Fauchet, liv. IX, p. 3o
3. « Si le Pape les excommunia, ou les évéques de France, ne se voit en ce lieu; mais l)ien que le Pape révoqua l'interdit à la prière de Baudouin, qui fut à Rome et envoya des légats au Roi le supplier de lui pardonner, ce qu'il fit; et Belleforest, p. 279 , ajoute qu'après le pardon , suivant l'avis des prélats assemblés à Senlis, les noces furent faites à Auxerre, l'évéque de Noyon faisant l'office. D'où il se peut recueillir que le premier mariage célébré lorsque Judith fut enlevée, fut déclaré nul, et, après le consentement du Roi , que Judith et Baudouin furent mariés solennellement, et que ce seul acte est valable. » {ISotc de Mole.)
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furent excommuniés; ils furent à Rome pour s'excuser envers le Pape, montrant qu'il ne l'avoit point ravi ni déçu par paroles , ains prise veuve du consentement de son frère : comme si cette qualité de veuve l'eût exemptée de la puissance paternelle , suppliant le Pape lui pardonner, si par violence d'amour et de jeunesse, il avoit commis une telle faute, n'attendant, dit l'historien , le consentement de son père , etc. Mais ils ne purent lors obtenir le pardon de leur faute, le Pape ne leur voulant remettre sans en donner part au Roi. Le Pape révoqua depuis l'interdit, et le Roi, en faveur du Pape , après Tavis des prélats assemblés à Soissons*, passa doucement telle injure, suivant l'ordinaire des sages princes , qui aiment mieux leurs commodités que leur honneur.
Telles actions ont été de tout temps jugées si importantes à la sûreté de l'État et à l'honneur des Rois, qu'ils ont toujours témoigné leurs ressentiments, en public , contre les grands de leur État qui ont eu la pensée de mariage pour leurs enfants sans leur avis.
Le comte ThilDaud% duquel l'histoire sera décrite ci-après , doit servir d'exemple pour rendre les respects et les devoirs dus au prince naturel. Et encore
i. L'Art de vérifier les dates dit, au contraire, que ce fut le concile de Soissons qui excommunia, en l'année 862, le comte Baudouin, sur la demande du roi de Finance ; mais le pape Nicolas, informé que l'enlèvement s'était fait du consentement de la princesse Judith , écrivit en faveur des deux coupables à Charles le Chauve , et obtint leur grâce, La même année , Baudouin , dit Bras de Fer, fut créé comte de Flandre par ce monarque.
2. Thibaud IV, dit le Grand , comte de Blois, dont les chroniques contemporaines de son règne font de grands éloges. Il eut de graves démêlés avec Louis le Jeune pour avoir donné retraite
que saint Bernard qui, pour sa sainteté de vie, étoit en très-grande recommandation , écrivit en sa faveur au Roi Louis le Jeune , et à ceux desquels il prenoil conseil , on ne laisse pas de voir es lettres écrites sur ce sujet, les anciens ordres de la France, qui sont des lois gravées dans les mêmes tables que celles de la loi salique , nées avec la couronne et conservées avec sa grandeur. Il dit donc : « Que le roi Louis le Jeune tenoit à grand crime et imputoit au comte Thibaud d'avoir allié ses enfants par mariage es maisons et familles des seigneurs et barons de sa cour^ »
Autre raison : le Roi est en son État comme le soleil est au ciel, et les princes et grands, comme les planètes et les étoiles. Si, au cours ordinaire du ciel, elles empruntent leur lumière de ce corps merveilleux et ne peuvent changer de place, pour s'approcher l'une de l'autre , sans un mouvement extraordinaire ; pourra-t-on approuver que les princes et les grands qui n'ont autre jour, autre crédit et autorité que celle qui leur est communiquée et qui sort de cette souveraine puissance que le Roi les établit es provinces et es villes sans qu'ils les puissent quitter sans crime; qu'ils communiquent ensemble le secret de leurs familles, et mêlent leurs intérêts qui peuvent être assez
à Pierre de la Châtre, élu archevêque de Bourges sans ia participation du Roi , et par l'influence du pape Innocent II. V Art de vérifier les dates ajoute : « Thibaud eût mieux fait d'être moins libéral envers l'Église, et plus soumis envers son souverain. »
4. Thibaud eut six filles : Agnès, mariée à Renaud, comte de Bar; ÎMarie, à Eudes, duc de Bourgogne; Elisabeth, à Roger, duc de Fouille; Mahaut, femme de Rotrou, comte du Perche ; Marguerite, religieuse ; et Adèle, qui fut la troisième femme de Louis le Jeune.
puissants pour donner jalousie à leur Prince, sans son aveu et consentement?
