K MÉMOIRES
Le Premier Président lui a répondu : ce Que la compagnie tient à grand honneur qu'il ait pris la peine d'y venir, et d'y voir avec lui M, le Prince et M. le prince de Conti : aussi peut-il être assuré qu'il ne sera jamais plus honoré que par le Parlement; qu'il veut bien que Ton lui dise que l'on n'a jamais douté de Fintention de la Reine , en l'exécution de la déclaration qui a dû mettre fin à tous les désordres passés , et pourroit donner les assurances d'un calme public ; mais que les paroles qu'il doone confirmeront toutes les espérances, dissiperont tous les nuages et feront cesser toutes sortes de défiances ; qu'on se peut donc promettre qu'un chacun , à l'avenir, s'acquittera de son devoir en se contentant de sa condition, rendra toutes soumissions à son souverain , afin que, les divisions cessant , les ennemis de l'État perdent Tatteote des avantages qu'ils avoient espérés de nos troubles , et se rendent aux justes conditions de la paix si désirée d'un chacun et si nécessaire à tous. Quant à ce qui s'est passé depuis peu, le Parlement, sous l'autorité du Roi , y apportera tous les soins possibles pour faire sentir aux coupables les peines dues à leurs crimes, a
I^sdits gens du Roi, M' Omer Talon ^ avocat dudtt seigneur, portant la parole, ont dit à la Cour : ce Que le jour d'hier , sur les cinq heures du soir, ils reçurent ordre, ses collègues et lui, par l'huissier du cabinet de la Reine, de se trouver au Palais-Royal; où étant allés, à l'instant furent introduits dans la galerie de la Reine par le ministère du sieur Saintot , maître des cérémonies. Le Roi et la Reine étoient assis , M. le duc d'Orléans, M. le Prince, M. le prince de Conti et le reste du conseil. La Reine leur fit l'honneur de
leur dire que M. le Chancelier leur expliqueroil sa Tolonté , ce qu'il fit à Pinstant par un discours asfez long, duquel ils rapporteroient seulement la sonmaire : cf Que le Roi est retourné en cette ville de Paris^ il y a quatre mois ou environ, comme dans le centre de son royaume , pour conserver la tranquillité publique de rÉtat et faire cognoitre dedans et dehors la bonne volonté qu'il a pour ses peuples'; que depuis (^étetnps il a été informé de divers desseins que plusieurs particuliers ont eus de troubler celte tranquillité publique *, dont il ne s'est pas voulu émouvoir, laissant à la conduite et direction de cette compagnie et des juges ordinaires le soin de la ville de Paris ; tjue de^ puis quinze jours et plus, il a reçu différents avis que quelques personnes se vantent que , danis ce mois , il arriveroit du désordre, et plus grand qu'il n'avoit été par le passé; que ht Cour sçavoit ce<<jifi arriva samedi dernier , sur le sujet de l'assassinat attenté en la personne du sieur Joly , qui est un crime énorme dont le Roi veut que la recherche et la punition soient exactement et sévèrement faites '; et outre les procédures ordinaires de la justice , si pour la recherche des accusés et des complices, il est besoin de forces plus
i» Lai lettre du Roi au Parlement, en date du i2 décembre, porte : c Nous avons si bien recognu la sincère et cordiale affecdon de tout le peuple de notre bonne ville de Paris vers notre personne et pour le repos de notre État , dans le désir extrême qu'il nous a témoigné de notre retour en notredite ville et par foutes les démonstrations possibles de joie et de satisfaction publiques, qui ont été faites alors que nous y sommes arrivés. >
2. Le Coadjuteur dépeint dans ses Mémoires ^ p. 182, en termes énergiques Tétat des esprits à Paris , et l'animation des partis qui étaient tous les jours en présence.
