Collection Colbert, t. CXXXIX, p
2. Le maître des cérémonies, revêtu de lonjjiie robe de deuil, traînante, avec un bonnet carré, ayant son épée au côté et en main son bâton couvert de noir, était accompagné de trois hérauts d'armes vêtus de deuil, leur cotte d'armes par-dessus, et des crieurs. Après avoir remis une lettre du Roi au Parlement , dont il était porteur et dont un conseiller donna lecture, le maître des cérémonies et les hérauts se retirèrent, et les vingt-trois crieurs,
Roi portant créance , et le cri a été fait pour prier la compagnie d'assister aux vigiles et service de feu M. le duc de Savoie. Et le mercredi , nous nous sommes trouvés en la salle de Saint-Louis et sommes partis en corps , MM. le Premier Président, présidents de Bellièvre et de Nesmond , quinze ou vingt de Messieurs, et M. l'avocat du Roi Bignon et moi, et sommes arrivés à quatre heures à Notre-Dame, parée en deuil, la nef avec un lé de drap et une ceinture de velours tout du long , et le chœur avec deux chapelles ardentes, représentation , avec le poêle de tulle d'or et tout l'ornement qui suit. Nous nous sommes mis du côté gauche, tenant toutes les chaires et M. le Premier Président étant à la première du côté de l'autel. A la droite, il y avoit trois ou quatre chaires vides pour le deuil, et après. Messieurs de la chambre des Comptes. M. l'évêque de Boulogne, Bouthilier, coadjuteur de l'archevêque de Tours, avec mitre , s'est mis pour officier en la chaire de M. l'archevêque de Paris et le chantre de l'église est venu prendre ordre de lui pour commencer vêpres des morts ; et icelles finies , il s'est retiré et toutes les compagnies, sans que les chapelles
étant contre la cheminée, ont sonné et l'un d'eux, un peu avancé, a dit par deux fois : «Nobles et dévotes personnes, priez Dieu pour l'âme de très-excellent et très-puissant prince Victor-Amédée , par la grâce de Dieu, duc de Savoie, ChabIais,Ast et de Genevois, prince et vicaire perpétuel du saint Empire romain, marquis de Saluées, comte de Genevois, de Nice, Romans et Ast, baron de Vaulx et de Faucigny, seigneur de Verceil , du marquisat de Solce et d'jEville, naguère décédé; pour l'âme duquel le Roi fait faire les service et prières en l'église de Paris, auquel lieu, mercredi prochain, après midi, seront dit vêpres et vigiles des moits, et le jeudi suivant, à dix heures du matin, célébré son service solennel. Priez Dieu qu'il en ait l'âme. »
que l'on dit ardentes, où il y avoit nombre de cierges, aient été allumées.
Le jeudi 29, nous nous sommes encore trouvés en la salle de Saint-Louis, d'où nous nous sommes acheminés à Notre-Dame et avons pris les mêmes places à main gauche, et de l'autre côté, les deuils y étoient représentés par MM. de Nemours, et après étoient trois chaires vides, et puis Messieurs des Comptes; M. l'évêque de Boulogne, officiant encore, et M. deLingendes a fait l'oraison funèbre, qui a été très-belle et accomplie en toutes ses parties, et a pris pour thème le verset 46 de Y Ecclésiastique, cli. xxxvni, In mortuum prodac lacrimas , et fac liictum secunduni meritum ejus. Et la chapelle a été allumée, et le service fini sur les trois heures , et après chacun s'est séparé ^
d. Collection Colbert, t. CXXXIX , p. 216.
Indépendamment des récits que l'on -vient de lire , relatifs à l'année 1637, on peut aussi extraire des notes de Mole les renseignements suivants : le nettoiement des rues de Paris avait de nouveau particulièrement attiré l'attention du Parlement pendant l'année 1637, et, le 9 décembre, le Procureur Général informait la Cour que malgré l'élection des boi'.rgeois de la ville pour surveiller ce service, la levée de certaines taxes et les marchés conclus avec des voituriers , la ville était encore encombrée de boue et les habitants incommodés : ce qui pouvait causer de grands maux. Le Parlement rendit alors un arrêt condamnant à de fortes amendes ceux qui avaient passé des marchés avec la ville et qui ne les exécutaient pas. On manda également les trésoriers de France, au sujet du pavé de la ville, parce que le Roi était tenu de l'entretenir dans de certains endroits, le Prévôt dans d'autres, et les bourgeois devant leurs portes. Il fut alors reconnu que le Roi devait paver la place du Louvre, la rue INeuve-Saint-Honoré, le Palais , la Rastille , l'Arsenal , le haut pavé de la place Maubert , du cimetière Saint- Jean , de toutes les halles (excepté la rue de la Fromagerie ), les places publiques, les banlieues, le Pont-Neuf et la Monnaie ; mais que les grandes croisées, depuis !.'> poue Samt-
LETTRE DE MOLE A. M. DUPUT
Affaires de Rome. — Droit annuel. — Nouveaux conseillers. — M. Colombie. — Les jardins de Champlâtreux-
« Monsieur, j'ai reçu le paquet et le mémoire pour lire par moi seulement, avec la clef incluse. Ce dessein s'exécutera à la fin, quoique jusques ici on le tienne assez entier en ses opinions. Toutes les faces de cette affaire et les causes pour la presser maintenant se diront à la première vue.
