‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 4)Chapitre 31 sur 81 · I . Voy. Icf MémoirMs de MoU, t, U, p. 4S · texte numérisé non relu

I . Voy. Icf MémoirMs de MoU, t, U, p. 4S

Vos ennemis déclares et ceux qui sembloient vos amis, vous traversèrent autant qu'ils purent en ce sii{eiy mais inutilement.

La place de Brisac étoit de telle considëraUon', ija^ells ëtoit enviée de tout le monde; la réputation et le bien de vos affaires requéroient qu'elle demeurât eh TOtre dKs» position. Il falloit traiter doucement les esprits aux^pMb vous aviez affaire , et cependant , pour empêcher qB*ei s'estimant trop nécessaires, ils se rendissent trop difflcilsi à une bonne conclusion , il fallut agir en difiër^ts rea* contres avec grande fermeté.

Votre conduite fut diverse, selon que les oooasibns le requéroient; enfin vous demeurâtes beaucoup plus maître de cette armée que vous n'étiez auparavant , et la plan de Brisac et plusieurs autres dont le duc de Weîmar prétendoit disposer à sa volonté, bien qu'il ne le dût pas faire, vous furent du tout assurées.

 peine les larmes que la mort de ce grand capitaine * tirèrent de vos yeux furent-elles essuyées, que celle ih cardinal de la Valette les renouvelèrent; sa perte 'fut d'autant plus sensible à Votre Majesté, que sa fidélité, son zèle , et Tambition qu'il avoit d'acquérir de Thonueur en bien servant , en furent la vraie cause.

L'infidélité du duc de la Valette, son frère', le toudia

1. Voy. dans le Mercure de 1639, p. 3, Uf effets de la prite de

2. La Gazette a imprimé, p 463, une lettre écrite de Méiitoet k 29 juillet 4639, touchant la mort da doc We^rmar.

3. Le 24 mai 1639, dit la Gazette, p. 284, c fut toleiuieUeiiient doué, par défaut et contumace, arrêt au conseil , le Roi y léant y contre le dac de la Valette. > — Ce journal ajoutait un peu plus loin : c NoaTeOet mmI venues que le cardinal de la Valette est allé secourir la TtUe de Totttl CB Piémont , assiégée par les Espagnols, et interrompre le laccèe qu*ik OBI eu à la prise de plusieurs places, arrivé plutôt par Tinfidélité de la pin* part des gouverneurs que par reffort de leurs armes. »

de telle sorte qu'il n'eut jamais de joie , depuis qu'il eo eut avéré le mauvais dessein que ce malheureux homme eut, peu de temps auparavant, de mettre M^z aux mains dis Espagnols avec sa personne.

Et la mauvaise conduite de Madame lui otant tout meyen de fiiire réussir vos armes , il fut tellement outré de ymt périr le Piémont à sa vue , qu'encore que perse fût responsahle des fautes d'autrui , particulier lorsqu'il est impossible d'en arrêter le cours, celles de^ cette princesse lui donnèrent le coup de la mort, au sortir d'un siège qui lui devoit donner consoktion p puisqu'il jr avoit battu les ennemis et pris la place en knr présence.

lies malheurs étant souvent enchaînés , ainsi que les bonnes fortunes , la perte de Salces ^ ^ l'un des derniers actes de cette campagne , suivit ces deux fâcheux accidents. Cependant, n'y ayant personne qui ne sçache que, si vous perdîtes cette place , vous l'aviez emportée peu de jours auparavant sur vos asnemis, avec d'autres cir- OMivdsines, qui demeurèrent entlre vos mains, on peut avec vérité qu'es occasions qui se sont passées en

1. Cette TÎlle a^t été prise peu de temps aupara^aot par le prince de Condé (toj. dans la Gazette de 1639, p. 403, 453, le récit de cette Ttctoire), t\\eg Mémoires ds Moié^ t. II, p. 451..— Mais, pen- 4tBl «pie le prince était à Narbonne, les E^pagnoli^ tinrent mettre le tîége derant Salces, et malgré les diligences do maréchal de Sdiomberg et les soins do prince de Condé , qui avait mis snr pied tonte la noblesse du Languedoc pour aller au secours de Salces, actte Tille fut prise par les Espagnob. — Les amères critiques de Richefica paraissent s'adresser au prince de Condé ; mais on peut étudier avec plus de stkreté cette grave question dans les récits du Mêreun fran^ois, t. XXm, p. 28S, et surtout dans la Gaxette de 1639, p. 781 , qui a imprimé une c Relation envoyée au Roi par le prince de Condé de ce qui si'est passé dans Tannée de Roussillon , depuis le siège mis devant Salces par les Espagnols, s

242 APPEia)ICE AUX MÉMOIRES

Espagne, votre bonne fortune surmonta oelle de tm ennemis. Si ceux qui commandoient tos armëet en cet quartiers eussent eu autant d'intelligence de ce qui est de la guerre, comme leur intention étoit bonne, iU a*eiie* sent pas perdu ce qu'ils avoient gagné; en faisant voir qu'ils avoient plus de cœur pour feire des oonquêtea «pie de tête pour les conserver , ils firent parmire qu*ib étoient vrais François.

On mit dans cette place ou trop de gens pour la défendre , ou trop peu de vivres pour les faire sobsisler; on y laissa autant de troupes quUl en eût été besoin , si les dehors qu'on y avoit tracés eussent été dëbadaUe^. Mais comme ils ne l'étoient pas , ce nombre de régiments ne servit qu'à consommer en deux moia les vivres, qui eussent duré plus de quatre, si Ton n^y en eût laissé, qu'autant qu'il en falloit pour la défendre.

Ainsi les assiégés, qu'on ne put emporter de forœi ne purent résister à la famine, et on tenta de les secourir avec tant de négligence, que la foiblesse de Teflbrt qui fut fait à cette fin, étoit plus propre à avancer leur perte, en leur ôtant toute espérance, qu'à les en garantir ou la différer.

On eût pu réparer cette faute, tenant toujours votre armée proche des ennemis pour couper leurs vivres , les incommoder en diverses façons et attaquer à tempe lear circonvallation ; Votre Majesté ne manqua pas à en donner les ordres, et si vous n'en reçûtes les fruits que voua deviez attendre de votre prudence, la seule inexécution en fut la cause*

Ce mauvais accident fut récompensé par le gain da plus heureux et plus remarquable combat dont peut* être l'histoire ait jamais fait mention. Votre Majesté

ajanl commandé au comte d*Harcourt, lorsqu'il reçut WOB ordres à GrenoMe, d'aller prendre le poste de Qukrs * ^ pour empêcher que les ennemis s*en saisissent el pussent^ par ce moyen, rompre la communication de Chivas * et de la citadelle de Turin , et ensuite Tattaquer «T6C avantage, après qu'il y eut demeuré autant de temps qu'il y put faire subsister son armée , étant chassé par la bâm j il se résolut de repasser le Pô pour prendre ses quartiers d'hiver. U sçavoit bien que le marquis de Leganez étant logé à Poerins, proche de son chemin, avec le double de ses forces, il étoit difficile qn'ihoe le trouvât en tête; il sçavoit que le prince Thomas pou voit sortir de la ville de Turin avec cinq ou six mille hommes pour a^opposer à son passage ; mais la nÀ^essité l'obligeant } quitter un poste auquel il ne pouvoit plus vivre, il n'a* voit autre chose à faire qu'à tâcher de {Sartir si secrètement du lieu où il * étoit , que les ennemis ne pussent avoir le temps de lui couper le chemin.

