‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 35 sur 85 · ARRÊT DU PAELEBTENT DE PARIS COKTRE UNE BULLE DU PAPE · texte numérisé non relu

ARRÊT DU PAELEBTENT DE PARIS COKTRE UNE BULLE DU PAPE

(Voy. les Mémoires, t. II, p. 521.)

Du 18 septembre 1641. Ce jour, sur ce que le Procureur Général du Roi a remontré, à la Chambre des Vacations, qu'il a eu avis qu'une bulle intitulée : Constitutio super prseservatione jurium sedis apostolicx , et ce en date du 5* juin 1641 , a été publiée à Rome, laquelle donne nouvelle autorité à celle que l'on appelle in cœna Domini ^ dont on s'est toujours plaint, fait préjudice à tous les princes souverains, change les lois et les ordres du royaume, ôte les privilèges, prérogatives et prééminences de la couronne , abolit les libertés

(Je l'Église gallicane, et, sous prétexte de conserver les droits du saint-siége, entreprend sur le temporel des Rois ; et d'autant qu'elle pourroit être envoyée en France et que les archevêques et évêques la pourroient recevoir et la publier , sans attendre les ordres du Roi , en quoi son autorité seroit violée ; requérant y être pourvu , la matière mise en délibération : ladite Chambre a ordonné et ordonne que, commandement sera fait aux baillis et sénéchaux, ou leurs lieutenants du ressort de la Cour, qui sont établis où y a siège épiscopal, de s'enquérir diligemment si les archevêques, ou évêques , ou leurs vicaires ont reçu ladite bulle, et par qui elle leur a été envoyée, dont ils dresseront procès-verbaux et les enverront au greffe de la Cour, ensemble ladite bulle ou la copie d'icelle, s'il s'en trouve aucunes, pour icelles vues et examinées, procéder suivant la rigueur des ordonnances; cependant fait défenses à tous archevêques, évêques, leurs vicaires et tous autres de la publier, sous peine d'être déclarés rebelles au Roi et criminels de lèsemajesté , enjoint aux substituts dudit Procureur Général faire diligemment exécuter le présent arrêt et d'en certifier la Cour,

DÉCLARATION DU ROI LOUIS XIII CONTRE MONSIEUR, SON FRERE, RETIREE DU GREFFE DU PARLEMENT APRES LA MORT DU CARD. DE RICHELIEU.

(Voy. les Mémoires^ t. III, p. 32, 33 et 41.)

Ijouis, etc> Lorsque nous pensons quelle a été la conduite de notre très-cher et très-amé frère unique le duc d'Orléans envers nous, nous ne sçaurions qu'avec étonnement nous représenter toutes les entreprises qu'il a

DE MATHIEU MOLE. ASl

faites contre notre service'. Nous pouvons dire avec vérité qu'il n'y a jamais eu fils de France qui ait reçu de si grands bienfaits d'un Roi, son frère, et qui les ait moins recognus. Notre amour a toujours été si grand pour lui, que sa mécognoissance ne nous a jamais fait perdre la volonté que nous avions de lui bien faire , qui a été telle que lors même qu'il s*est porté contre notre service, nous l'avons toujours sollicité de se remettre en son devoir et n'avons oublié aucun moyen pour l'y obliger. Mais tous ces bons traitements, qui dévoient être autant de liens pour le tenir étroitement attaché à nous, n'ont pas eu assez de force sur lui pour l'empêcher de prendre, en divers temps, parti avec nos plus grands ennemis et de fortifier leurs mauvais desseins. La conspiration de Chalais , faite sous son nom et de son consentement, nous donna, en 1626, la première preuve de sa mauvaise volonté. 11 sollicita notre cousin le duc d'Espernon, de l'assurer contre notre service de la ville et citadelle de Metz , en quoi nous usâmes de tant de bonté, que nous voulûmes oublier sa faute et nous contentâmes de faire punir le crime en la personne de Chalais. Depuis, étant obligé de passer dans le Piémont pour secourir nos alliés, où la seule vue de nos armes assura leur repos , nous ne fûmes pas plutôt de retour de ce voyage, qu'il se sépara de nous et se retira, en 1629, sans aucun sujet, vers le duc Charles de Lorraine. Quoique cette action si extraordinaire , en un temps auquel toute la France et nos alliés faisoient

