Collection Dupuy, t. DCCXCII, lettre xxiv
3, Le siège de Brissac était commencé depuis le mois d'août. Savelli, général au service de l'Empereur, et dont il a été question
faires à l'Empire et ses bons alliés, et tiendra nos frontières en repos, et ainsi nous garantira de l'orage au dedans.
« Vous sçavez bien que l'on souscrira toujours a ce qui contente M. de Thou. Puisqu'il avoit promis de faire le voyage de Piémont, il s'en acquitte : je souhaite son retour, au milieu de tant d'accidents qui peuvent survenir et des occasions qu'il n'attend pas, mais qu'il va rechercher. Si ledit de la paulette se vend, et celui de Sedan, vous m'en enverrez des exemplaires, s'il vous plaît.
« Pour les livres de Corbie, j'ai toujours convié les relieurs de les faire apporter peu à peu et sans bruit; ils ne m'ont point encore donné avis de l'avoir fait; mais c'est assez s'ils sont en sûreté.
« Les fêtes se passent ici, où vous ne serez pas oublié, et aussitôt le retour, que je souhaite pour avoir le bien de vous voir\
« J'ai déchiffré le billet, et l'ai rompu. »
ci-dessus, assemblait une armée pour délivrer la ville ; mais le duc de Weimar, dont le camp était alors à Colmar, pourvut à toutes les nécessités de la situation et le siège continua très-heureusement. Tous les détails de cette opération militaire sont imprimés dans le Mercure français, t. XXII , p. 483 et suivantes; elles se prolongèrent pendant tout le mois de novembre ( voy. la Gazette de France, p. 669), et lorsque le dernier fort de Brissac eut été pris, le baron de Reinach, gouverneur de Brissac, se décida à capituler Je 7 décembre. La Gazette imprima alors (p. 757) un récit de la prise de Brissac, parle duc de Weimar, avec l'emprisonnement du général Gœtz.
i . Collection Dupuy, t. DCCXCII , lettre xlvii. — Voir ci-après la relation de la prise de Brissac.
LETTRE DU CARDINAL DE RICHELIEU A MOLE. Duel de M. d'Aubigny.
« Monsieur, je viens présentement de recevoir une lettre du Roi, par laquelle Sa Majesté me commande de vous donner avis d'un combat arrivé derrière Montfaucon, entre le sieur d'Aubigny, frère de M. de Villequier, capitaine de ses gardes , qui a été tué, deux des mousquetaires de Sa Majesté, l'un nommé Pommeraye et l'autre Beaufrançois, et un autre, qui servoit de second audit sieur d'Aubigny, duquel on ne sçait pointle nom, et vous dire qu'elle désire nonseulement que vous fassiez informer diligemment de cette action , mais aussi que la justice en soit faite et que l'on n'y perde point de temps. Cette affaire est de telle importance au service du Roi, que je ne doute point que vous n'y apportiez tout le soin que l'on se peut promettre de votre affection. Je vous en conjure en mon particulier, et de croire que je suis, Monsieur, votre, etc. De Ruel, ce 1 7 novembre. »
LETTRE DU ROI A MOLE
Les ordonnances relatives à la parenté des juges doivent être observées,
« Notre amé et féal, nous avons fait expédier nos lettres de déclaration sur ce qui est de notre volonté et intention en l'observation plus exacte des ordonnances qui concernent l'âge et la probibilion des parentés et alliances en certains degrés, de ceux qui sont pour être admis dans notre cour de Parlement. Et comme c'est chose qui importe grandement au bien de la justice et que nous avons en singulière affection, pour voir cesser les plaintes qui nous sont
journellement faites des désordres qui arrivent du mépris desdites ordonnances; à ces causes, nous voulons et vous mandons que, incontinent ces présentes reçues et toutes autres affaires cessantes, vous ayez à présenter à notredite cour de Parlement nos susdites lettres de déclaration, lesquelles nous vous envoyons à cette fin, et à en requérir et poursuivre instamment la publication et enregistrement' selon leur forme et teneur, sans qu'il y soit apporté aucune longueur ni difficulté. Et au surplus, vous tiendrez soigneusement la main à l'observation du contenu en icelles% et es
i . D'après ces lettres patentes, il était aussi défendu d'admettre à la Cour aucun officier qui n'avait pas l'âge requis, qui n'eût pas fréquenté le barreau ou exercé autres charge de judicature le temps voulu par les ordonnances; il ne devait pas non plus y avoir de parents aux degrés défendus ; mais la Cour, en les enregistrant, réserva qu'il serait fait des remontrances au Roi pour le supplier, en ce qui touche les parentés mentionnées es dites lettres, que les neveux et les frères en fussent exceptés, enfm qu'il fût accordé des dispenses de la rigueur de l'ordonnance à ceux de la compagnie qui par leurs services auroient mérité d'être gratifiés.