Après avoir apporté toutes les précautions qui peuvent être (uratiquées pour celer son départ , il partit à la pointe du jour de Quiers, avec ce qu'il avoit de troupes qui n^arrivoient pas à cinq mille hommes de pied et trois mille chevaux, le reste étant du côté de Coni pour s'opposer aux troupes du cardinal de Savoie. Si les habitants de Quiers n'eussent été autant d'espions pour les ennemis, votre armée eût pu passer sans obstacle ; mais Le-

1. Ce combat, lifré contre rarmée espagnole, le ÎO noTcmbre, est longoement raconté dans la Gazette Renaudot, année 1639, p. 789, et plof apédalement encore par le Mercure françou, p. 7Î du tome XXIII.

a. Voy. une Relation de la trahitonet intelligence ayac le prince ThomâM, découverte dans Qiivas, et le ravitaillement delà citadelle de Turin ; défaite d'un convoi espagnol et de trois compagnies du cardinal de Safoie {Gaxette eitraordinaire, p. 811).

ganez et le prince Thomas ayant été soigneuftement avertis du départ du comte d'Harcourt , les premiers corps de son avant-garde ne furent pas plutôt au bord du nus» seau de la route , prêts à y faire un pont pour leur pa^ sage, que trois mille hommes et cinq cents dragons détachés du corps de l'armée ^ composée de dix mille hommes de pied et de cinq mille chevaux, chargeant Tarrière-garde commandée par la Mothe-Houdancourti lui donnèrent lieu de s'occuper à se défendre au lieu de penser à son passage.

Au même temps j le prince Thomas sortit en tonte diligence de Turin avec mille chevaux et quatre mille hommes de pied , et attaqua ravant-gardeoii ëtoit YOtre général , qui soutint son effort avec telle Tiguear qa*il le défit en un instant , et mit toutes ses troupes en td désordre , que si la nuit n'eût empêché de le recognoitre^ il avoua lui-même qu'il lui eût été impossible de se sauver.

Ensuite de cet avantage , le comte d'Haroourt fit promptement un pont sur lequel il fit passer son avantgarde et tout le bagage de l'armée. Cependant , la Mothe combattoit toujours en se retirant insensiblement à k faveur des ténèbres pour gagner le pont. Toute la nuit se passa en continuelles escarmouches. Leganez attendoit le jour pour donner un combat général avec toutes ses forces et son canon, qui arriva la nuit. La Mothe, prévoyant son dessein, fit en sorte que, devant que le jour commençât à poindre, toute son infanterie fût jointe au comte d'Harcourt au delà du ruisseau , qui étant bordé d'un double rang de mousqueterie, qui tirant sans cesse sur les ennemis, donna lieu à ce qui restoit de cavalerie et aux dragons y qui demeurèrent les dernier^, de &ire

Dr. MATHIEU MOLE. f 45

leur passage à la faveur des mousquetaires , qui empêchoient les ennemis de leur fondre sur les bras.

Cette action (ut d'autant plus glorieuse^ que les ennemis avoient vingt mille hommes contre huit , que votre armée ne pouvoit passer sans défiler en leur présence, et qn^étaut attaquée de deux cotés , elle fut victorieuse de toutes parts , en sorte que le prince Thomas fut mis en déroute I non sans grande effusion de sang, et que le marquis de Leganez perdit de son côte deux mille hommes f sans que les morts et les blessés de votre part excédassent le nombre de trois cents.

Ainsi, bien que le commencement de cette campagne vous ait été malheureux, on peut dire que la fin couronne Tœuvre, et la raison veut qu'on la mette au nombre des plus fortune , puisque vous y prenez diverses places sur vos ennemis ; qu'en arrêtant le cours de la perte de Madame, votre sœur, vous recueillez ce qu'elle a voulu souffrir qui se sauvât de son débris , et que vous profitez, par votre prudence, de la mort d'un prince qui devoit apparemment vous être préjudiciable.

Si, ensuite, on considère la signalée bataille navale qu'emportèrent les HoUandois sur les Espagnols, aux dunes d'Angleterre % il n'y a personne qui ne recognoisse le bonheur de cette année et qui ne vous donne la part que vous méritez en cette dernière action, eu égard non-seulement au secours d'ai^ent que Messieurs les États reçoivent tous les ans de Votre Majesté, mais en outre, en considération de l'assistance particulière qu'ils reçurent en cette occasion du gouverneur de Calais, sans laquelle leur amiral recognût lors ingénument,

1 . Les détails de ce combat na? al sont imprimét dans le àtircmrê fran^ foiSf p. ^79 du tome XXIII, année 1639.

Ue Al'PENDlCE AUX MÉMOIRES '

que non-seulement n'eut-il sçu vaincre, mais qu*il n'ëUnt pas en état de combattre.

Dépenses pour la guerre.— Secours aux HoUandais.-^Casal lecoume.—- Armée du comte d'Harconrt.— -Prise de Turin.— Sîéged*ArrM.—> Armée d'Allemagne commandée par le duc de T nngnrTÎIlr Binittn navale près de Cadix donnée par le marquis de Bréié. — Rérolle de la Cataldgne. — Affaires de Saroie.

1640. Les préparatifs de Tannée 1640 étoimeroiit sans doute la postérité j puisque, lorsque je me les remets devant les yeux, ils font le même effet en moi^ bien que , sous votre autorité , j*en aie été le primàpil auteur.

Toutes les dépenses de la guerre des années précédentes, qui avoient été faites par extraordinaire , farent converties , cette année , en ordinaire.

Toutes les troupes qui avoient été auparavant levées sur la fin des campagnes , pour suppléer au dépdrisiement qui arrive toujours es armées après quMles ont été quelque temps sur pied , eurent quartier d'hiver, OMnme les autres, pour être en état de servir au printemps.

Ainsi vous eûtes , dès le commencement de Taoïiée i cent et tant de régiments d'infanterie en campagne et plus de trois cents cornettes de cavalerie.

Vous doublâtes, cette année, le secours que vous ana accoutumé de donner aux Hollandoisi afin que le prince d*Orange , augmentant ses troupes de dix miUe homnes de pied, eût moyen d'exécuter la proposition qn*3 vous avoit faite d'attaquer Dam et Bruges tout ensemble.

Bien que celte augmentation accordée aux HoUandois soit fort considérable, un mois de temps que vos armées perdirent vers la Meuse, pour y attirer les ennemis et

DE MATHIEU MOLE. t47

domior d'autant plus de moyen au prince d*Orange (qui foot croit prie d'en user ainsi ) de faire réussir ce dessein, que moins aToit*il de force sur les bras. Test bien davMitage.

Les intérêts de la cause commune tous furent si chers en cette occasion , que vous les préférâtes aux vôtres; et croyant que si vos alliés faisoient un coup d'importance , vos ennemis se porteroient d'autant plus aisément à la paix y qu'ils auroient lieu d'en craindre de mauvaises suites, vos troupes surmontèrent, en cette occasion, un mois durant, les incommodités d'un terroir stérile, celles d'une saison non assez avancée et d'un printemps si pluvieux, que les plus vieux de cet âge avouent n'en avoir jamais vu de pareil.

Prévoyant que les ennemis, qui depuis le commencement de la guerre n'avoient jamais rien pu gagner contre vos armes que par surprise et par artifice , pourroient fiûre, au cinnmencement de la campagne, de grands progrès en Italie , pour la difficulté qu'il y avoit d'y avoir, en ce temps, un corps de troupes suffisant pour leur lësisler, à cause de la difficulté des passages des montagnes et parce aussi que , jusques alors , Madame, votre sœur, n'avoit jamais voulu donner à vos troupes quartier d'hiver en ses États , vous fîtes de tels effoits pour surmonter les difficultés de la nature , des saisons et de la malice des mauvais esprits qui obsédoient cette princesse , qu'au seul temps auquel vos ennemis se pouvoient tenir assurés en Italie , pour l'absence de vos principales forces, il s'y en trouva assez pour donner lieu au comte dUarcourt * de secourir Casai pour la troisième fois, et

1 • Cette eaoïpAgne s*oiivrit par on beau âdt d*armet, que la Gazette BOUS raconte tout le titre de la c Défaite de six compagnie» de caTalerie

que non-seulement n'eut-il sçu vaincre, mais qu^il n'étoit pas en état de combattre.