3. En ordonnant de poursuivre très-sévèrement les assassins de
Ik MÉMOIRES
grandes, le Roi y contribuera volontiers pour faire découvrir et châtier les coupables. Mais le Roi prétend que cette action n*a rien de commun avec Fëmotion publique que Ton a tenté ouvertement de faire dans le palais , dans les rues et dans les places pul^* ques de cette ville de Paris; que ce n'eât pas la vcHe avec laquelle on doit chercher la punition d'un assassinat, que d'émouvoir tout le peuple et lui faire prendre les armes ; qu'autrefois des officiers du Parle* ment ayant reçu injure en leurs personnes , la punition publique en a été faite sans émotion populaire } qu'encore que cet attentat n'ait produit aucun effet , et que les bourgeois aient témoigné leur affection au service du Roi, et à leur conservation particulière , laquelle ne peut subsister que dans la tranquillité commune ; néanmoins le Roi désire que la Cour fasse réflexion sur ce qui se passa samedi dernier , dcmt Messieurs purent être témoins aussi bien qu'ils en étoient les juges et pour témoigner à toute la France la sincérité des actions de Sa Majesté , et que la vérité d'un procédé de cette qualité soit éclaircie , elle leur avoit commandé de demander la permission d'en in^ former, comme ils faisoient, pour avoir preuve de ce qui a été fait, le jour et la nuit de samedi dernier , contre ceux qui ont ému le peuple à sédition , fait des assemblées illicites, et qui ont contribué à ce mauvais dessein, circonstances et dépendances ^ » Les gens du
Joly , le Roi ne se servait pas moins d'expressions qui pouYaieni faire connaître à la Cour son opinion sur cette affaire. La lettre au Parlement porte : « de procéder à la recherche de VassassÙÊOi prétendu de Joly. »
i • Les gens du Roi étaient aussi porteurs d*une lettre du Roi au Parlement» et dont nous avons reproduit 1^ principaux passages.
DE MATHIEn MOLE. (1649.) 75
Roi retirés, il fut procédé à la Visitation de la plainte, et des informations furent faites suivant les arrêts du dernier jour, et TafTaire mise en délibération , la Cour donna arrêt conforme à la requête \
i. Le lendemain , 14 décembre , le duc d'Orléans vint encore an Parlement) au svget de la même affaire des rentes, mais un arrêt rendu le 29 décembre régularisa enfin les assemblées qui devaient être Eûtes pour veiller au payement des semestres. Ces asseasblces se composèrent de députés du Parlement, de la Cbambre des Comptes, Cour des Aides , de conseillers de ville et de quatre notables bourgeois de chaque quartier. Ainsi se termina efetta année 1649, qui fut si agitée. De nouvelles combinaisons politiques se tramèrent bientôt après. Ce fut le béros de Rocroy et de Lens qui en fut la victime.
Arrestation des princes. — - Voyage du Roi en Normandie. — Reqaéle de la princesse douairière de Condé an Parlement.— -La conr prend sous sa protection la princesse de Condé. — Détention d'un président de la Chambre des Comptes. — Retour du Roi à Paris après le siège de Bellegarde. ^-Déclaration du Roi contre la duchesse de LobgucTille, le maréchal de Turenne et leurs adhérents. —Les priaonnwn de la Bastille. — Délibération du Parlement à ce sujet. -* Lettre de la Cour au parlement de Toulouse. — - L'envoyé de rArchidoc Tient proposer la paix. — Requête des princes prisonniers an Parlement. — Ordre de la Reine de surseoir toute délibâ:ation.«— M** de Lon* gueville et la princesse de Condé. — François Mole, conseiller an Parlement. — L*armée des Frondeurs commandée par Turenne est battue par celle du Roi. — Nouvelles instances ponr la mise en liberté des princes.
ARRESTATION DES PRHTGES.
