombre de trente-huit ou quarante, afin que je puisse envoyer au sieur Dambeville aussitôt , bien que présentement je vienne de lui mander que je lui ferois sçavoir, demain du matin , lorsque l'envoyé se rendroit à Saint- Denis.

<( Les députés du Parlement arriveront demain à onze heures à Saint-Germain, au nombre de trente-huit ou quarante, sçavoir : les présidents au mortier, six conseillers de la Grand*Chambre , trois de chacune des chambres des Enquêtes et quatre des deux des Requêtes et les gens du Roi. Ils demandent d'avoir l'honneur de saluer Leurs Majestés avant le dîner, qui pourroit être à l'issue de la messe de la Reine. A Paris, ce 5 avril 1649. »

Le lendemain , le Roi recevait à Saint-Germain le Parlement. Mole portait la parole « qui fit des merveilles à son ordinaire, » dit la Gazette, p. 246.

i. Sur la réconciliation du duc de Vendôme avec la Reine, et l'alliance de Mazarin avec la famille de ce prince par le mariage du fils du duc de Mercœur avec l'aînée des Mancini, voy. les Mém. de M^ de Moeteville, t. III, p. 277. • Le cardinal, dit-elle, en changeant de conduite, devint plus intéressé qu'il n'avait été jusqu'alors , et les mauvais tours de ses ennemis lui firent désirer de se faire redouter de ceux qui lui avaient fait beaucoup de peur. Par ces raisons , il traita le duc de Vendôme comme un ami. »

dres et routes nécessaires pour les troupes qu*on veut retenir au service du Roi ; partie sont déjà envoyées et le surplus est sollicité ici par ceux qui ont été envoyés pour cet effet.

« Le retour de M. de Beaupuis n'est pas chose à presser; le temps y pourra faire davantage que de pressantes instances.

w Pour l'affaire de M. de Bayeux*, je m'en suis expliqué au long à M. Talon, pour vous en informer. Je m'en remets à lui et vous supplie d'y prendre créance. Je parlerai ce soir à la Reine de ce qui s'est passé depuis, afin que la chose demeure en état. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, le 7 avril 1649 *. »

i . M. de Bayeux était Edouard Mole, fils du Premier Président, qui voulait être coadjuteur du trésorier de la Sainte-Chapelle, ainsi que l'indique la lettre suivante de Mole à Le Tellier : « Monsieur, ayant voulu prendre soin de l'affaire de la trésorerie , je vous dois le compte de ce qui est arrivé cette nuit, qui est la mort de celui qui l'étoit. Je me veux promettre que cela ne changera rien en la grâce de la Reine , mais qu'au lieu de coadjutorerie , la provision sera pure et simple , et que je vous resterai obligé , par effet, de l'amitié que je recevrai, et, en toute occasion, je serai, etc. Ce mercredi (14 avril), douze heures. »

2. Deux jours auparavant, le 5 avril , la duchesse de Longueville avait eu une entrevue avec son frère, le prince de Condé, à Chaillot. Elle fut très -cordiale, dit la Gazette (p. 223). La châsse de sainte Geneviève fut recouverte après une procession solennelle et un TV? Deum pour la paix , et le 8 avril le prince de Conti traita magnifiquement son frère à Chaillot. La cour était alors fort gaie, dit le même journal, et le Roi, surpassant la dextérité de son frère à manier les armes, tuait des petits oiseaux à coups de fusil. »

ik MÉMOIRES

THIOLÉ A M. LE TELLIER.

Exemption de logements de troupes pour Meulan.

« Monsieur, il se présente, de moment en moment, nouveau sujet de vous donner de la peine. Les habitants de Meulan ont eu avis de quelque ordre pour logement de gens de guerre en la \ille. Vous sçavez que vous m'avez promis de les en exempter. Je vous conjure de les faire jouir^ par effet, de cette grâce, et je serai, etc. Ce mercredi, 7 heures. »

LE SECRETAIRE d'ÉTAT LE TELLEER A MOLIÉ.

