CHAMBRE DES MONNAIES
Le 9 juillet, j'apportai en la Cour d'autres lettres de cachet du Roi, relatives à une Chambre souveraine de justice pour les monnoies, et desquelles la teneur ensuit : c De par le Roi : nos amés et féaux , le transport qui se fait journellement de nos monnoies aux pays étrangers, et le trafic illicite de billon et autres mauvaises espèces qui ont cours dans notre royaume, par le moyen d'une cabale de faux monnoyeurs que nous avons découverte, nous a obligé, pour prévenir les maux qui en pourroient arriver, de faire établir une Chambre Souveraine, qui vaquera à la recherche et correction de tous ces désordres. Sur quoi, nous avons fait expédier nos lettres patentes de déclaration que nous vous envoyons , notre intention étant de choisir les principaux juges en notre Parlement. A ces causes, nous voulons et vous mandons, et très-exprès- 1
sèment enjoignons par ces présentes que , toutes autres affaires cessantes et postposées, vous ayez à procéder, tout incontinent, à la publication et enregistrement de nos dites lettres de déclaration , selon leur forme et teneur, sans y apporter aucune longueur, restriction ni difficulté, comme h chose de très-grande importance. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Saint-Germain en Lave, le 1 4 juin 1 63 1 . »
Cette chambre devoit être composée de deux présidents , quatre Maîtres des Requêtes , dix conseillers de la Cour, et devoit se tenir en la tour du Palais où se tenoit la Chambre de l'Edit, avant le bâtiment de la nouvelle chambre. Ses pouvoirs étoient de cognoître et juger souverainement en dernier ressort, privative-
ment à tous autres juges, de tous crimes concernant les monnoies , tant en premicie instance que par appel, soit pour fabrication, altération ou transport des monnoies, déguisement ou supposition de change, ou remise de deniers. La Cour ordonna l'enregistrement de ces lettres patentes au greffe d'icelle, à la charge que tous les procès criminels qui seroient faits aux accusés, seroient instruits à la requête du Procureur Général , et que la commission , contenant les noms des commissaires, seroit enregistrée pareillement en la Cour, sans que lesdites lettres puissent faire préjudice à ceux qui doivent jouir de leur privilège \
DÉCLARATIOj>r COINTRE LA REINE MÈRE ET CONTRE M. LE DUC d' ORLÉANS.
Le mercredi 13 août, le Roi vint tenir un lit de justice et apporta ses lettres de déclaration contre la sortie du royaume de la Reine, sa mère^, et de M. le duc
1. Il n'y eut donc aucune opposition du Parlement pour l'enregistrement des lettres patentes portant création de cette Commission extraordinaire des monnaies (voy. la note ci-dessus, p. 34). Cet enregistrement eut lieu le 30 juillet,, avec la seule réserve que M. Laffemas et autres, qui n'avaient pas été reçus officiers et n'avaient pas prêté serment en la Cour, ne seraient pas employés en cette Commission, et que le Roi serait supplié que cette Commission ne fût que pour deux années. Mais le 20 août, Laffemas obtint l'enregistrement de ses lettres de conseiller du Roi, maître des requêtes de son hôtel.