Le mercredi 1 9 janvier, la Cour, toutes les Qiambres assemblées , le Premier Président a dit : a Que M. le maréchal de l'Hôpital étoit entré, chargé de créance envers la compagnie^ » Aussitôt le maréchal a dit que la Reine-régente en France l'avoit chargé de présenter à la Cour lettres de cachet du Roi et dire de sa part, qu'avec beaucoup de modération, elle avoit fait arrêter M. le prince de Condé*, M. le prince de
i . Le maréchal de THôpital remît à la Cour une lettre de cacher du Roi, qui l'accrédilait pour ce qu'il devait dire au Parlement. — Les registres qui contiennent le texte de cette lettre constatent aussi qu'il n'y eut aucune délibération de la Cour à la suite de la réception de cette nouvelle.
2. Les motifs du grand changement de politique de la Régente, qui amena Tarrestation du prince de Condé , sont longuement expliqués par M"« de Motteville , Mémoires ^ t« 10 , p. 431, et par M^ d« Montpensier, Mém,^ t« II, p. 76.
Conti et le duc de LoDgueville, et que Sa Majesté dësiroit que la Cour aille cejourd'hui la trouver au Palais-Royal, sur les quatre heures, par députés, pour entendre les sujets et motifs pour lesquels cela s'étoit fait, » Il fut arrêté d'un commun vœu que la Cour, par députés de toutes les Chambres , s'assembleroit, sur les trois heures , pour aller trouver le Roi et la Reine.
Le jeudi 20 janvier, le Premier Président dit : « Que le jour d'hier, environ les quatre heures de relevée, il partit avec les députés de la Cour, allèrent au Palais- Royal, où ils eurent peine d'arriver, à cause du grand nombre de carrosses. I^ maître des cérémonies les fit entrer en la petite galerie, où ils trouvèrent le Roi, la Reine et plusieurs autres personnes. Il plut à la Reine de dire qu'elle nous avoit envoyé quérir pour nous faire entendre, qu'avec un extrême déplaisir, elle s'étoit portée à la résolution de faire arrêter M. le Prince , M. le prince de Conti et M. le duc de Longueville ; mais qu'elle y avoit été obligée, puisqu'il y alloit de la perte de l'État ; que la lettre, qui est longue^ seroit
i . Cette lettre occupe, en efTet, plus de quarante-sept pages dans les registres du Parlement. C'est un très-curieux examen de la conduite des princes et des événements les plus importants de cette époque. — La lettre servit de base à un pamphlet que Ton trouve en manuscrit dans les papiers de Mathieu Mole, sous le titre de : Les Intrigues de M. le Prince avec la cour (collecl. Colbert , t. III}. — Il est juste d'ajouter que les lettres patentes de Tannée 1652, en faveur du prince de Condé ^lorsqu'il fut mis en liberté , forment la contre-partie des appréciations défavorables à cet illustre personnage , développées avec tant de soins dans les lettres du 19 janvier i650.
Le 29 janvier, le Parlement renouvela ses arrêts portant défence d'imprimer ou de faire imprimer, colporter» vendre ou dé-
portée ce matin à la compagnie ; qu'en attendant elle vouloit bien que Ton scût qu'elle étoit résolue de fium observer en tout les déclarations des 22 octobre 1 648 et 1 " avril dernier , ce qui seroit exécuté inviolablement y et qu'elle se promettoit que l'on procéderoit bientôt au jugement du procès de la sédition du 1 1 décembre y et que les lois de l'État et les règles de la justice y seroient observées. Le Premier Président lui dit < Qu'il ne manqueroit de le faire entendre k la compagnie, laquelle auroit toujours regret que les princes du sang, enfants de France et de la maison , s'éloignassent de leur devoir et ne répondissent pas en tout aux vœux de Sa Majesté ; qu'il la pouvoit assurer de la fidélité du Parlement, qui témoigneroit toujours, par ses actions, son inviolable affection au bien de l'État et à la grandeur de la couronne. » Avoient fait bumbles révérences et s'étoient retirés. >i
VOYAGE ou ROI EN IfORMANOIE.