1. Le Roi rappelle dans cette déclaration toutes les conspirations auxquelles Monsieur avait pris part pendant son règne. — Ce document paraît avoir été rédigé par Mathieu Moié ; la minute, corrigée de sa main, se trouve dans le tome II de Colbert, p. 330, avec le traité de Monsieur et du roi d'Espagne, dont il est question dans la déclaration.

cognoitre les ressentiments de l'heureux succès de notre voyage, nous donnât grand sujet d'aigreur contre lui, nous ne laissâmes pas, dissimulant sa faute, de lui donner lieu de revenir près de nous, en changeant les peines qu'il mëritoit en des grâces que nous lui faisions en lui augmentant son apanage et lui donnant le gouvernement d'Orléans et d'Amboise. Bien qu'un traitement si favorable l'obligeât à s'unir inséparablement à nos intérêts , il sortit néanmoins ^ quelque temps après , de Paris, se retira à Orléans et ensuite en Lorraine, en 1 631 , où, blessant les lois fondamentales de notre État, il se maria, contre notre volonté, à la sœur du duc Charles. Ce mariage étant fait, il se retira à Bruxelles, en 1632, et se mit en la puissance de nos ennemis , qui le portèrent à entrer en armes dans notre royaume, pour se joindre, dans le Languedoc, aux forces de la faction qu'il avoit tramée avec le duc de Montmorency; laquelle n'ayant pas été plutôt formée que dissipée par nos armes, nous le reçûmes pour la troisième fois en notre grâce. Nous croyions que notre dit frère, comblé de tant de témoignages de notre bonne volonté, prendroit enfin la résolution de demeurer dans son devoir ; mais nous n'eûmes pas plutôt quitté le Languedoc, pour revenir à Paris, qu'il sortit pour la troisième fois de notre Etat, se lia de nouveau avec le roi d'Espagne et prit son parti contre nous. En quoi sa mauvaise volonté parut d'autant plus grande, qu'il n'avoit recherché et reçu notre grâce, à Béziers , que pour pouvoir en abuser plus aisément , en se délivrant des obstacles qui , sans cela, lui eussent été inévitables au passage qu'il avoit résolu de faire en Flandre. Cette mauvaise conduite n'empêcha pas que, lors- ' que, étant lassé du mauvais traitement qu'il recevoit des

Espagnols, il prit résolution de se mettre en liberté, revenant près de nous avec intention de recognoître sa faute, nous ne lui pardonnassions volontiers pour une quatrième fois. Peu après, étant en France, lacognoissance que nous eûmes que ses actions n'étoient pas telles que nous pouvions désirer, et qu'il suivoit les mauvais conseils du duc de Puylaurens , nous fûmes contraint , pour prévenir un plus grand mal , de faire arrêter ledit duc pour obliger davantage notre dit frère à s'unir étroitement avec nous et nous rendre l'honneur et le service qu'il nous doit. Nous lui fîmes ensuite tous les bons traitements qu'il pouvoit attendre de notre affection , jusques à l'honorer du commandement de la plus florissante et nombreuse armée qui se soit vue de longtemps en ce royaume. Au lieu de porter ces forces aussi puissamment qu'il le pouvoit faire contre les armes de nos ennemis, qui avoient surpris quelques places en notre frontière de Picardie, les persuasions du comte de Soissons et du duc de la Valette eurent tant de pouvoir sur lui , qu'ils projetèrent ensemble de s'en servir contre nous-même. Mais ayant été détourné de ce pernicieux dessein par la cognoissance qu'ils eurent qu'ils n'y pourroient jamais disposer les gens de guerre, ledit comte de Soissons se retira à Sedan, et notre dit frère à Blois, en 1636, en intention de passer en Guyenne. Nous le suivîmes jusques à Orléans , où nous ayant fait entendre le déplaisir qu'il avoit d'avoir consenti à de si mauvais desseins, il obtint de nous un cinquième pardon pour cette faute, avec la même facilité qu'il avoit eu tous les autres. Ensuite de cette dernière grâce , comme ses actions , pendant quelques années, nous donnèrent sujet de croire qu'il étoit bien éloigné de prêter plus l'oreille à des con- IV 49

