‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 80 sur 167 · Collection Colbert, t. IV, p · texte numérisé non relu

Collection Colbert, t. IV, p

A ces causes, nous voulons et vous mandons que vous ayez à leur présenter notre lettre , faire les diligences nécessaires pour Teffet et exécution de cette notre volonté, et vous acheminer comme eux. en ce lieu. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir. Donné à Fontainebleau, le 30® jour de mai 1634. »

Cette lettre portée à la Cour par ïuoi , au même temps qu'elle fut reçue. Messieurs députèrent, suivant le commandement du Roi, et le jeudi 1^"" juin, on partit pour aller coucher en chemin. Et le lendemain, vendredi , on reçut ordre d'aller trouver le Roi à Courances^ au lieu de Fontainebleau, où on se rendit sur les dix heures. Il plut au Roi de commander que l'on fît préparer le dîner, et incontinent on le fut trouver au château. 11 témoigna qu'il vouloit être obéi pour la vérification de l'édit et que ce fût les trois Chambres seulement; et que puisqu'il y avoit exemple, en 1572, d'un pareil édit vérifié en la Grand'Chambre , c'étoit à lui de choisir et qu'il ne vouloit pas que l'on suivît l'exemple de 1602, et me bailla lui-même les lettres de jussion pour présenter à la compagnie; ce qui a été fait le 12 juin, la relation^ de ce qui s'étoit passé n'ayant été faite à cause

1. Ce château est situé près de Milly (Seine-et-Oise). Il existe encore aujourd'hui, et appartient à M. de Nicolaï.

2. Les registres du Parlement nous ont conservé cette relation, dont voici les principaux passages :

« Le 9 juin 1034, toutes les Chambres assemblées, IM. le Premier Président a dit à la Cour que , le mercredi 31 mai dernier, le Procureur Général ayant apporté lettres de cachet du Roi contenant que la Cour ait à députer vers lui à Fontainebleau, pour entendre sa volonté sur certaines affaires regardant le bien de son service, et de s'y trouver précisément le vendredi ensuivant ;

des fêtes de Pentecôte, que le 9^duditmois\ Voici la copie des lettres de jussion : « Louis, etc., nous avons ci-devant , pour aucunes bonnes et grandes considérations , fait expédier nos lettres de décla-

Mais, le lendemain jeudi, au sortir de l'audience , il avoit vu lettres par lesquelles le Roi avoit changé , et cpmmandé qu'ils allassent le trouver à Courances , où étant arrivés , ils firent avertir le Roi. Et étant le dîner préparé , un commis de M. Bouthilier les vint quérir : ils vii'ent le Roi au château de Courances, en

sa chambre, peu de monde avec lui Le Premier Président lui

dit qu'ils étoient venus selon la volonté du Roi. Le Roi leur dit qu'il les avoit mandés , et que sa volonté étoit que l'édit concernant la réduction des rentes fût registre. A quoi le Premier Président avoit répondu qu'il le supplioit n'avoir désagréable qu'il lui représentât ce qui s'étoit passé sur ce sujet : que lorsqu'il avoit envoyé cet édit à son Parlement , il avoit aussi envoyé lettre de cachet pour le faire vérifier aux trois Chambres ; que les registres du Parlement , apportés pour sçavoir comment on avoit procédé en pareille rencontre, comme il s'étoit trouvé deux exemples, que l'on avoit cru que le dernier exemple pouvoit être suivi : et, suivant cela , avoit été délibéré aux trois Chambres assemblées que les Chambres seroient assemblées, ainsi qu'il avoit été fait en 1602. Sur ce le Roi, levé, dit que puisqu'il y avoit exemple, il lui appartenoit bien de choisir ; qu'il vouloit que la vérification fût faite les trois Chambres assemblées. A quoi ledit sieur Premier Président repartit que toute la compagnie sçachant à présent sa volonté précise, il aura autant de satisfaction, toutes les Chambres assemblées, qu'aux trois Chambres. Le Roi dit : Non. Dès lors, ]M, le président de Railleul ayant dit au Roi la niônie chose, qu'il auroit entière satisfaction de toute la compagnie , ledit seigneur Roi dit encore : Non; que, puisqu'il y avoit exemple, il le vouloit ainsi. Après, M. le Garde des Sceaux ayant pris la parole, leur dit qu'ils avoient entendu la volonté du Roi ; que , puisqu'il y avoit exemple, cela étoit assez indifférent ; qu'il le vouloit ainsi et aux trois Chambres assemblées ; et désiroit de la Cour l'obéissance. Et sur ce , eux , députés du Parlement, ayant fait la révérence au Roi, s'étoient retirés. » (Extrait des registres du Parlement.)

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