Le lundi 31 janvier, le Premier Président a dit à b Cour : a Que, samedi dernier, suivant Tordre reçu da la part du Roi , il fut au Palais-Royal , environ les quatre heures de relevée, avec MM. les autres députés de la Cour. Entrés, il plut à la Reine leur dire : <c Que le service du Roi l'obligeoit de faire un voyage en Normandie^, pour peu de temps ; que M. le duc d'Or-
biter aucun livre, libelle diffamatoire et autres , tendant à exciter sédition.
1. Voy. kV Appendice les lettres de Mazarin, relatives à ce voyage du Roi, et pour les troubles de la Guyenne, le rapport de Moran, maître des requêtes de Thôtel du Roi , cbargé d'informer sur le sujet des troubles de cette province.
Au mois de février 4650, la Coûi* enregistra des lettres patentes
lëans demeureroit en cette ville; que les soins qu'il prendroit étant secondés des bonnes intentions du Parlement, tout se maintiendrait en repos ; ce qu'elle 86 promettoit de raffection de la Cour. » Le Premier Président lui dît : (( Qu'il feroit entendre à la Cour llionneur de ses commandements ; que ce sera toujours avec un extrême regret d'apprendre l'éloignément du Roi et de la Reine de la ville capitale du royaume y puisqu'elle avoit mis son souverain bien en sa présence ; que l'on cédera néanmoins à la nécessité des affaires et préférera l'avantage du général au particulier ; que l'on se promet que la présence du Roi et de la Reine dissipera les nuages, et calmera tous les orages qui se pourroient exciter ; que c'étoient les voeux du Parlement, qui contribuera au repos public
do Roi) du i*' du même mois, ordonnant au duc de Bouillon^ aux maréchaux de Brézé et de Turenne et au prince de Marsillac, qui s'étaient retirés en Guyenne pour y exciter des mouvements populaireS) après l'arrestation des princes , de revenir près du Roi dans quinze jours et qu'il oublieroit tout le passé , et qu'à faute d'obéir, il les déclare rebelles et perturbateurs du repos public, etc.
Le 7 mars, le Premier Président appela l'attention de la Cour sur le sujet des Induites. L'aifaire fut remise à l'examen du conseiller Leprevost. Il fut ensuite donné lecture d'une lettre du Roi annonçant son voyage en Bourgogne. (Voy. à V Appendice les lettres de Mazarin relatives à ce voyage.)
Le 21 mars , le Parlement reçut une lettre du Roi en date du 4 mars , par laquelle il annonçait qu'il avait retiré les sceaux au chancelier Séguier, pour les remettre au marquis de Châteauneuf.
L'affaire des rentes de l'Hôtel de Ville est encore de temps à antre l'objet des délibérations du Parlement; mais depuis que les Frondeurs ne se servirent plus de ce prétexte pour exciter le peuple, cette question perdit de son importance politique. Le duc d'Orléans l'avait également prise sous sa protection et paraissait s'en occuper dans le Conseil.
tout ce qu'il doit et témoignera, par toutes ses actions, sa fidélité , et que le ciel comble Leurs Majestés d'autant de bonheur qu'ils en méritent et que Ton leur en peut souhaiter. » Ensuite, ils avoient fait humbles révérences et s'étoient retirés. »
REQUIÊTE DE LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDÉ. — -PRi«« SIDEin DE LA CHAIVIBRE DES COMPTES PRISONITIER.
