LES PRISONNIERS DE LA BASTILLE
Le mardi 1 3 septembre , le Premier Président a dit : « Que le sujet de cette assemblée est pour sçavoir la résolution qui fut prise hier sur la proposition faite, qui sembloit avoir été reçue du commun vœu de toute la compagnie ; mais comme il eut hier Thonneur de voir M. le duc d'Orléans, il lui fit entendre les plaintes des exactions de celui qui commande à Lagny , dont on a voit parlé ce matin, et par même moyen il lui parla des prisonniers constitués par ses ordres dans la Bastille , auxquels on ne faisoit le procès , et qui ne pouvoieut demeurer longtemps en cet état, suivant la déclaration du 22 octobre 1 648. Il lui plut de répondre qu'il avoit fait écrire à celui qui commande à Lagny de le venir trouver, qu'il lui feroit rendre compte de ses
i. Ces lettres furent suivies, le 23 mai, d'une plainte portée au Parlement, par le Procureur Général , contre l'entreprise, mauvaise conduite, menées, cabales, ligues, etc., faites par les sieurs de Matta et Fontrailles, à la suite de laquelle il intervint des arrêts conformes. Mais, immédiatement, les Enquêtes se plaignirent de la vérification de la déclaration contre M™* de I-ongueville et autres, sans avoir assemblé les Chambres; le Premier Président répondit qu'il y seroit avisé. Le l"juillet, la Cour fut mandée par le Roi au Palais-Royal et fut informée, parla Reine-régente, que le Roi avoit résolu de s'en aller à Bordeaux ; voyage qu'il éloit obligé d'entreprendre, pour fixer toutes choses en Guyenne, et qu'il se promettait qu'en son absence la compagnie s'emploierait à maintenir la paix en cette ville. Le Garde des Sceaux expliqua ensuite longuement les intentions de la Régente. Les affaire? de Rordeaux continuèrent d'occuper les délibérations de la Cour; les troubles de cette province se rattachaient à la capti\ité des princes, Voy. notre édition des Mémoires de Pierre Lenet.
actions, pour après y pourvoir. Et pour les prisonniers, qu'il avoit donné ordre qu'ils fussent interrogés parle lieutenant criminel, afin que quand leur procès seroit instruit, il les fît juger par le Parlement; et que, sur les dix heures du soir, le sieur Goulas, son secrétaire , lui apporta de sa part le mémoire de tous les prisonniers qui étoient détenus à la Bastille, et pour quelles causes ils avoient été arrêtés. » Duquel mémoire la teneur en suit :
Prisonniers de Içl Bastille. — Les sieurs Asemant et Paris, n'ont pas voulu donner parole de ne point servir M. de Turenne ;
Saint-Martin, pour avoir été pris se voulant jeter dans Stenay, et ayant donné sa parole qu'il seroit en sa maison de Languedoc , sans passer par Paris , s'est trouvé dans ce palais les deux jours qu'il y a eu du bruit ;
Les sieurs Dalyes et Brivilliers , pour avoir eu correspondance avec M. de Bouillon.
11 y en a encore trois ou quatre qui y sont pour avoir fait des levées à Paris, ou pour s'être trouvés à la menée du palais, des noms desquels on ne se souvient pas ; ont été interrogés par le lieutenant criminel qui en instruit le procès :
M'"^ et M"" de Bouillon, pour les raisons que chacun sait'; M. de Carnavalet, pour les avoir laissés échapper;
\. Cette liste des prisonniers ne mentionne pas le président Perrault , qui était enfermé à Vincennes , comme nous l'avons vu ci-dessus. Une deputation fut envoyée au duc d'Orléans, par arrêt de la Cour du 20 septembre , pour lui remontrer qu'on disait que Perrault était malade et n'avait liberté d\';tre visité par
Il seroit à désirer que le marquis de Persan, Bussy- Rabutin , Bordet et du Fay , qui ont été soupçonnés, y fussent aussi, et qui, pour avoir été avertis, sont allés en l'armée des ennemis , oii ils font beaucoup de mal.
