‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 134 sur 167 · Collection Colbert, t. VI, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. VI, p

2. Celte question des expéditions et des nominations aux évêchés et aux bénéfices, préoccupait surtout Math. Mole à cause des prétentions du duc de Lorraine. Aussi avait-il chargé Godefroi de lui rechercher tous les précédents qui pouvaient éclairer ce point litigieux, et Godefroy écrivit à Mole la lettre suivante :

« Monseigneur, je reçus, samedi dernier, celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, par laquelle je recognois que vous avez à gré le recueil que je vous ai fait tenir, et , suivant votre désir, j'ai recherché ce qui s'y peut ajouter, ainsi que recognoîtrez par le mémoire, nommément pour l'évèché de Pampekme, au royaume de Navarre , usurpé par Ferdinand roi d'Aragon, et pour les évcchés et abbayes des comtés de Flandres et d'Artois, dont l'empereur Charles V extorqua la souveraineté sur le roi François I", et pareillement pour les évêchés et autres bénéfices consistoriaux du

nous ajouterons la présente pour vous mander et ordonner particulièrement, comme nous faisons, d'user de diligence en ce qui dépendra de vous pour lesdites observation et exécution : car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye, le 13 juin 1638. »

« Notre amé et féal , nous vous envoyons un arrêt par nous donné étant en notre Conseil, touchant les expéditions de cour de Rome, dont vous verrez la teneur, et le présenterez, ensemble nos lettres patentes du même jour, à notre cour de Parlement; il sera besoin que vous fassiez aussi toutes les réquisitions nécessaires afin que notredite Cour fasse au plus tôt ce qui dépendra d'elle pour l'observation et exécution de notredit arrêt dans l'étendue de son ressort, et que, de votre part, vous apportiez toute diligence en ce qui vous est enjoint par nosdites lettres patentes. A quoi vous ne ferez faute, car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye le 13^ jour de juin 1638.»

marquisat de Saluées, de Bresse, de Béam et de la basse Navarre, que nos rois ont acquis depuis le concordat de l'an 1316.

« Le duché de Milan et le pays de Cambrésis ont été usurpés sur l'Empire par les rois d'Espagne, et sont dans lesdits duché et pays les archevêchés de Milan et de Cambrai, les évêchés de Crémone , Pavie , Novare et autres évêchés et abbayes de valeur ; mais je ne sçais comme le roi d'Espagne en use , et s'il y a le droit de nomination. A tout le moins , est-il vraisemblable qu'il n'y est point pourvu par les papes , qu'en faveur de ceux que les rois d'Espagne leur recommandent, pour en demeurer d'autant affectionnés à la monarchie. Je ne manquerai aussi, d'autre part, de m'enquérir et rechercher tout ce qui y peut servir pour plus grand éclaircissement : comme celui qui suis , Monseigneur, votre, etc. De Paris, le 2b octobre 1638. T. Godefroy. »

i06 MÉMOIRES

Ma requête étoit conçue en ces termes : « Vu l'arrêt du Conseil d'État du Roi, du 14 juin 1638, signé Bouthilier, par lequel ledit seigneur ordonne que l'envoi de toutes sortes de Mémoriaux à Rome, pour les expéditions de bénéfices ou pensions* sur iceux, sera supersédé, et fait très- expresses inhibitions et défenses à tous banquiers expéditionnaires de ce royaume d'y en envoyer aucun, jusques à ce qu'autrement en ait été ordonné, à peine de trois mille livres d'amende, et que chacun des banquiers exhibe aux juges des lieux où ils sont établis leur registre, trois jours après la signification dudit arrêt, pour être parafé , en sorte que rien n'y puisse être ajouté touchant les bénéfices; la commission pour l'exécution dudit arrêt de la Cour adressante dudit jour, 14 juin 1638, signée Louis, et plus bas, par le Roi, Bouthilier, et scellée, sur simple queue, du grand sceau de cire jaune : je requiers pour le Roi lesdites lettres et arrêt être lus, publiés et enregistrés, pour être