Le mercredi 27 avril, le Premier Président a dit à la Cour : a Qu'il y avoit deux affaires d'importance, sur lesquelles il étoit nécessaire de délibérer : l'une tou« chant deux requêtes présentées par M°^® la princesse douairière de Condé et par les parents du sieur Perrault , président en la Chambre des Comptes , détenu prisonnier au château de Vincennes, dont un de Messieurs s' étoit chargé ; l'autre , sur ce que le sieur de Fromont, secrétaire des commandements de M. le duc d'Orléans, est venu, de la part du duc, lui dire que l'on différ&t la mercuriale , jusques au retour du Roi en cette ville, qui devoit être lundi prochain, sur les bruits qui couroient de ce qui s'y devoit passer, qui pourroit donner atteinte à la tranquillité publique. Sur quoi, la Cour ayant délibéré, a arrêté : que M^ Pierre Payen et Claude Ménardeau, conseillers du Roi en la Cour, iroient présentement vers le duc d'Orléans lui donner avis desdites requêtes ; lui faire entendre que, suivant son désir et sa volonté, on a différé de délibérer sur icelles, jusques au retour du Roi; et que la Cour a trouvé juste d'ordonner, ce pendant, que la princesse douairière de Condé * ait la liberté de
i . Cette princesse luoorut k la fin de l'année 1650. Les régis*
demeurer en sûreté^, en tel Ueu qu'il plaira audit seigneur Roi lui désigner, dans Tenclos de la ville et fauiKUirgs de Paris, jusques à ce qu'autrement en ait çté ordonné, et de tenir la mercuriale à Tordinaire sans parler desdites requêtes.
Le mardi 3 mai, le Premier Président a proposé à la Cour d^aller saluer le Ro^et la Reine-régente en France à leur retour de Bellegarde* ; et ont été mandés les gens du Roi , pour sçavoir l'heure dudit seigneur Roi et de ladite dame Reine.
DiCSJkRJLTlOJIf COiniDB LA DUCHF5SE DE LONGUEVILLE.
Le lundi 1 6 mai , la Cour enregistra la déclaration du Roi , donnée à Paris le 9 mai présent mois , par laquelle ledit seigneur, de Tavis de la Reine-régente , *
•a mère, de son très-cher et très-amé oncle le duc ^
d^Orléans, et^autres princes, ducs, pairs, et autres officiers de sa couronne, grands et notables personnages de son Conseil , avoit déclaré -la duchesse dé
cres da Parlement du 22 décembre renferment une lettre du Rôti la Cour, pour lui faire rendre tous les honneurs dus à son rang. •
Le Roi rappelle Taffection qu'il portait à cette personne et l'estime • qu'il faisait de ses vertus.
1 . Le duc d'Orléans répendit qu'il ne pouvait désigner d^autre lieu de sûreté que celui prescrit par le Roi , qui était la ville de Bourges ou Moniron (Saint-Amand-Montrond) ; mais la Cour accorda à la princesse douairière Tautorisation de demeurer dans tdle maison qu'il lui plairait choisir dans Tenclos du Palais. Le
21 avril , le duc d'Orléans vint au Parlement faire connaître les i
nouveaux ordres du Roi relatifs à cette princesse, et lui réilérei* rinvilation de quitter Chantilly et d'aller à Bourges. Le 6 mai, il y eui de nouvelles instances faites au Parlement en faveur de la princesse de Condé.