2. La Reine mère avait quitté le château de Compiègne le 18 juillet , pour se réfugier en Flandre. Le 21 de ce même mois, un gentilhomme vint de la part de la Reine mère apporter une lettre au Parlement, qui refusa de la recevoir et chargea le Procureur Général de la remettre toute cachetée au Roi. Le 23 , Louis XIII manda le Parlement au Louvre, et chargea le Garde des Sceaux d'informer ces personnages des diverses circonstances
Gi MÉMOIRES
d'Orléans , son frère. M. le Garde des Sceaux fit entendre les raisons qui avoienl mû le Roi venir en son Parlement, et, tout en manifestant l'espoir que le temps leur feroit recognoître leur faute et qu'il n'y avoit gloire, honneur, bienséance ni repos pour eux que dedans les bonnes grâces du Roi, il ajouta : « Il faut être à Sa Majesté pour être à soi, et hors de son obéissance il n'y a point de liJDerté ; tout ce que ses sujets projètent sans son sçu n'est que faction, révolte et entreprise contre le Roi , et trouble le repos public, » M. le Premier Président répondit et prit pour thème de son discours : « Les Rois sont les dieux visibles des hommes, comme Dieu est le roi invisible de l'univers, w 11 excusa aussi le Parlement si, par le devoir de sa charge, il étoit obligé à d'hon-
du départ secret de la Reine sa mère, après avoir refusé d'accepter les propositions avantageuses qu'on lui avait faites de sa part pour elle et pour les personnes attachées à son service. Ce départ obligeait le Roi à se rendre sur la frontière de Flandre. Louis XIII .prit ensuite la parole et leur dit : « Vous voyez, Messieurs, que je suis contraint de partir pour prévenir les desseins que l'on a contre mon État et la tranquillité publique. L'on écrit et l'on publie beaucoup de faussetés , de calomnies et injures contre mes fidèles serviteurs, même, ajouta-t-il en se moquant, voyez s'il y a apparence à ce qu'ils disent qu'on m'a fait passer en Italie pour me perdre et pour faire finir ma race. Ils en veulent à mes serviteurs très-fidèles et à M. le cardinal de Richelieu : ceux qui s'intéresseront pour sa conservation , sçachant sa fidélité , seront mes très-fidèles serviteurs. Ils s'enquèrent du cours de ma vie. Dieu me fera la grâce de vivre, et s'ils se présentent devant moi, assurez-vous que nous les battrons. » ( Extr. des regist. du Parlem. ) Pendant le voyage du Roi , le 4 août , une nouvelle lettre de la Reine mère adressée aussi au Parlement, lui fut encore apportée par un gentilhomme. La Cour refusa également de la recevoir, et l'envoya toute cachetée au Roi. Enfin le Roi se décida à porter au Parlement une déclaration contre sa mère et contre son frère.
nétes résistances en la vérification des édits que Sa Majesté envoyoit, par cette maxime que, parlant à un prince très-sage, très-juste et très-prudent, ils ])ensoient que le Roi ne veut rien que de juste et raisonnable, conforme à l'usage du Parlement et aux lois du royaume. Ensuite les huis furent ouverts et les lettres de déclaration furent lues, ainsi qu'un édit de création d'officiers en son Parlement. Enfin , M. le Garde des Sceaux a prononcé et ordonné , de par le Roi, qu'il fût mis sur le repli de l'édit et de la déclaration : « Le Roi, séant en son lit de justice, a ordonné que sur le repli desdits édit et déclaration sera mis : Lues, publiées et registrées, ouï et ce requérant son Procureur Général. >) El après se sont retirés dans l'ordre accoutumé.
DUCHÉS-PAIRIES DE MM. DE LA VALETTE, CARDINAL DE RICHELIEU ET DE LA ROCHEFOUCAULD.
Le 2 septembre, je présentai au Parlement des lettres patentes de déclaration de la volonté du Roi , pour la vérification des lettres de duclié-pairie, les trois chambres assemblées, c'est-à-dire en la Grand'- Chambre, sans les Enquêtes*. La teneur desdites lettres s'ensuit : « Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Étant bien instruit, par l'exemple des
1 . L'enregistrement de ces lettres patentes de duché-pairie avait été retardé, depuis longtemps, par le conflit qui s'était élevé entre la Grand'Chambre et celle des Enquêtes. Le Roi avait déjà vainement insisté , pendant l'audience qu'il donna au Parlement le 24. juillet , pour obtenir cet enregistrement ; il fut obligé de mander de nouveau la Cour au Louvre, le 20 août, afin de prendre une décision, en connaissance de cause, pour faire cesser ce conflit. Mais la Cour refusa de s'y rendre, et chargea le Procureur Géné- II 3
