LETTRE DU CHANCELIER SÉGUIER A LE TELLIER
MonsieuF, les lettres du Roi ont été rendues ce matin aux compagnies souveraines et à l'Hôtel de la ville : je ne puis exprimer la joie avec laquelle elles ont été reçues. Leurs Majestés cognoîtront, arrivant à Paris, la vérité de leurs bons sentiments , et j'espère que cette actiou assurera le repos et la tranquillité de l'Etat. Il est vrai que les factieux ont toujours appréhendé ce retour, elles gens de bien l'ont désiré comme la fin du règne de ces mauvais esprits. Je suis, etc. A Paris, le 12 août 1Ô49.
LETTRES DE MAZARIN A LE TELLIER. (EXTRAITS SERVANT DE COMPLÉMENT AUX MÉMOIRES DE l' ANNEE 16SÛ.)
Pacification de la Normandie, — Rouen, — Pont de l'Arche. — Caen,
— La duchesse de Longueville. — Le maréchal de Turenne. — La duchesse de Bouillon se plaint des hommes qui la gardent en prison.
— M. de Chaniplàtreux et le Premier Président. — Projet d'assnssiner Mazariu. — Dieppe. — Fuite de la duchesse de Longueville. — La pacification est due à l'habileté de Mazarin. — M"" de Chevreuse et M. d'Espernon. — M^^ de Montbazon et le duc de Beaufort. — Le duc de Lorraine. — Résolutions violentes à prendre. — Récompenses à donner à des sergents pour raffermir l'esprit des troupes. — Les princes prisonniers correspondent avec leurs partisans. — Il faut l'empêcher.
— Discours contre l'honneur de la Reine. — Joie de Mazarin au sujet des sentiments de Son Altesse Royale pour lui. — M. de Bouillon. — Ce qu'il faut dire dans la Gazette. — Libelles. — M. de Marsillac. —
DE MATHIEU Î^IOLÉ. 357
Le Premier Président. — Consph-ation pour délivrer les princes prisonniers. — Rigoureuse justice et châtiments à infliger. — Têtes à couper et maisons à raser. — Nouvelles à écrire en province. — Arrestations. — M. de Longueville. — M'"' d'Elbeuf. — M. de Ncvion. — Tout le monde prétend demander tout. — Retour du Roi à Paris. — Affaires de Bourgogne et de Guyenne, — Désespoir de la Reine et de
Mazarin.
De Rouen, le 6 février 16S0.
J'ai dit à Saintot de faire une relation de tout ce qui s'est passé à l'arrivée du Roi ici. Elle ne peut pas encore être achevée, parce que diverses compagnies de cette ville, qui n'eurent pas hier le temps de saluer Leurs Majestés, le doivent faire aujourd'hui. Vous verrez les particularités de tout par ladite relation, que l'on vous adressera demain, afin qu'après l'avoir vue, vous la fassiez imprimer. J'y ajouterai seulement que jamais peuple n'a témoigné plus de joie que celui-ci à la vue de son prince. On croyoit que tout Rouen fût hors des portes, et cependant toutes les boutiques et les fenêtres étoient encore remplies de monde; et outre cette démonstration, toute la nuit on a fait des feux de joie, et tous les bourgeois l'ayant passée à boire à la santé de Leurs Majestés, n'ont ni dormi, ni permis aux autres de reposer, à cause des continuels cris et marques de réjouissance qu'ils donnoient.
Après diverses allées et venues que j'ai fait faire au Pont de l'Arche, enfin le sieur de Chambois a consenti de remettre la place entre les mains du Roi. On y envoie pour cet effet, demain à dix heures du matin, le sieur de Saint-Amour, exempt des gardes du corps, avec quarante hommes pour entrer dans le château et en prendre possession. On en licencie la garnison et on donne toute sûreté au sieur de Chambois et à ceux qui sont avec lui de se retirer oii bon leur semblera. Outre cela, on lui
fait remettre vingt mille francs argent comptant, pour le rembourser de ce qu'il a fourni pour l'achat des poudres et autres munitions de guerre et de bouche qu'il laisse dans la place. Enfin c'est une affaire achevée, pourvu qu'il n'y arrive point de changement entre ci et demain^ comme il n'y a pas apparence. En tout cas, aussitôt après l'exécution, je vous le ferai sçavoir.
On a envoyé à Caen pour disposer le sieur de la Croisette à suivre l'exemple de Chambois. Je vous assure qu'on n'y perdra pas un moment de temps, tous les moments étant assez précieux dans les conjonctures présentes.
Le Roi écrit àM'"^ de Longueville pour lui ordonner de se retirer à Trie, à Coulommiers, ou en quelque autre des maisons de M. son mari, et, suivant sa réponse, Leurs Majestés font état de faire avancer les troupes du côté de Dieppe et même de s'en approcher. (De la main de Mazarin : On n'a pas tout à fait résolu cela encore.)