2. Voy. à V Jppendice les lettçjes dn cardinal Mazarin , lelatives k ce voyage à Bellegarde.
Longueville, les ducs de Bouillon^ maréchal de Ttarenne et M. deMarsiUac, ensemble tous ceux qui leur adhéroieut, fa^^orisoient et assistoient, ou leur adbéreroient; qui les recognottroient pour leurs ch^ ou leur obëiroienty et seroient entrés ou entreroieDt en quelque ligue , association ou intelligence ayec eux, directement ou indirectement ^ en quelque manière que ce soit, désobéissants, perturbateurs du r^poê public , rebelles , ennemis de TÉtat , et criminels de lèse-majesté au premier chef, et comme tels, vautel lui plaît qu'il soit procédé contre eux, selon la rigueur des lois et ordonnances, tant en leurs personnes qu*eo leurs biens et postérité; et en conséquence de ce, les déclare déchus et privés de tous honneurs, titres, dignités, qualités, charges, offices et états, pentions, privilèges, facultés, prérogatives, prééminences et droits généralement quelconques, et aussi toutes les terres et seigneuries qu'ils tiennent de lui et de sa cou* ronne réunies inséparablement et à toujours à son domaine, et toutes autres seigneuries, terres et biens, tant meubles qu'immeubles, possédés par eux en ce royaume et lieu de son obéissance , à lui acquis et confisqués , pour être les fruits et revenus de tous lee* dits biens mis en sa main et reçus par les receveurs de son domaine , et par eux employés ainsi qu'il sera par lui ordonné ; mande aussi ledit seigneur à tous ses lieutenants généraux en ses armées, gouverneurs, etc. , courir sus à ladite duchesse de Longueville, duc de Bouillon, maréchal de Turenne, M. de Marsillac et leurs adhérents, et à tous baillis, etc., de se saisir de leurs personnes et les poursuivre selon la rigueur de ses ordonnances. Ces lettres furent lues ,
DE MATHIEU MOLE. (16.'t0.) 83
pidblîées fft registrées au greffe crimiDel d'icelle Cour ffmt-àm eiécolées aelOD leur forme et teneur ^
LES PBISOlTNftBS DE LA BASTILLE.
r Lenardî 43 septembre ; le Premier Président a dit : « Que le sujet de cette assemblée est pour sçavoir la léiokiUoo qui fut prisé hier sur la proposition faite , qjfâ^tBtsltÀcit avoir été reçue du commun voeu de toute la compagnie ; mais comme il eut hier Thonneur de voir Ift. le âbc d'Orléans, il lui fit entendre les plaintes dès exactions de' oielui qui commande à Lagny , dont on avok parlé ce matin, et par même moyen il lui parla des prisotmier^ constitués par ses ordres dans la Baslitte, auxquels on ne (kisoit le procès , et qui ne pouvbieat^eméurer longtemps en cet état, suivant la ciéclaration dû 22 octobre 1 648. Il lui plut de répondre qu'il avoit fait écrire à celui qui commande à Lagny dete venir trouver, qu'il lui feroit rendre compte de ses
X. Ces leUres furent suivies, le €3 mai, d'une plainte portée au Parlement, par le Procureur Général , contre l'entreprise, maurmA conduite, menées, cabales, ligues, etc. , faites par les sieui s de Matta et Fontrailles, à la suite de laquelle il intervint des arrêts oonformes. Mais, immédiatement , les Enquêtes se plaignirent de la vérification de la déclaration contre M™* de liOngueyille et autres, sans avoir assemblé les Chambres ; le Premier Président répondit qall y seroit avisé. Le i*' juillet, la Cour fut mandée par le Roi au Pâlais-Eoyal et fut informée, parla Reine-régente, que le Roi avoit résolu de s'en aller à Bordeaux ; voyage qu'il étoit obligé d'entreprendre, pour fixer toutes choses en Guyenne, et qu'il se promettait qu'en son absence la compagnie s'emploierait à maintenir la paix en cette ville. Le Garde des Sceaux expliqua ensuite longue- Dent les intentions de la Régente. Les affaires de Bordeaux contmaèrent d'occuper les délibérations de la Cour ; les troubles de cette province se rattachaient à la captivité des princes. Voy. notre des Mémoires de Pierre Lenet»
actions , pour après y pourvoir. Et pour les prisoiinierSy qu'il avoit donné ordre qu'ils fussent interrogés par le lieutenant criminel , afin que quand leur procès seroit instruit, il les (It juger par le ^Parleaient ; et que j sur les dix heures du soir, le sieur Goulas, son secrétaire , lui apporta de sa part le mémoire de tous les prisonniers qui étoient détenus à la Bastille,- et pour quelles causes ils avoient été arrêtés. » Duquel mémoire la teneur en suit :
Prisonniers de la Bastille. — Les sieurs Ajsemant et Paris, n*ont pas voulu donner piarole de oe point servir M. de Turenne;
Saint-Martin , pour avoir été pris se voulant jeter dans Stenay, et ayant donné sa parole qu'il séroil en sa maison de Languedoc, sans passer par Paris , s'eat trouvé dans ce palais les deux jount qu'il y a eu da bruit ;
Les sieurs Dalyes et Brivilliers , pour avoir eu dor* respondance avec M. de Bouillon.
