IG MÉMOIRES
le peu de compte qu'il a tenu d'accomplir ce à quoi , par divers traités, il s'étoit obligé envers nous', les desseins qu'il avoit projetés pour ruiner notre armée, ayant engagé notredit cousin à faire attaquer la susdite ville de Pignerol , nous convient maintenant de notre colé de lui courir sus, afin de punir sa mécognoissance, et, par lui, apprendre aux potentats chrétiens qu'il y a péril d'offenser la couronne très-chrétienne, toujours armée pour la défense des opprimés et le refuge de ceux qui établissent leur maintien à lui être attachés. En résolution d'entrer dans la Savoie, qui ne pourra supporter l'effort de nos troupes^, nous nous acheminons en notre ville de Lyon, après avoir vu en cette ci (Troyes) notre très-cher frère unique le duc d'Orléans, et de lui reçu les assurances de son affection', et lequel a cognu en nous ce qu'il s'en étoit toujours dû promettre par une propension que nous avions vers lui, lié par le sang et par une singulière bienveillance que nous lui portons , dont il
1 . Les hésitations du duc de Savoie entre la France et l'Espagne, cherchant son intérêt des deux côtés, lui attirèrent l'animadversion du cardinal de Richelieu, qui fit décider la conquête des États de ce prince. Voy. Bazin, Hist. de Louis XIII, p, d81 et suiv.
2. Le cardinal de Richelieu demandait avec instance au Roi de prendre en personne le commandement de la guerre contre la Savoie, mais après s'être réconcilié avec son frère le duc d'Orléans. (Bazin, Histoire de Louis XIII, p. 185.)
3. Au moment où le Roi partit pour son voyage de Lyon, le bruit courut que le duc d'Orléans avait amassé des troupes pour enlever la princesse Marie de Mantoue, qui était près de la Reine, et que ce prince desirait épouser contre la volonté du Roi. La Reine mère s'effraya de ce projet et dépêcha au Roi, qui était déjà à Trainel ; il revint à Fontainebleau , d'où il envoya un corps de cavalerie pour rassurer la Reine. {Mémoires de Bricmie ^ p. 50.)
est resté avec autant de joie et de contentement, que nous de satisfaction de ces déportements. Il sera le premier qui montrera aux peuples l'obéissance qu'ils nous doivent, soit en l'étendue du gouvernement dont nous l'avons pourvu , et ailleurs oii il se trouvera; et vous, comme la première compagnie du royaume, qui donnez l'exemple du respect qu'ils nous doivent rendre, qui, obligés par le même et par votre propre conservation, contiendrez nos sujets au terme de leur devoir. Dont ayant entière assurance , nous fait prescrire à notre cousin le duc de Montbazon de vivre avec une très-étroite intelligence avec vous , et par une voie commune, aux occasions qui le requerront, pourvoir à ce qui se pourra présenter, où l'autorité de notre justice sera requise. Nous ne laissons d'autres établissements en notredite ville que celui-ci dénoncé, estimant qu'aucuns de notredit Conseil, avec ledit sieur Gouverneur pourront pourvoir à ce qui surviendra^, quelque important qu'il soit, quand notre Parlement, de même pied, se portera à ce qui sera nécessaire. Ce seroit blesser le corps que de vous y exciter et vos fidélités nous sont assurées; de sorte qu'il nous suffira de vous ordonner de veiller au repos et à la tranquillité de la ville , et de prendre créance aux choses qui vous seront dites de notre part par notredit cousin. Ainsi vous donnerez tel ordre qu'il n'y aura lieu de rien craindre, et que dans une occasion toute extraordinaire, trouverez notre Conseil à Lyon, où nous le laisserons pendant notre conquête de la Savoie*, duquel vous serez assistés selon le besoin.
\. « Le cardinal de Richelieu, glorieux d'avoir, par la prise de
C'est ce que très-expressément nous vous recommandons et d'avoir un soin très-particulier de Paris. Vous y aurez recours si la nécessité le requiert , et même à notre propre personne, qui ne vous défaudra jamais. Avec cette assurance, vivez en quiétude, et rendez à nos peuples la justice, selon ce que vous avez accoutumé, et n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Troyes, le 2r jour d'avril 1630'. »