PARIS. RÉPONSE DE LA REINE
Le mercredi 44 avril^ le Premier Préûdent a dit à la Cour qu'à cause de Finterniption des affairés il n'avoit été fait ouverture de l'audience suivant les anciennes formes , et ainsi il n'avoit été tenu mercuriales ordinaires, pour faire récit de ce qui s'étoit passé à Saint-Germain en Laye. Il fut arrêté que Ton feroit la mercuriale et ensuite le récit de ce qui s'étoit passé à Saint-Germain. Et à l'instant, le Preniier Président a dit : (c Qu'il partit le 6 de ce mois avec les députés de la Cour , arrivèrent sur les midi et trouvèrent au château le Roi et la Reine-régente, auxquels il fit les remerciments de la Cour et les supplia d'honorer la ville de Paris de leur présence et de mettre en considération les intérêts particuliers de tous les généraux.
La Reine répondit : « Qu'elle étoit bien contente que tous les mouvements eussent pris fin , et qu'elle l'assuroit de l'afTection de la compagnie , qu'elle recognoitroit en toutes occasions; quant aux intérêts des particuliers , qu'elle avoit déclaré sa volonté et qu'elle n'y changeroit rien. Pour le retour du Roi et le sien à Paiîs, qu'aussitôt que les affaires le pourroient permettre, qu'elle vîendroit à Paris et qu'elle en avoit
n'auroDty je m'assure , aucun juste sujet de s'en plaindre. L'on n'en a point mis à Vemeuil-au-Perche.
K Je crois bien que vous sçavez que Son Altesse Royale doit aller, ce jourd'hui, coucher à Paris ; néanmoins, j'ai cru vous en devoir donner avis, estimant que vous jugerez à propos de la voir. Je suis, etc. A Saint-Germain en Laye, le 15 avril 1649. *»
un extrême désir. » Le Premier Président lui dit : m Qu'elle sçavoit bien avec quel respect ils rece voient rhonneur de ses commandements, mais qu'elle lui permettroit de lui dire qu'ayant charge de la compagnie d'insister pour les intérêts de quelques particuliarsy et ayant reçu leurs mémoires, ils la supplient de conunander à quelqu'un de les revoir, et que le tout étoit remis à sa volonté ; » ce qu'elle accorda , et se retirèrent. Us furent à la capitainerie, où le diner étoit préparé par ordre de la Reine et les soins de M. le Prince; se peut dire que tous les ofliciers du Roi qui servirent n'oublièrent rien de l'honneur dû à la compagnie, et ne se peut rien ajouter au traitement. L'aumônier du Roi dit le Benedicite et les grâces. Et la Reine ayant sçu que beaucoup de Messieurs n'avoient sçu voir le Roi, àcause delà pressequiyétoit, fitscavoir qu'il étoit dans la chapelle, que l'on eût à s'y trouver, et que l'on entendroit bonne musique; où beaucoup de Messieurs furent, qui y reçurent tous les accueils possibles. Et, en attendant , M. Le Tellier vint de la part du Roi sçavoir quels mémoires nous avions, et il les prit et assura que l'intention de la Reine étoit d'y faire favorable répons.e , et qu'il la feroit sçavoir sous peu ; ce qu'il a fait, et ce que le Premier Président fit sçavoir à ceux qui y avoient intérêt. »
Le vendredi 1 6 avril, la Cour, sur ce que le Pre* mier Président a dit que M. le duc d'Orléans et M. le Prince étoient arrivés en cette ville, d'hier au soir, et que les soins qu'ils avoient pris pour la paix étoient extraordinaires ; que ce moment étoit important au repos public, et que ne pouvant autrement recognottre ce qui leur étoit du que par le respect particulier, il
laissoit au jugement de la compagnie d'arrêter de Taller trouver par députés : ladite Cour arrêta que deux présidents et deux conseillers de la Grand'Chambre et un conseiller de chacune des autres Chambres se* roient députés pour aller saluer M. le duc d'Orléans et M. le Prince.
MOLé AU SECRÉTAIRE d'ÉTAT LE TELLIER.