11 y en a encore trois' ou quatre qui y sont pour avoir fait des levées à Paris , ou pour s'être trouva à la menée du palais, des noms desquels on ne se souvient pas ; ont été interrogés par le lieutenant criminel qui en instruit le procès :
M°** et M'** de Bouillon , pour les raisons que chacun sait^; M. de Carnavalet, pour les avoir laissés échapper;
1. Cette liste des prisonniers ne mentionne pas le président Perrault, qui était enfermé à Vincennes, comme nous l'avons vu ci 'dessus. Une députation fut envoyée au duc d'Orléans, par arrêt de la Cour du 20 septembre , pour lui remontrer qu'on disait que Perrault était malade et n'avait liberté d'être visité par
Ilseroit à désirer que le marquis de Persaoi Bussy- Rabutin , Bordet et du Fay , qui ont été soupçonnés, y fussent aussi, et qui, pour avoir été avertis, sont allés en Tannée des ennemis , où ils font beaucoup de mal.
H. r Ayocat général présentera ce mémoire de la part de Son Allesse Rovale à la Cour, aux fins de conclure que tout est dans l'ordre , et qu'ainsi il sepibloit que la compagnie dut être satisfaite , et que l'on pouvoit proposer de mettre le mémoire entre les mains du Procureur Générsd, qui enverroit quérir le lieutenant criminel , et s'il trouvoit quelque cbose où le public pùl avo^ intérêt, il viendroit en donner avis à la compagnie. La matière mise en délibération, la Cour a arrêté : que le inémoire concernant lesdits prisonniers sera m(s entre les mains dudit Procureur Général, pour s'enquérir et instruire sur ce sujet et sur ce qu'il requeH^ y ^tre délibéré.
LE PlBUaQOfT l)E XpULOUSE. — l'eITVOTÉ DE L ARCHIDUC.
Le jeudi 1 5 septembre , en la chambre des vacations, le Premier Président a fait la lecture de la lettre qu'il avoit dressée pour envoyer au parlement de Tou* louse, de laquelle la teneur en suit : ce Messieurs, comme ce qui se passe en Guyenne regarde le repos de toute la France , et que le mouvement qui s'y est excité peut allumer un tel feu qu'il seroit très*di(Iicile
son médecin, et qu'on lui avait fait boucher une fenêtre, de telle sorte qu'il était traité très-rigoureusement. Le duc d'Orléans répondit « que ce qui avoit été rapporté à la C^ur n'étoit véritable, ef qu'au contraire les médecins avoient toujours ou la liberté de visiter et de panser ledit Perrault. «
de réteindre, aussi prévenaot vos fleDtimeDto , la compagnie a jusques à présent contribué, pour arrêter le cours d'un tel mal , ce qui a été de son pomroir , comme vous verrez par les extraits des registres ti^enclos. Vous pouvez donc croire qu'en ce qui touchera le service du Roi, le soulagement de ses peuples et l'exécution des déclarations^ elle continuera d'em* ployer tous ses soins et porter tous ses voeux avec Toua^ afin de satisfaire à son devoir et à son obligation de maintenir Tautorité du Roi et rexécutiondé sa volonté, confirmée par tant d'actes publics. Vous assurant que nous serons toujours , etc. »