seils semblables à ceux qu'il avoit écoutés par le passé , nous fûmes bien aise d'avoir lieu de lui donner, comme nous fîmes en diverses occasions, tous les effets qu'il pouvoit attendre de notre bonté. La croyance que nous avions de la bonne disposition de son esprit nous avoit fait désirer qu'il fît avec nous, en cette dernière campagne, le voyage de Roussillon ; mais quelque parole qu'il nous en eût donnée, il différa de l'exécuter, en proposant des excuses qui nous faisoient bien juger qu'il avoit quelque mauvais dessein , et lorsque nous étions en peine de le découvrir. Dieu nous fît la grâce de nous donner cognoissance do cette détestable conjuration, qui avoit formé un parti puissant dans notre État et fait un traité avec l'Espagne. Il est vrai que nous fûmes grandement surpris de voir que notre dit frère le duc d'Orléans, de qui nous devions espérer toute sorte d'assistance pour soutenir la prospérité de nos armées , eût entrepris de fortifier nos ennemis, de se mettre à la tête de leurs forces pour entrer dans notre État, pendant que nous étions occupé en un grand siège, au siège de cette place si importante et qui a été conduit si heureusement, que Perpignan a été réduit en notre obéissance. Nous fûmes lors touché de voir que nos bienfaits sans nombre , ni l'amour de la patrie, ni la gloire d'une couronne aux intérêts de laquelle il a tant de part, par sa naissance, ne l'avoient pu retenir en son devoir, et qu'il aimoit mieux, en violant tous ces saints respects, suivre une injuste passion, et relever la grandeur de nos ennemis sur les ruines de la nôtre. Néanmoins, le ressentiment que nous devions avoir de tant d'offenses ne nous a pas empêché, aussitôt que notre dit frère eut recognu et confessé sa faute et promis d'éloigner, à l'avenir, toutes

sortes de mauvais esprits d'auprès de lui, et nomméraenl tous ceux que nous désignerions, défaire ce qui nous a été possible pour le retirer du danger auquel il s'étoit précipité; nous nous sommes contenté de faire punir deux des principaux auteurs du crime, et avons consenti, encore cette fois, d'oublier sa mauvaise conduite. Mais comme la nature nous a donné ces bons mouvements et que nous les avons pris pour raisons de lui faire un si avantageux traitement , aussi nous avons estimé que cette grâce si favorable devoit être réglée par la considération du bien de notre couronne et de l'intérêt de nos enfants.

Ces motifs nous ont fait juger qu'il étoit à propos de retrancher à notre dit frère, les moyens qui le pourroient porter, à l'avenir, à troubler le repos de notre État , en supprimant ses compagnies de gens d'armes et de chevau-légers et le privant, présentement, du gouvernement d'Auvergne, dont nous l'avions gratifié, et, pour l'avenir, de toute sorte d'administration en cet État, et nommément de la régence pendant la minorité de nos enfants, en cas que Dieu nous appelle à lui, avant qu'ils soient en âge de majorité; ce que nous avons d'autant plus de raison de faire , qu'il est impossible de ne craindre pas une continuation de mauvaises intentions, en une personne qui , au milieu de nos prospérités et au plus fort de notre puissance , dans un temps où tous nos sujets conspirent avec un même esprit à seconder nos justes desseins, a sollicité le roi d'Espagne de lui fournir des forces et de l'argent pour nous faire la guerre , avec cette considération que l'on n'entendroit point à un traité de paix qu'en remettant, entre les mains de nos ennemis, toutes les places que nous avons conquises sur

29i APPENDICE AUX MÉMOIRES

eux ou achetées des princes nos alliés. Et, en effet, si le dangereux état auquel une grande maladie nous avoit réduit, pendant cette campagne, ne l'a point touché, et, qu'au contraire^ nous ayons eu cognoissance , par la déposition des complices de sa conspiration , qu'il s'assuroit du côté d'Espagne, avec ce dessein, que s'il venoit faute de nous, il se trouvât, outre le parti qu'il pourroit avoir en notre État, appuyé d'un traité qu'il auroit fait avec les étrangers, il faudroit que nous fussions insensibles au bien de notre royaume, qui nous est plus cher que notre propre vie, pour n'appréhender et ne prévoir pas que si notre dit frère avoit un jour la puissance de la régence dans la foiblesse et le bas âge d'un roi , il se pourroit porter à exciter des troubles et des divisions , qui causeroient plus de ruine à notre Etat que nous ne lui avons acquis de grandeur par tous nos travaux. Aces causes, sçavoir faisons, que, de notre propre mouvement, grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, nous avons oublié, remis et pardonné à notre dit frère le duc d'Orléans , la faute par lui commise d'avoir formé un parti dans no*tre État et fait un traité avec le roi d'Espagne, et lui permettons de jouir de ses pensions et de ses apanages , auxquels il pourra demeurer librement sans pouvoir venir à notre cour , si premièrement il n'en a obtenu de nous la permission en bonne et due forme , et néanmoins nous avons déclaré et déclarons de notre même puissance et autorité royale, que nous avons supprimé et supprimons ses compagnies de gens d'armes et de chevau-légers , l'avons privé et le privons de son gouvernement d'Auvergne, et ordonné et ordonnoijs qu'il ne pourra jamais, à l'avenir, avoir aucune administration en ce royaume, ni en être régent pendant la mi-

norité de nos enfants, et l'en avons dès à présent déclaré et déclarons incapable, pour les considérations et raisons que dessus. Si donnons en mandement, etc.