Plaintes contre M. de la Trémoille. — Siège du château d'Angers. —

Les courriers du Roi sont arrêtés.

ce Monsieur , la Reine m'a commandé de vous envoyer la lettre que M*" le Prince a, ce jourd'hui, reçue de M. le maréchal de Brézé, aBn de vous informer de la conduite de M. de la Trémoille et de ceux qui sont dans le même intérêt que lui , et que vous preniez la peine d'en parler dans la compagnie, et que, par son autorité, il y soit pourvu en la manière qui sera jugée la meilleure. L'on a pensé ici qu'il y auroit deux choses à faire : l'une , que M. le Procureur Général envoyât aux officiers du présidial d'Angers le duplicata de sa dépêche , par un huissier de la Cour, ou par telle autre personne de confiance qu'il voudra choisir, à la dépense du voyage duquel Sa Majesté fera volontiers pourvoir, afin que la compagnie pût être assurée de l'état où sont les choses en ce pays, par le rapport d'une personne non suspecte ; l'autre , que, sur la requête de mondit sieur le Procureur Général, la Cour donnât arrêt portant injonction à ceux

qui n'ont point encore quitté les armes, soit dans l'Anjou ou ailleurs, de les poser, sous telle peine que la Cour arbitrera. Le premier expédient est tout à Êdt innocent et néanmoins peut produire bon effet : les officiers du présidial d'Angers recevroient un paquet qui feroit infailliblement cesser les mouvements qui sont encore dans la province, et le second semble nécessaire pour rendre public le jrefus que fait M. de la Trémoille de laisser publier la déclaration , afin d'avoir prétexte de continuer la guerre, et empécheroit que les malintentionnés ne pussent faire passer pour une infraction à la déclaration l'ordre que Sa Majesté se trouve obligée d'envoyer à M. de Jerzé, de s'avancer, à Angers, avec les troupes qui sont sous sa charge, et sous le commandement de M. le maréchal de Brézé, gouverneur de la province, et empêcher la suite des maux que M. de la Trémoille lui fait souffrir, lorsque toutes les autres commencent à jouir de la douceur de la paix.

a J'écris en cette conformité à M. le Procureur Général et lui mande, de la part de la Reine, qu'il concerte avec vous ce qu'il sera à faire en cette occasion, en laquelle Sa Majesté juge très>important de justifier la marche des troupes de M. de Jerzé, pour empêcher qu'on ne s'en prévale au préjudice du service du Roi et du repos public.

(c Si vous jugez devoir faire voir, lundi, à la compagnie, la lettre de M. le maréchal de Brézé ^, M^ le

1. Voici la lettre de M. de Brézé : « J'ai fait partir, ce matin ^ le courrier du Roi qui m'avoit apporté les expéditions touchant la paix, et j'avois retenu celui de Votre Altesse pour lui mander de certaines nouvelles de la manière que ceux d'Angers recevroient

Prince trouve bon que vous la reteniez^ sinon il vous plaira de me la renvoyer par ce porteur, ou bien lorsqu'elle ne vous sera plus nécessaire. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, ce 10 avril 1649. »

les ordres pour publier la déclararion du Roi. Mais, Monseigneur, voyant le temps passé auquel F un de mes gardes» qui avoit porté à Angers les dépêches de Sa Majesté et le paquet de M. le Pro« cureur Général avec une de mes lettres , devoit être de retour, je crois que Tayis qu'un marchand m'a donné qu'il étoit arrêté et celui qui alloit à Ghdteau-Gonthier, pour la même diose, est véritable ; et ce qui m'empêche d'en douter, c'est que je suis trèsassuré qu'ils pressent, avec toutes les diligences possibles, le travail du château, et que leur mineur y est attaché. Ce qui confirme encore cela, c'est. Monseigneur, qu'il fut publié hier dans Angers , avec trompette et tambour, une ordonnance de M. de la Trémouille portant défense expresse de ne point dire ni croire que la paix fût faite, sous peine d'être déclaré perturbateur du repos public.