Le dac d'Orléans à Paris. — M"* de Chevreuse. — Le maréchal de la Mothe.— Leduc de Bouillon. — Mmo de Chevreuse obéira aux ordres de la Reine. — M. de Vitry. — Les marchands de salines. — Siège d*Ypres par rArchiduc. — - Réponses de M. Le Tellier.
ce Monsieur, j'ai reçu la lettre, hier, sur le tard, et par bonheur j'ai prévenu ce qui est à la fin de la vètre^ ayant rendu mes devoirs à Son Altesse Royale aussitôt que j'ai sçu son arrivée.
« Au retour, j'ai trouvé M"® de Chevreuse qui m'attendoit, qui me dit une partie de son histoireel la cause de son retour ^ Elle prétend que c'est en exécution de la déclaration , qu'elle s'est aidée des quatre jours y exprimés. Ce seroit peu que cela, si elle ne me donnoit l'assurance d'une conduite telle à l'avenir que la Reine en sera contente. L'état de ses affaires, le long temps d'absence, les considérations de sa famille peuvent la porter à cette nouvelle résolution ; et comme je n'ai pas cognoissance de ce qui s'est passé ci-devant, je n'ai pu que la conjurer de ne don-
1 . La duchesse de Chevreuse se mit, en même temps, en rapport avec le coadjuteur de Paris, et de très-intimes relations s'établirent bientôt entre Retz et M^^« de Chevreuse. Voy., sur la colère de M™* de Guéroénée , à T occasion de ces premières visites du Coadjuteur à l'hôtel de Chevreuse , les Mémoires de Retz , édition citée, p. 179.
DE MATHIEU MOIÉ. (1649.) S7
ner phn de parole qu'elle ne voulût garder, et que je ne manquerois pas d*eD donner avis. Pour le moinSi il me rest^a la satisfaction d'avoir essayé d'aider au malheur d'autrui et conservé une Françoise en son devoir, et peut-être prévenir le bruit qui pourra naître de quelque autre dissension. Je suis, etc. A Paris, 16 avril. »
« Monsieur , j'ai fait sçavoir à M°^^ de Chevreuse la volonté de la Reine à laquelle il est nécessaire qu'elle obéisse ; et ses propres actions lui doivent servir d'as* surance, si elle est en esprit de changer de conduite. Je n'en ai pas encore de réponse.
ce M. le maréchal de la Mothe n'assistera plus au gouvernement, et lui dis hier mes pensées, desquelles il promit assurément de ne s'éloigner point.
cr J'ai eu l'honneur de voir Son Âliesse Royale aussitôt qu'elle fut arrivée, et lui rendis compte de l'état de la ville.
« M. de Bouillon presse pour recevoir bientôt les dix mille livres promises ; j'en ai parlé avec M. d'Aligre : H. de Bouillon témoigne ressentiment des prisonniers retenus par M. Fabert dans Sedan, qu'il sçait qu'ils sont innocents et que si on les tient coupables, que l'on les rende à la justice , comme on lui a promis. On peiit mettre fin à cette affaire sans crainte. Et si j'ai ré«> ponse en peu, cela mettra son esprit en repos. Il semble que l'on les fasse souffrir pour son sujet.
a Je ne puis finir qu'en vous remerciant de tant de soins que vous avez pris pour conduire l'affaire de ja trésorerie à sa fin ; je n'ai jamais douté de vos paroles, en ayant trop reçu de preuves ; mais vous sçavez assez
sa MÉMOIRES
qu'il survient des contre-temps à la cour, dont on ne se contente pas toujours à Paris. Votre*, etc.
<K Monsieur, je vis, hier au soir, M. de Chevreuse et le sieur de Laulne, qui me dirent ce qui s'ëtoit passe et à quoi il s'étoit oblige ; pourvu qu'il soit le maître, tout ira bien , et néanmoins la dame réclame fort. Je lui en dirai encore une fois ma pensée en liberté, à laquelle il est nécessaire qu'elle souscrive. Vous aurez sçu comme la compagnie a été saluer M. le duc d'Orléans et est allée rendre ses compliments à M. le Prince : on vous dira le particulier de ce qui s'y est passé*.