1. On lit dans les Mémoires de Richelieu, t. X, p. 424 : « Il y avoit longtemps qu'on n'expcdioit point de bulles à Rome pour les évêchés parce qu'il n'y avoit personne qui fît la fonction de protecteur de France. Cependant il vaquoit tous les jours des évêchés en France, qui demeuroient sans pasteurs. Notre ambassadeur fit instance à Sa Sainteté d'y apporter remède. Elle répondit qu'il dépendoit seulement de ce que le Roi nommât un autre protecteur que le cardinal Antoine — Le Roi voyant toutes ces choses, et ayant avis que difficilement se mettroit-il à la raison en aucune affaire si ce n'étoit par la crainte..., on fit faire défense à ses banquiers à Rome de plus poursuivre et lever aucune expédition. Sa

Majesté fit expédier un arrêt de son conseil Dès que le nonce

en eut avis, il en vint faire plainte, » etc. Cet arrêt du Conseil devait se trouver dans les Mémoires de Richelieu , luais il n'y fut pas transcrit.

exécutés selon leur forme et teneur, et copies d'iceux envoyées aux bailliages et sénéchaussées de ce ressort pour y être pareillement lues, publiées, enregistrées et exécutées, à la diligence de mes substituts qui seront tenus certifier la Cour avoir ce fait au mois^ »

LETTRES DE MOLE A M. DUPUT

« Monsieur, vous pouvez croire quel sentiment j'ai de votre mal, et de vous avoir pris à votre retour. Je veux espérer qu'il passera bientôt, et non pas assez tôt pour mon souhait. C'est aujourd'hui le bout de l'an que sçavez , non de la douleur qui ne se passera pas en si peu de temps ^

« Je reçus, hier au soir, les lettres avec un arrêt du Conseil, sous le contre-scel , qui portent surséance de mois, à Rome, des Mémoriaux pour les banquiers, sous peine de commandement de porter leurs registres pour être parafés. Je vous en ferai faire copie.

« J'ai vu les actes imprimés au chap. xx ^, auxquels on ajoutera celui-ci. Aussi bien se passe-t-il beaucoup de choses qui seront en exemple à l'avenir. Je serai toujours, etc.

i. Collection Colbert, t. CLIII, p. 395, 396 et 397.

2. Cette lettre de Mole ne porte pas de date. Il n'est donc pas facile de déterminer de quel bout de l'an Mole veut parler.

3. Le chapitre xx du Traité des libertés de PEglise gallicane de Dupuy, qui est consacré en effet aux provisions , émoluments et revenus des bénéfices (voy. sur ce même sujet le Testament politique de Richelieu), aux défenses de faire des pèlerinages, à l'argent envoyé aux collecteurs du Pape , aux défenses de porter or ou argent à Rome , et de se pourvoir en la cour du Saint-Père , les notaires apostoliques ne pouvant recevoir contrats des choses temporelles et profanes relatifs aux sujets du Roi.

Cet ouvrage de Pierre Dupuy, auquel Mole portait le plus vif

408 I^IÉMOIRES

(( J'attendrai l'écrit d'aubaine, qu'il me semble que vous dites que vous m'envoyez.

« J'attends avec extrême désir la copie de l'écrit qui a été vu en la petite chambre du désert (à Cbamplâtreux). Je n'en ai pas voulu parler, de peur de donner de la peine : j'en ferai la copie, si vous me l'envoyez. Nous parlerons de l'afiaire qui se juge cejourd'hui à Saint-Germain à la — (sic). Je suis tout à vous, n

