‹ Mémoires de Mathieu Molé, procureur général, premier président au Parlement de Paris et garde des sceaux de FranceChapitre 95 sur 167 · LIBELLES CONTRE LES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LIBELLES CONTRE LES RELIGIEUX

Le 12 janvier 1635 , il y eut un arrêt du conseil rendu sur quelques livres contre les religieux', en ces termes r « Sur ce qui a été représenté au Roi, en son

\ , Depuis quelques années, les pamphlets abondaient en France sur toute espèce de sujets politiques et religieux, La Reine-nière à Bruxelles avait, pour attaquer les ministres du Roi son fils, Mathieu de Morogues, sieur de Saint-Germain, et le P. de Canteloube. M. du Châtelet défendait le Cardinal avec une verve inépuisable. La grande difficulté consistait à répandre ces pamphlets dans Paris. Tous les moyens étaient alors mis en jeu , et les registres du Parlement, du tJ février 1634, nous révèlent un de ces moyens en ces termes :

» Le 5 février, le Premier Président trouva un sac de toile non

conseil , par les religieux de la ville, faubourgs et diocèse de Paris , que depuis quelques années plusieurs livres ont été imprimés*, entre autres le second volume du Rabat-joye des mornes et la Réponse aux entretiens curieux cl' Hermodore, lesquels sont remplis d'outrages et injures contre l'état régulier et institut des ordres réguliers , l'auteur desquels a des imprimeurs et libraires attitrés qui les exposent tant en la ville de Paris qu'autres lieux et endroits, au préjudice et mépris des défenses portées par divers arrêts du conseil , ce qui ne doit être toléré, pour l'inconvénient des divisions et désordres qui en pourroient arriver, et apporter du trouble dans la police ecclésiastique : pour à quoi obvier, le Roi en son conseil, a ordonné et ordonne que toutes les copies et exemplaires des livres intitulés le second volume du Rabat-joye des moines et la Réponse aux entretiens curieux d' Hermodore ^ seront saisis et arrêtés à la diligence du procureur de Sa Majesté au Châtelet de Paris , faisant défense à tous imprimeurs ,

étiqueté ni fermé , qu'il fit ouvrir par le greffier, d'où il en tira un autre sac fermé et étiqueté ainsi : « Ce sac soit donné à nos- « seigneurs du Parlement. » La Cour décida qu'il seroit ouvert, et que s'il y étoit fait mention d'affaires d'État, qu'il seroit refermé sans le voir et envoyé au Roi. Il contenoit un livre relié, couvert de parchemin, sur le premier feuillet duquel on lisoit : « Conti- <( nuation du discours des affaires de ce temps , ci-devant fait à la « Reine-mère, à M. le cardinal de Richelieu, au peuple, et fina- « lement au Roi, dédié à M. le duc d'Orléans. » — Envoyé au Roi. »

1 . Il y avait eu déjà, au mois de mars 1634, une assemblée des archevêques et évoques présents à Paris, chez l'archevêque de Bourges, à l'occasion de la publication de trois livres contre les réguliers, attribués à l'évéque de Belley, et un autre du père Yves, capucin, en faveur des régulierb. (Voy. la Gazette de Renaudot, p. 116.)

libraires et colporteurs , d'imprimer , vendre ou débiter lesdits livres, ni autres semblables, sans la permission de Sa Majesté, scellée du grand sceau, à peine de confiscation , de dix mille livres d'amende et de punition corporelle ; comme aussi fait défense à tous ses sujets , tant séculiers que réguliers et ecclésiastiques, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de faire et mettre en public aucuns livres sur telles et semblables matières, ni de tenir en leurs maisons ou autres lieux particuliers aucune imprimerie, nonobstant toute permission que Sa Majesté pourroit avoir accordée , qu'il a révoquée et révoque par le présent arrêt, avec défense de s'en aider, sous les peines portées par les édits , ordonnances et arrêtés de son Conseil ; ordonne que le procès encommencé contre les nommés Alliot et Bertaut sera continué par le lieutenant civil au Châtelet de Paris, enjoint Sa Majesté à son Procureur Général au Parlement de Paris , lieutenant civil et autres officiers, de tenir la main à l'exécution du présent arrêt , fait au conseil privé du Roi tenu à Paris '. »