« L'on m'a donné avis de bonne part qu'ils retiennent généralement tous les courriers, pour empêcher que la déclaration du Roi ne soit publiée, se fondant sur l'article qui leur donne trois jours de temps aprè§ ladite publication, et cependant ils espèrent pouvoir exécuter leur dessein contre le château

« Toutes ces raisons-là. Monseigneur, m'ont fait envoyer deux gentilshommes, l'un après l'autre , pour faire hâter M. de Jerzé avec les troupes qu'il conduit ; mais j'ai bien peur que le retardement qu'il a fait par les chemins ne le fasse arriver trop tard. C'est pourquoi, je crois qu'il seroit très-important qu'il plût à Votre Altesse d'envoyer ordre pour qu'elles se diligentassent, et même que le régiment d'infanterie d*Orléans s'y joignît, d'autant qu'il y a sujet de croire que M. de la Trémouille ne manquera pas d'assembler là tout ce qu'il pourra de troupes, et, dès aujourd'hui , il a commencé à marcher quelque trois cents chevaux, qui ont passé à Thouars pour se rendre auprès de lui, auquel cas le secours de la place se rendroit fort difficile, tant à cause du passage des rivières que de sa situation que l'on ne sçauroit aborder sans de fort grands défilés, et ainsi on n'auroit pas trop de tout.

« La Boulaye partit d'Angers le jour de Pâques pour aller as-

lUÊPONSES DE MOli.

a Monsieur, les nouvelles que Ton doit recevoir demain d'Angers, qui est le jour de Tordinaire, nous assureront de ce qui s'y passe ^ L'huissier de la Cpur

sembler ce qu'il pourroit de troupes pour s'opposer à la marche de celles que conduit M. de Jerzé.

« Je demande pardon à Votre Altesse, avec toute sorte de soumission, de Pimportunité qu'elle recevra par la longueur de^cette lettre. Je crois qu'elle aura assez de bonté pour l'accorder à celui qui sera, etc. Au château de Saumur, ce jeudi 8 d'avril 1649. »

i . La lettre suivante des maire et échevins fut en effet apportée d'Angers au Premier Président : « Monseigneur, le même esprit qui nous a portés d'assurer nos seigneurs de la Cour de nos obébsances à l'autorité de leurs arrêts , nous oblige maintenant de vous donner avis que nous avons été aussi prompts à déposer les armes, que nous nous sommes montrés prêts de les prendre pour seconder vos saintes intentions. Nous ne reçûmes. Monseigneur, les nouvelles de la paix que le 7 de ce mois , sur le midi. Le même jour , la déclaration du Roi fut publiée au siège présidial , et le lendemain l'on chanta le Te Deum , Ton fit les feux de joie, où M. le duc de la Trémouille, qui étoit ici de votre part, j assista , et ensuite congédia ses troupes et fit mettre bês les armes à nos concitoyens. Et comme il n'étoit veau en cette ville que pour tenir la main à l'exécution de votte arrêt, il nous laissa le jour suivant dans une tranquillité parfaite ; mais dans la volonté de ne manquer jamais, en toutes antres occasions, à l'honneur de vos commandements. Il est vrai. Monseigneur, qu'il nous a laissé dans cette crainte d'être plutôt opprimés que châtiés des troupes que l'on veut faire descendre , et toutefois, comme toutes les occasions qui procèdent de la justice n'ont pour objet que de rétablir toutes choses dans leur ordre, notre crainte sur ce fondement s*est convertie sur cette confiance qu'après cette paix, qui est un ouvrage de la justice du Roi et ui\ effet de la prudence de la Cour, nous pourrions, en reprenant nos premières voies, rencontrer notre premier repos. Nous avons, pour ce sujet « député vers M. notre gouverneur, que la nature séparolt d'avec nous plutôt que son inclination , pour le prier de nous faire jouir de la paix , puisqu'il avoit plu à la bonté du Roi IV 2

part pour porter la déclaration , afin que Ton y obéisse comme on doit, et demain, sur la remontrance, je me promets qii'ii y aura arrêt. S'il est nécessaire , je ferai voir la lettre de M. le maréchal de Brézé , qui écrit sur Tavis d'un marchand et ne dit point si la déclaration a été publiée au siège de Saumur. Vous verrez par le mémoire ci-enclos ce à quoi il importe de pourvoir. J'en attendrai votre réponse et essayerai de satisfaire à tout ce que je dois et vaincre le malheur qui semble me vouloir encore suivre en l'amitié que vous me témoignez ; vous voulez bien que j'ajoute ce mot. Je serai, etc. Ce dimanche matin.