Dépenses pour la guerre.— Secours aux Hollandais.— Gual secourue.—- Armée du comte d'Harcourt.— -Prise de Turin.— Siège d'Arras.— Armée d'Allemagne commandée par le duc de Longuerille.— -Bataille navale près de Cadix donnée par le marquis de Brézé. — Rérolte de la Cataldgne. — Affaires de Saroie.

1640. Les préparatifs de Tannée 1640 étonneront sans doute la postérité , puisque, lorsque je me les remets devant les yeux, ils font le même effet en moi| bien que, sous votre autorité, j*en aie été le principal auteur.

Toutes les dépenses de la guerre des années précédentes, qui avoient été faites par extraordinaire, furent converties, cette année, en ordinaire.

Toutes les troupes qui avoient été auparavant levées sur la fin des campagnes , pour suppléer au dépérissement qui arrive toujours es armées après qu'elles ont été quelque temps sur pied, eurent quartier d'hiver, comme les autres, pour être en état de servir au printemps.

Ainsi vous eûtes, dès le commencement de Tannée, cent et tant de régiments d'infanterie en campagne et plus de trois cents cornettes de cavalerie.

Vous doublâtes, cette année, le secours que vous aviez accoutumé de donner aux Hollandois, afin que le prince d*Orange , augmentant ses troupes de dix mille hommes de pied, eût moyen d'exécuter la proposition qu'il vous avoit faite d'attaquer Dam et Bruges tout ensemble.

Bien que celte augmentation accordée aux Hollandois soit fort considérable, un mois de temps que vos armées perdirent vers la Meuse, pour y attirer les ennemis et

^ I» MATHIEU MOLE. t49

rtptmié la première fois , il les emporta à la seconde, tLTVt tant d^avantage , qu'outre qu'ils perdirent tout leur oandki, leurs munitions et presque tout leur bagage , beaucoup de drapeaux et de cornettes , le nombre des aiorU et prisonniers fut de six mille. Le fruit dé cette signalée victoire ne fut pas seulement la délivrance de Casai , mais la prise de Turin , aussi glorieuse que cette action qui en fut la cause. Le comte d'Harcourt, ayant pcmrvn Casai de toutes choses nécessaires, alla, sans perdre de temps , prendre ses quartiers devant Turin ' , après les avoir fortifiés. Il travailla diligemment à une entière circonvallation.Et bien qu'auparavant qu'elle pût être parachevée, les Espagnols, naturellement Fermes en leurs desseins et non sujets à en être divertis par les mauvais accidents qui leur arrivent, se pr^ntassetat pour en empêcher l'accomplissement, il ne laissa pas de conduire son entreprise à une heureuse fin .

Ce siège fut d'autant plus remarquable, qu'il y avoit dans la place plus de cinq mille hommes de guerre, outre autant d'habitants portant les armes , ce qui donne lieu de dire avec vérité que les assiégeants avoient à se défendre de deux armées, en considération de quoi ils firent une circonvallation pour se garantir de ceux de dedans, ainsi que la circonvallation les préservoit de ceux du dehors.

En cette considération, il fut signalé de diverses sorties et de divers combats où vos armes eurent toujours l'avantage. Les ennemis y firent, entre autres, une atta-

I . Les Efpagnolfl tentèrent une attaque sur Qneraique, d*on ils (nient rvpontaét, et le comte d*Harconrt Tint alors s'emparer do fiinbonrg d« P5 et des antres dehors de Tarin (Gaiette, p. 341), vers la fin de nai (M, p. 371).

que générale, en laquelle, bien qu'ils eussent fevoé le camp, ils y reçurent un si notable échec, qu^il en de» meura plus de quatre mille sur la place.

Les vôtres ne se signalèrent pas seulement par leor valeur, mais en outre par la constance qu'ils eurent à souffrir, sans murmure, la faim, durant vingt-deui jours, que l'armée des ennemis ayant pris deux postes qui leor coupoient absolument les vivres, ils subsistèrent cet espace de temps en attendant le secours qui leur venoit de France * , sans que les soldats eussent autre chose pour leur nourriture qu'un jour une poignée de rii, autant de pois un autre, et 1er troisième huit onces de pain*. Les efforts que fit Votre Majesté pour donner moyen m comte d'Harcourt d'exécuter un si généreux desaeiay comme est celui de la prise de cette place, ne sont pas croyables. Outre plus de vingt mille hommes de recrues que vous y fîtes passer, les communes et la noblesse do Dauphiné , vingt régiments d'infanterie et six de cavale* rie , pris des armées que vous aviez au Languedoc , en la Provence et en la Bourgogne, rafraîchirent et fortifièrent, de temps en temps et si à propos, vos années en Italie y qu'enfin le prince Thomas, désespéré de ce qa'il avoit fait une dernière tentative par une grande et pui^ santé sortie, secondé du marquis de Leganez, avec amn mauvais succès que tous leurs premiers efforts, après avoir défendu la ville pendant quatre mois et demi , la rendit avec beaucoup d'honneur pour la grande fermeté

i . Voy. dans la Gazette, p. 391, le rédt des trois attaqaet devant Turin par le comte d'Harcourt , avec perte de grand nonbR d'Espagnols. Le vicomte de Turenne fut blessé en condnîiABt Mt trpo* pes contre Tennemi.

2. Au sujet de Tétat des tronpes françaîtet assiégées dans kor mmf» \oy. le Mercure françois y p. 589, 590.

DE MATHIEU BIOLÉ. fSi

^'UilâDoigna pendant lesiëge qu'il soutint longtemps^, 8M8 avoir d'autres poudres que celles que le marquis'de Leganez faisoit , par une invention prodigieuse pour son effet et pour sa nouveauté , jeter dans la ville avec des bombes , mais avec tant de gloire pour les assiégeants que, pour pouvoir dire qu'aucune autre action ne peut égaler la leur, ils n'avoient qu*à se rendre maîtres de la personne du prince qui défendoit la place comme ik Bmat de la place même. Vos ordres portoient expressément que pourvu qu'on pût avoir le prince avec la place, eo prolongeant le siège d'un mois, c'étoit le parti qu'il fidloit prendre. La place étant tout à fait dépourvue de poudres et sans vivres que pour trois semaines , il étoit en eux de satisfaire à vos intentions ; et s'ils ne le firent pas, leur courage et leur. zèle cognu de tout le monde fiiit qu'on ne peut attribuer ce défaut à autre cause qu'à ne cognoitre pas de quelle importance étoit la prise de ce prince , qui ne pouvoit être privé de sa liberté , sans que les Espagnols l'eussent été des moyens de faire la guerre en Piémont avec succès, ou à l'impuissance naturelle que les François ont de se vaincre soi-même, en •urmontant l'impatience naturelle qu'ils tirent du climat qui leur a donné l'être *•

Pendant que vos armes agissoieat si glorieusement en Italie, elles n'étoient pas oisives en Artois, oii Arras fut

f, 1a € Relation de ce qui s*ett paité au tiége de Tarin entre les armée» françoises et espagnole!, joaquet an 10 juin 1640, » se trouve p. 400 de la Gazette. Le Mercure fran^ou donne, i la page 621 , le texte de la capitulation qui fut faite le 23.

S. Le Uêreure franfoU consacre aussi de longues relations i Taffidre de Casai et au siège de Turin, t. XXIII, p. 569 et suit. Le Ticomte de Turenne et le comte du Plessis-Praslin se distinguèrent particulièrement à ee dernier siège.

