‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 44 sur 85 · LETTRE DE LA REINE-RÉGENTE. AFFAIRES DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA REINE-RÉGENTE. AFFAIRES DE BOURGOGNE

' A Dijon, le 22 mars 1650.

Je vous envoie à part l'extrait d'une lettre que j'ai reçue de M. le bailli de Valençay, par laquelle vous verrez ce qu'il me mande des intelligences secrètes qu'avoit eues contre moi le Pape * avec M. de Beaufort et M. le Coadjuteur. Il faudroit que M. Servien et M. Le Tellier

1 . Voici cet extrait : o: Votre Eminence pourra facllemeut découvrir si une chose que l'on m'a dite pour très-assurée est véritable : sçavoir,

tâchassent adroitement de découvrir ce qu'ils avoient projeté de faire, et dans quels engagements étoit entrée Sa Sainteté, et quelle sorte de sollicitations elle peut avoir faites à ces Messieurs pour me nuire; on pourroitles mettre sans affectation sur ce discours, témoignant que le Pape qui a eu appréhension qu'ils ne disent tout, et qu'ils vont s'accommoder avec moi , les a prévenus et a découvert à l'ambassadeur les instances qu'ils lui ont faites à mon préjudice, protestant qu'il n'a jamais voulu y entendre. Comme il ne vient guère plus de lettre de Paris qui ne porte quelques nouvelles particularités de la mauvaise conduite de la comtesse de Fiesque, qui, avec une insolence qui n'est pas supportable, ne fait pas seulement gloire de se déclarer hautement pour mon cousin le prince de Condé, et de tenir ensuite avec d'autres femmes, qui sont dans les mêmes sentiments, mille discours impertinents et séditieux, mais que cela passe même maintenant jusques à faire des cabales ouvertes et publiques pour acquérir des gens à ce parti-là, et enfin que sa maison est devenue un

que le Pape, croyant qu'il n'y pouvoit avoir jamais de réconciliation entre elle et MM. de Beaufort et le Coadjuteur de Paris, directement ou indirectement, s'étoit découvert à eux des mauvaises intentions qu'il avoit contre votre personne, leur promettant toute sorte d'aide et de faveur, pourvu qu'ils poursuivissent jusques à votre ruine totale et que Votre Emincnce fût entièrement hors de son ministère. Qu'ayant appris que ces Messieurs se sont réunis d'amitié avec elle et qu'ils pourront découvrir jusques à quel point alloit la haine de Sa Sainteté ; qu'elle ne peut se donner de repos de voir son nialtalent si pleinement recognu, en cas que ces Messieurs ne lui gardent pas le secret. Et comme elle appréhende que la France par là vît notoirement qu'elle s'est voulu joindre aux malcontents contre le Roi et le bien de l'État, et que l'on pût de là tirer conclusion que ce n'est pas vivre en Pape que de fomenter les rébellions et divisions dans un royaume chrétien, l'on m'a donné pour chose trèsconstante qu'en cela gît la principale cause de toutes les inquiétudes qu'il a témoignées depuis l'arrestation de MM. les princes et de l'amitié jurée entre Votre Eminence et mes dits sieurs de Beaufort et le Coadjuteur. »

réduit où s'assemblent chaque jour tout ce qu'il y a de méchants esprits et de malintentionnés contre le gouvernement, pour y concerter ensemble les moyens de faire réussir leurs mauvais desseins , je désire que l'on tranche le cours à ce désordre que l'impunité rendroit tous les jours plus grand et plus dangereux, en éloignant de Paris ladite comtesse de Fiesque. Vous en parlerez à mon frère aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, et s'il se trouve du même sentiment, vous ne perdrez pas im moment Je temps à envoyer l'ordre à cette femme de se retirer en quelqu'une de ses maisons.

Je désire aussi que l'on examine bien de delà ce qu'il y a présentement à faire touchant le duc de la Rochefoucault, particulièrement s'il ne s'est point encore rendu à la Roche- Guy on. L'état de Saumur semble presser encore davantage : qu'on y prenne une prompte résolution ; vous en parlerez à mon frère, M. le Garde des Sceaux, le sieur Servien et vous, et j'approuve dès à présent tout ce qu'il jugera à propos de faire sur ce sujet. Cependant je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur Le Tellier, en sa sainte garde. Écrit à Dijon, le 28 mars 1650.

(^De la main de la Reine.) Ce que dessus est mon intention. Anne.

La Reine me commande d'ajouter à l'ordre qu'on donne pour M°^^ la comtesse de Fiesque les dames de Bonnelle et de Saint-Loup. Anne,

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