Donné à Saint-Germain le 1^"" de décembre l'an de grâce 1 642 , et de notre règne le 33".

DÉDICACE A MOLE DE CHAMPLATREUX , PAR LE PÈRE LÉON , d'uNE ÉDITION DE SON OUVRAGE DES COURONNES DES SaINTS.

(Voy. Mémoires, t. III, p. 49.)

L'offre que je vous fais de cette Couronne des Saints^ est un effet de la justice que vous rendez, avec tant d'intégrité et de réputation , dans le plus auguste Parlement qui soit en France. C'est la restitution d'un bien qui n'est plus à moi depuis longtemps. C'est une partie de la succession qui vous est due, comme au très-digne héritier du grand Mole , ce vigilant procureur général , ce premier président incorruptible, ce garde des sceaux béni de Dieu et des hommes , en un mot , cet incomparable.

L'établissement de notre Observance des Carmes de Rennes dans Paris est, entre plusieurs autres, l'ouvrage du zèle et des soins, de l'affection et des bienfaits de ce grand homme. Comme ce rencontre me fut une particulière obligation, afin de n'être pas tout à fait ingrat, j'empruntai, il y a plus de vingt ans, le cœur et la langue des saints dont je redresse ici les panégyriques. J'en formai lors une couronne, laquelle, n'osant mettre sur la tête de ces hommes consommés en gloire, je me contentai, suivant l'ancienne cérémonie, de la poser aux pieds des saints, et la mettre entre les mains de Monsei-

gneur votre père, parce que notre siècle n'avoit rien qui représentât plus parfaitement l'image de leurs vertus. Ce nom si précieux rehaussant le mérite de ma matière , qui vaut beaucoup en elle-même , acquit tant de faveur publique à mon travail , que les diverses impressions qui ont été faites, ont été autant d'hommages réitérés du respect sincère et de la religieuse vénération que j'avois pour cette personne si achevée, que j'ai eu raison de l'appeler le miracle de notre âge.

Maintenant, Monseigneur, que la presse m'a encore obligé de remanier cet ouvrage , mais , certes , avec bien plus de loisir et d'étude que je n'avois jamais fait, je continue aussi les justes sentiments que j'ai eus pour le père dans un fils qui n'est pas plus l'héritier de son nom , de sa fortune et de sa réputation , que de son esprit , de son courage et de sa vertu. Encore que le titre de ce livre semble en conserver toute la matière , néanmoins presque toutes les pièces qui le composent étant d'un autre tissu , l'on peut toujours le faire passer pour le même ouvrage , qui a tout à la fois ses beautés toutes nouvelles. J'y ai fait, à peu près, ce que vous avez fait dans votre belle maison de Champlâtreux. Ce n'est qu'une ancienne nouveauté, ou une antiquité renouvelée. Mais après tout, sous quelque titre que paroissent, pour la première fois, ces sermons panégyriques , toujours ils vous appartiennent en toutes sortes de manières. Et ce gage de nos respects et de recognoissance envers un père dont la mémoire est en bénédiction, nous fait espérer, Monseigneur, que vous ne serez pas moins héritier de l'affection particulière qu'il a eue pour notre Observance.

C'est lui qui en a été le père , qui Ta établie dans la maison miraculeuse du Saint-Sacrement; qui, avec Ma-

dame votre mère , son épouse très-vertueuse , l'a avancée par ses libéralités, secourue puissamment en tous ses besoins et publiquement honorée de sa protection. Ainsi ce ne sont pas seulement nos petites productions, mais c'est nous-même qui nous faisons gloire de vous appartenir à titre de succession paternelle et maternelle. Et c'est en cette qualité que, priant Dieu qu'il vous comble de ses plus chères bénédictions, je réitère ici la profession publique d'être toute ma vie , avec votre permission , Monseigneur, votre, etc.

Fr. Léon , Religieux carme de l'observance de Rennes.

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