TROISIÈME PARTIE
MOYENS DE CONSERVER LONGTEMPS IE VACCIN ET DE FOURNIR AUX VACCINATEURS DES DEPOTS PERMANENTS DE VIRUS, APTE A SE REPRODUIRE, ET EXPÉRIENCES TOUCHANT LES INFLUENCES QU'EXERCENT SUR CE FLUIDE LES TEMPERATURES EXAGÉRÉES
Depuis plusieurs a nnées, j e cherche l'art de conserver longtemps au vaccin son énergie; je crois avoir résolu cette question, comme je vais le démontrer : mais, avant d'aborder ce sujet, je crois utile de parler des résultats auxquels conduira cette étude.
Dans les campagnes éloignées des villes populeuses, il est souvent difficile d'avoir sous la main un vaccin propre à donner une vaccine légitime, et, lorsque vous en possédez, il arrive parfois qu'il est vieux ou qu'il tombe sur un sujet peu disposé à le recevoir; alors l'opération échoue, il faut recommencer; or, supposons que nous ayons le malheur d'être en face d'une épidémie de variole grave, comment faire pour satisfaire aux demandes pressantes des familles impatientes et inquiètes?... La chose est difficile mais elle n'est pas impossible; je vais indiquer à mes confrères le moyen d'avoir, en tout temps, une source assez abondante de
DES REVACCINAT IONS. 285
virus, pour répondre aux exigeances des épidémies les plus pressantes.
Voici comme je procède pour recueillir le vaccin : on se procure des tubes capillaires, puis on enlève la croûte d'une pustule vaccinale; et après quelques secondes, sa surface se couvre comme chacun le sait, d'un fluide abondant, visqueux et limpide; les deux extrémités du tube étant ouvertes, on présente sur le bouton une de ses extrémités, en ayant l'attention d'abaisser l'autre extrémité pour permettre à ce fluide de couler dans l'ampoule; j'insiste sur l'élévation de l'extrémité touchant au bouton, manœuvre qui force le vaccin à pénétrer dans le tube et à le remplir exactement.
Parfois il arrive qu'en appuyant l'extrémité du tube sur le bouton, un filament de tissu cellulaire, un grumeau de pus ou de sang épais la bouche et empêche l'opération de se terminer ; voici dans celte occurrence ce qu'il faut faire : on casse toute la partie du tube obstruée, et le fluide reparu sur la surface des boutons obéissants aux lois de la capillarité, le tube s'emplit d'autant plus vite que le bouton est plus largement ouvert.
Si la pustule était sèche, il faudrait en ouvrir une autre; en vain, persisterait-on à vouloir recueillir un virus trop peu abondant, l'enfant
s'ennuierait et le médecin se fatiguerait sans résultats.
Chez certains sujets cette récolte se fait du sixième au huitième jour; plus tard, le virus devient plus épais, moins visqueux, moins transparent, et partant moins actif.
Pour charger les tubes, il faut avoir l'attention de ne pas changer l'extrémité par laquelle est entré le premier fluide ; si vous présentiez l'autre, le pus ne parviendrait pas à celui qui s'y trouve déjà logé, une bulle d'air s'interposerait entre les fluides et les vicierait en très-peu de temps (1 ). Les tubes remplis, vous enfoncerez leurs extrémités de 2 à 3 millimètres dans une chandelle de suif et dans cette condition, vous les poserez dans un autre tube plus long, plus gros, capable enfin d'en contenir de cinq à dix.
Les extrémités de ce dernier seront fermées à l'aide de bouclions bien ajustés, puis son intérieur sera rempli d'huile d'olive pour y laisser séjourner les ampoules; après cette opération, vous le roulez dans une feuille de plomb laminé, assez étendue pour faire trois tours et pour dépas-
(1) Ce qui concerne la manière de remplir les tubes capillaires est connu depuis longtemps; je n'en parle ici, que pour rappeler cette opération à ceux de mes confrères qui pourraient ravoir oubliée.
DES REVACCINAT IONS. 287
ser de quelques centimètres ses extrémités, sur lesquelles vous reployez le plomb qui les dépasse (1).
Ainsi empaqueté, j'ai déposé le tout dans une boîte en fer-blanc continuellement maintenue sur le marbre du buffet de ma salle à manger, appartement exposé au nord, frais et humide; et dans de telles conditions j'ai conservé durant treize mois (du 2 septembre 1857 au 6 octobre 1858) du vaccin qui, à cet âge, a fait naître des boutons légitimes.
