ARRESTATION DES PRINCES
Le mercredi 19 janvier, la Cour, toutes les Chambres assemblées , le Premier Président a dit : « Que M. le maréchal de l'Hôpital étoit entré, chargé de créance envers la compagnie ^ » Aussitôt le maréchal a dit que la Reine-régente en France l'avoit chargé de présenter à la Cour lettres de cachet du Roi et dire de sa part, qu'avec beaucoup de modération, elle avoit fait arrêter M. le prince de Condé ^, M. le prince de
i . Le maréchal de l'Hôpital remît à la Cour une lettre de cachet du Roi, qui l'accréditait pour ce qu'il devait dire au Parlement. — Les registres qui contiennent le texte de cette lettre constatent aussi qu'il n'y eut aucune délibération de la Cour à la suite de la réception de cette nouvelle.
2. Les motifs du grand changement de politique de la Régente, qui amena l'arrestation du prince de Condé , sont longuement expliqués par M""^ de Motteville , Mémoires, t. III , p. 431, et par M'^ de Montpensier, Mém., t. II, p. 76.
Conti et le duc de Longueville, et que Sa Majesté désiroit que la Cour aille cejourd'hui la trouver au Palais-Royal, sur les quatre heures, par députés, pour entendre les sujets et motifs pour lesquels cela s'étoit fait. )> Il fut arrêté d'un commun vœu que la Cour, par députés de toutes les Chambres, s'assembleroit, sur les trois heures, pour aller trouver le Roi et la Reine.
Le jeudi 20 janvier, le Premier Président dit : « Que le jour d'hier, environ les quatre heures de relevée, il partit avec les députés de la Cour, allèrent au Palais- Royal, où ils eurent peine d'arriver, à cause du grand nombre de carrosses. Le maître des cérémonies les fit entrer en la petite galerie, où ils trouvèrent le Roi, la Reine et plusieurs autres personnes. Il plut à la Reine de dire qu'elle nous avoit envoyé quérir pour nous faire entendre, qu'avec un extrême déplaisir, elle s'étoit portée à la résolution de faire arrêter M, le Prince, M. le prince de Conti et M. le duc de Longueville ; mais qu'elle y avoit été obligée, puisqu'il y alloit de la perte de l'État ; que la lettre, qui est longue*, seroit
i . Cette lettre occupe, en effet, plus de quarante-sept pages dans les registres du Parlement. C'est un très-curieux examen de la conduite des princes et des événements les plus importants de cette époque. — La lettre servit de base à un pamphlet que l'on trouve en manuscrit dans les papiers de Mathieu Mole, sous le titre de : Les Intrigues de M. le Prince avec la cour (collect. Colbert, t. III). — Il est juste d'ajouter que les lettres patentes de l'année 1632, en faveur du prince de Condé , lorsqu'il fut mis en liberté , forment la contre-partie des appréciations défavorables à cet illustre personnage , développées avec tant de soins dans les lettres du 19 janvier 1650.
Le 29 janvier, le Parlement renouvela ses arrêts portant défence d'imprimer ou de faire imprimer, colporter, vendre ou dé-
portée ce matin à la compagnie ; qu'en attendant elle vouloit bien que l'on sçùt qu'elle étoit résolue de faire observer en tout les déclarations des 22 octobre 1 648 et V avril dernier, ce qui seroit exécuté inviolablement, et qu'elle se promettoit que l'on procéderoit bientôt au jugement du procès de la sédition du 1 1 décembre, et que les lois de l'État et les règles de la justice y seroient observées. Le Premier Président lui dit « Qu'il ne manqueroit de le faire entendre à la compagnie, laquelle auroit toujours regret que les princes du sang, enfants de France et de la maison , s'éloignassent de leur devoir et ne répondissent pas en tout aux vœux de Sa Majesté ; qu'il la pouvoit assurer de la fidélité du Parlement, qui témoigneroit toujours, par ses actions, son inviolable affection au bien de l'Etat et à la grandeur de la couronne. » Avoient fait humbles révérences et s'étoient retirés. »