HOUÊ AU SECRÉTAIRE d'iÎTAT LE TELLIER.

NoaTelles d'Angers. — - Retour de MM. de Noirmootiery de Laigue et de

M°»« de Chevreuse.

« Monsieur, je viens de recevoir les lettres de M. de la Trémoille \ en créance du sieur de la Noue , dont

nous la donner. Noos espérons, Monseigneur, de sa générosité notre rétablissement dans ses bonnes grâces et le divertissemei^t du dessein qui avoit été pris de nous envoyer des troupes ; mais si notre malheur étoit aussi public que nos misères, nous supplierions très-humblement votre intégrité de n'abandonner pas une province , laquelle , outre la considération de la justice de notre cause, s'est portée à vous servir parce qu'elle est l'apanage de la seconde personne de l'État, à la conservation duquel nous sacrifierons toujours nos vies , nos biens et nos familles^ avec la même affectioii de laquelle nous vous offrons les obéissances de. Monseigneur, vos très-humbles et très-obéissants et très-obligés serviteurs. »

1 . Les docimients tirés des papiers de Mole, et qu'on vient de lire, indiquent assez les difficultés qu'éprouvait l'exécution de la déclaration du Roi du 31 mars , et le rétablissement de la paix. Les plaintes se renouvelaient sans cesse de part et«d'autre. L'ordre ne fut momentanément rétabli dans les provinces que

je VOUS envoie copie ^ (en retenant Toriginal), que j'ai fait écrire devant moi. C^est l'assurance qu'Angers a désarmé, en exécution de la déclaration ; mais comme par celle reçue de M. le maréchal de Brézé, qui ne vous avoit écrit que sur l'avis d'un marchand et dont je me défiois, comme je vous l'ai mandé, il avoit plu à la Reine prendre résolution de faire avancer les troupes commandées par M. de Jerzé^ et qu'avançant toujours, on pourroit s'engager et ainsi rallumer un feu qui fume encore, j'ai cru être obligé de vous envoyer cet exprès, afin de les faire retarder au plus tôt. a Je ne doute point que vous n'ayez avis du retoiur de M. de Noirmoutier, d'hier au soir, en cette ville, et d^aujourd'hui de celui de 11°^ de Chevreuse*, dont H. le duc de Luynes me vient présentement d'assurer. Si tous ces esprits se disposent au bien, Dieu soit loué , sinon vous croyez bien qu'il faut veiller plus que jamais. Lundi, 12 avril, à 7 heures. » — Il y a eu

lorsqu'on apprit que la trauquillité régnait à Paris. Un grand nombre de lettres adressées à Mole le prouvent sufOsamment ; mais les détails qu'elles contiennent ne nous ont pas paru assez intéressants pour être publiés. — La lettre de M. de la Trémoille et celle de M. de la Moue, dont parle Mole dans sa lettre à Le Tellier, existent dans le tome m de Colbert, f" 28^, 286.

i . Cette copie existe en eflet dans les papiers de Le Tellier , t. II , avec cette note : « Dans la lettre de M. le Premier Président Mole, du lundi i2 avril 1649. »

3. L'arrivée de Mme de Chevreuse à Paris et ses premières démarches sont racontées dans les Mémoires de M"** de Motteville, t. m, p. 271. M^^ de MoDtpensier eut une entrevue avec M^^ de Chevreuse à Montmartre. Voy. ses Mémoires, p. 55.— Une très-intéressante publication faite par M. Cousin sous le titre de : La duchcisà de Chevreuse , contient de curieux renseignements sur la conduite de cette femme célèbre, lorsqu'elle revint à Paris.

arrêt ce matiç, comme il a été proposé ; il importe de renvoyer toujours, non à M. le maréchal de Brézé , mais aux officiers du Roi. — Le sieur de la Noue est parti de vendredi au soir d'Angers, a passé à Tours, qui a levé les gardes. Le maire d'Angers est en chemin pour Paris. »

HOIii AU SECBÉTAIRE D'ÉTAT LE TELLIER.