« On fait mouvoir toute sorte de ressorts pour obliger le Pape à ne s'éloigner pas de l'ordre accoutumé ; ce ne sont que remises de la part de M. le Nonce, mais nulle satisfaction de Rome.
(( Quant à Lusenet, il importe de sçavoir quel il est
Martin jusqu'à celle de Saint-Jacques , et depuis celle de Saint- Honoré jusqu'à Saint-Antoine, ainsi que le haut du pavé des quais, étaient à la charge du prévôt de Paris. Toutefois, les trésoriers et le Prévôt déclarèrent que les fonds affectés à ce service étaient insuffisants et épuisés depuis longtemps. Aussi l'intervention du Procureur Général resta-t-elle sans effet, comme on le voit par un nouvel arrêt du Parlement, du 4 mars d 638, par lequel il demande une assemblée composée de plusieurs membres du Parlement pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire au sujet du mauvais état des rues de la ville; il y eut encore , le 16 août de cette dernière année, une nouvelle délibération qui n'eut pas de plus utiles résultats.
La correspondance de Mole prouve également qu'il ne fut pas moins fréquemment consulté par le Roi, sur les affaires ordinaires du royaume. Ainsi, nous citerons les lettres suivantes : Le d"mars 1637, le Roi lui écrivait pour prier Mole d'accompagner le Parlement qui devait se rendre auprès de lui, à l'occasion d'un édit que cette Cour refusait d'enregistrer (coll. Colbert, V, p. 234). — Le 13 avril, Louis XIII, reconnaissant que les troubles qui avaient eu lieu dans les galeries du Palais étaient de très-périlleuse conséquence, lui recommandait de poursuivre rigoureusement les coupables (t.V,
et qui le peut rendre si hardi, après une telle action. Si vous en apprenez quelque chose vous m'en donnerez part.
« Pour le droit annuel augmenté*, c'est un sujet pour la Saint-Martin ; on mêlera les nouveaux conseillers avec cette affaire ^
(( M. de Colombie se porte de mieux en mieux; on travaille à ce jardin neuf de fruits (à Champlâtreux) pour vous en offrir l'an prochain. Vous assurant que je serai toute ma vie , etc.
« Mardi matin ^ »
p. 235 ). — Le 20 mai , le Roi après avoir déclaré « qu'il ne se mêloit point de la justice et la laissoit faire à Mole, ainsi qu'il sçavoit fort bien s'en acquitter, » recommandait au Procureur Général un de ses chevau-légers qui avait besoin d'être économisé en sa bourse, afin de se pouvoir mettre en équipage en la saison où l'on était (t, V, p. 235 ^«). Bientôt après, le 7 juin , Louis XIII lui recommandait de nouveau M. de Vins , qui poursuivait aussi une affaire au Parlement (t. V, p. 236). — Le 16 août, le monarque écrivait à Mole à l'occasion de l'abolition accordée au comte de Soissons (t. V, p. 236 bis), et enfin, le 15 novembre, en faveur d'une personne qui désirait obtenir une charge de lieutenant civil à Paris (t. V, p. 237).
1. Cet impôt variait souvent et était augmenté selon les besoins du trésor ou les charges de l'État. Supprimé en 1617, puis rétabli encore, il n'est pas étonnant qu'il ait reparu en cette année pendant laquelle de nouveaux offices avaient aussi été créés , afin de pourvoir aux nécessités de l'État (voy. le Mercure français, t. XXII, p. 68). Il fut également question, en 1639, d'augmenter ce droit, mais le Parlement, par arrêt du 4 avril , fit prier le cardinal de Richelieu de s'entremettre auprès du Roi pour que le droit annuel fût donné aux conditions anciennes et que Sa Majesté eût aussi agréable le retour des conseillers absents.