Par la loi de l'Etat, on doit l'avis au Roi de ce qui peut regarder la sûreté publique. Et si les particuliers communiquent à leurs parents et amis les articles des nouvelles alliances qu'ils proposent de traiter ; si les étroites amitiés entre les grands de la cour peuvent faire naitre un juste soupçon en l'esprit du Prince ; quelle défiance peut-il prendre de ceux qui lui rendent tous les jours leurs devoirs, entrent dans sa chambre jusques au cabinet, l'approchent et le suivent avec liberté, et néanmoins, sans lui en donner avis, contractent, non d'une affaire, mais passent un contrat solennel qui lie d'intérêts et d'affection leurs familles ensemble ?
Et comme le Prince est le centre des bonnes volontés que les sujets doivent avoir, et que leur esprit ne peut avoir autre but que de conduire toutes leurs actions au contentement et satisfaction de leur Roi , quelle assurance peuvent avoir ceux de la Cour qui traitent ensemble , que le Prince n'ait point de sujet de se défier de la fidélité que l'un et l'autre lui doivent; et, comme ils ne peuvent sçavoir quel avis il a reçu de la liaison qu'ils ont avec les ennemis de la couronne, quelle part même ils ont en raffectlon de leur Prince , et si leur procédé envers lui a toujours été tel qu'il en soit content? aussi ne peuvent-ils sans crime contracter ensemble sans son consentement.
Et quand ce ne seroit point une nécessaire obligation, ce seroit toujours une loi de respect et de civilité à laquelle le sujet ne peut manquer, sans \\n mépris public de celui qui est donné du ciel pour com-
DE MATHIEU MOLE. :i634.) 23Î
mander, et auquel on doit l'obéissance comme à luimême. S'il est donc vrai que nos Rois soient Empereurs en leur royaume, et si souverains qu'ils ne recognoissent nul en terre par-dessus eux, qu'ils ne tiennent leur couronne de personne du monde, laquelle étant sur l'autel en leur sacre , ne leur est donnée pour mettre sur la têle, ains qu'ils la \ont prendre eux-mêmes, comme de la main de Dieu, dit Faucbet; quMls ont le titre de Roi par la grâce de Dieu , comme tenant de lui leur sceptre et leur puissance : toutes ces marques d'honneur et d'autorité seroient inutiles, s'il étoit permis aux sujets de faire ce que bon leur sembleroit entre eux, sans témoigner soumission à laquelle ils sont obligés.
Et pour assurer le jugement en ce rencontre, il ne faut que se souvenir de ce qui se lit, tant es histoires de la France, que des autres royaumes, et par tels exemples, on recognoîtra premièrement : que, par la loi de l'Etat, les Enfants de France ne se peuvent marier sans le consentement du Roi, et non-seulement les Fils de France, mais les Princes du sang et les grands du royaume, et qu'ils se sont obligés par écrit et ont donné caution à leur Prince, poiu' lui servir d'assurance de leurs actions à l'avenir, et qu'euxmêmes n'ont pas tenu leurs mariages assurés, si le consentement du Roi n'y intervenoitet qu'il les ratifiât.
Secondement, que cet ordre n'est pas particulier à la France, mais commun aux autres couronnes.
Tiercement, l'indignation des Rois quand on a entrepris, non-seulement de contracter mariages, mais de les projeter sans leur sçu et consentement.
Et si ces témoignages publics nous restent et que ,
depuis l'an 1195 jusqu'en 1582, et encore depuis, on ait gardé ces règles, il semble que le Roi, qui, en puissance et en effets, ne cède en rien à ses prédécesseurs, ne puisse les changer sans blesser l'honneur de la couronne.
EXEMPLES COMME LES PRINCES FRANÇOIS ET LES GRANDS s'OBLIGENT A NOS ROIS DE NE SE MARIER , OU LEURS ENFANTS , SANS LEUR PERMISSION ^.
En l'année 1195, Philippe Auguste prit sûreté de la comtesse de Flandres Mahault , qu'advenant séparation d'elle et de Eudes', duc de Bourgogne, elle ne se marieroit point sans lui en demander la permission.
L'an 1218, Alix, duchesse de Bourgogne, promit audit Roi de ne se marier sans sa volonté, et donna les scellés de beaucoup de grands seigneurs pour assurance de sa promesse.