M. de la Boulaye va être attaqué parles troupes du Roi. — Mole emprunte de Targeut pour licencier les troupes des Frmidetirt qui volent ' publiqiieinent. — La province an Maine se conforme à 11 déclaration.

<c lifonsieur, étant ici assemblés avec MM. nos cidevant généraux , pour le licenciement de leurs troupes y ils ont assuré avoir avis que les troupes du Roi partoient pour s'en aller contre le sieur de la Boulaye , et qu'ils sçavoient que les régiments étoient en état de soutenir l'eflfort, et qu'ainsi c'étoit s'engager en la guerre*, dont il y auroit; peut-être, d'autre suite

i . Cette lettre de Mplè partit en même temps que la suivante de Le Tellier, relative à la méffie affaire : « Monsieur, une heure ou environ après le départ du courner que je vous envoyai hier, arriva ici un gentilhomme de la part de M. le marquis de Jerzé ^ qui mande que M. le marquis de la Boulaye s'étant trouvé dans Montmirail, il le àt sommer de poser les armes , en conséquence de la déclaration , et qu'après plusieurs contestes ils arrêtèrent que M. de la Boulaye sortiroit, comme il fit, avec les officiers des troupes qui étoient avec lui ; que les cavaliers et soldats seroient désarmés et mis dans le château de Montmirail jusques à ce que Sa Majesté en eût ordonné.

« M. de Jerzé croit que ledit sieur de la Boulaye est allé au Mans et autres lieux, pour disposer à mettre bas les armes. Cependant, nous envoyons un courrier audit sieur de Jerzé pour lui faire sçavoir qu'il donne la liberté aux cavaliers et soldats qui se sont trouvés dans Montmirail; que ceux qui voudront prendre parti dans les troupes du Roi y soient reçus , et pour les auû'es ,

et qu'il serait bien plus nécessaire d'envoyer la déclaration du Roi vérifiée, et de les sommer, en vertu d'icelle, de poser les armes, afin que l'obéissance fût rendue aux ordres de Sa Majesté. Je les ai laissés dans la salle un instant pour en écrire; à quoi je satisfaia, après leur avoir fait cognottre qu'ils doivent avoir envoyé vers lui pour l'obliger à ne passer plus avant '• Je suis votre, etc. Ce samedi, 8 heures, d

a Jl fout que j'emprunte quarante mille livres, puisque nous n^avons nuls fonds pour le licenciement des troupes qui volent publiquement et que le Roi ne retirera les siennes qu'après cette action. On est délogé de l'Hôtel de Ville. Bonne exécution de la dé* daration. »

que leurs chevaux et armes leur étant rendus, ils se retirent chez eux, deux à deux, ou trois à^trott au plus, sans commettre désordres, sous peine de punition. ::■'!' .-

« Tout ceci ne faisoit rien à Tégard d'Angers. On mande à M. de Jerzé de continuer son voyage. Pai pensé vous devoir informer de ceci , afin que vous cognoissiez la raison qu'a Sa Majesté de lui donner cet ordre , encore que M. de la Boulaye ait fait mettre bas les armes à ce qu'il avoit de troupes dans Montmirail. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, ce il avril 4649. >

I . Voici la réponse du secrétaire d'État Le Tel lier : « Monsieur, j'ai reçu votre lettre ^ avec copie de la créance du sieur de la Noue, envoyé de M. de la Trémoille^ L'on a été très-aise d'apprendre que ceux d'Angers se soient remis dans l'obéissance , en exécution de la déclaration , et l'on envoie à M. de Jerzé leir ordres nécessaires pour mettre en garnison les troupes étant sous sa charge. Vous devez être assurés que l'exécution s'en ensuivra avec toute sincérité. Je doute que les esprits des personnes nommées en votre lettre se portent au bien , ainsi je conviens qu'il faudra veiller plus que jamais. Au surplus, Monsieur, je me remets à ce que M. de Saintot vous dira touchant la trésorerie, et je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, \Z avril 4649. »

2f BfÉVOIKES

MGLÉ AU SBGIUÊTAIRE p'ÉTAT LE TELLIER.