intérêt , comme nous le verrons par plusieurs lettres que l'on trouvera ci-après, était alors sous presse, et il parut en 1639. Quelques années plus tard (1652), Pierre Dupuy ajouta à ce premier travail une seconde publication qui eut pour titre : Commentaire sur le Traité des libertés de l'Eglise gallicane, de maître Pierre Pithoii. En tête se trouve la dédicace suivante à Mathieu Mole : nous l'avons copiée sur l'exemplaire même de Pierre Dupuy (Bibl. irap., in-4°, E. 1069) : « A messire Mathieu Mole, chevalier, premier président et garde des sceaux de France. — Monseigneur, je vous offre le Commentaire que j'ai fait sur le Traité des libertés de l'Église gallicane de ce grand homme ]M. Pithou. Si je considère mon affection, je trouve, à la vérité, mon présent très-petit; mais le sujet de mon travail est si beau, si noble et si royal, que je ne dois point douter qu'il ne soit vu d'un très-bon œil, et reçu avec toute sorte d'applaudissements. On ne verra rien dans cet écrit qui ne soit constant et indubitable dans l'esprit de tous les François qui ont un vrai et sincère amour pour leur Roi et pour leur patrie. Et néanmoins, j'apprends, avec beaucoup de regret et d'indignation, qu'il y a des gens qui font tout ce qu'ils peuvent pour ruiner ces droits, qui sont l'un des plus solides fondements de l'autorité royale , et l'un des plus beaux et des plus riches ornements de cette couronne. Croyez-moi, je vous supplie, Monseigneur , que leur dessein et leurs efforts ne sont point à mépriser. Comme le bruit extraordinaire de certains oiseaux est une marque assurée d'une pluie prochaine , l'on peut dire aussi que l'émotion extraordinaire que ces personnes font paroître est un présage de quelque mouvement à l'encontre de cet État, Recevez dtmc, s'il vous plaît, Monseigneur, cet ouvrage que je ne vous envoie point tant en considération de son prix et de sa valeur, que sur la conscience que me donne l'incomparable amour

« Monsieur, je vous suis infiniment obligé de votre souvenir et du sentiment particulier que vous avez pour moi. La santé va mieux, grâce à Dieu, et la fièvre m'a quitté. J'espère que ce qui vous est survenu confirmera votre meilleure disposition à longs jours. Je ferai, demain, chercher l'arrêt duquel vous m'avez envoyé la date et duquel on peut tirer conséquence qu'ayant recours à Rome , pour obtenir

que j'ai toujours eu pour vous , lequel ayant commencé dès notre tendre jeunesse , s'est depuis merveilleusement accru par la force du raisonnement, et a pris sa dernière perfection par la suite du temps, et surtout par la courtoisie et les bons offices dont il vous a plu de m'honorer. Je ne juge pas à propos d'en faire le dénombrement en détail , de peur que ceux qui voudroient faire comparaison de ce peu que je vous donne, avec l'abondance de ce que j'ai reçu de vous , n'eussent sujet de dire que vous avez très-mal employé vos faveurs envers un homme qui ne les a pas sçu recognoître selon leur mérite. Mais, au lieu des obligations que je vous ai en mon particulier, il vaudroit beaucoup mieux faire ici une honorable mention de celles dont le public vous est redevable, puisqu'il jouit maintenant, par la grâce de Dieu, des douceurs de la paix , que je suis assuré être la chose du monde que vous avez le plus à cœur. Je parle ainsi sur la cognoissance que j'ai de votre bonté incroyable, de la grâce merveilleuse qui reluit en toutes vos paroles et en toutes vos actions , de votre piété insigne qui est si rare en ce temps, et qui ne se trouve qu'en ceux qui ont une forte passion pour la concorde et pour l'union, et généralement de tant d'autres vertus qui sont en vous à un degré si éminent, qu'il n'est celui qui ait le généreux dessein d'exceller entre les hommes à qui elles ne puissent servir de patron trèsparfait, et de règle très-assurée pour la conduite de sa vie. Au reste, Monseigneur, j'ai cru que je ne pouvois confier ce livre à d'autres mains que les vôtres , puisque vous êtes l'homme du monde à qui je suis le plus obligé, que je n'ai rien fait en ceci qu'à votre persuasion et par votre autorité, et que la vérité, qui a été mon seul but, n'a point de protecteur qui soutienne ses intérêts avec plus d'ardeur et tant de zèle que vous.