La Reine juge à propos que vous expédiiez une ordonnance par laquelle il soit enjoint à tous les officiers et soldats, qui sont allés trouver M. de Turenne, de revenir dans le service du Roi, où on les assure qu'ils seront bien reçus et traités favorablement, sinon qu'on les déclarera criminels de lèse-majesté et qu'ils seront traités comme tels en tous les lieux où ils pourront être appréhendés, aussi bien que tous ceux qui iront trouver dorénavant ledit sieur maréchal de Turenne. Il faudra faire publier cette ordonnance à Sedan, à Montrond et autres lieux de ce côté-là, et tâcher même d'en faire jeter des copies dans Stenay et dans Clermont, ce qui produira sans doute un fort bon effet.
M'"^ de Bouillon a fait faire plainte de la contrainte
qu'elle reçoit de ses gardes, qui, en l'état où elle est, sont continuellement dans sa chambre, et lui ôtent ainsi le repos et la liberté de faire beaucoup de choses nécessaires pour sa guérison. Je crois qu'on lui peut donner satisfaction là-dessus, ordonnant aux gardes de la traiter avec respect, et de n'entrer dans sa chambre que de temps en temps pour voir si elle y est, sans l'obséder continuellement ; et s'il était nécessaire, il vaudrait mieux redoubler les gardes, afin d'être encore plus maîtres de la maison.
L'on me donne avis que M. de Champlâtreux fait tous ses efforts, auprès de M. le Premier Président, pour le porter à se remuer, dans ce rencontre, en faveur de M. le Prince, et à appuyer la requête qu'on veut présenter au Parlement de sa part. Je pense qu'il sera bon que vous en parliez audit sieur de Champlâtreux et même à Monsieur son père, leur disant qu'on croit avoir cet avis de bonne part et qu'ils y doivent prendre garde, la Reine étant aussi disposée que jamais de gratifier en toutes rencontres mon dit sieur le Premier Président et tous ceux de sa maison, pourvu que de son côté il témoigne toujours le même attachement à ses intérêts, et qu'il continue à donner des marques de son zèle et de sa fidélité au service du Roi. , /
A Rouen, le 8 février 1650.
J'ai reçu quantité d'avis de divers endroits que M""^ de Longueville songe et travaille à me faire tuer. Je remets le soin principal de ma conservation entre les mains de Dieu, qui cognoît mes intentions pour le bien de l'État, sans oublier les autres diligences qui peuvent empêcher l'effet de tels attentats.
A Rouen, le 9 février 1650.
J'ai reçu une lettre du sieur du Plessls-Bellièvre, qui me mande d'avoir été reçu par les habitants de Dieppe avec des acclamations inouïes et des cris continuels de : « Vive le Roi! )! par tout le peuple généralement, ce qui n'est pas peu à estimer dans les diligences que faisoit M'"^ de Longueville elle-même en personne, à l'Hôtel de ville, nonobstant sa prétendue maladie, pour faire prendre aux habitants une résolution toute contraire. J'avois fait accompagner Plessis-Bellièvre par trente officiers ; ils ont trouvé les bourgeois sous les armes , en huit compagnies , à cause de la jalousie que leur a donné l'arrivée de Chambois dans le château. Chacun a pris son département; on a fait des barricades contre le château; enfin vraisemblablement notre affaire ira fort bien. J'y ai envoyé encore quarante de mes gardes, et cinquante chevaux d'un autre côté ; Paluau sera ce soir bien près de la place avec quinze cents hommes; M. le comte d'Harcourt le suit avec le reste des troupes, et Leurs Majestés, comme je vous ai dit ci-dessus, s'y avanceront demain. Il n'y a que le canon qui nous fait peine, n'étant arrivé ici qu'hier au soir; encore il se trouve que les affûts ne valent rien, qu'il faut travailler à en faire d'autres et à des charrettes pour porter le canon; et enfin tenir toujours la bourse ouverte pour ces sortes de dépenses. Il faut avoir patience : Chamfort fait ce qu'il peut, mais il ne peut servir qu'avec ce qu'on lui donne. J'espère pourtant qu'avec la diligence qu'on y apporte et la dépense qu'on y fait, la plus grande partie du canon partira demain matin.
DE ÎVIATHIEU MOLE. 361
A Rouen, le 9 féirier 1650, neuf heures du soir.
La résolution de Leurs Majestés et la diligence avec laquelle elles ont agi a tellement étonné M™'' de Longueville et ceux qui étoient avec elle dans le château de Dieppe , que tout présentement nous venons d'apprendre qu'elle en est sortie et s'est échappée à cheval, avec vingt cavaliers. Elle avoit essayé, la nuit dernière, de se sauver par mer, étant descendue par le derrière du château pour s'emharquer au bas de la falaise; mais comme M. du PlessivS-Bellièvre avoit fait parler au capitaine Daniol, qui commandoit la seule frégate qui étoit pour lors en état de partir, ladite dame fut contrainte de faire rentrer toutes ses demoiselles au château , et s'en est allée comme je vous dis à cheval, sans qu'on sçache encore au vrai quelle route elle a prise. Quelqu'un a dit qu'on l'a vue passer aujourd'hui à Longueville.