251 APPENDICE AUX BIÉMOIRES

assiégé et pris en moins de deux mois^ avec beaucoup de gloire. Cette entreprise fut d'autant plus glorieuaei que diverses considérations la signalent en son commence* ment, en ses progrès et en sa fin. Elle fut commencée à li vue des ennemis , qui avoient eu temps d'assembler leurs forces I par celui que vos armes avoient perdu à Charlemont. En vingt jours, la circonvallation, quiavoit cinq lieues de tour, fut entièrement fermée, et eu quin» autres tous les travaux furent parachevés , à tel point qu'on n'en a point vu de semblables* Vos forces eurent toujours devant elles , non-seulement une puissante armée, mais en outre la personne du Cardinal-Infant, celles du duc Charles de Lorraine , et Lamboi , général des troupes impériales , qui tous furent en perpétodk action pour empêcher l'heureux succès de cette entreprise. Le combat qui fut fait à Sailly contre Lamboi, la défaite du comte de Buquoi près de Bapaume, et la défense de la circonvallation lorsqu'elle fut attaquée, sont des actions qui n'en relèvent pas peu l'éclat.

Si on considère que de douze convois qui ont été envoyés au camp, entre lesquels deux ont été de quatre mille chariots chacun , jamais les ennemb , quoique mtSr très de la campagne , avec la plus puissante armée que les Pays-Bas aient vue depuis qu'ils sont sous Tobéiisance d'Espagne , n'ont pu en rencontrer qu'un seul de deux cent cinquante chariots, que le pur hasard leur 6t tomber entre les mains , on jugera , je m'assure^ et (put la prudence du Roi n'a pas été petite , et que la bénédiction de Dieu a été très-grande. Il est impossible de sçavoir qu'ainsi que le siège a/conunencé presque à U vue des ennemis , la capitulation a été signée leur armée étant en bataille, à la portée du canon du caoïp,

recognoltre que Dieu l'a permis pour augnenter la gloire de Sa Majesté ^

Au lieu que les autres années les armes de Votre Majesté avoient seulement agi aui bords du Rhin , celle-ci les a vues jusque dans le cœur de T Allemagne , sous la conduite du duc de Longueville *| sans la jonction duquel TOt alliés avoueront , je m*assure| quUls eussent eu grande peine, cette année, à résister aux efforts de TËmpire.

Les grands avantages que les armes de Votre Majesté ont eus sur la terre, ont été suivis de celui que le marquis de Brézé remporta sur la mer près de Cadix , où rencon* trmnt la grande flotte qui part tous les ans pour aller aox Indes, laquelle il étoit aHé attendi-e sur le temps de son départ , bien qu'il n'eût que vingt vaisseaux de combat et que les ennemis en eussent quarante, entre lesquels il y avoit douze grands galions royaux; bien que les vaisseaux surpassassent autant les vôtres en grandeur comme en nombre, il ne laissa pas de les attaquer et les combattre avec tant de sooQèa.i qu'au fort du combat deux galions périrent par le fièu, et deux autres, dont Famiral en étoit un , furent ^ maltraités , qu'ils coulèrent dans la baie de Cadix , nonobstant le secours qui leur fut donné pour les garantir à se perdre *•

1. Chacao des fiûts d'annet sommairement racontés dans les àUmoirt* Jk iUchêlieu, se trooTe rapporté atec tous les détaib stratégiques dans le MÊtreurt frmnçoir^ p. 515 et snir. Cest arec cette dernière relation que !•• Mémoires d'as de Richelieu étaient complétés par set secrétaires.

3. La Gazette de cette année a imprimé, p. 140, une Relation trèsparticulière du passage de la TheiM par Tannée du Roi, commandée par le duc de LongucTille. On doit encore remarquer que Richelieu, tout en racontant atec détaib les hauts faits des maréchaux de France , est cependant très-laconique lorsqu'il s*agit d'une armée commandée par un firince du sang ro^al.Voy. ci-dessus ce qui concerne le prince de Condé.

3. Le combat natal lirré par le marquis de Brézé est anssi raconté en

VOUS étoit un grand contentement d*agir avec l'aveu de tout le monde et de faire une chose qui ne lui étoit pai seulement utile, mais du tout nécessaire , et voua devet à Dieu grande recognoissance de ce que non content qu^une telle action peut être justifiée par raitODi il a voulu le faire par les bons événements dont elle a été suivie.

Traita arec le prince Thomai.— Pme de MontcalTC. •— VaiiaeaBx espagnols capturés. — Barcelone secoome. — Armée de Oitalogne,-* Tarragone.*^ Galères espagnoles détruites.— Priie d'Aifttw— Béfohe du comte de Soissons. — Défection du dnc de Lomins»— -Ltdude Bouillon.— Donchery. — Armée de Champagne et de Picardie, et la Bassée. — Prise de Bapaame,— >de ChiTas,— de Goni. — de Querasque,— de Rossena. ^Reddition de Rerd.— Armée de Bain ûllon, — d'Allemagne.— Le roi de Portugal seconro.— Moit do Gv* dinal-Infant.

1 641 . Vous commençâtes Tannée par un traité d* commodément avec le prince Thomas^ qui ne témoigaa pas plutôt être repentant de sa mauvaise conduite ^ qoa Votre Majesté fut disposée non-seulement à Toubliery mais à le traiter comme s'il eût toujours été attadié aua intérêts de sa maison et aux vôtres. Il reçut votre argent et n^exécuta le traité qu^il avoit fait avec le sieur Maarin en aucun point qu'en cet article. Si la grâce dont Voira Majesté usa en cette occasion ne produisit pas le fruit qu*on en devoit attendre , la légèreté de ce prince en fiit la seule cause. Il eut assez de lumière pour cognoître ce qui étoit de son bien , mais non assez de fermeté pour le suivre^ et son inconstance et son infidélité 8ontd*aut«it plus remarquables , qu'il prit les aimes contre Votre Bl^ jesté y le même jour qu'il avoit promis de les prendra pour son service , et ce sans aucun prétexte de n'obtei^ ver pas le traité qu'il avoit fait.

Jm*^\

Nonobstant cet inconfénîenty vos armes ne laissèrent pas, au milieu de Hufter, de prendre Montcalve, quoique l'antreprise n'en eût été faite que sur Fassurance que ledit prince avoit donne de la favoriser.

" An mois de février, une partie des forces navales que Yotre Majesté avoit dans la mer Méditerranée , prit cinq taiiMaux des ennemis , chargés de blé pour le Ronisillon 9 deux galères d'Espagne et quelques barques destiaëea à même fin.

Yûus permîtes au duc de Lorraine de venir à Paris, iprèt qu'il vous en eut fait diverses instances. Vous lui pifdonnez et lui rendez ses États*, sans en retenir autre diose que ce que vous estimâtes être du tout nécessaire pour Tempêchcr de retourner, à l'avenir, à ses premières fimlei* Vous secourez Barcelone contre deux armées àm roi d'^)spagne et (les) battez avec peu de gens.

Tm AeiiT de la Mothe, qui commandoit vos armées en Cigogne*, renferme douze mille bonmies et deux mille dievinx dans Tarragone, avec huit mille combattants. U les y Sût périr *• Un premier secours qu'on leur envoie, avec quarante galères, est combattu par votre armée

I. On lit sur U marge da mannicrit ; c Marquis de Las Vdez, — - le prinoe de Nocère. i Ces deox personnages ne figurent pas dans les Mémoires.

S. L'armée de Ronssînon agissait de concert avec celle de Catalogue. Le prince de Condé commandait la première. Nous aTont déjà en occanoo de remarquer que Richelien passait très-rapidement sur les hauts fiûts du prince de Condé. On ne trouTe pas dans ses Mémoires, comme dans la Gaiette, la mention du progrès de l'armée du Roi commandée par M. le Prince (Gazette, p. 373), ni la prise de la TÎUe d'Elue, par le mémt personnage (p. 397). Voy. encore sur ces deux faits d'armes un récit de la même Gazette, p. 91 1 .