Au lieu de renfermer le vaccin et les gros tubes dans une boîte en fer, je les ai simplement roulés dans du plomb et conservés pendant un an et dix jours sur le marbre de mon buffet ; et avec ce virus j'ai vacciné :
1° Julie Par..., 5 mois; 2° Emilie Job..., 7 mois; 3° Le Dru, 8 mois.
L'opération a réussi sur les deux premiers, sur le troisième la vaccine ne s'est pas développée.
(2) Je crois devoir ici donner le moyen de retirer promptementde Thuile les tubes capillaires, ce qui n'est pas chose facile sans l'auxiliaire suivant : prenez un tuyau de paille de 9 à 10 c. de longueur, débouchez un gros tube et cherchez avec la paille l'extrémité d'une ampoule que vous logez et que vous enfoncez dans le tuyau jusqu'à ce qu'il saisisse l'ampoule; alors en retirant le tuyau, il amène le petit tube.
Quinze jours plus tard, ce même vaccin m'a servi à opérer plusieurs enfants à Saint-Laurent (Vendée), et ces vaccinations sont bien venues.
Pour arriver aux mêmes résultats, j'ai eu recours à un moyen plus simple encore qu'il importe de faire connaître : vaccin et tubes, empaquetés dans du plomb comme il a été dit plus haut, ont été plongés dans un verre d'eau froide le 9 septembre 1860, et le 18 octobre 1861, j'ai transmis ce fluide sur :
1° Joseph Roi..., 6 mois;
2° Joséphine Land..., douze mois, qui a produit quatre boutons sur le premier sujet et deux sur le deuxième enfant.
D'après ces faits, il sera donc indifférent de recourir à l'un ou à l'autre de ces modes de conservation ; mais il faut bien le reconnaître, le dernier est préférable.
A l'époque de mes premières recherches, j'ai tenté plusieurs épreuves qui ont échoué ; c'est ainsi que j'ai mis quatre tubes capillaires chargés de virus dans deux gros tubes arrangés et empaquetés comme précédemment; le premier a été déposé sur le bureau de mon cabinet, appartement sec et chaud, situé au premier étage et regardant le midi; le second a été placé dans le tiroir de ce bureau où il est resté du 12 dé-
DES REVACCINATIONS. 289
cembre 4856 au 14 juin 1857. Ces virus, ayant été inoculés sur deux enfants, n'ont fait naître aucun bouton, bien que nous ayons pris pour faire cette opération, les mêmes précautions que pour l'inoculation du vaccin de treize mois.
A quelle cause rapporter l'insuccès du virus de six mois et le succès de celui qui avait sept mois de plus?...
Je ne puis l'attribuer qu'à la température douce d'une chambre humide et fraîche, d'une part, et de l'autre, à la tiédeur de l'air dans un appartement sec et chaud.
Il ressort donc de ces épreuves que le troisième mode de conservation devra souvent être employé. Grâce au liquide où les tubes seront plongés, l'on n'aura plus à s'occuper de la température de l'appartement; une chambre chaude et sèche conviendra aussi bien qu'une chambre fraîche et humide.
Ce n'est passeulementpendantuneannéequ'on peut espérer de conserver au vaccin son activité, j'ai lapreuveque du fluide conservé vingt-six mois d'après le premier mode de conservation, a fait naître des pustules superbes :
Le 10 octobre 1859, j'ai rempli deux tubes capillaires traités comme on a dit, et le 22 janvier 1862, j'ai transmis ce fluide sur le nommé Eugène Br..., âgé de six mois; à chaque bras
j'ai pratiqué 6 piqûres qui ont donné naissance à "2 boutons (un sur chaque bras); ces pustules, arrivées à leur septième jour, étaient magnifiques.
Indépendamment des services que les dépôts de vaccin sont appelés à rendre aux vaccinateurs, je dois parler des avantages que retireront de cette innovation les comités de vaccine.
Qui ne sait les difficultés extrêmes que rencontrent fréquemment les directeurs de ces comités pour entretenir vivante la source de ce fluide?.. Aujourd'hui, il leur sera facile de pourvoir amplement aux exigences de la pratique.