1. Collection Colbert, t. CLIII, p. 369. — Le commencement de l'année 1635 se passa en fêtes, comédies et ballets, auxquels assistèrent le Roi, Monsieur et beaucoup de personnes de qualité. Le Roi sachant que la comédie, depuis qu'on avait banni du théâtre tout ce qui pouvait souiller les oreilles les plus délicates (voy. , à V Appendice , un arrêt du Parlement), est l'un des divertissements les plus agréables à sa ville de Paris, entretint trois bandes de comédiens, l'une à l'hôtel de Rourgogne, l'autre aux Marais du Temple, et la troisième au faubourg Saint-Germain. (Gazette, p. 16.) — Le 16 janvier, le maréchal d'Estrées donna festin et comédie, oià se trouva le seigneur .AJazarin ; le 25 février, le Roi et Monsieur honorèrent de leur présence le ballet de la marine , auquel tout ce que l'antiquité appelait dieux et déesses de la mer,

LETTRE DU CARDINAL DE RICHELIEU A MOLE

Edit des contrôleurs des consignations.

« Monsieur, je prends la plume pour vous dire que le Roi , à mon arrivée en ce lieu , m'a commandé de vous écrire qu'il désire que vous fassiez enregistrer au Parlement l'édit des contrôleurs des consignations, et ce le plus promptement qu'il vous sera possible. Sçachant, comme je sçais , l'affection que vous avez au service de Sa Majesté, je ne doute point que vous ne lui en rendrez une preuve en cette occasion, contribuant tout ce qui dépendra de vous pour l'exécution de sa volonté '. Cependant je vous assurerai, etc. De Royaumont, ce 13 mars 1635. »

et les nations les plus éloignées , vinrent adorer, sous des noms païens, les véritables conquêtes de Sa Majesté; le 4 mars furent représentées devant la Reine, dans l'Arsenal, une comédie dont on ne sait pas le nom , mais qui a mérité celui d'excellente pour la bonté de ses acteurs , la majesté de ses vers , composés par cinq poètes fameux, et le merveilleux du théâtre; à la mi-caréme fut dansé le ballet du Roi; le 16 avril, chez Son Éminence, fut de nouveau dignement représentée la fameuse comédie des cinq auteurs (les cinq auteurs étaient Corneille, Boisrobert , L'Estoile, Colletet et Rotrou ; Richelieu rédigeait le canevas de toutes les pièces désignées de la même manière). Enfin , il y eut aussi un célèbre concert de musique aux Prêtres de l'Oratoire , en la rue Saint-Honoré, en présence du Cardinal et du IN once , par les meilleurs musiciens de cette ville, et un autre concert de musique composé par le Roi (qui ne croit rien de plus royal que de savoir de tout), qui ravit à ténèbres les Nonces et toute la Cour. — Les arrestations de Puylaiirens , de du Fargis et de Coudray-Montpensier, qui eurent lieu le 14 février, troublèrent seules toutes ces fêtes. {Mercure français, t. XX, p. 660.) Les causes de ces arrestations furent expliquées dans des lettres écrites par le Roi aux gouverneurs des provinces. (Gazette, p. 57.) 1. Collection Colbert , t. YI, p. 258.

Abolition en faveur des financiers.

« Notre amé et féal, nous avons fait expédier nos lettres patentes en forme d'édit du présent mois, portant abolition des fautes et malversations commises au fait de nos finances depuis la dernière recherche ; et comme c'est chose qui importe au bien de notre service et dont nous attendons un notable service, dans la nécessité de nos affaires ', pour subvenir à l'entretènement de nos armées : à ces causes , nous vouions et vous mandons que, toutes autres affaires postposées, vous ayez à présenter nos susdites lettres d'abolition en notredite cour de Parlement, et à en requérir et poursuivre instamment la pubhcation et enregistrement, selon leur forme et teneur, sans qu'il y soit apporté aucune longueur, restriction, ni difficulté quelconque. Si n'y faites faute, car tel est notre plaisir*. Donné à Compiègne, le 23^ jour d'avril 1635.»

4 . Pour obtenir de l'argent par la voie la plus prompte , on fit cesser les poursuites commencées contre les financiers , et la Chambre de justice fut supprimée ( voy. Bazin, Hist. de Louis XIII, p. 366). Mais les financiers furent préalablement obligés de payer au Roi quelques sommes auxquelles ils furent modérément taxés en son conseil. [Mémoires de Richelieu, t. VIII, p. 278.) " Nous nous contenterons , pour cette fois, d'être secourus de quelques notables sommes de deniers pour subvenir aux grandes et extraordinaires dépenses de nos armées , moyennant les lettres d'abolition, » etc. (Lettre du Roi au Parlement, du 23 avril 1635. ) — Portée au Parlement le H mai. (Extrait des registres de cette Cour.)

Page 1