3. Le même journal contient (p. 447) le récit de quelques particularité» de la défaite des Castillans derant Tarragone par l'armée du Roi , sons la charge du sieur de la Mothe-Uoudancourt.

d y punir, par vos armes, Tinjuste entrepriae ^t. toi ennemis. Vous aviez secouru la première fois cette place par votre seule ombre , ce glorieux effet étant dû à voln personne, qui ne passa pas Suse; la seconde, par la présence de vos armes , qui étonnoient vos ennemis sans les combattre. Et Dieu permit qu'elle fût délivrée , la troisième , par leur effet qui fut tel, qu'on peut dire, avec vérité, qu'il a peu d'exemples. A peine se trouvera-t-il un capitaine qui ait mérité , par une seule action , tant de gloire qu'il en est dû au comte d'Harcourt pour on si généreux dessein et un succès si faTorable.

Votre armée n'étoit pas composée de plus de boit mille hommes de pied et de trois mille cinq cents dievaux ; les ennemis la surpassoient en nombire de plus de six mille hommes; ils étoient si bien retranchés, que le marquis de Leganez parloit hautement de la prise.de Casai * et en avoit assuré le Roi son maître, et se prépa« roit un triomphe devant la victoire. Cependant, b bëné» diction de Dieu, la hardiesse, l'ambition et la bonne conduite du général de vos armées en Italie et des principaux officiers qui servoient sous sa charge, et le cœnr de toute votre armée, firent valoir la justice de TOtre entreprise et justifièrent à tout le monde que la victoire dépend plus du courage et de la vertu des hommes qœ de leur nombre. Le comte d'Harcourt attaqua les ennemis avec tant de cœur et de fermeté , qu'encore qu'il fiit

du cardinal de Savoie, par les troupes commandéea par le comte dUarcuurt, » p. 161. Il fut suiri du RaTitaillement de QiÎTas^ dont on troave aussi la relation, p. 209.

1. La Gazette y p. 317, contient également la rebtion do U iNliBIt de Casai, de son siège leré et autres exploits de cette mémonUe jov» née. Le comte d*Harcourt n*y est pas moins loué que dans les Mts de Richelieu.

-« MS MATHIEU MOLE. t49

repoufié la première fois , il les emporta à la seconde, aT^ tant d'avantage , qu'outre qu'ils perdirent tout leur eanoïi, leurs munitions et presque tout leur bagage , beaucoup de drapeaux et de cornettes , le nombre des Siorts et prisonniers fut de six mille. Le fruit de cette signalée victoire ne fîit pas seulement la délivrance de Casai, mais la prise de Turin, aussi glorieuse que cette action qui en fut la cause. Le comte d'Harcourt, ayant pourvu Casai de toutes choses nécessaires, alla, sans perdre de temps, prendre ses quartiers devant Turin % après les avoir fortifiés. Il travailla diligemment à une entière circonvallation. Et bien qu'auparavant qu'elle pût être parachevée, les Espagnols, naturellement Fermes en leurs desseins et non sujets à en être divertis par les mauvais accidents qui leur arrivent, se pr^ntassetat pour en empêcher l'accomplissement, il ne laissa pas de conduire son entreprise à une heureuse fin •

Ce siège fut d'autant plus remarquable, qu'il j avoit dans la place plus de cinq mille hommes de guerre, outre autant d'habitants portant les armes , ce qui donne lieu de dire avec vérité que les assiégeants avoient à se défendre de deux armées , en considération de quoi ils firent une circonvallation pour se garantir de ceux de dedans, ainsi que la drconvaliation les préservoit de ceux du dehors.

En cette considération^ il fut signalé de diverses sorties et de divers combats où vos armes eurent toujours l'avantage. Les ennemis y firent, entre autres, une atta-

I . Les Efpagnob tentèrent une attaque sur Qnerasque, d'oA ils forent repontaé», et le comte d*Harcoort Tint alors s'emparer da fiiabonrg d« P6 et des antres dehors de Tarin (Gaiette, p. 341), vers la fin de mai {Id., p. 371).

ravantage qu'ils avoient eu en votre absence, que laTÎlle de Donchery y qu'ils ne gardèrent que trois jours devant votre armée , bien qu'ils y eussent laisse quinze centi hommes en garnison. Cette place ne fut pas plutôt re* prise y que le duc de Bouillon se mettant à la raison , Sedan, qui avoit été Tasile des mécontents , parut ua lieu d'obéissance au grand contentement des habitants, qui y pendant la défection de leur seigneur, rendireatde perpétuels témoignages de leur zèle envers la France.

Le duc de Lorraine fîit le seul qui ne re^nt pas à son devoir, quoiqu'il y fût étroitement obligé. La crainte qœ lui causoit son inBdélité et les pressantes sollicitations des ennemis, lui faisant oublier sa parole, sa foi, sa réputation et ses intérêts, le portèrent en Flandre, pour s'unir à vos ennemis, qui en reçurent plus de préjudiee que d'avantage ; les inégalités et le malheur de ce prince étant tels , que ne pouvant souffrir qu'on lui fasse do bien , 11 n'en peut procurer à personne.

L'occupation que Votre Majesté eut en Champagne, et les grandes instances que la Flandre fit au Cardinal- Infant de se prévaloir de cette ocsasion, le firent ré* soudre d'empêcher le ravitaillement d'Aire et s*opposer à la retraite de l'armée qui avoit fait cette conquête, espérant par ces deux effets, ou par Tun des deax, ravoir bientôt la ville qu'il avoit perdue; mais votie absence et tous leurs efforts ne purent empêcher que k maréchal de la Meilleraie ne laissât pour quati^e mois de vivres dans la place et se retirât glorieusement, apris leur avoir présenté la bataille, qu^ils évitèrent, rnne raison, parce que s'ils l'eussent perdille, la perte de leur pays , auquel vos armes étoient déjà victorieuses , étoit inévitable.

DE MATHIEU MOLE. 26i

La nourelle de leur dessein ne vous empêcha pas d*eDfoyer six mille hommes en Lorraine y pour repren* dre par force ce que vous aviez rendu volontairement ao Duc y et cette entreprise succéda si heureusement , qaCen six semaines vous reconquîtes tout ce que vous cria restitué , à la réserve de la Motte y trop détachée do corps de la Lorraine pour importer au cours présent dt vos affaires.

Celles de Qiampagne ne furent pas plutôt termina y que Votre Majesté reprit la route de Picardie. Elle aigrit en chemin que le maréchal de la Meilleraie n'ayant pu ruiner la plus grande part de la circonvallation d'Airci parce qu'il n'eût pu employer le temps nécessaire à un si grand travail, sans consommer les vivres qu'il devoit liusser dans la place , les ennemis l'avoient assiégée de Booveau. Elle eût tâché de les forcer dans leurs retranduementSi si la facilité qu'il y a d'ajouter à ce qui est déjà fisût y et le soin qu'ils prirent d'augmenter diligemment les travaux qu'ils trouvèrent, n'eussent fait juger cette entreprise téméraire par ceux qui la pouvoient exécuter. Leur avis étant de penser à de puissantes diverskmSy Votre Majesté le résolut et ne leur en eut pas plutôt donné le commandement j qu'étant fortifié d'une partie des troupes que vous aviez ramenées de Œampagne, ils prirent Lens, la Bassée et ruinèrent le meillear de leiu* pays. Ils se fussent ensuite rendus maîtres de Lille, ville populeuse et opulente, si le temps qui leur fut nécessaire pour mettre ces deux places en état de n'être pas emportées d'emblée , n'en eût donné assez an Cardinal-Infant d'y jeter des troupes si considérables, que la raison leur fit juger qu'il leur seroit plus avantageux de porter vos armes en autres lieux.