Cinq ou dix gros tubes contenant chacun quinze ou vingt tubes capillaires seront à la portée de tout le monde. Chaque année, durant une campagne de vaccination, on renouvellera ces dépôts : puis le directeur expédiera les tubes capillaires dans un tuyau de plume rempli de bran de scie, comme cela se pratique à l'Académie impériale de médecine (1).
Si d'une part, un air sec et chaud détruit en quelques mois l'énergie du vaccin, à plus forte raison une température plus élevée, je soupçonne
(1) Plus haut, nous avons constaté que le virus peut se conserver durant plusieurs années.
DES UKVÂCCiNAIiûNS. C2<J1
que le vaccin ne résisterait pas mieux à une température trop basse : or, comme il importe de connaître ces diverses influences sur le virus, je crois utile de reproduire le résultat de ces recherches, les auteurs n'ayant rien fourni de bien précis sur la matière.
Le mardi, 9 août 1859, je me rendis à l'Académie impériale de médecine, à l'heure à laquelle se pratiquent les vaccinations: je remplis deux tubes capillaires placés ensuite dans un tube plus gros, qui furent entourés d'une feuille de plomb; de là, j'allai chez M. Leydecker, opticien, quai de l'horloge, lequel fut assez bon pour mèttre son laboratoire à ma disposition; aidé de son concours je commençai mes expériences.
Parties égales de sel commun pulvérisé et môme quantité de glace pilée ont été déposées dans un vase convenable. Dans quelques minutes, deux thermomètres en chemises, L'un au mercure, l'autre à l'esprit-de-vin, ont marqué "20 degrés au-dessous de zéro. À côté des thermomètres nous avons placé les deux ampoules renfermant le virus, qui n'a pas tardé à se congéler. Au travers des tubes, on remarquait, à l'aide de la loupe, que le vaccin était solide et offrait de petites paillettes, formant des faisceaux d'aiguilles dirigées dans tous les sens.
Nous avons maintenu la même température pendant trois heures ; ensuite nous avons retiré les tubes, et, après quelques instants, soumis à une température de 25 degrés au-dessus de zéro, le fluide n'a pas tardé à reprendre son état ordinaire; puis, je l'ai replacé dans les conditions primitives, où il a demeuré encore pendant deux heures.
Mes tubes ont été conservés dans une température modérée à l'aide des feuilles de plomb et de la boite en fer-blanc, etc., etc.
À mon retour à Mortagne, le 21 août 1859, j'essayai le virus d'une ampoule sur les nommés Pav..., âgé de dix-neuf mois, et Roi., âgé de quatre mois, tous deux bien constitués et bien portants. A chacun je fis 8 piqûres qui n'eurent aucun résultat.
La deuxième ampoule, préparée et conservée de la même manière, me permit de répéter ces tentatives, le 28 courant, sur les nommés Rémige... (cinq mois) et Chi... (six mois). A chaque bras, je pratiquai 4 piqûres, tandis qu'aux fesses j'en fis un égal nombre, mais avec du vaccin ordinaire pris sur un enfant; les piqûres aux bras restèrent de nouveau stériles; au contraire, celles des fesses firent naître des pustules magnifiques.
De ces expériences, nous devons conclure
DLS REVACCINATIONS. 295
qu'un froid de 20 degrés altère le vaccin et lui enlève la faculté de se régénérer.
Je continuai ces tentatives avec du vaccin abaissé à une température de 12 degrés, et, le 2 avril 1860, je vaccinai le nommé Louis Huch... (sept mois) et Jean Bré... (dix-sept mois): à chaque bras, je fis 6 piqûres qui donnèrent sur le premier enfant 4 pustules et 5 sur le deuxième; toutes de bonne nature.
Le virus dont je me suis servi pour cette expérience était récolté depuis six mois; il fut exposé, duranthuit heures, au froid sus-mentionné, et, pendant cette période, je constatai, à la loupe, qu'il ne s'était point congelé comme celui exposé à 20 degrés. Sa couleur seulement, au lieu d'être blanche, devint légèrement jaunâtre; enfin, il produisit les boutons signalés.
Ces faits démontrent que le fluide vaccin, à 12 degrés au-dessous de zéro, ne se congèle pas et qu'il ne perd aucunement de son activité; au contraire, on serait tenté de penser que ce froid ajoute à son énergie; car, bien que datant de six mois, il n'en conservait pas moins toute sa force. Ainsi, le vaccin à 20 degrés au-dessous de zéro se congèle et se décompose; à 12 il ne subit aucune altération.