M. l'Avocat général présentera ce mémoire de la part de Son Altesse Royale à la Cour, aux fins de conclure que tout est dans l'ordre , et qu'ainsi il sembloit que la compagnie dût être satisfaite , et que l'on pouvoit proposer de mettre le mémoire entre les mains du Procureur Général, qui enverroit quérir le lieutenant criminel , et s'il trouvoit quelque chose où le public pût avoir intérêt , il viendroit en donner avis à la compagnie. La matière mise en délibération, la Cour a arrêté : que le mémoire concernant lesdils prisonniers sera mis entre les mains dudit Procureur Général, pour s'enquérir et instruire sui* ce sujet et sur ce qu'il requerra y être délibéré.
LE PARLRMENT DE TOULOUSE. — LEirVOYÉ DE L'ARCHmUC.
Le jeudi 15 septembre, en la chambre des vacations , le Premier Président a fait la lecture de la lettre qu'il avoit dressée pour envoyer au parlement de Toulouse , de laquelle la teneur en suit : « Messieurs , comme ce qui se passe en Guyenne regarde le repos de toute la France , et que le mouvement qui s'y est excité peut allumer un tel feu qu'il seroit très-difficile
son médecin, et qu'on lui avait fait boucher une fenêtre, de telle sorte qu'il était traité très-rigoureusement. Le duc d'Orléans répondit « que ce qui avoit été rapporté à la Cour n'étoit véritable, et qu'au contraire les médecins avoient toujours eu la liberté de visiter et de panser ledit Perrault. «
de réteindre, aussi prévenant vos sentiments, la compagnie a jusques à présent contribué, pour arrêter le cours d'un tel mal , ce qui a été de son pouvoir , comme vous verrez par les extraits des registres cienclos. Vous pouvez donc croire qu'en ce qui touchera le service du Roi, le soulagement de ses peuples et l'exécution des déclarations, elle continuera d'employer tous ses soins et porter tous ses vœux avec vous, afin de satisfaire à son devoir et à son obligation de maintenir l'autorité du Roi et l'exécution de sa volonté, confirmée par tant d'actes publics. Vous assurant que nous serons toujours , etc. »
Ensuite , le Premier Président a dit , en la chambre des vacations : a Que s'étant trouvé lundi , mardi , et le jour d'hier au palais d'Orléans , avec M. le président de Mesmes , par l'ordre de Monsieur , duc d'Orléans , lors de la réception de don Gabriel de Tolède , envoyé par M. l'Archiduc, et du congé qu'il a pris de mondit sieur duc d'Orléans , il étoit juste de dire à la compagnie le sujet de son voyage et la résolution prise. M. l'Archiduc ayant écrit , ci>devant , par un trompette, à Monsieur, duc d'Orléans, sur la paix nécessaire entre les deux couronnes, et par ses lettres ayant témoigné sa passion pour achever un ouvrage si important. Monsieur, duc d'Orléans, lui fit réponse et y envoya le sieur deVerderonne pour lui faire cognoitre qu'il étoit temps de mettre fin à celte guerre , qui avoit trop longtemps duré pour le bien de la chrétienté, et que de sa part il lui donnoit assurance d'employer tous moyens pour la faire cesser. Que cet honneur rendu à M. l'Archiduc, l'avoit obligé de lui envoyer don Gabriel de Tolède, pour lui rendre
actions de grâces, et pour témoigner de plus en plus qu'il préféieroit les effets aux paroles , et que , par la lettre qu'il lui présentoit, il le conjuroit que l'affaire fût terminée entre eux deux , et que Monsieur , duc d'Orléans , pouvoit venir en toute sûreté entre Rhetel et Rlieims, et que dans le 1 8 du courant ils pourroient se trouver ensemble.
