Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettre lxxvi
DE IMATHIEU MOLE. (1638.) 391
Conseiller au Parlement insulté. — Victoire de Rteinfeld. — Les nouveaux conseillers mal vus au Parlement. — Emeute à l'occasion des rentes non payées de l'hôtel de ville. — Interdiction de la chambre des Requêtes. — Lettre de Richelieu. — Les mémoriaux des banquiers de la cour de Rome défendus. — Contention avec la cour de Rome. — Le Nonce promet de donner satisfaction. — Siège de Hulst. — Nouvelles diverses. — Vœux du Roi et fête de l'Assomption. — Siège de Fontarabie. — Traité des libertés de l'Église gallicane. — Nouvelles diverses. — Naissance du Dauphin. — M. Grotlus. — Mort de madame d'Aligre; éloge de ses veitus. — Siège de Brissac. — Défaite du duc de Lorraine. — La paulette. — Livres de l'abbaye de Corbie. — Duel de M. d'Aubigny. — Les ordonnances relatives à la parenté des juges doivent être rigoureusement observées. — Le père Léon. Panégyrique qu'il devait prononcer. — Prise de Brissac. — Récit faut au Parlement.
INSULTE ET VOIES DE FAIT COINTRE UN CONSEILLER PAR UN AUTRE MEMBRE DU PARLEMENT.
Le mardi 21 janvier, maître Jean Laurens, amené prisonnier par maître Limour, huissier en Parlement, à la requête de M. le Procureur Général, de l'ordonnance de la Cour, en la seconde chambre des Enquêtes , ledit sieur Laurens fut élargi à la caution de M. de Chouannes, conseiller du Roi, de l'ordonnance de M. le Premier Président, lequel sieur de Chouannes s'en chargea , avec obligation de le représenter.
Le 22 , les Chambres ayant été assemblées pour la réception de l'office de conseiller de maître Gamin , Messieurs des Enquêtes, par M. le président de la seconde chambre Champrond, ont dit qu'ils avoient sujet de plainte de l'élargissement de Laurens, emprisonné en vertu d'arrêts donnés en la deuxième,
intervenue sur le procès-verbal de M. Menardeau , au logis duquel Laurens avoit entrepris d'entrer et y commettre beaucoup d'insolences *, et que, toute autre affaire cessante, il importoit de délibérer de ce procédé, afin qu'il fût rétabli es prisons. M. le Premier Président a pris la parole, qui a voulu excuser son action, et comme on a insisté jusque même à demander qu'il se retirât pour en être ordonné, enfin les huissiers ont été commandés par lui de se transporter au logis de Cliouannes, caution de Laurens, afin de l'obliger à le représenter. Et depuis , ayant appris où Laurens étoit , ils y ont été et ont rendu réponse de ne l'avoir pu rencontrer. Et sont demeurés tous en la Grand'Cliambre , sans parler d'aucune affaire, et le répondant a été remis au lendemain à l'heure accoutumée.
Et l'aprcs-dînée de ce jour, Chouannes, caution, l'a fait remettre en la Conciergerie, de sorte que, le 23, les Chambres ont encore été assemblées, qui ont voulu être assurées de l'emprisonnement; le geôlier a été
1. Nous avons déjà extrait des registres du Parlement plusieurs délibéiations relatives à la mauvaise police de Paris, en ce tempslà. Cependant le cardinal de Richelieu avait eu soin de la confier à un de ses serviteurs les plus dévoués (dont il a déjà été question dans ce volume et dans le t. I), à M. de Lafferaas, en le nommant lieutenant civil ( voy. les registres , séance du 19 novembre 1637). La Gazette nous entretient « des actions les plus célèbres de ce lieutenant civil » (p. HO et 6G4), ce cpii n'empêchait pas que les prisons fussent forcées et les gens de mauvaise vie et vendeurs de tabac empêchés de continuer leur métier; on voit seulement que M. de Laffemas avait inventé de nouveaux genres de peine, en condamnant ceux qu'il faisait arrêter au fouet, aux galères et à traîner les tombereaux à bras destinés au nettoiement des rues de Paris (p. 116).
envoyé quérir et lui a-t-on fait défense de plus, à l'avenir, élargir prisonnier sans arrêt de la Cour.
Et depuis, le procès a été fait à Laurens, en la seconde chambre des Enquêtes, et a été jugé suivant Tarrêt ci-après : « Vu par la Cour, les deux procès criminels faits et instruits, de l'ordonnance d'icelle, par l'un des conseillers à ce commis, tant à la requête du Procureur Général du Roi que de maître Louis de Riencourt , huissier en ladite Cour, à l'encontre de maître Jean Laurens, prisonnier es prisons de la conciergerie du Palais, pour raisons des insolences et voies de fait par lui commises, mentionnées aux procèsverbaux de maître Claude Menardeau , conseiller en ladite Cour, du 20 janvier, les interrogatoires, etc., dit a été que ladite Cour, pour réparation des cas résultant dudit procès , a condamné et condamne ledit Laurens dire et déclarer, en la chambre, nu-tête et à genoux, que, témérairement et insolemment il a proféré les paroles et commis les voies de fait mentionnées audit procès , dont il se repent et en demande pardon à Dieu, au Roi et à justice, et en trois cents livres tournois pour réparation, dépens, dommages et intérêts envers ledit de Riencourt, huissier, et en trois mille livres tournois d'amende envers le Roi, applicables le tiers au pain des prisonniers de la conciergerie du Palais, et les deux autres tiers aux nécessités de ladite Cour, et à tenir prison pour lesdites sommes. » Cet arrêt fut prononcé audit Laurens et exécuté le 4 février 1638'.
i. Collection Colbert, t. CCXIII, p. 261, 263.