« Je vous envoie la liste que M. de Vitry m'a en-
i . Voici la réponse de Le Tellier : c Monsieur, je ne cloute pas que ce que 'vous avez dit à M"^ deChevreuse, dans l'entretien que vous eûtes hier avec elle , ne la convie plus que quoi que ce soit à se remettre dans son devoir, et si elle ne le faisoit, je voos puis dire qu*il y a des voies pour l'y obliger que la compagnie ap« prouveroit, parce qu'elle n'y seroit point intéressée, y ayant des choses que la déclaration ne couvre point. M. de Saintot vous dira ce qui s'est passé en la visite qu'a faite M. de Chevreuse à la Reine. Les désordres que commettent les compagnies des gardes, dans les lieux où elles sont à la campagne, ont obligé à penser à les renvoyer dans les quartiers ordinaires, à Paris -, mais on n'a pas voulu le faire sans en avoir votre avis. En attendant , je demeure votre, etc. A Saint-Germain en Laye, le 16 avril 4649. »
2. Depuis quelques jours il y avoit échange de politesse entre les personnages des deux partis. Nous avons déjà parlé de l'entrevue de Chaillot. Le duc d'Orléans, après avoir fait ses dévotions à Notre-Dame, retourna à Saint-Germain, où la princesse douairière de Condé traita splendidement le prince et la princesse de Condé, le prince de Conti, le marquis de la Moussaye et quelques autres seigneurs. Le comte d'Harcourt fut à Saint-Germain faire sa cour à la Reine, et le marquis de Noirmoutier et Laigue furent présentés à Sa Majesté .par le prince de Condé et très-bien accueillis. La Reine fut le 1 8 avril solenniser la fcte de Sainte-
yejée pour obtenir la lettre de cachet pour les recevoir au vservice, en exécution de la déclaration.
« Pour le régiment des gardes , j'en ai parlé avec * M. le maréchal de Granmont et quelques bons bourgeois ; il semble que Ton peut les renvoyer dans les faubourgs. Cela augmentera l'espérance du retour de Leurs Majestés. Je serai. Monsieur, votre, etc* »
« Monsieur, les marchands de salines se sont venus plaindre que l'on arrête les marchandises et qu'ainsi Ton contrevient à la déclaration. Le remède cousis^ tera, s'il vous plaît, en un ordre aux gouverneurs, afin qu'ils aient à y satisfaire à peine d'indignation : le faisant, on rendra la liberté au commerce, si nécessaire en l'état présent. Vous assurant que je suis, etc. \ Ce [i, quatre heures. »
GenevièTe à Nanterre, pour la remercier de la paix faite par son interoessioD.
I. Nous reproduisons les principaux passages de la réponse de Le Tellier : c II a été donné tel ordre sur la plainte des marchands de salines, que je ne crois pas qu'ils aient dorénavant sujet d'en faire de nouvelles sur semblable nature.
« Je ne fais point de doute que M"*** de Chevreuse ne suive vos bcms conseils ; mais si elle y manquoit, je dois vous réitérer qu'on a en main de quoi la mettre à la raison, sans aucun contredit.
c Son Altesse Royale arriva hier au soir, fort satisfaite de votre visite et des autres qu'elle a reçues à Paris. Je ne puis rien vous dire encore touchant les gardes , parce que je n'ai point trouvé occasion d'en parler depuis la réception de la vôtre.
« Je ne sçais avec quel front M. de Vitry ose envoyer la liste que j'ai reçue, lui n'étant point venu ici. Quand il se sera mis à son devoir, je ne crois aucune difficulté à l'exécution de son mémoire, «n conséquence de la déclaration.
« Vous scavez sans doute comme l'Archiduc est attaché au siège d*Tpres ou de Fumes ; nous n^avons encore nouvelles certaines lequel des deux il fait. Le Roi a véritablement nombre de
DISCOURS DE MOLE A H. LE PRINCE QUAUD Ifi PARLEMSaT