2. Depuis la nomination de Séguier aux fonctions de chancelier de France , on paraissait rappeler avec soin le Parlement aux usages antiques qu'il avait laissé tomber en désuétude. Nous avons déjà vu le règlement des préséances et des honneurs à rendre au garde des sceaux et au chancelier entrant à la Cour. Avant de renouveler les ordres relatifs à la parenté des juges, le Chancelier voulut remettre en vigueur l'usage de la mercuriale. Le Parlement reçut donc, pendant la séance du 14 décembre, la lettre suivante du Roi; « Nos amez et féaux, vous sçavez que c'est par la justice que les rois régnent, que leur autorité est recognue et que leurs Éiats florissent; et pour cela les rois nos prédécesseurs vous l'ont donnée en dépôt, comme nous avons fait aussi, nous déchargeant sur vos consciences et sur votre honneur de la rendre à nos sujets, qui doivent se promettre de la recevoir en toutes occasions de vous. Il ne suffit pas à un juge d'être exact et droiturier : il doit l'exemple au public, et que la conduite de sa vie serve de
susdites ordonnances, et nous donnerez avis des contraventions qui y pourront être faites, pour y être par nous autrement remédié. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir ^ Donné à Saint-Germain en Laye, le 18* jour de septembre 1638. »
règle aux autres ; ce que nosdits prédécesseurs ayant recognu faire partie de la fonction d'un bon juge, et aussi que l'indulgence qui se glisse aisément dans les esprits des hommes les fait relâcher de la discipline , ils ont prescrit, par leurs ordonnances, diverses choses qu'ils ont voulu être observées, soit à l'habit, soit à la forme de vivre de leurs officiers qu'ils ont aussi assujettis aux mercuriales, afin que la crainte d'y être blâmés et repris les retienne en leur devoir. Il est arrivé en cette loi, comme des plus saintes, que le temps a diminué de force et que peu à peu on s'est accoutumé à la négligence , dont il est arrivé tant de maux à notre justice, à la dignité d'icelle et respect que nous voulons lui être rendue, que pour l'y rétablir, nous n'avons point trouvé de voie plus sûre que de remettre en pratique une ordonnance si sainte que celle-là. A ces causes, nous voulons et vous mandons qu'es jours, destinés à la susdite mercuriale , tous nos présidents et conseillers se trouvent en notre cour de Parlement, et qu'en icelle il soit traité de l'heure des entrées , des habits , et autres choses qui regardent la dignité , discipline et fonction de vos charges ; que notre Procureur Général y puisse faire telle proposition qu'il avisera pour le bien de la justice et dignité de la compagnie ; que les résolutions qui y seront prises soient exécutées selon leur forme et teneur ; que de tout ce qui aura été proposé et déterminé en icelle assemblée, l'on en informe notre très-cher et féal Chancelier, qui nous en rendra compte, et qu'en toutes autres choses vous observiez ce qui vous est enjoint par nos ordonnances. Si n'y faites faute , car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Laye, le 11 décembre 1638. »
1. Collection Colbert, t. V, p. 24S. — Voy. sur cette importante question le t. I" de ces Mémoires, p. 488, 496, 509 et 515. — Le Roi adressa au Parlement une lettre de cachet sur le même sujet : on la trouve dans les registres sous la date du 29 décembre.
LETTRE DE MOLE A M. DUPUY
Panégyrique du père Joseph. — Le Traité des libertés de l'Eglise gallicane. — Prise de Brissac.
« Monsieur, je vous renvoie l'un de vos livres et vous en rends grâces. Il est bien plus difficile de ranger par ordre tant de papiers, que de les écrire en table. Il n'y a plus de peine quand cela est.