Elle a dépêché Chambois à la Reine; la substance de ce qu'il a dit à Sa Majesté a été que M"*^ de Longueville l'envoyoit pour assurer Leurs Majestés de son obéissance, et que ce qu'elle avoit fait jusques ici n'avoit été que pour rencontrer la sûreté de sa personne ; que la même considération l'obligeoit encore à s'éloigner; mais que, pour donner à Leurs Majestés une marque des sentiments de respect et de fidélité ou elle étoit , elle avoit ordonné au sieur de Montigni de remettre le château de Dieppe entre les mains de telle personne qu'il plairoit a Sa Majesté de commettre pour le recevoir.
La Reine a répondu : qu'elle s'étonnoit fort que M™® de Longueville prit pour prétexte de ce qu'elle avoit fait la sûreté de sa personne, après la bonté que le Roi avoit eue de lui envoyer une personne expresse pour lui
donner sa parole qu'elle pouvoit aller et demeurer à Trie ou à Coulommiers , en toute sûreté ; que pour ce qui étoit de l'ordre qu'elle avoit donné au sieur de Montigni de remettre les châteaux , on ne lui en avoit aucune obligation , parce qu'elle avoit bien cognu qu'elle ne pouvoit pas les défendre contre les forces du Roi.
Cependant, on mande à M. le comte d'Harcourt d'envoyer deux cents Suisses audit sieur du Plessis-Bellièvre, pour envoyer dans le château, et de faire faire halte aux troupes et à l'artillerie , sans avancer ni revenir en arrière jusques à ce qu'il y ait nouvelles dudit sieur du Plessis-Bellièvre, qu'il soit maître des châteaux : ce que l'on saura demain à midi : selon que la chose se sera passée, ou il ira plus outre, ou il reviendra.
On a fait aussi faire halte aux bagages de la cour qui étoient partis aujourd'hui, et nous espérons que Leurs Majestés pourront s'épargner la fatigue de ce petit voyage , qui étoit très-incommode à cause que les chemins sont fort mauvais.
Son Altesse Royale ne sera pas peu ravie de tant de bonnes nouvelles que nous vous avons envoyées en peu de temps. Enfin voilà quatre places comme assurées en quatre jours.
Du Plessis-Bellièvre a intercepté une lettre qu'un petit garçon portoit à M"^^ de Longueville, de la part d'un gentilhomme de Picardie, nommé la Chaussée, par laquelle il marquoit d'avoir déjà assemblé trente-deux hommes pour lui mener; mais qu'il n'avoit encore pu passera cause de la compagnie des gardes de M. d'Elbeuf , et d'une autre compagnie de cavalerie qui étoient en ces quartiers-là et qui le cherchoient , ayant eu avis de sa levée.
Après avoir écrit jusques ici, j'ai reçu une seconde dépêche du sieur du Plessis-Bellièvre, que je vous adresse, afin de la faire voir à Son Altesse Royale, après quoi je vous prie de me la renvoyer. Entre vous et moi, il me semble pouvoir dire sans vanité que j'ai servi heureusement à la réduction de cette place, et je m'assure que les termes et les circonstances de la lettre dudit Plessis- Bellièvre vous le feront juger de la sorte. On fera en sorte que le sieur du Plessis-Bellièvre, qu'on veut laisser à Dieppe, trouve bon qu'on envoie quelqu'un en sa place à la Bassée; car, comme ce sera infailliblement la première place oîi les ennemis s'attaqueront , s'ils sont en état d'y attaquer quelqu'un , il faut y pourvoir sans délai. Ce n'est pas un morceau qui soit souhaité de beaucoup de gens; je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale et de lui dire que Sa Majesté songeroit à jeter pour cela les yeux sur Beaujeu , qui se défendit si bien dans Ypres, sous le comte Broglio.
On m'a assuré que M'"^ de Longueville vouloit profiter de l'offre que lui porte Varennes, de la part du Roi, pour sa sûreté dans l'une de ses maisons ; mais que Saint- Ybar y fut contraire , et l'entraîna dans son avis. Si vous voyez par occasion M. le président de Nesmond, il sera bon de lui faire cognoître que la seule conduite de M°*^ de Longueville lui a attiré ces malheurs-îà; elle pouvoit demeurer en toute sûreté dans quelqu'une de ses maisons. Cependant, ses voyages en Normandie et les efforts qu'elle y a faits contre le service du Roi y ayant appelé Leurs Majestés, on voit maintenant quelles en sont les suites.
De Rouen, le 9 février 1630.
