LEVÉE DU SIEGE DE LEUCATE. TE DEUM
Lettre du Roi à Mole.
« Notre amé et féal , écrivant à notre cour de Parlement sur le sujet de la levée du siège de notre ville de Leucate*, afin que la compagnie assiste au Te Deum que nous avons ordonné d'en être chanté en l'église cathédrale de Paris, demain après midi, nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à leur rendre notre
\ . La lettre du Roi au Parlement, qui rend compte très-sommairement des résultats du beau fait d'armes de Leiicate, nous a paru curieuse à publier, même après les récits détaillés du Mercure français (t. XXI, p. 413), et de la Gazette de Renaudot (p. 673). Nous en avons trouvé le texte dans les registres du Parferaent : « Nos amés et féaux, la puissante armée que les Espagnols avoient mise sur pied, pour attaquer notre province de Languedoc, ayant été dissipée par la toute-puissance de celui qui cognoîu la justice des desseins des rois, les forces que nous avions faites assembler en ladite province, sous la charge de notre très-cher et bien amé cousin le duc d'Halvrin, pair de France, gouverneur, et notre lieutenant général en icelle pour s'y opposer, ayant, la nuit du 21 du mois passé et le jour suivant , forcé les ennemis dans leurs retranchements, et, parle gain d'une sanglante bataille, défait entièrement leur armée, en laquelle ils ont perdu trois mille cinq cents hommes tués sur la place et plus de cinq cents noyés, cinq cents prisonniers et soixante-dix pièces de canon de fonte verte, dont quarante-cinq nous sont demeurés , le reste ayant été jeté dans le lac de Salces ; quatre mortiers pris, toutes leurs munitions de guerre, avec douze de leurs drapeaux et quatre cornetles de cavalerie entiers, sans compter ce qui s'en trouve par pièces entre les mains des soldats, tout leur équipage et bagage, sans qu'après cetle défaite il se soit trouvé manquer, en toutes nos ti-oupes, plus de quatre cens hommes; et en même temps la place de Leucate, qu'ils tenoient assiégée, ayant été délivrée par notre cousin, après que le sieur de Barry, gouverneur d'icel le, eut soutenu trente jours de siège, souffert dix-sept raille coups de canon et grand nombre de bombes, faisant une courageuse défense et même se préparant à une plus
dépêche et à faire les diligences nécessaires pour l'exéciUion de ce qui est en cela de notre volonté. Si n'y faites faute , car tel est notre plaisir \ Donné à Saint- Maur des Fossés , le 7^ jour d'octobre 1G3T. »
Celte lettre apportée à la chambre des Vacations, il fut arrêté que l'on obéiroit, et que le Roi y devant être, on se trouveroit à Notre-Dame avec la robe rouge et que Ton avertiroit par les maisons , afin que ceux qui étoient en la ville s'y trouvassent.
longue et à mourir pour notre service, plutôt que de se rendre aux ennemis : nous avons bien voulu vous donner part de ces heureux succès, et recognoissant que nous le devons à l'assistance particulière qu'il a plu à Dieu nous départir, nous avons résolu de faire chanter un Te Deum, etc. Donné à Saint-Maur des Fossés, le 7 octobre 1637. »
Le Roi conféra la dignité de maréchal de France au duc d'Halwin et lui annonça cette faveur par la lettre suivante, qui accompagnait le bâton de maréchal : « Mon cousin, vous avez sçu vous servir si à propos de votre épée, que je vous envoie un bâton, tant pour marque du contentement que j'en ai, qu'afin qu'une autre fois vous ayez à choisir les armes dont vous voudrez vous servir, si mes ennemis se présentent en lieu où vous puissiez de nouveau leur faire cognoître ce que vous valez. Je n'accordai jamais grâce de meilleur cœur que je fais celle-ci, pour perpétuer en votre personne le nom du maréchal de Schomberg, qui m'ayant été fort agréable en celle du, père, ne me le sera pas moins en celle du fils. «
4. « Cette lettre fut apportée au Parlement le 8 octobre. Le 9, Messieurs en robes et chaperons d'écai'late, les présidents revêtus de leur manteau et mortier, le duc de Mcnlbazon , gouverneur de la ville, marchant entre le premier et le second président, sont allés ouïr le Te De uni. Il s'éleva une difficulté à l'occasion de l'entrée du maître des cérémonies dans la salle des séances, pour sçavoir s'il devoit parler assis et couvert. Il fut recognu qu'il devoit commencer à parler debout et découvert, et que quand IM. le Pieniier Président lui diroit : Soyez assis et couvert, il pourroit continuer sou cliscours. » {Registres du Parlement. )
Le lendemain , on s'assembla en la salle de Saint- Louis. M. le Premier Président y étoit; MM. de Bellièvre , Potier, de Mesmes, Le Bailleul, Séguier, présidents, avec leurs manteaux, et assez bon nombre de ces Messieurs.
On partit et alla-t-on par le grand degré et arriva-t-On à Notre-Dame que le Roi y étoit , la Reine et le reste de la cour, et le Te Deiim bien avancé. On ne laissa d'aller au cbœur prendre les places à main droi'3 aux liantes chaires, M. le Premier Président étant vers la chaire de M. l'archevêque et les autres de suite.
On remarqua bien que le Parlement étoit venu trop tard , ayant attendu l'un de MM. les Présidents, vu même que Messieurs des Comptes étoient déjà en leur place, n'ayant pas attendu le Parlement comme de coutume , d'autant que l'heure de deux heures a voit été donnée par le Roi, et on ne partit qu'à trois heures sonnées ; de sorte que l'on ne s'est plaint de cette entreprise*.