‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de France (volume 5)Chapitre 46 sur 85 · LETTRE DU CARDINAL MAZARIN AU MEME · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARDINAL MAZARIN AU MEME

J'ai reçu des avis de Flandre, de fort bon lieu, qui portent que les ministres d'Espagne , M™^ de Longueville et M. de Turenne sont extraordinairement mal satisfaits les uns des autres, et qu'après une conférence qui s'étoit tenue à Arlem où ladite dame et ledit maréchal s'ctoient trouvés en personne et avoient demandé des choses exorbitantes, comme des cinq cent mille écus pour employer à des levées, des sept à huit mille hommes pour les as-

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sister, et des cent mille écus par mois pour la subsistance de leurs troupes, sans rien offrir pour cela de leur part, ils s'itoient séparés fort malcontents, et les Espagnols avoient retiré toutes leurs troupes. Les mêmes avis me sont confirmés de Sedan^ parle sieur Fabert, avec encore plus d'exagération, marquant des particularités de la foiblesse extrême du maréchal de Turenne, du peu de moyens qu'il a de faire subsister ce qu'il a près de lui, qui ne va qu'à trois cents hommes de pied et à cent cinquante chevaux, et des malédictions que lui donnent les troupes du duc de Virtemberg, qu'il a fait souffrir comme des chiens, et les a toutes ruinées.

On me mande aussi de Bruxelles que le chevalier de Rivière y étoit arrivé avec des lettres de M'"^ de Longueville et des ordres de solliciter vivement l'Archiduc de mettre en campagne, pour profiter du temps que le Roi seroit occupé devant Bellegarde ; après quoi elle représentoit que tout iroit fondre sur elle, mais que, ce pendant, on pouvoit se prévaloir de la foiblesse de nos frontières, et que, l'Archiduc y venant, il emporteroit avec toute facilité ou Saint-Quentin, ou tout au moins Guise, dont il tireroit tous les amis de MM. les Princes, et de notables avantages. On me mande même que ledit chevalier insistoit particulièrement pour l'attaque de Guise, qu'il disoitêtre une affaire de huit jours.

On a fait ici de grandes réjouissances de la nouvelle que vous nous avez donnée de la reprise de M"^ de Bouillon, et des résolutions que Son Altesse Royale a prises ensuite. La Reine a été très-aise d'apprendre que les soins de M. le Garde des Sceaux ont contribué à cela, et m'a commandé de vous écrire de lui en faire les remercîments de sa part. C'est une affaire de grande conséquence dans

les conjonctures présentes , et qui nous fait mettre l'esprit plus en repos sur le sujet de M. de Bouillon; c'està-dire, si je ne me trompe, qu'il n'entreprendra rien tant qu'il verra M'"*' sa femme dans la Bastille. Cela ne nous doit pas empêcher de poursuivre les premières résolutions d'envoyer dans les provinces, et, par le courrier de demain, j'espère de pouvoir vous envoyer des déclarations séparées, comme on estimeroit ici qu'elles dussent être sur M. de Tureune et desdits sieurs ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld , se remettant pourtant à ce que Son Altesse Royale résoudra de cela.

La Reine m'a fait interroger pourquoi on n'avoit pas exécuté ce qu'elle avoit mandé touchant la comtesse de Fiesque, Fontraille et Matta. Ce qui déplaît fort à Sa Majesté en cela, c'est qu'encore que la chose eût été tenue fort secrète de deçà, elle s'est publiée à Paris aussitôt, et M. de Beaufort a dit à diverses personnes que ces ordres-là auroient été envoyés d'ici, mais qu'on n'avoit pas jugé à propos de les exécuter pour encore. A Dijon, ce 13 avril.

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