« Pierre Dupuy. »

dispense, les évêques n'avoient pas le droit de succéder. Cette question mérite d'être éclaircie, en laquelle se trouvent différentes opinions. Je ne changerai point d'esprit pour vous témoigner que je suis, » etc.

Les lettres du Roi ci-dessus , touchant les Mémoriaux des banquiers, avec l'arrêt du Conseil y relatif, avoient été portées par moi à la Cour le 16 juin, avec les conclusions, pour être lues, publiées et registrées; mais le 20, je reçus commandement de retirer les lettres et arrêts, ce que j'ai fait, et les ai rendues à M. le Chancelier, sur l'assurance que M. le Nonce a donnée au Roi de le contenter au retour du courrier qu'il envoyoit exprès à Rome.

LETTRES DE MOLE A M. DUPUY

Indisposition de Dupuy, — Siège de Hulst. — Nouvelles diverses.

« Monsieur, en lisant la vôtre, je me satisfais comme si nous parlions ensemble; je ne trouve pourtant personne à votre chambre ; j'ai bien du regret que ce mal continue à ce bon œil. Il me semble qu'il y avoit quelques eaux qui y pouvoient apporter quelque soulagement et que vous en avez donné aux autres. Entretenons nos bâtiments en toutes les parties et les étayons tant qu'il se pourra, et après, six pieds de terre en font raison : ce sont des pensées du désert, desquelles on est bien diverti au milieu de tant d'exercices de la ville.

« J'ai eu copie du contrat de mariage; c'est assez qu'il doit être vérifié au Parlement; on y apportera lors tous les remèdes possibles.

DE MATHIEU MOLE. (1638). iH

« C'est un siège important que celui d'Hulst*. Il est commencé tard; mais on s'assure aux entreprises du prince d'Orange, qu'il conduit toujours à sa fm. Je serai votre, etc. Ce dimanche matin. »

« Monsieur, j'ai bien du regret de ce qui est arrivé à M. notre conducteur, mais il doit être satisfait de s'être uni avec le Chapitre, et, d'un même esprit, d'avoir contribué à ce qui se pouvoit pour l'honneur de l'Église. Mais sçachons le véritable ordre qui se doit observer, par les exemples passés , non en dernier, mais des précédents ; si vous avez les dates des mariages faits en cette église^, je ferai chercher dans nos registres.

ce J'ai vu les lettres de provision, non en style commun, mais digne du nom et de la charge. On y a mis la dernière clause qui n'étoit point nécessaire. Les présidents du Parlement ci-devant reçus, n'ayant l'âge, ont été reçus en la Grand'Chambre; nous nous en entretiendrons bientôt. Ce que je souhaite avec

1. Le prince d'Orange avait envoyé une armée en Flandre, qui paraissait menacer Anvers ou tout au moins la ville de Hulst ; mais lorsqu'elle eut pris le foit de Calloo , elle fut attaquée (21 juin) par Piccolomini. (Voy. Bazin, Hist. de Louis XIIJ, et les Mém. de Riclielieu, t. X, p. 318.)

2. Ces lettres de Mole ne portent pas de date, elles font partie de la collection Dupuy, t. DCCXCII, lettres xxxii, xxxv, lxxxvii, Lxxxviii, p. 438. Nous pensons qu'elles se rattachent probablement à la nouvelle suivante donnée par la Gazette. « Le 2 de ce mois (juin), le duc de Longueville, par dispense de Sa Sainteté, épousa Mademoiselle de Bourbon , dans la chapelle de l'hôtel de Condé, l'ayant fiancée le jour précédent, et le prince de Condé leur ayant fait un souper magnifique. » Il y eut sans doute quelques difficultés avec le Chapitre pour la célébration du mariage à la cathédrale de Paris.

passion est de vous faire croire par effet que je serai le reste de ma vie votre, etc. Ce samedi matin. »

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