‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 48 sur 167 · NARRÉ PARTICULIER ENVOYÉ AU ROI · texte numérisé non relu

NARRÉ PARTICULIER ENVOYÉ AU ROI

«M. de Bullion prit la peine de m'envoyer, lundi matin, les lettres patentes portant défense de s'assembler au Parlement et de faire des remontrances au Roi par écrit, et me convia de me trouver chez M. le Premier Président l'après-dîner, avec MM. de Bullion et le président de Bellièvre. Après avoir examiné le contenu desdites lettres, il fut trouvé à propos de ne les présenter point, mesdits Sieurs les Présidents se promettant d'obtenir de la compagnie ce qui pourroit contenter Sa Majesté.

« I-e mardi, M. le Premier Président tint l'audience, et le soir M. de Bullion m'ayant voulu obliger de m'écrire ce mot (ci -dessus, p. 95), en prévoyant l'importance de cette affaire, je fus trouver MM. les Premier Président et président de Bellièvre, auxquels je montrai l'écrit reçu, et que, si je ne recevois autre ordre dedans le

l'avions expressément enjoint. Vous nous manderez aussi qui sont ceux qui ont promu ladite assemblée des Chambres, si les Enquêtes ont été mandées par la Grand'Cbambre , ou si elles se sont assemblées d'elles-mêmes, et nous envoyerez l'acte signé de la délibération du Parlement qui sera intervenu sur nos lettres. Et au surplus , vous nous informerez exactement et soigneusement de tout ce qui s'est passé en cela, selon que nous vous l'avons déjà mandé. Si n'y

lendemain mercredi sept heures, je ne raahquerois pas de présenter les lettres. M. le Premier Président écrivit aussitôt à M. de Bullion sur le sujet de la lettre qu'il m'avoit envoyée, en lui mandant ma résolution. Il lui fit réponse qu'il ne doutoit point que le Roi auroit agréable que je me conduisisse en cette afl'aire par son avis. Je vis cette réponse dès le soir, et je lui fis dire que si, dans le lendemain sept heures, je n'avois autre chose de sa part, que je ne manquerois pas d'entrer en la Grand'Chambre.

« Le mercredi à six heures du matin, son secrétaire me vint dire qu'il trouvoit à propos de ne porter point les lettres, et néanmoins je ne laissai pas de me rendre au Palais de bonne heure, et aussitôt je fis appeler Langlois, commis du greffier, qui me dit qu'il avoit eu ordre de M. le Premier Président de dire à l'un des siens qu'il me vînt trouver pour me dire ce que dessus. Je désirai néanmoins que ]\I. le Premier Président sçût que j'étois arrivé, et que s'il étoit en la même résolution, j'y acquiescerois volontiers, sinon que j'étois prêt d'entrer. Langlois lui fut dire, qui me rapporta que c' étoit assez et qu'il persistoit au même avis. Et ce même jour, IM. le Premier Président assembla les Chambres, et, par son ordre messieurs des Enquêtes vinrent prendre leur place et commencèrent à délibérer, et remirent au lendemain.

«Ce qu'ayant appris, et reçu différents avis, le même jour, que l'événement tomberoit sur moi , et que si la résolution ne plaisoit au Roi, que l'on diroit infailliblement qu'elle n'eût été telle si la volonté du Roi, portée par ses lettres, eût éié cognue de la compagnie, je me rendis dès sept heures au Palais, le jeudi II décembre, et aussitôt fis avertir par Langlois M. le Premier Président que, s'il y avoit moyen, je lui pusse parler au greffe. Il prit la

DE MATHIEU MOLE. (1631.) m

faites faute, car tel est notre plaisir^ Donné à Châlons le 1 5^ jour de décembre 1 631 . »

Le jeudi 18 décembre , je suis entré en la Grand'- Chambre et ai fait entendre que, le 1 1 , j'avois apporté les lettres patentes du Roi portant défense de s'assembler, sur lesquelles la Cour ayant délibéré , elle a arrêté qu'elles me seroient remises entre les mains. Que le Roi ayant eu avis de cet arrêt , il lui a plu , par lettre de cachet du 15, que j'ai reçue avant-hier, me commander de lui envoyer l'arrêté signé. Que l'avant fait demander à Langlois, il en avoit fait quelque difficulté de me le délivrer'; que je suppliois la compagnie

peine incontinent d'y venir, et ayant conféré ensemble, il fut arrêté entre nous qu'il étoit à propos de les ])résenter : ce que je fis.

« Je dis que j'avois reçu commandement du Roi de présenter de suite des lettres de cachet par lesquelles il lui plaisoit défendre les assemblées des Chambres et les remontrances par écrit, comme d'une part, ils pourroient juger par la lettre l'importance de tels commandements, aussi, d'autre part, étoit-il nécessaire de satisfaire à la volonté de son prince, témoignée si expressément qu'il y avoit lieu de craindre son courroux si on y contrevenoit. Et nous avons pris nos cfmclusions par écrit , qui pouvoient servir de moyens, laissant les choses en état pour apporter le remède à ce que la compagnie pouvoit désirer. 11 y a eu donc arrêt , ce jour, par lequel il fut arrêté que les lettres me seroient remises entre les mains, et que l'on continueroit l'affaire commencée.» (Collection Colbert, t. CCXIII, p. 176.)

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