Il y a eu autrefois beaucoup d'amitié entre M""^ de Chevreuse et M. le duc d'Épernon. Cependant elle se plaignoit dernièrement de lui, et comme on a jugé important, pour le bien du service du Roi et pour d'autres raisons, de rétablir l'intelligence entre ces deux personnes, j'en parlai à M""® de Chevreuse; Monsieur eut aussi la bonté de s'en entremettre, et elle donna les mains à tout ce que l'on voudroit. A présent, le sieur de Saint-Quentin est arrivé de la part de M. d'Épernon , qui apporte une lettre de civilité pour M™® de Chevreuse; je lui en écris aussi une pour la convier à rétablir solidement cette amitié , laquelle lettre vous lui ferez rendre par ledit sieur de Saint-Quentin , si vous le jugez à propos. Il faudra pourtant que vous vous en concertiez avec Son Altesse Royale, et si, en allant chez M'"® de Chevreuse, elle veut avoir la bonté de lui présenter ledit sieur de Saint-Quentin, cela ne pourra produire qu'un bon effet, sinon vous le lui mènerez vous-même par les ordres de Sa dite Altesse Royale et à ma prière, et la disposerez à le recevoir, en sorte qu'il ait lieu de mander à son maître qu'il peut faire état de son amitié. Enfin c'est assez que vous sçachiez que la fin que nous nous proposons en cela est la réunion de ces deux personnes, pour être assuré que vous pratiquerez tous les expédients et les moyens les plus propres pour y parvenir, dont je me remets à votre prudence.
Je vous prie de faire une civilité de ma part à M'"^ de Montbazon pour l'assurer de mon très -humble service et lui donner toutes les nouvelles que je vous envoie , qui , je m'assure, ne lui seront pas désagréables. Je vous prie
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aussi de faire le même compliment à M. de Beaufort, et l'assurer que je voudrols, avec passion, lui témoigner la passion que j'ai pour son service. Il sera aussi bon que vous saluiez ces autres Messieurs. Je ne doute point qu'ils ne soient informés par détail de tout ce qui se fait. Je vous prie, après en avoir informé Son Altesse Royale, de remettre la lettre ci-jointe à M™^ de Chevreuse et h faire en sorte que le sieur de Saint-Quentin, a son arrivée, soit bien reçu et que ce renouement d'amitié se puisse établir.
A Rouen, ce 1 1 février 1650.
J'ai eu avis certain de Bruxelles, que Madame avoit écrit à M. de Lorraine d'envoyer proniptement à Paris un des siens pour traiter ses intérêts, et qu'il auroit pris la résolution de faire faire ce voyage à un nommé Verduisant, qu'on dit être un esprit dangereux et qui vient avec des instructions de menaces, que si on n'accorde tout et sans délai , son maître fera de grandes choses contre nous, comme s'il avoit moyen de nous faire pire que la guerre : sans considérer même qu'il est moins en état de nous nuire qu'il n'a jamais été, ayan-t vendu aux Espagnols quatre mille hommes qui étoient ses meilleures troupes, puisque le marché portoit qu'eux-mêmes en feroient le choix , et qu'avec cela il leur donne encore deux mille hommes pour envoyer en Espagne par mer. Sa Majesté ne se met pas beaucoup en peine de tout cela, sçachant dans quels sentiments est Son Altesse Royale sur ce sujet.
On m'assure que M. de Turenne a touché cent raille écus de l'argent de Paris ; il faut que M™^ la Princesse les ait donnés ou que ce soit l'argent de Peraut. Je vous prie d'en parler à Son Altesse Royale , afin que si elle
l'approuve vous fassiez après parler à M""^ la Princesse, en termes de grand ressentiment et qui lui fassent cognoître et appréhender que Sa Majesté ne peut souffrir cette conduite; et, en effet, il semble à Sa dite Majesté qu'il n'y a point de résolution violente où on ne doive se porter, plutôt que de permettre qu'on fasse la guerre au Roi, de l'argent que ladite dame fourniroit ou de celui des princes prisonniers.
Sa Majesté croit qu'il faudroit donner des lettres de noblesse à cinq ou six sergents qu'on pourroit choisir en prenant ceux qui ont mieux servi , s'ils se sont distingués des autres, ou , si le service a été égal , les faire tirer au sort, afin qu'il n'y eût point de dégoût ni de jalousie; on pourroit faire le premier sergent et celui qui a porté la nouvelle , tous deux capitaines, et les autres lieutenants, les caporaux sergents et des soldats caporaux.
Tout ceci n'est pas seulement important pour la recognoissance qui est légitimement due à ce service, mais pour la conséquence , parce que, prenant soin de faire publier, particulièrement dans la Bourgogne et la Champagne, ce qu'on aura fait pour cette garnison, cet exemple excitera toutes les autres, qui sont dans les gouvernements des princes prisonniers, à en faire de même, et en tout cas tiendra les officiers qui les commandent dans une perpétuelle méfiance d'un pareil coup, et il sera plus facile d'en avoir raison.
On m'a donné avis de très-bon lieu , que M. de Turenne avoit eu des nouvelles de M. le Prince; vous jugerez bien combien cela est important, car le même garde qui l'aura servi à cela ne manqueroit pas d'intention pour lui procurer la liberté s'il pouvoit. Il est question
de changer de certains vieux gardes qui sont au bois de Vincennes, de faire diverses autres choses pour assurer encore mieux l'impossibiHté de l'évasion des princes. Il n'y a personne qui puisse donner là-dessus de meilleurs conseils que M. le duc de Beaufort; vous pourriez mander au sieur de Bar de venir faire un tour chez vous au galop, aune heure que vous auriez prise par avance; M. de Laigue s'y rendre après avoir consulté la matière avec M. le duc de Beaufort, de qui il ne seroit pas à propos de désirer qu'il s'abouchât audit de Bar; mais ledit sieur de Laigue suppléera à cela. Je vous prie de n'y perdre pas un moment de temps, dès que vous aurez reçu cette lettre. Il faut faire en sorte absolument que M. le Prince ne sçache aucunes nouvelles de tout ce qui se passe.