rois nos prédécesseurs , combien il est utile et important de recognoître les liommes vertueux par honneurs, charges et dignités , entre lesquelles la qualité de duc et pair est l'une des plus éminentes de ce royaume, et, pour bonnes considérations, l'ayant accordée à notre irès-cher cousin le sieur de la Valette et autres qu'en avons jugés dignes, ils auroient poursuivi, il y a déjà quelque temps, l'euregislremenldes lettres de création de duché et pairie en notre cour de Parlement; ce qu'ils n'auroient pu obtenir, au moyen du différend survenu entre nos conseillers de la Grand'Chambre et ceux des Enquêtes, sur ce que ceux desdites Enquêtes prétendent devoir assister aux délibérations qui se font sur les lettres de création de duché et pairie , étant soutenu, au contraire, par nosdils conseillers de la Grand'Chambre que, depuis longues années, même depuis le règne du roi François 1", que Dieu absolve, jusques à présenî, la Grand'Chambre de notre Parlement est en possession de délibérer sur lesdites lettres, sans que ceux des Enquêtes, y ayant été appelés, n'y aient opiné ; ayant désiré sur cette difficulté entendre les uns et les autres , leur aurions ordonné , par nos lettres de cachet des 17 et 1 8 de ce mois, de députer vers uQus, ce qu'ils auroient fait de la personne de notre Procureur Général seulement. Et ayant été informés de la vérité des raisons des uns et des autres , et que
rai Mole d'en faire connaître les motifs au Roi. Les différentes Chambres espéraient alors pouvoir aplanir les difficultés qui existaient entre elles. Le 2 septembre , le Roi écrivit de nouveau au Parlement pour lui ordonner d'enregistrer les lettres patentes sans convoquer la chambre des Enquêtes. Enfin cet enregistrement eut lieu, après une transaction qui réserva les droits de tous pour l'aienir.
les longueurs pour députer par devers nous étoient extraordinaires , le temps des séances du Parlement expirant le 7 du mois prochain, voulant prévenir les divisions que telle rencontre pouvoit apporter en notre Parlement, et aussi faire jouir notre cousin le duc de la Valette et autres de la grâce que nous leur voulons faire ; pour ces causes et autres grandes considérations à ce nous mouvant, et, après avoir sur ce oui notredit Procureur Général, de notre pleine puissance et autorité royale, avons ordonné et ordonnons, et nous plaît qu'il soit délibéré en la Grand'Chambre de notre Parlement, à l'exclusion des Enquêtes, de l'enregistrement des lettres que nous avons accordées et accorderons ci-après, pour l'érection des duchés et pairies, information, réception et prestation de serment des ducs et pairs , et ce , par manière de provision , jusques à ce que les officiers de notredit Parlement ouïs par nous, en soit autrement ordonné, ayant réservé à notre propre personne la cognoissance et jugement dudit différend. Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre cour de Parlement , que ces présentes ils aient à faire lire , publier et enregistrer, et le contenu en icelles garder et observer de point en point, selon leur forme et teneur, sans y apporter aucune longueur ni difficulté : car tel est notre plaisir. En témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Monceaux, le 30" jour d'août, l'an de grâce 1631 et de notre règne le vingt-deuxième \ »
i. Le Roi écrivit en même temps au Parlement une lettre particulière pour lui recommander l'enregistrement desdites lettres de déclaration; ce qui eut lieu, en effet, par arrêt du 2 septembre.
Ces leltres furent registrées sur mes conclusions, les trois chambres asseml^lées. Et aussitôt les Enquêtes averties vinrent se plaindre et prirent leur place , et le lendemain encore, où M. le Prince se trouva, et enfin il fut arrêté que messieurs des Enquêtes seroient assemblés pour mettre le soit montré et pour voir prêter le serment des trois pairies de M. le cardinal de Richelieu, de M. de la Valette' et de M. de la Rochefoucauld, sans préjudice des prétentions de part et d'autre. Et les deux premiers ont été reçus le 5 , et non M. le comte de la Rochefoucauld, qui étoit absent et duquel le Roi n'étant pas content, m'avoit commandé de m'y opposer ^
ÉPmÉMIE A PARIS.
Le vendredi 1 2 septembre', je remontrai à la Chambre des Vacations que, par les nécessités des malades
4 . Le cardinal de Richelieu et M. de la Valette prêtèrent, en effet, serment au Parlement le 5 septembre.