« Le père Léon sera bien examiné aujourd'hui en son oraison funèbre'. Le peu de temps qu'il a eu peut
1. Le père Léon, capucin, dont il a déjà été plusieurs fois question dans la correspondance de Mole, était un commensal habituel du Premier Président au château de Champlâtreux. Il a laissé la réputation d'un bon prédicateur panégyriste. La Gazette de Renaudot dit de lui, sous la date de 1630 (p. 432) : « Cette semaine, le père Léon et le sieur d'Airains, l'un des prédicateurs de Son Éminence , ont reçu ordre de prêcher devant le Roi , en la place du sieur de Lingendes. » Mais l'oraison funèbre dont il est question dans la lettre de Mole fut , au dire de la même Gazette , prononcée le 24 décembre \ 638 , au service solennel qui fut célébré, pour le père Joseph, par le révérend père général des Capucins, dans leur couvent du faubourg Saint-Honoré , auquel assistèrent le cardinal Richi , le nonce de Sa Sainteté, l'archevêque de Paris, et tant d'auti-es prélats et seigneurs, qu'il s'y compta plus de trois cents cari'osses, où le père Léon, comme réformé du couvent des Billettes , s'acquitta très-dignement de son oraison funèbre. «
Le père Léon forma, plus tard, un recueil de tous les sermons qu'il avait prêches et les publia sous le titre de : la Couronne des Saints , composée de divers sermons panégyriques. L'édition de l'année 1642 est dédiée à « très-sage, très-vertueux et très-illustre seigneur, messire Mathieu Mole, premier président au parlement de Paris, » et la dédicace en est ainsi conçue : « Monseigneur, c'étoit la coutume des Romains de couronner la porte des pères dont la fécondité donnoit de nouveaux enfants à cette grande république, laquelle devoit dompter et peupler tout l'univers; coutume que l'esprit de Dieu rend plus solennelle , lorsqu'il enseigne par la
servir d'excuse ; mais elle ne sera pas reçue de tous. Ce genre est très-difficile, et encore plus en ce rencontre.
« Si vous avez fait une copie de la table par rois du livre nouveau et ancien, vous m'obligerez de me l'envoyer. Vous souhaitant bonnes fêtes et longues années , et serai toujours*, » etc.
bouche du plus sage des rois, et par la plume du plus éminent des apôtres , que les enfants , comme chapeaux de fleurs et couronnes de fin or, arrondissent la gloire de ceux qui les mettent au monde. Si vous avez assez de bonté, Monseigneur, pour prendre la qualité de père en faveur des religieux de notre province , depuis nommément que pai* la bonté du Roi et par la protection de Son Éminence , ils sont établis dans cette ville de Paris, certes, nous n'avons pas moins d'obligation que toutes nos vies vous soient de justes remerciements, et que toutes nos œuvres contribuent à la gloire que vos incomparables mérites ont acquise dans le public. En cela, véritablement, nos pensées s'accordent avec la voix de toute la France, laquelle conçoit une joie extraordinaire de vous voir, Monseigneur, choisi parmi tant de sages tètes pour être le chef du premier et plus auguste de nos Parlements. Comme il n'y a personne dans le monde qui n'ait la même cognoissance de votre intégrité, dont la nature nous a donné les premiers principes, et de ces grandes vérités générales écrites partout avec les rayons du soleil , de même chacun a cru que notre invincible monarque, remplissant la charge de premier président d'une personne de votre sorte , faisoit justice tout à la fois à la bonté de son génie, au bien de son État, à l'approbation des peuples et à la longue expérience que l'on a de vos vertus. C'est aussi le sentiment qui presse mon cœur, pour la seconde fois, de vous offrir avec soumission et révérence cette Couronne des Saints, composée des plus riches fleurons de la grâce. Ne l'osant mettre sur le chef de ces hommes consommés en gloire, qui en font un éternel hommage au trône de la Divinité , à l'imitation des anciens qui les posoient aux pieds des statues , je la présente entre vos mains ; qui n'êtes séparé de la condition des saints que par celle de mortel. Monseigneur, votre, etc. F. Léon, r. carme. »