Ensuite , le Premier Président a dit , en la chambre des vacatipns : a Que s'étant trouvé lundi , mardty<et le jour d'hier au palais d'Orléans , avec M; le président de Mesmes, par Tordre de Monsieur,. duc d'Orléanâ, lors de la réception de don Çabriel de Tolède, en* voyé par M. T Archiduc, et du congé qu'il a pris de mondit sieur duc d'Orléans , il étoit juste de dire à la compagnie le sujet de son voyage et là résolution prise. M. TArchiduc ayant écrit , ci^devant , par un trompette, à Monsieur, duc d'Orléans, sur la paix nécessaire entre les deux couronnes, et par ses let* très ayant témoigné sa passion pour achever, un ouvrage si important, Monsieur, duc d'Orléans , lui fît réponse et y envoya le sieur de Verderonne pour lui faire cognoitre qu'il étoit temps de mettre fin à cette guerre , qui avoit trop longtemps duré pour le bien de la chrétienté , et que de sa part il lui donnoit assurance d'employer tous moyens pour la faire cesser. Que cet honneur rendu à M. rArchiduc, l'avoit obligé de lui envoyer don Gabriel de Tolède, pour lui rendre
actions de grâces, et pour témoigner de plus en plus qii^il préféi'ercnt les effets aux paroles , et que , par la lettre qu'il lui présentoit, il le conjuroit que l'affaire fût terminëe entre eux deux , et que Monsieur , duc d'Orlëans , pouyoit venir en toute sûreté entre Rhetel et Bfaeims, et que dans le 1 8 du courant ils pourroient se trouver ensemble.
« Le reste se passa en civilités; mais comme il avoit entrepris de disposer des lieux , des jours et des personnes, on trouva nécessaire d'envoyer visiter don Gabriel de Tolède par M. d'Âvau, en présence de M. le Ncmce et du résident de Venise , médiateurs de la paix ci-derant convenue, afin d'apprendre en leur présence s'il avoit quelque charge particulière ou quelque cognoissance du pouvoir et des moyens que If. rArchiduc devoit tenir , et lui faire cognoitre que le lieu choisi , qui étoit au milieu de l'armée ennemie, ne pouvoit permettre que Ton s'y exposât et que le jour étoit si proche, qu'il n'y avoit pas moyen d'y satisfaire , et que Monsieur , duc d'Orléans , étoit prêt de s'acheminer en quelqu'autre lieu , quand les affaires auroient été premièrement examinées par personnes choisies de part et d'autre. M. d'Avau a rapporté ce qui s'étoit passé en la conférence, et qu'il a déclaré n'avoir autre charge que celle qu'il avoit exposée; que si l'on désiroit sçavoir ce qu'il avoit pu <x>gnoltre des desseins de M. l'Ârchiduc , qu'il étoit oUigé d'assurer qu'il étoit porté à conclure une paix honorable entre les deux couronnes, et que l'état des aflEûres de l'une et de l'autre sembloit le désirer ; qu'il étoit obligé d'avouer que l'on pouvoit choisir un autre lieu et de convenir de quelques personnes.
Après ce rapport , a voit été résolu d'envoyer vers M. rArchiduc, M. d'Avau , qui avoit été ci-devani plénipotentiaire à Munster, et de prier M. le Nonce et le résident de Venise de prendre la peine d'y aller, afin qu'en leur présence l'on pût arrêter tous les ordres nécessaires pour commencer le traité de cette paix si désirée d'un chacun et si nécessaire à tous.
« Et hier , sur les cinq heures après diner , il vint prendre congé de Monsieur, duc d'Orléans, qui lui dit sa résolution et lui témoigna beaucoup de civilités, dont il fut très-content et satisfait. De sorte qu'il ne reste plus que les vœux que ce premier travail succède, et qu'enfin l'on puisse jouir d'un calme public et d'un repos général pour l'avantage de la chrétienté. » U fut arrêté que de ce que dessus seroit fait registre.
REQUÊTE DES PRIICCES PRISONNIERS iiORESSÉE AU PàXLEMOT.