Les faits dont nous venons de parler, nous édifient sur les précautions à prendre quand nous
avons du vaccin à faire parvenir dans les paysoù régnent des froids excessifs (Saint-Pétersbourg, Sibérie, etc., etc.). Ces envois doivent être entourés de corps mauvais conducteurs du calorique, pour les préserver des rigueurs de la température.
Première expérience. — Connaissant aujourd'hui le froid auquel arrive la décomposition du vaccin, il importe pareillement de savoir le degré de chaleur qui paralyse sa vertu reproductrice; c'est danscebut que, le 14 septembre 1860, je commençai mes premières tentatives. Deux vases en fer-blanc, munis dans leur bas-fond d'un robinet, et pouvant contenir chacun un litre de liquide, furent remplis d'eau qu'on éleva, l'une à la température de 50, l'autre à celle de 55 degrés centigrades au-dessus de zéro. Dans chacun de ces liquides je plongeai une petite fiole hermétiquement bouchée où se trouvait logé un tube capillaire rempli de vaccin; enfin, à leur côté était un thermomètre pour indiquer la chaleur à donner aux liquides. Les choses étant ainsi disposées, je les ai maintenues dans cet état durant cinq heures, en surveillant constamment toutes les phases de ces opérations.
Enfin, je transmis ces virus (le 29 octobre 1860) sur les enfants Guin... (huit mois) et Guit... (trois mois).
DES R EVÂCC f N AT FONS . 295
Au bras gauche de ces enfants, le virus à 50 degrés, sur 6 piqûres a produit 6 boutons sur Guin..., et un égal nombre de piqûres a fait naître sur Guit... quatre boutons légitimes; aux bras droits de ces enfants le virus à 55°, sur Guin..., a produit 5 pustules sur 6 piqûres, et chez Guit... on a remarqué 4 boutons sur un égal nombre d'insertions.
Deuorièjïie expérience. — Deux autres virus soumis aux températures de 40 et 45 degrés furent insérés, le 45 novembre 1860, sur les nommés Boil... (treize mois), et Bio... (deux mois). Au bras gauche du premier, 6 piqûres avec le virus à 40° donnèrent 5 boutons; sur Bior..., 0 piqûres ont fait naître 5 pustules; tandis que les vaccinations avec le virus à 45° aux bras droits de ces deux sujets n'ont produit aucun résultat.
Ces épreuves nous donnèrent à penser que le 45e degré pouvait bien être celui auquel se produisait la décomposition du vaccin; mais nous faisions erreur.
Troisième expérience. — Le 9 décembre 1860, on éleva deux nouveaux virus aux températures de 46 et 47 degrés; ensuite on les inocula sur les nommés Mor... (deux mois) et Gui... (deux ans); sur le bras gauche du premier sujet, le vaccin à 45° a engendré 5 pustules, et le même virus sur Gui... a fait naître un bouton. Sur les bras
droits de ces opérés, le virus à 47° ne s'est pas régénéré.
Réflexions. — Remarquons ici l'étrangeté du fait : le virus à 45 degrés dans la deuxième expérience, sur 12 piqûres, n'a pas fructifié, tandis que sur un égal nombre de piqûres avec du virus à 46 degrés il s'est reproduit quatre fois !.. .
Quatrième expérience. — Le 10 janvier 1862, deux vaccins portés à la température, l'un de 47°, l'autre de 48°, ont été transmis sur :
1° Marie Bro... 5 mois; 2° Marie Soul... 7 mois;
aux bras gauches a été inséré le vaccin à 47° et aux bras droits le vaccin à 48°; ces virus sur les deux bras ont fait naître des pustules superbes.
Ciîiquième expérience. — Le 22 janvier 1862, deux virus chauffés, l'un à 50° et l'autre à 55°, ont été inoculés sur :
1° Alexandre Malab... 2 mois et demi; 2° Félicité Pin... 6 mois et demi; o° Rosalie Jam... 7 mois et demi;
aux bras gauches le virus à 50° et aux droits le virus à 55°. 6 piqûres faites à chaque bras n'ont produit aucun résultat : ainsi 18 piqûres pratiquées avec chaque virus, n'ayant donné
DES RE VACCINATIONS. 297
aucun résultat, nous portent à penser que le degré de chaleur qui enlève au vaccin la faculté de se régénérer, est entre le 50e et le 55e degré centigrade au-dessus de zéro; pour être plus fixés sur l'exactitude de ce fait, il convient de répéter cette épreuve.