Rouen, 12 février 1630.
Je viens de recevoir avis de très-bon lieu que Yineuil ne se contente pas de faire toutes les cabales qu'il peut dans Paris, en faveur du parti des princes prisonniers ; mais qu'il tient continuellement des discours contre l'honneur de la Reine et tendant à sédition, et à passer même à des attentats pour faire entreprendre à d'autres plus hardis que lui ce qu'il n'oseroit faire. J'en ai donné part à la Reine, qui me charge de vous prier d'en parler à Son Altesse Royale pour y faire prendre résolution, soit en arrêtant ledit Vineuil, soit en l'éloignant en quelque lieu où il ne puisse faire de mal. Mais Sa Majesté juge l'un ou l'autre absolument nécessaire et sans délai.
Je n'ai pu lire ce que vous me marquez des favorables sentiments d'estime et d'affection que Son Altesse Royale vous a témoignés sur mon sujet, sans un ravissement de joie qu'il m'est impossible d'exprimer; je vous prie de
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lui en rendre de très-humbles actions de grâces de ma part, et lui dire que je tiendrai toujours mes travaux fort bien récompensés de sa seule approbation, que j'essayerai de mériter incessamment par des services aussi fidèles et aussi passionnés qu'aucun de ses domestiques même pourroit lui rendre.
J'ai voulu lire à la Reine la dépêche du Parlement de Dauphiné, elle est très-bien et Sa Majesté désire qu'on leur en témoigne recognoissance. C'étoit de Poitiers qu'on auroit écrit plusieurs jours après l'arrestation de MM. les Princes, qu'il n'y avoit paru encore aucun ordre du Roi.
Si M. de Bouillon revient, en conséquence de la déclaration qui a été publiée, nous n'aurons rien à dire; mais d'entrer en des négociations avec lui, séparément de son frère, pendant que l'autre nous fera la guerre, ce ne seroit pas mon avis, et je crois que Son Altesse Royale sera de mon sentiment. Ils ont témoigné tant d'union d'intérêts jusques ici, et M'"*' de Bouillon a tant déclaré qu'un frère ne feroit rien sans l'autre , qu'il y auroit de l'imprudence à nous de souffrir qu'ils ne se divisassent aujourd'hui, qu'afin que l'un reçût tout le bien que nous pourrons lui faire et que l'autre continuât à nous faire tout le mal qu'il peut.
A Rouen, le 15 février 16S0.
INous venons d'avoir avis que M'"^ de Longueville s'est enfin embarquée pour passer en Flandre; elle sera mieux là qu'ici. Chambois et Trassy l'ont voulu fort persuader d'aller à une de ses maisons et de se fier à la parole de la Reine; mais les autres conseillers ont prévalu. Ceux qui l'ont accompagnée sont Saint-Ibar, Saint- Romain, ïrassy, Sarrazin et le chevalier de la Chaise.
Quand on donnera part au public, dans la Gazette, de ce qui s'est passé à Clermont, il faut prendre soin que ce soit en termes que le monde cognoisse que ces événements et celui de Danvilliers ne sont pas des cas fortuits, et que l'on a ménagé d'ici l'un et l'autre par prudence, dès le même jour que les princes furent arrêtés, Vandy, Béeherelle et l'abbé Fouquet ayant été envoyés pour celle de Danvilliers et le sieur du Tet, à M. de la Ferté-Seneterre , pour Clermont.
A RoucD, 15 février 1630.
On m'écrit qu'il court dans Paris des libelles fâcheux et méchants ; il sera bon que vous en parliez à M. le lieutenant civil et à M. le Procureur du Roi pour aviser au moyen d'en arrêter le cours. Il y a apparence que les colporteurs seroient les premiers à les apporter, pourvu qu'on leur donnât quelque chose qui leur tînt lieu à peu près du profit qu'ils font en les débitant, et qu'ils joindroient à cela quelques exemples. Ce seroit le souverain remède.
A Rouen, le 16 février 1630.
Je vous renvoie la lettre du prince de Marsillac, à laquelle la Reine estime que vous pourrez répondre en accusant simplement la réception; mais que comme il aura reçu, depuis, la déclaration du Roi qui lui ordonne de se rendre dans quinze jours près de sa personne, espérant de le voir bientôt, vous n'avez autre chose à lui mander. Pour le mémoire que MM. les Princes avoient souscrit, Sa Majesté a fort approuvé l'avis de Son Altesse Royale de ne pas le faire voir à M""^ la Princesse , laissant seulement libre l'exécution des choses qu'il contient.