Pour cet efTet, retournant sur leurs pas y ils attaipièrent Bapaurae , place plus importante pour oter Tantiée de la France que pour en donner aux Pays-Bas , place qui tenoit en jalousie presque toute la frontière , place | enfin, qui, jusques alors, avoit été tenue comme improuh ble à cause du manquement d'eau. Elle fut si nTOment pressée, que bien que la fortification en fût par&ite, qu'elle eût sept bastions , une bonne contr'escarpe ^ sk demi-lunes et une palissade dans son fosse , elle fot emportée en huit jours, quoique les assiégés ne vonlassent jamais se rendre qu'après qu'une mine eut fidt sauter m de leurs bastions.

Vos armes ne furent pas seulement heureuses en Flandre , puisque celles que commandoit le comte d'Harconrt en Italie prirent le fort de Chivas, opiniâtrement dé> fendu par les Espagnols et par les Allemands , rëdoiiirent toutes les Lanques, le mont Cenis et les ndUa voisines à l'obéissance de M*"* la duchesse de Savoie et du Duc son fils, prirent Coni, place très«importante pour sa situation et sa force y et la prirent âTec d^aotant plus de gloire que la résistance en fut très-grande. Lei divers efforts que fit le prince Thomas , par différenlci diversions, pour empêcher le bon succès de ce siège, k rendent d'autant plus signalé , qu'ils furent Tains.

La perte de seize cents hommes tués à Tattaque qn*il fit à Querasque, entre lesquels il se trouva grand ncmibre d'officiers, n'augmente pas peu le fruit de cette entreprise. La tentative qu'il fit ensuite pour surprendre CUvas, dont il fut repoussé avec perte , est un nouvean veUef.

Celle que les Espagnols firent à Rossignan, où ils furent aussi bien reçus que le prince Thomas à ces deux places, n'en relève pas peu l'éclat. S'ils prennent

DE MATHIEU MOLE. t63

Moncalve, le rasement qu'ils font ensuite de cette place fiût bi^ voir que leur conquête n'est pas grande.

La reddition des places de Dëmon et de Revel , qui imirent toutes les vallées contiguës à la France , reddition qu'on peut dire, avec vëritë, être une suite de la prise de Coni qui les couvroit, couronne la gloire de vos armes en Italie, et fait voir le grand gain que Madame^ votre sœur, a fait en perdant les mauvais conseils dont elle s'ëtoît servie par le passé.

Geox qui commandoient vos armes dans le Roussillon, j prenant diverses petites places pour empêcher le ravitaillement de Perpignan, n'oublièrent rien de ce qu'ils purent pour mettre cette place en état de tomber entre vos mains.

Si rAllemagne , qui depuis vingt ans est le plus célèbre tbéâtre de la guerre , ne fournit pas à l'avantage de vos armes et de celles de vos confédérés, cette année^ tant de matières aux historiens que les précédentes, elle n'a pas Uissé de leur donner lieu de laisser à la postérité le gain de deux combats notables , d'autant plus considérables, qu'ils arrivèrent aux temps que vos ennemis faisoient état d'envoyer une partie de leurs forces en France , et que votre armée et celle des Suédois , quiJes gagnèrent, étoient destituées de leurs généraux, di^duc de Longueville par la maladie qui l'obligea de rechercher sa santé dans son air natal , et de Banier ' qui seul ■voit commandé les armes de la couronne de Suède depuis la bataille de Nortiinguen , par sa mort.

Ce quidevoit, en cette occasion, vous porter beaucoup Je préjudice, ne vous fut pas peu avantageux, rien

I. Le ^néral Banifr mourut, dit la Gazette, p. 310, des fatigues causes par les grands travaux qu'il avait soufferts eu sa dernière retraite du lam PaUtinat

n'ayant tant porté les ennemis à venir aux mains en ces occasions I que la créance qu'ils avoient de ne le pouToir faire avec désavantage , à cause de celui qu'avoient les armées qu'ils avoient en tête pour être destituées de diefs.

Le roi de Portugal rétabli dans l'héritage de ses pères, par le zèle de ses sujets , ayant supplié Votre Majesté de le secourir d'une armée navale , quoique les principales de vos forces fussent occupées en la mer Méditerranée , vous ne laissâtes pas d*y en envoyer une autre, composée de trente voiles , laquelle eftt fait un grand progrès , si ceux qui avoient donné parole au prince de suivre son exemple, lorsqu'il le verroit en état de les maintenir par la mer, eussent été aus« religieux à exécuter leurs paroles , que lassés des rigueurs du gouvernement d'Espagne. Si le changement de leur esprit priva cette armée d'une partie de la gloire qu'elle pou* voit acquérir , il n'empêcha pas que le roi de Portugal n'en reçût un grand avantage , en ce qu'elle arriva précisément au temps auquel il avoit besoin de forces pour autoriser le châtiment exemplaire que la conspiration fiûle contre lui , par des principaux de son royaume y Tabligeoit à faire de ces auteurs.

Bien que ce soit chose assez cognue que Tavantage de l'Espagne vient de ce que les conseils n'y changent pas comme les princes et les ministres qui en ont la dirac^ tion , il n'y a personne , je m'assure , qui ne recognoiase que la mort du Cardinal-Infant, arrivée à la fin de cette année , ou par le déplaisir de- voir le mauvais état des affaires du Roi, son frère, ou par les continuek travaux qu'il a souflerts pour tâcher à les rétablir en Flandre, n'ait été permise ou ordonnée de Dieu pour humilier et afioiblir l'Espagne, en la privant d'un prince, dont la

présence n'ëtoit pas peu utile à maintenir en son obéissance les peuples qu'il avoit en gouvernement K

vni.

VOmànOV d'okS ACADiim POVB lis GllfTn.SB0MMI8 PAUTlBi,

PAB Ut CAADnriL DB BICHEUBU*.

( Voy . Mimoins, t. UI, p. 34.)

La divine providence qui conduit la volonté des Rois, ayant disposé celle de Sa Majesté à nous approcher de sa personne pour le servir de nos soins et conseils eu la conduite de ses aflEsiires , régime et gouvernement de ses peuples, et les choses qui ont été miraculeusement exécutées, tant dedans que dehors le royaume, ayant fait évidemment cognoître que nous^y avons été singulièrement assistés de la force et grace spéciale du Saint-Esprit^ nous, pour lui en rendre hommage et en quelque fiiçon lui en témoigner nos très-humbles ressentiments, avons, pour sa gloire, favorisé autant qu'il a été possible le rétablissement de Tordre et de la discipline parmi les réguliers ^ et avons pris à cœur la décoration du sacré coUége de Sorbonne , où ses divins oracles sont interprétés, et, de là, répandus en tous les endroits de la terre. Comblé aussi d'un nombre infini d'honneurs , dignités el bienfaits dont la munificence royale a daigné sans

I. A la fin des Mémoires on troQTe les notes soiTanles : t Monafio ; fli Tons reperdez Aire ; galères d'Espagne perdues par la tempête ; distrîlmtion de bénéfices. >

t. Noos avons déjà indiqué (Introd.^ p. lxxi, et ci-dessns, p. 164) la fondation de l'Académie française faite par le cardinal de Richelieu, et on conisnlt assez toute la libéralité dont il fit preuve en faveur du collège de Sorbonne. On lit déplus dans la Gazette de 1641 , sous la date de Hiehêliêu,U 15 /MM (p. 360) : « En exécutant la déclaration du Roi dont tous avez oni parler et la commission de Sa Majesté donnée ensuite , fut établie

t66 APPENDICE AUX MÉMOIRES

mesure recognoître et relever nos travaux bien loin au delà de leur mérite , nous serions à jamais ingrat et vraiment indigne de ses faveurs, si, comme les grands fleuves renvoyent à TOcéan les eaux qu'ils en ont reçues f nous ne rendions à son service et à Futilité publique, une partie de ses mêmes biens , en les employant en dépenses, comme nous les y destinons , avec ce qui nous reste de sang et de vie, digne de la mémoire de son règne glorieux j grandeur et réputation de cette monarchie paissante.