Affidre des provinces da Maine et d*Anjoo.

(( Monsieur , il faut donner compte de Texécution de k déclaration et que là puissance de la Reine soit recognue , comme elle doit. Le baron des Essarts , sénéchal du Maine, sort du logis , assurant que, dans le Mans, on a mis les armes bas, et enfin j'ai tiré les deux actes que je vous envoie, que vous me renverrez pour les faire voir demain à la compagnie. On se plaint que les chevaux et armes des gens de guerre de Mont* mirail n'ont point été rendus, et que les troupes du Roi commettent beaucoup de violences. Il me semble que l'obéissance qui se rend peut arrêter la marche des troupes du Roi , pour n'exciter pas de nombreux bruits dans les provinces, et que l'on ne donne pas sujet de se plaindre que Ton veut exercer justice trop rigoureuse contre les villes qui' ont été pour la cause commune, et ainsi engager de nouveau à quelques mouvements.

w J'attendrai votre réponse pour la faire sçavoir '. Je suis, etc. Ce mardi, midi. »

i . Le secrétaire d'État Le Tellicr répondit à Mole : « Monsieur, j'ai reçu votre lettre de ce jourd'hui, avec les articles de la ville et du présidial du Mans, que je vous renvoie, qui confirment suffisamment le dire de M. le baron des Essarts. Cette nouvelle et celle d'Angers, apportée par le député de M. de la Trémoille, obligent la Reine à désirer, plus que personne, que les troupes soient prompteroent retirées dans les garnisons qui leur sont destinées, suivant les ordres envoyés à M. de Jerzé. La licence des gens de guerre n'est pas facile à corriger, à cause qu'ils ne sont pas payés, et vous sçavez ce qui l'empêche. On fait néanmoins tout ce qui se peut pour les contenir dans l'ordre et la discipline. Jugez*le, Monsieur, par l'intérêt qu'a le Roi d'empêcher la ruine

(€ Monsieur, vous m'avez écrit que Ton avoit envoyé ordre du Roi à M. de Jerzé pour faire rendre les chevaux et les armes aux cavaliers qui étoient retenus dans le château de Montmirail ; et comme il y a beaucoup de ces cavaliers de retour en cette ville , qui assurent que Ton ne leur a pas voulu rendre ni chevaux ni armes et qu'ils sont du régiment de M. de Beaufort , qui pourroit dire être pirement traité que les autres, j'ai cru vous en devoir donner avis, afin qu'il vous plaise renouveler les ordres pour M. de Jerzé, que cet ofHcier du régiment, qui vous rendra la présente , portera sur les lieux , et s'il se pouvoit faire que les troupes du Roi, commandées par M. de Jerzé, fussent miseâ en garnison en d'autres villes que celles de l'Anjou, et particulièrement que celle de Vemeuil-au-Perche, sachant assez qui en jouit, ce seroit un moyen d'assurer les esprits de cette pro* vince, afin de leur ôter le prétexte que , par ressentiment de leur action passée, on se porte à donner ces ordres^ Vous assurant que je suis, etc. Ce mercredi (1 4 avril). »

da peuple , qui est le soutien de ses affaires. Votre » etc. A Saint* Germain en Laye, le 13 avril 1649. »

i . Voici la réponse de Le Tellier : « Monsieur, j'ai reçu par M. ]e baron des Essarts la lettre qu'il vous a plu m'écrire d'hier. J'ai aussitôt expédié l'ordre du Roi, qu'a désiré l'officier du régiment de Beaufort, pour la restitution des chevaux et armes retenues à Montmirail. L'armée de M. d'Erlac, occupant présentement beaucoup de quartiers où l'on avoit accoutumé de loger I^ troupes des armées de Flandre, il n*y a pas moyen de mettre ailleurs celle que nous laissons dans l'Anjou et le Maine , vu qu'à cause de l'approche de la campagne on ne peut davantage les éloigner de la frontière, mais l'on a donné tel ordre pour les faire vivre en bonne police et discipline, que les lieux de garnison

LE PARLÉBfENT DEMAKDE A LA REINE DE REVENIR HARITER

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