‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 45 sur 85 · LETTRE DE LYONNE A LE TELLIER · texte numérisé non relu

LETTRE DE LYONNE A LE TELLIER

A Dijon, ce 3 avril 16S0,

Je vous dépêchai hier matin le sieur du Vouldi, ordinaire du Roi, afin que vous puissiez vous en servir pour faire porter à M""" la Princesse l'ordre de lueurs Majestés

d'aller établir sa demeure ailleurs qu'à Chantilly ; mais parce que M^"^ le Cardinal m'a fait sçavoir depuis diverses choses fort importantes sur le même sujet, qu'il me charge de vous mander, je prends occasion de renvoyer un courrier que M. de Nouveau avoit dépêché par deçà, lequel arrivera peut-être avant ledit du Vouldi, qu'on m'a dit avoir pris le chemin de Troyes, où il n'y a de postes que depuis Troyes à Paris.

Je vous dirai donc, Messieurs, que Son Eminence estime qu'il sera bon de publier les raisons véritables qui ont obligé le Roi à faire éloigner M'"^ la Princesse, et qu'encore qu'elles soient assez fortes d'elles-mêmes pour justifier la résolution de Sa Majesté , il faudroit néanmoins les déduire avec le plus d'exagération qu'il se pourroit.

Il semble à Son Eminence qu'il faudroit mettre toutes ces particularités bien au long dans la lettre du Roi, qu'on lui enverroit , et ensuite la faire imprimer ou trouver quelque autre moyen d'en donner cognoissance au public, n'oubliant pas (pour avoir l'applaudissement du peuple) de marquer que M'"^ la Princesse et M'"" de Longueville, engagent et emploient tout ce qu'elles ont pour assister les Espagnols et les aider à faire des progrès dans ce royaume, leur donnant lieu de s'opiniâtrer à ne vouloir pas la paix, qu'ils serolent nécessités de faire dans les extrémités où ils sont, et particulièrement en fait d'argent, si celui que leur ont envoyé lesdites princesses ne Jeur donnoit encore le moyen de subsister et de fournir à la plupart des dépenses de cette campagne.

Et sur ce sujet, la Reine, par l'avis de Son Eminence, m'a chargé de répondre à Son Altesse Royale, de sa part, qu'il seroit bon de mettre la main sur tous les revenus

desdits princes et princesses, pour leur en rendre compte en temps et lieu; car autrement, quelque précaution qu'on y apporte, il est indubitable que tout ce que l'on en retirera sera, de façon ou d'autre, employé contre Sa Majesté môme ; et cela n'est pas si peu , que comptant ensemble le bien des trois princes prisonniers et celui de jyjme j^ Princesse, il ne monte à plus de six cent mille écus par an. — ^ Sa Majesté se remet pourtant à ce que Son Altesse Royale jugera plus à propos, après avoir bien examiné l'affaire avec M. le Garde des Sceaux et avec vous, Messieurs, en particulier, et y avoir pris de suite résolution dans tout le conseil.

Ayant considéré que si vous prenez la résolution d'écrire de la part du Roi à M'"*' la Princesse et d'insérer dans la lettre tout ce que dessus, ou une partie, les blancs seings que je vous ai adressés de la part de M. de Guénégaud ne pourroient servir, n'étant chacun qu'en un demi-feuillet; je m'en suis fait bailler un cinquième à mon dit sieur de Guénégaud, que vous trouverez ci-joint, lequel est signé à la quatrième page, et de cette sorte il peut servir ou pour deux, ou pour quatre, ou pour six, ou pour huit, etc. »

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