Et d'autant que, entre autres, celle-là nous a semblé des plus reconunandables et des plus importantes à TÉtat qui sert à Fentretènement et bonne nourriture de la jeunesse, laquelle étant comme la pépinière dont le corps politique prend incessamment la subsistance, son entretien successif doit être tant plus soigneusement cultivé que les fruits qui en viennent peuvent être dommageables ou salutaires à la république; puisque de sa bonne institution naissent les bonnes habitudes et les bonnes mceurs, d'où se forme^ en cet âge, pour le reste de la vie, la crainte de Dieu , Tobéissance aux princes , la soumission aux lois, le respect envers les magistrats, Tainoor de la patrie et la pratique des actions vertueuses,

l'Académie royale de cette ville pour y enseigner notre langue ci kf sciences en françois, arec les exercices, en &Teur de notre nobleiie et des étrangers. L'intendant et les professeurs furent en même temps w»*^|>^ dans le lieu ordonné par Son Éminence, où ils firent leur oaTertoreaTce tous les témoignages d'une grande réjouissance , non-tenlement de U ▼illc, mais de toute la province qui se voit senle honorée d*one ii bdie institution. > — Ce ne fut pas la dernière fondation que U Fhmce d«l i Richelieu. Nous avons trouvé dans les papiers de Mole (coll. G»Bitrt| t. CXLIX), avec la date de 1642, cette nouvelle création d'tm rniyge à Paris y rue Vieille-du-Temple, en faveur des cadets nobles et paw

^ooî ks grands États ne peuvent ni se maintenir en re- JM, ni longtemps subsister.

Aussi les grands hommes , et les plus sages de Tantiqvîtéy qui fondèrent des villeSi donnèrent des lois et forsèreat les sociétés civiles , guidés du seul intinct de la raisoD , eurent un soin particulier de Téducation de la jemiesse, qui n'a pas été négligée des nations barbares^ entre lesquelles il s'en trouve encore aujourd'hui qui ont dies eux force maisons magnifiquement rentées pour la seule institution des jeunes gens , selon la forme de leur pdice et gouvel*nement.

Pour ces mêmes raisons, nos devanciers éclairés d'une plus grande lumière , ont libéralement fondé comme à Tenvi tant de belles universités , et dans ces universités nommément en celle de cette florissante ville de Paris , m si grand nombre de collèges , bourses et séminaires, qjui sont autant de marques et de monuments de leur piété, et du zèle qu'ils ont eu autrefois à l'honneur de leur pays et au bien de la chose publique.

Nous donc qui , par naissance et autres respects , ne sommes pas moins jaloux qu'eux de la gloire de notre nation , ni moins obligé à la manutention et accroissement de ce grand État, vu le rang que par la grâce de Dieu et du Roi nous y tenons, et que par sa libéralité nous (nous) trouvons en pouvoir d'imiter leur exemple , ayant résolu de contribuer comme eux largement à l'institution de notre jeunesse françoise et d'y affecter certains revenus, avqns fait réflexion sur une chose de grande considération :

Que les armes et les lettres étant germaines et comme inséparables, toutes deux également requises à l'établissement et conservation des grands empires, celle-ci pour

régir et civiliser au dedans , celle-là pour étendre et protéger au dehors ; néanmoins, les dotations des ooll^eset séminaires semblent seulement être destina aux jeunes gens qui suivent les lettres , et les bourses affectées à ceux de basse étoffe et condition roturière^ sans qu'on ait pensé d*en faire part à ceux qui portent les armes, m que jusques à présent on ait eu aucun soin de laisser aucun fonds pour soulager Tentretènement de la pauvre noblesse qui en fasse particulière profession , soin toute* fois d'autant plus nécessaire que la corruption des choses excellentes est la pire , et la débauche et dépravation des gentilshommes, faute de nourriture et bonne disdpUne, beaucoup plus dangereuse dans un État, que de ceux qoi sont sortis d'une moindre origine.

C'est pourquoi , désirant donner quelque commencement pour remédier à ce notable manquement et exciter l'émulation de ceux qui viendront après nous y comme nous suivons les vestiges et mouvements de ceux-là qui nous ont précédés , nous avons porté nos pensées et les desseins de nos libéralités en faveur de la profesûon militaire , mais singulièrement de la jeunesse issue de maisons nobles , lesquelles incommodées ou par nombre d'enfants, ou par les dépenses excessives à quoi elles sont obligées par leur qualité,'ou par aujtres accidents de fortune , se trouvent en impuissance de la faire élever dans les vertueux exercices convenables à leur extraction.

A cet effet , sous l'heureux auspice et bon plaisir de Sa Majesté, nous avons donné, cédé, quitté et délaissé, donnons, cédons, quittons et délaissons à perpétuité à l'Académie royale établie à notre instance par Sa dite Majesté en la Vieille rue du Temple de cette ville de Paris , et à ceux qui en ont à présent et auront ciHiprès

It direction , la somme de vingt et un mille livres touractts de rente annuellement et non rachetable, à prendre ïïpéàslement.... (sic), à la charge d*y nourrir, élever et ÎBSlraire à perpétuité vingt gentilshommes, chacun d*eux pendant deux ans entiers, en tous les exercices militaires enseignés en ladite Académie, ne plus ne moins cpie les autres gentilshonmoies qui y seront pensionnaires , et sans.distinction. r

La nomination desquels nous réservons à notre successeur, qui sera l'héritier de notre nom et de nos armes, et à ses descendants en loyal mariage de mâle en mâle et de degré en degré , toujours Taîné excluant le puîné , et tous les mâles les femelles quoique plus proches , et en défieiut de mâle , retournera le pouvoir à la fille aînée et à ses descendants aussi de mâle en mâle , et puis aux femelles de degré en degré, toujours les aînés préférables aux puînés, comme dit est, et les mâles aux femelles. Et û tous viennent à manquer, que Dieu ne veuille, nous donnons et affectons ladite nomination.. •• (sic), pour y pourvoir conjointement ou par moitié, comme il verra bon itre. Ne seront nommés autres que gentilshommes en rige de quatorze à quinze ans, choisis, autant que faire se pourra, bien proportionnés, vigoureux, et propres à la profession à laquelle ils sont appelés.

Seront tous de la religion catholique, apostolique et romaine, vrais et originaires François.

Pendant les deux années qu'ils y demeureront, outre les exercices ordinaires de l'Académie, qui leur seront communs avec tous les autres , comme de monter à che- ▼al, voltiger, faire des armes, les mathématiques, fortiâcations et autres, ils seront encore particulièrement instruits, à quelques heures réglées, es principes de la lo-

270 APPEm)ICE AUX MÉMOIRES

gique, physique y métaphysique, sommairement en langage françois et pleinement à la morale ; et à une antre heure commode de l'après-dinée , informés aussi sommairement de la carte ou géographie et dénoiatioas générales de l'histoire universelle , de rétablissement, déclinaison et changement des empires da monde , transmigration des peuples j fond^nent et ruines des grandes villes , noms , actions et siècles des grands personnages , conmie aussi de l'état des principautés modernes, singulièrement de l'Europe, dont les intérêts nous touchent de plus près par leur voisinage, et surtout et au plus long , apprendront Phistoire romaine et la françoise.

Pour laquelle instruction , nous désirons être fiût choix d'un personnage de suffisance et polite;^ requise et d'escellente conduite , auquel avons ordonné et ordonnons, tant qu'il vaquera, mille livres d'appointement, par chacon an, des vingt et un mille susdits de la présente fondation, la nomination duquel nous nous sommes aussi réservée , et après nous immédiatement la donnons aux susdits.