J'ai été heureux d'apprendre les bons sentiments où vous avez trouvé M. le Premier Président pour le bien de l'Etat : il y a sujet de s'étonner qu'après les avances quel'onauroit faites de la part delaReine àFontraillesetà Matta pour accommoder leurs affaires, ils aient mieux aimé choisir une autre voie, afin de faire la chose de hauteur et n'en avoir nulle obligation : cependant on sçaura si véritablement ils sont coupables ou non. Il faut leur laisser faire, dès que la Reine pourra faire après, de son côté, ce qu'elle doit; je suis assuré que Son Altesse Royale condamnera leur procédé. Je ne sçais pas comment M. le Premier Président pourra les sortir d'affaire si facilement : il faut bien que ce soit par sa faveur, car chacun sçait s'ils ont failli ; en tout cas, il me semble qu'on pourroit bien attendre le retour de la cour à Paris, car de façon ou d'autre on en tireroit avantage.
M. le président de Nesmond m'a prié formellement d'empêcher que l'administration des biens de M. le Prince lui fût commise, au cas qu'il le nommât pour cela, avec cette réserve néanmoins qu'il ne parût point qu'il m'en eût prié. Ainsi il n'y aura qu'à faire faire, par le notaire, la réponse que Son Altesse Royale avoit jugé à propos, que l'on pourra même faire valoir après audit sieur président. La Reine ne voit pas qu'il y ait d'inconvénient de consentir à la nomination qu'a faite M. de Longueville pour l'administration de ses biens.
Je vous prie de nouveau de faire faire toutes les diligences possibles pour bien éclaircir la conspiration du bois de Vincennes ; il n'y a rien aujourd'hui de si iraportant, et on peut faire courir risque à l'Etat , si on y use de négligence ou d'indulgence. Il ne faudra rien témoigner à M. des Rohayes ni au sieur de Saint-Aoust,
mais ne rien omettre pour découvrir la vérité, tant à leur égard que des autres qui peuvent y avoir eu part.
On nous dit ici qu'on bat la caisse dans Paris pour assembler les soldats qui doivent faire la garde à Vincennes ; il faut absolument faire cesser cela. Son Altesse Royale jugera bien que ce seroit un vrai moyen aux partisans des princes de former un corps rempli de gens à leur dévotion, pour tenter un coup. Il faudra songer à d'autres voies de former ces corps, qui puissent nous donner un entier repos d'esprit.
La Reine estime qu'il n'y a rien de plus nécessaire dans cette circonstance , et surtout dans ces commencements, que de faire rigoureuse justice et des cbâtiments exemplaires de ceux qui se trouveront pris les armes à la main contre le service du Roi, comme les ofliciers de Danvilliers et de Clermont, et qu'il faut envoyer une personne expresse sur les lieux pour informer et faire le procès. Il faut bien s'empêcher d'établir par notre procédé une égalité de parti ; le Roi doit agir en maître et traiter en criminel de lèse-majesté ceux qui seront pris. Quelques têtes coupées et des maisons rasées tiendront beaucoup de gens en leur devoir et en feront revenir beaucoup d'autres. Il importe aussi de faire publier que M. de Turenne a traité avec les Espagnols; car cela rendra ce parti-là plus odieux envers tous les peuples.
Le sieur Colbert vous répondra sur le sujet des lettres de M. Fabert.
La Reine a été bien aise d'apprendre l'ordre qui a été donné à Vineuil de se retirer à Beauregard.
Les habitants de Dieppe font instance d'avoir les mêmes grâces qui leur furent accordées autrefois par Henri le Grand, qui consistent à avoir, entre autres
37i> APPENDICE A€X MÉMOIRES
choses, des lettres de noblesse pour quatre des échevins, et Sa Majesté incline à les favoriser en cette demande.
J'ai été bien aise d'apprendre que M™* de Chevreuse ait bien reçu le sieur de Saint-Quentin , et qu'elle doit faire réponse à M. d'Épernon.
Il sera bien à propos que MM. les secrétaires d'Etat écrivent, de concert, chacun dans les provinces de leurs départements, toutes les semaines, les choses qui se passent; cela raffermit les bien intentionnés dans leurs devoirs et empêche les autres, qui ne le sont pas, de s'échapper, quand ils sçauront que tout succède à souhait à Leurs Majestés, Je le dirai à MM. de Brienne et de Guénégaud, qui sont ici.
Pour l'abolition du marquis de la Boulaye , dont M™^ de Montbazon nous a parlé, il faudra remettre cette affaire-là à notre retour à Paris.
A Roueu, le 18 février 1680.
Il faudra que vous preniez soin de caresser M. de la Tour, pour le maintenir toujours dans la bonne disposition qu'il témoigne pour le service de Leurs Majestés.
Il faut recommander à M. de Bar qu'il ne se laisse pas prendre le dessus par M. le Prince, qui, en ce cas, lui en feroit bien tâter. La sûreté de sa détention doit être toujours le principal objet dudit de Bar, qui doit bien agir avec grand respect, mais faire mentionner toutes les choses qu'il jugera nécessaires pour cette sûreté, sans se mettre en peine de l'aversion que ledit sieur Prince témoigne pour lui, qui, sans doute, est plus affectée que véritable.