« Le reste se passa en civilités ; mais comme il avoit entrepris de disposer des lieux , des jours et des personnes, on trouva nécessaire d'envoyer visiter don Gabriel de Tolède par M. d'Avau, en présence de M. le Nonce et du résident de Venise , médiateurs de la paix ci-devant convenue, afin d'apprendre en leur présence s'il avoit quelque charge particulière ou quelque cognoissance du pouvoir et des moyens que M. l'Archiduc devoit tenir , et lui faire cognoître que le Heu choisi , qui étoit au milieu de l'armée ennemie, ne pouvoit permettre que l'on s'y exposât et que le jour étoit si proche, qu'il n'y avoit pas moyen d'y satisfaire, et que Monsieur , duc d'Orléans, étoit prêt de s'acheminer en quelqu'autre lieu , quand les affaires auroient été premièrement examinées par personnes choisies de part et d'autre. M. d'Avau a rapporté ce qui s'étoit passé en la conférence, et qu'il a déclaré n'avoir autre charge que celle qu'il avoit exposée; que si l'on désiroit sçavoir ce qu'il avoit pu cognoître des desseins de M. l'Archiduc , qu'il étoit obligé d'assurer qu'il étoit porté à conclure une paix honorable entre les deux couronnes, et que l'état des affaires de l'une et de l'autre sembloit le désirer ; qu'il éloit obligé d'avouer que l'on pouvoit choisir un autre lieu et de convenir de quelques personnes.
Après ce rapport, avoit été résolu d'envoyer vers M. l'Archiduc, M. d'Avau , qui avoit été ci-devant plénipotentiaire à Munster, et de prier M. le Nonce et le résident de Venise de prendre la peine d'y aller, afin qu'en leur présence l'on put arrêter tous les ordres nécessaires pour commencer le traité de cette paix si désirée d'un chacun et si nécessaire à tous.
i< Et hier , sur les cinq heures après dîner , il vint prendre congé de Monsieur, duc d'Orléans, qui lui dit sa résolution et lui témoigna beaucoup de civilités, dont il fut très-content et satisfait. De sorte qu'il ne reste plus que les vœux que ce premier travail succède, et qu'enfin l'on puisse jouir d'un calme public et d'un repos général pour l'avantage de la chrétienté. » Il fut arrêté que de ce que dessus seroit fait registre.
BEQUÊTE DES PRINCES PRISONNIERS ADRESSÉE AU PARLEMENT. ORDRES DE LA REINK A CE SUJET.
Le samedi 1 0 décembre , M^ François Mole , pourvu de l'état et oftice de conseiller en la Cour de céans, mandé , lui a été donnée la loi FUium quem cod. familix.
Ce jour, la Cour, toutes les Chambres assemblées, présents les gens du Roi , le Premier Président a dit : « Que hier , environ les onze heures du matin , il fut au Palais-Royal avec M. le président de Bellièvre, MM. Le Doyen et Viole, conseillers de la Graiîd'- Chambre, les députés des Enquêtes et Requêtes et les gens du Roi. Sitôt qu'ils furent arrivés, M. le maréchal de l'Hôpital , gouverneur de cette ville , les vint
trouver , montèrent en la chambre de la Reine-régente, mère du Roi , étant en son lit , le Roi en un fauteuil ; proche de lui, M. le duc d'Orléans, M. le duc d'Anjou , M. le Garde des Sceaux et autres.
« La Reine ayant fait signe, ils s'approchèrent: elle leur dit que l'état auquel elle étoit ne lui permettoit pas de beaucoup parler; que M. le Garde des Sceau.x feroit entendre son intention. Et ayant le Garde des Sceaux pris la parole, il leur avoit dit : « Que le Roi et la Reine avoient sçu les deux requêtes présentées et la lettre de MM. les Princes ; que l'affaire étoit trèsimportante pour y prendre résolution ; prioit la compagnie de différer pour quelque temps, afin d'y pourvoir pour le bien de l'État. » Le Premier Président lui dit : a Qu'ils avoient un extrême regret de voir que, par l'indisposition de la Reine , notre fortune publique étoit ébranlée, et que l'on se promettoit qu'à la faveur du ciel elle en seroit bientôt délivrée, pour le salut de la France , et qu'il ne manqueroit de faire entendre sa volonté à la compagnie; qu'elle se pouvoit assurer de sa fidélité et de ses respects particuliers pour sa vertu. » Et ayant fait humbles révérences s'étoient retirés.