Après les deux ans expirés , seront tenus lesdits gentilshommes servir le Roi autres deux ans ensuivants dans le régiment de ses Gardes , en ses vaisseaux ou autrement, selon son bon plaisir et suivant ses commandements, pour lesquels recevoir ils seront incontinent, et au sortir de l'Académie, présentés tous en corps par celui à qui en appartiendra la nomination, ou en son absence par le gouverneur de ladite Académiei ou par les deux ensemble, à Sa Majesté. Laquelle aoiis supplions très-humblement, par les services qoe nous lui avons rendus et que nous souhaitons lui continuer jusques au dernier soupir de notre vie.

plus par sa propre bonté que par toute autre conttdérationy qu'il lui plaise, en agréant ce petit témoignage de notre gratitude , prendre désonnais en sa protection et bienveillance spéciale cette jeune noblesse que noiii djpessons à sa gloire et destinons au bien de son État^ pour s'en servir aux occasions^ la gratifier de ses InenCaits et l'avancer aux charges et autres emplois dont die aura été rendue capable K

■ABASOUm DB l'ATOCAT CixiMAL BIGNOH SUR VÈDIT DB CBiAno» o'OVFICBSy imORORCiB PBRDANT LB UT DB JUSTICB DU 20 DlUsM- IBB 1635.

(Voy. Mémoiret^ t. II, p. 319.)

Sire y ce n'est pas maintenant j comme autrefois , que Voire Majesté vient en ce lieu pour y entendre les acclamations publiques de ses victoires , ce n'est donc pas mie journée de triomphe pour y recueillir des lauriers , mais pour un triste sujet et duquel nous sçavons que Votre Majesté a les premiers et plus vifs ressentiments. Ce n'est pas que Votre Majesté ne soit partout accompagnée de bonheur et de la gloire, dont ses actions sont toutes pleines ; mais nous sçavons que ses bonnes et pieuses inclinations, qui sont toujours portées au soulagement de son peuple , ne peuvent, sans un très-grand déplaisir, recevoir des remèdes fôcbeux et moyens extraordinaires; c'est une plaie à votre bonté et à votre justice , plaie d'autant plus dangereuse , qu'outre le lieu

I. Det créationt analogues eurent lieu dans le duché de Lorraine et dans d'autres proyinces de France, an xtiti* siècle. (Voy. Inventaire sommaire des Archives départementales de la Menrthe, B, ISO. Ministèrt de risMérirar.)

27!i APPENDICE AUX MÉMOIRES

de sa situation j qui est une partie extrêmement dëlictte et sensible , cette dilatation d'esprit peut causer une li grande foiblesse dans le reste des membres , (jm tout le corps tomberoit en une espèce de paralysie.

Que plût à Dieu que Votre Majesté sçût combien cette multiplication d*ofBciers apporte de préjudice à yos armées ; qu'elle diminue le commerce et augmente Toisi* veté dans Tesprit de ceux qui se pourroient occuper à d'autres emplois plus utiles au bien et à la puissance de rÉtat ; qu'elle consomme les familles et en épuise toute la fortune , et qu'elle corrompt nos cœurs et les porte dans le luxe qui n'est déjà que trop grand parmi nouSi qui sommes nourris dans les désordres. Que plût à Dieu encore que Votre Majesté cognût par détail le désordre que produit la vénalité des offices ; qu'elle éteint toute l'innocence , la vertu j le courage et l'espérance de ceox qui y devroient légitimement espérer^ et que le pins grand bien qu'elle pourroit donner à son État (comme elle feroit sans doute, s'il étoit possible) seroit de rendre à la vertu les récompenses qui n'appartiennent qu'à eUe, et que désormais on ne fût porté dans les charges que par le mouvement d'une bonne conscience et raffection de servir son Roi et son pays , et par les épreuves et le mérite des bonnes actions dont Votre Majesté sçaoroit faire un très-digne choix. Mais il y a longtemps quecç mal a commencé parmi nous et qu'il y a pris de profendes racines, et s'est fortifié jusques à un tel excès ^ qoe désormais on ne mesure la dignité des charges et le mérite pour y parvenir, que par la taxe des parties casodles ; que ceux qui y entrent ne les considérant que par le poids du métal qui les récompense , en prennent de la dureté et se laissent emporter à l'ambition et à ravarioe.

crojantqu'il est permis de marchander tout^ quand ils "m/eut que les plus grands honneurs de la justice et cette puissance qui préside sur la vie des hommes , s'achètent à prix d'argent.

n n'en faut pas d'autres témoignages^ que de celui même qui l'a introduit pour en tirer un semblable secours ^ en une même nécessité; c'est le roi François V qui Ta lui-même déclaré et voulu qu'il fût écrit dans les registres de ce Parlement , où il témoigna publiquement le regret qu'il en avoit et qu'il imputoit cela à un malheur particulier qui lui étoit arrivé , comme véritablement de toutes les conquêtes de ce prince il ne nous en esi rien resté , le secours en est passé et il n'en est demeuré qu'un monument perpétuel de l'impuissance de l'État.

Néanmoins^ ce mal-sVsst toujours depuis augmenté par de nouvelles créations, en sorte qu'il semble à présent que c'est un monstre et un prodige ; et au lieu que, si les affaires l'eussent permis , nous devrions espérer voir éteindre cette corruption , ou de la voir au moins notablement diminuée , nous voyons tous les jours que ce venin a glissé plus avant et ne peut avoir que de bien fâcheux effets, car il fait perdre courage aux anciens officiers qui voient qu'on leur partage l'honneur et la fonction de leurs charges, et remplit de hardiesse ceux qui y sont nouvellement élus, par l'accoutumance au mal, et se portent enfin dans Tinjustice et l'infidélité.

Ce n'est pas. Sire, que nous ne voulions rendre obéissance entière à tous les commandements de Votre Majesté; ce n'est pas que nous ne sçachions très-bien ce que nous voudrions apprendre à tout le monde, que parmi

toutes les vertus qui sont communes aux Rois et au reste IV i8

Mais parce que , comme disent les thëologieiiSy Tespérance n'est jamais bien fondée si robéissance n'est entière y c'est ce qui nous fait espérer qu'en faisant à Votre Majesté y comme nous faisons, un sacrifice de respect et d'obéissanccy nous mériterons d'autant plus la grâce que nous attendons que Votre Majesté (qui à un autre titre glorieux a voulu encore ajouter celui de Juste et de Père du peuple) emploiera toute sa bonté à lui rendre, dans une bonne et durable paix , le repos et la félicité qu'il se promet.

MEMOIRE SUR l'entreprise FAITE PAR M. LB NONCE D^OFFICUEm POm" FICALEMBNT, LE JOUR DE l' ASSOMPTION DE LA YISKOB, ET ftB FAXIB LES ORDRES AUX QUATRE-TEBIPS DE SEPTEMBRE DEBHIBB 1640» ÉftâXt LOGÉ EN l'abbaye DE CORBIE ; PAR MATHIEU MOUi \

(Voy. les Mémoires de Moié, t. II, p. 468 et 405.)

Les Papes sont recognus pour souverains es choies spirituelles; mais, en France, la puissance absolue et infinie n'a point de lieu. Elle est retenue et bornée par les canons et règles des anciens conciles de TÉglise^ r^ çus en ce royaume.

Les nonces , qui sont envoyés de la part de Sa Sainteté, n'ont aucune juridiction et les légats a latere n*en peuvent exercer qu'après que la bulle de notre Saint PèrCi portant leur pouvoir, a été approuvée par le Roi et vérifiée en Parlement.

Ces maximes étant véritables, on ne peut trouver de titre suffisant pour M. le Monce, en vertu duquel il ait entrepris, de son autorité, d'officier pontificalement l'abbaye de Corbie et y conférer les ordres.

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