Quand Brinon s'en retournera, je vous prie d'écrire à M, de la Ferté - Seneterre qu'il faut en toutes façons
qu'il chasse les troupes de M. île Turenne de Beaumont, parce que si elles s'y élablissent une fois, les ennemis joignant à lui leurs forces , Mouzon seroit en quelque péril, et il nous en reviendroit d'autres préjudices trèsconsidérables. Faites-lui bien cognoître, s'il vous plaît, la conséquence de cette affaire et combien le service qu'il y rendra sera agréé.
Sa Majesté estime qu'il ne faut pas hésiter à arrêter Vineuil, pour lui faire dire ce qu'il sçait de l'entreprise de Vincennes.
On m'écrit qu'il y a , non éloigné d'Auxonne , un habitant nommé Martoyne, créature du sieur Girard secrétaire de M. le Prince, et qui entretient une continuelle correspondance avec Brun ; il marque que ce Martoyne a pris le chemin de Paris; il seroit bon de s'informer s'il y est arrivé, où il loge, et faire veiller de près à ses actions.
II y a trois jours que l'on seroit parti , si les déclarations que l'on attendoit de Paris pour ce parlement fussent arrivées plus tôt ; il a fallu différer parce que ce sont des affaires importantes qui se fussent perdues, à moins de la présence de la personne du Roi , et des instances que l'on a faites, où l'on a usé d'adresse, comme il en étoit besoin. On n'y a pu travailler aujourd'hui apertement , parce que M. le comte d'Harcourt y est allé ce matin pour se faire recevoir. La Reine leur a envoyé dire qu'elle désiroit que tout s'achevât demain sans faute; ainsi je crois que nous pourrons partir dimanche, et Leurs Majestés font état de se rendre en trois jours à Paris.
A Rouen, ce i9 février 1650.
Nous venons de recevoir des avis de Flandre, de très-
bon lieu , que M'"" de Longueville y avoit envoyé un gentilhomme pour traiter , M. le maréchal de Turenne un autre, que tous les deux promettoienl des merveilles à l'Archiduc et entre autres choses de disposer Marsin à remettre Tortose au roi d'Espagne , et de faire avec ses troupes tout ce qui pourroit lui être le plus avantageux en Catalogne : ce qui fait voir combien a été à propos l'arrêt de sa personne. La réduction de Clermont et de Danvilliers aura aussi un peu rompu les mesures des propositions qu'ils avoient faites; mais il est vrai, cependant, que l'Archiduc leur a promis de mettre présentement en campagne. C'est pourquoi il est de la dernière importance de ne pas perdre un seul moment de temps de notre coté h assembler les troupes; il faut hâter la marche de celles dont je vous écrivis dernièrement, et mander aux autres de se tenir prêtes. Mais comme, les sortant des quartiers de bonne heure, il sera absolument nécessaire d'avoir quelque chose à leur donner pour leur subsistance à la frontière, il me semble qu'il faudroit sauver deux des quatre dernières monstres qui leur ont été destinées, et que les receveurs généraux qui les doivent fournir travaillassent à assembler cet argent , afin qu'on puisse après le bailler aux troupes comme je dis. Il sera bien aussi qu'on donne un ordre général , très-précis, afin que la seconde de ces monstres soit employée aux recrues des régiments, assurant les troupes que quand elles s'approcheront du pays ennemi, elles seront plus assistées qu'elles ne l'ont jamais été par le passé.
Je vous prie de parler de nouveau à M'"^ d'Aiguillon . pour l'obliger à ne rien remuer présentement de l'affaire du mariage; nous avons à ménager encore des esprits
qu'il ne faut pas effaroucher, pour les mauvaises conséquences qui en pourroient arriver; en tout cas, il faut tenir tout en surséance jusques à ce que je lui aie parlé.
Je viens de recevoir votre dépêche d'hier, il m'est impossible d'y répondre; je vous dirai seulement que je crois que la plus grande partie des avis qu'on donne sur Vincennes sont des inventions, et même quelque personne sensée écrit ici qu'il peut y aA'oir des gens qui par ces bruits aient la visée d'obliger à retirer MM. les princes du bois de Vincennes, pour les mettre à la Bastille, afin qu'il ne dépendît pas entièrement de la Reine et de Son Altesse Royale de faire continuer la détention desdits princes.
Je suis ravi de voir dans votre lettre les sentiments de Son Altesse Royale en l'égard de son domestique ; je lui réponds sur ma vie qu'il viendra à bout de tout ; il n'y a rien de plus juste et de plus aisé que de faire qu'il en soit toujours le maître absolu , et que tout dépende de lui. J'aurai l'honneur de déchiffrer beaucoup de choses à Son Altesse Royale à mon retour, pour lui faire cognoître que la malice fait tous ses efforts pour brouiller.
Je vous prie de dire confidemment à Son Altesse Royale, la suppliant de n'en témoigner rien , que M™® d'Elbeuf a dépêché à M. son mari pour lui dire que Madame souhaitoit avec passion qu'il se rendît en toute diligence à Paris, avant que la cour y arrivât. Je n'en sçais pas la cause, mais je me l'imagine à peu près; il n'ira pourtant pas, voulant achever son affaire avec ces maîtres-ci.