Les gens du Roi, M* Orner Talon, avocat dudit seigneur, portant la parole , ont dit : « Que Messieurs s'étant retirés, la Reine les ayant appelés, leur dit qu'elle avoit eu vingt-deux accès de fièvre; qu'elle n'avoit eu loisir de penser aux affaires, et qu'elle seroit bien aise de surseoir quelque temps. Il leur sembloit donc qu'il seroit dur de la refuser, et qu'il dépendoit de la Cour d'y aviser par sa prudence. » Et, sur ce, les gens du Roi retirés , la matière mise en délibération ,
90 Mfî;MOIRES
la Cour a arrêté de surseoir jusqu'à mercredi , auquel jour l'affaire a été remise K
Le 14 décembre, la Cour, toutes les Chambres assemblées, suivant l'arrêt du 10 de ce mois, lecture faite des requêtes présentées, l'une par M""^ la princesse de Condé, et l'autre par M"^ de Longueville, lettres et conclusions des gens du Roi mentionnées ès-registres des 7 et 10 de ce mois, ayant commencé à délibérer, a arrêté et ordonné qu'il sera délibéré demain , toutes affaires cessantes , et Monsieur, duc d'Orléans , oncle du Roi , invité de s'y trouver. A cette fin ont été députés M" Jean Doiijat et Claude Ménardeau , conseillers en ladite Cour.
Le jeudi 1 5 décembre , ia Cour, toutes les Chambres assemblées , après avoir ouï le récit fait par M" Jean Doujat et Claude Ménardeau, conseillers en ladite Cour , de ce qui s'étoit passé en leur députation vers Monsieur, duc d'Orléans, le jour d'hier et ce matin, et que mondit sieur leur avoit dit ne se pouvoir trouver en l'assemblée en ladite Cour , a été remise la délibération à samedi.
Le vendredi 16 décembre, la Cour, toutes les Chambres assemblées, après avoir ouï et examiné M* François Mole, pourvu de l'état et office de conseiller en ladite Cour, sur la loi ci-devant à lui donnée et sur autres livres de droit , théorique et pratique; lui
4 . Pendant ces délibérations du Parlement , les pamphlets se multiplièrent tellement , que la Cour fut obligée de rendre, 'le 13 décembre, un nouvel arrêt portant défense de composer et mettre en lumière aucun libelle injurieux. — Voy. le Recueil de Mazarinades, publiées dans la collection de la Société, par M. C. Moreau.
DE MATHIEU MOLE. (1650.) 9i
retiré, la matière mise en délibération, a arrêté et ordonné qu'il est suffisant et capable, et que comme tel, il sera reçu auxdits état et office. Et à l'instant mandé , a fait le serment accoutumé , juré fidélité au Roi et V a été reçu,
I,' ARMÉE DES FEONDEURS COMMANDÉE PAR TURENNE, BATTUE PAR LES TROUPES DU ROI.
Le lundi 19 décembre, la Cour fut informée que M. de Rhodes, grand maître des cérémonies, apportoit la lettre du Roi dont suit la teneur : « Nos amés et féaux , aussitôt que nous avons reçu la confirmation de la signalée victoire remportée par notre armée, commandée par notre très-cher et très-amé cousin le maréchal du Plessis - Praslin , sur celle que commandoit le vicomte de Turenne , composée tant des troupes d'Espagne et Lorraine , que des rebelles de noire royaume, laquelle, par l'assistmce qu'il a plu à Dieu de nous donner, a été entièrement défaite, en sorte que toute leur infanterie est demeurée sur la place , et presque toute la cavalerie taillée en pièces , à la réserve de quelques escadrons , qui se sont sauvés à la fuite, leur artillerie, bagages, drapeaux, étendards et timbales pris, avec les principaux officiers qui commandoient lesdites troupes. Nous avons bien voulu vous en faire part , dans l'assurance que nous avons de la joie que tous nos bons sujets en recevront, et comme nous recognoissons tenir cet heureux succès de la main de Dieu et de sa protection particulière pour notre couronne , nous ne pouvons en rendre assez tôt les grâces que nous en devons à sa divine