Philippe, comte de Namur, frère de Baudouin, comte de Flandres, étant tuteur de Jeanne et Marguerite ses nièces , filles dudit Baudouin , promit , par
i . Orner Talon a imprime clans ses Mémoires quelques-uns de ces exemples, sans dire toutefois qu'ils étaient tirés du travail du Procureur Général, dont il eut communication en sa qualité d'avocat général au même Parlement. Mais ces exemples ne sont pas classés de la même manière et dans le but de servir de preuves à l'appui des Considérations du Procureur Général sur le mariage de Monsieur. (Voy. notre édition des Mémoires cl'Omer Talon, dans la collection IMichaud et Poujoulat, p. ^6.) — Pierre Dupuy et Godefroy aidèrent Mathieu Blolé dans ses recherches historiques , comme on le voit par divers extraits de chroniques et de documents anciens, écrits de leur main, et qui se trouvent encore parmi les papiers du Procureur Général , dans le volume LXXXI de Colbert.
2. Ce mariage n'eut sans doute pas lieu, car le comte Eudes épousa Alix de Vergi qui lui survécut, (Jrt de cérifier les dates.)
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traité au roi Philippe Auguste, que ses deux nièces Wie seroient mariées sans le consentement dudit seii^neur Roi, leur souverain seigneur; qui étoit, dit du Tillet, un droit de souveraineté es héritières desquelles les mariages pouvoient troubler le royaume.
Mathilde , comtesse de Psevers , en l'année 1 22 1 , promit au Roi de ne se point marier- que de son consentement, et Guy de Saint-Paul, Guillaume deMello, Hugues de Saint-Urbain , Pierre des Barres , Etienne de Sancerre, Geoffroy de Bully, et autres parents et alliés se constituèrent pleiges pour ladite 31atliilde, et promirent, au cas qu'elle manquât d'accomplir ce que dessus, d'aider le Roi contre ladite Mathilde; dont ils baillèi-ent lettres scellées de leur sceau, qui sont au Trésor des Chartes.
Les prélats et barons de Bretagne, l'an 1227, s'obligèrent au roi saint Louis de garder Yolande , fille de Pierre, duc de Bretagne (d'après Belleforest), tant que Jean de France, fils dudit Roi, eût atteint l'âge de quatorze ans, ou que ledit duc de Bretagne, père'', eut donné assurance au Roi de ne point marier sa fille au roi d'Angleterre, ni à aucun autre ennemi de la
i. Elles furent successivement comtesses de Flandre, Jeanne, la première, en 120G , après être restée six ans à Paris, où Philippe Auguste la retint avec le consentement de son tuteur, et la maria à Ferrand de Portugal; la seconde, Marguerite, dite de Constantinople, succéda à sa sœur en 'l!2 4i.
2. Mahaut, comtesse de Nevers, avait cté mariée à Hervé de Donzi, mais séparée ensuite, pour cause de parenté, en l'an 1213. Elle épousa plus tard Guignes V, comte de Forez.
3. Le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, était alors excommunié pai' le clergé de Bretagne, et ennemi déclaré du roi de France. Le prince Jean , fils de saint Louis, était né à Damiette en 12o0.
couronne; et la mère*, par acte séparé en l'an 1234, promit au roi saint Louis de le servir envers et contre tous, et de n'allier par mariage sa fille , sans son consentement et de la Reine sa mère; qu'elle la gardera fidèlement, comme elle l'a promis, et qu'elle la représentera toutes fois et quantes il lui plaira, libre et franche de toute sorte d'obligation, soit de fiançailles ou de contrat; et, ne se contentant de telles assurances, y oblige ses terres qui demeureront au Roi en cas de contravention, et, à toutes ces conditions, donne encore pour caution vingt-un de ses parents, qui s'obligent à chacun dix mille marcs d'argent , comme plus au long il se voit es lettres.
En la même année 1234, le duc de Bretagne promet toute sorte de service au Roi et à la Reine sa mère, et qu'il ne contractera aucun mariage, soit pour lui, soit pour son fils ou sa fille, avec le roi d'Angleterre ou Richard son frère, ni aucun autre ennemi du Roi, etc.
Mahault, comtesse de Boulogne, promit audit Roi, en la même année 1234, de ne contracter mariage sans sa permission et celle de la Reine sa mère. (J'en ai les titres.)
En l'année 1236, Jeanne, comtesse de Flandres -, promit par acte particulier au roi saint Louis, qu'elle n'exécuteroit point le mariage avec Simon de Montfort, que sous son bon plaisir ^
1. Sans doute Marguerite de Montagu , deuxième fenime du duc de Bretagne.