Je vous écrivis hier au soir, par M. de Créqui, de m'envoyer deux attelages de carrosse, sur la résolution que Leurs Majestés ont prise d'aller de Mantes à Paris ,
en un jour. Je vous prie qu'ils puissent être lundi au soir à Saint-Germain.
Je ne sçais pas si Son Altesse Royale se rendra à la rencontre de Leurs Majestés. Si cela est, je vous prie de m'en donner avis, et de faire en sorte qu'elle ne s'avance pas beaucoup au delà de Paris,
M. le président de Novion arriva hier, et m'a vu ce matin; il eût été bien qu'on l'eût détourné de delà de faire ce voyage. La réponse que la Reine lui fera, sur le sujet de la prétention de l'évêché de Beauvais, pour laquelle Son Altesse Royale m'a écrit une lettre très-pressante en sa faveur, est que la personne pour qui il la demande n'étant pas prêtre, elle ne peut pas se résoudre à lalui donner, mais que quand Sa Majesté disposera dudit évêché, elle tâchera de faire tomber dans sa maison quelque bonne abbaye. On ne sçait comment faire, car tout le monde prétend de demander tout, et il est impossible d'en satisfaire la moindre partie. Je vous prie d'examiner avec Son Altesse Royale ce qui se pourra faire en ce rencontre, où Sa Majesté veut bien gratifier M. de Novion, mais elle ne se disposeroit jamais à donner l'évêché à la personne pour qui il le demande.
De Rouen, le 20 février 1650,
Je m'en vais présentement monter en carrosse pour mon retour à Paris, Ce qui nous donne un peu de peine, c'est que l'on nous a donné avis qu'encore que M""" de Longueville eût fait publier qu'elle s'étoit embarquée pour sortir du royaume, elle est toujours néanmoins dans cette province et rôde dans le pays de Caux, chez des gentilshommes amis de M, de Longueville, changeant tous les jours de lieu. On laisse ici une compagnie des gardes pour la sûrefé du Vieux-Palais, et celle des gardes
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à cheval de M. le comte d'Harcourt étant arrivée , on l'envoie, avec un exempt, porter ordre à M"® de Longueville de se retirer en une de ses maisons, et peut-être plus loin s'il est jugé à propos. On croit même qu'il sera bon de faire une déclaration portant défenses à tous les gentilshommes de la province de lui donner aucune retraite dans leurs maisons à l'avenir, et en cas qu'il fût besoin de faire un peu halte pour cette affaire, nous pourrions séjourner un jour à Gaillon. Mais toujours en serez-vous averti.
De Gaillon, le 21 février 1630.
Je croyois que nous serions obligés de faire halte ici, pour les raisons que je vous écrivis hier ; mais après avoir bien examiné la chose, on a résolu de continuer le voyage pour être demain au soir à Paris, et je ne doute point, suivant ce que je vous en mandai de Rouen, que nous ne trouvions les relais demain à Saint-Germain.
Vous direz donc, s'il vous plaît, à Son Altesse Royale que n'étant pas tout à fait certain que M"" de Longueville soit dans la province, et que, quand elle y seroit, on la puisse trouver d'abord, on n'a pas voulu s'engager à demeurer peut-être ici douze ou quinze jours mal à propos , au lieu que par les ordres qu'on envoie à M. le comte d'Harcourt, et par l'état où nous laissons la province, il ne faut pas douter qu'il ne contraigne bientôt M'"" de Longueville à en sortir, ou qu'il ne trouve le moyen de se saisir de sa personne. Sa compagnie des gardes étoit arrivée, et je l'ai renforcée d'autant des miens qu'il lui en manquoit pour être composée de cent hommes. Outre cela, on lui laisse deux compagnies des gardes françoises. Avec quoi, et toute la suite de gentilshommes qu'il a à présent avec lui, qui est assez nom-
breuse , les places étant à nous, il n'y a rien qui lui puisse résister, et particulièrement allant sur les lieux en personne, comme il a ordre de faire, et ne permettant pas qu'il se fasse aucune assemblée de gentilshommes sans la rompre et la dissiper d'abord. Ni les gardes à cheval, ni les deux autres compagnies ne seront à charge à la province, puisque les miens ont leur paye ordinaire, que ceux de M. le comte d'Harcourt seront entretenus comme l'étoient ceux de M. de Longueville, et que les deux compagnies des gardes seront payées règlement.
Le procureur du Roi du Châtelet m'a mandé qu'il avoitfait mettre en prison un homme, lequel a été convaincu d'avoir fait un libelle fort sanglant contre M. le Prince. Je crois qu'il est bon d'en faire exemple, et parce que la justice le requiert, et afin qu'on ne croie pas qu'on veuille lâcher la bride à ceux qui voudroient écrire contre l'honneur et la réputation d'un prince du sang.
M. de Bar a bien fait de faire venir les trois gentilshommes que vous me marquez, pour les employer à la garde de MM. les Princes. Je prétends lui en envoyer encore deux ou trois assurés, et après cela on pourra faire revenir tous les gardes de la Reine.