En appliquant de nouveau à la pratique le résultat de ces recherches, nous voyons que quand il faudra expédier du vaccin dans les pays où régnent des chaleurs excessives (le Sénégal, les Antilles, etc., etc.), il sera essentiel de tenir ces envois à des températures au-dessous du 50e degré; sans cette précaution, une chaleur plus élevée paralyserait les facultés régénératrices du vaccin.
Je conclus de là : 1° Que tout vaccinateur usant des moyens dont nous avons parlé, aura en toute saison un dépôt permanent de virus capable de se reproduire après plusieurs années;
2° Qu'un froid de 20 degrés au-dessous de zéro congèle le vaccin et lui enlève la faculté de se reproduire ;
5° Que la congélation et la décomposition de ce fluide s'effectuent sous un froid placé entre le 13e et le 20e degré au-dessous de zéro ;
4° Que le degré de chaleur auquel s'opère la décomposition du vaccin se trouve entre le 50e et le 55e degré centigrade au-dessus de zéro;
5° Que le meilleur moyen de conserver le vaccin, c'est de le recueillir dans des tubes capillaires qu'on place dans un gros tube plein d'huile, le tout entouré de plomb et maintenu dans un lieu frais et humide; ou mieux encore, déposé dans un verre d'eau froide ;
6° Que les expéditions de vaccin dans les régions où régnent des températures exagérées doivent être maintenues dans une atmosphère propre à prévenir leur décomposition;
7° Qu'à l'avenir les comités de vaccine n'étant plus dépourvus de virus vaccin, pourront répondre aux demandes faites à l'improviste lorsque survient une épidémie.
Ici, se terminent mes études sur la vaccine. Honoré de plusieurs médailles d'or et d'argent dé l'Académie impériale de Médecine, cette compagnie mit le comble à ses faveurs envers moi par ces paroles adressées à l'autorité supérieure : « L'Académie, M. le Ministre, croit devoir mettre « avant tout sous vos yeux le nom d'un vaccina- « teur qui, dans tous les temps, a donné des 4 preuves de ce dévouement qui doit fixer sur « lui votre attention et votre bienveillance (1). »
(1 ) Voyez le rapport de V Académie de 1859 sur les vaccinations de 1857, page 44; et le rapport de 1841 sur les vaccinations de 1859, pag. 205.
Aux mêmes époques, le Comité central de vaccine de mon département me décerna deux médailles en or.
DES REVACCi NATIONS. »
En 1858, le Rapport de la commission de vaccine, page 109, s'exprime comme il suit : « M. Hullin, docteur-médecin à Mortagne, qui a, -(comme les années précédentes, pratiqué de « nombreuses vaccinations, a consigné dans ce « travail les principaux résultats de sa pratique :
c< îl a guéri par la vaccination une tumeur « é redite que portait au front une femme de « vingt-huit ans;
« 11 a décrit une lancette à vaccination imagi- « née par lui, etc
« Comme on peut le voir, par les documents « qui précèdent, M. le docteur Hullin se place a toujours en tête des vaccinateurs les plus zélés a de son département (1), soit par le nombre des « vaccinations, soit par ies travaux scientifiques « dont il puise ies éléments dans les faits de sa « pratique étendue et déjà ancienne. . . »
L'Académie, aujourd'hui, a entre les mains mes dernières recherches sur cette matière. Dans son prochain rapport, elle nous donnera, sans doute, son opinion sur la valeur de ce travail; travail que nous avons fait connaître dans la troisième partie de ce mémoire.
Puissent ces recherches être utiles aux hommes et à la science.
(1) Depuis vingt-six ans le nom de M. Hullin a toujours figuré le premier en tête de la liste des vaccinateurs de la Vendée.
YI
DE LA DYSENTERIE ÉPIDÉMIQUE DE MORTAGNE (VENDÉE) EN 1849, ET DES ANALOGIES DE CETTE ÉPIDÉMIE AVEC LE CHOLÉRA QUI RÉGNAIT EN MÊME TEMPS AUX ENVIRONS DE CETTE VILLE.
Mortagne (l'antique Ségora des Romains) est bâtie sur la crête et le versant d'une colline exposée au sud -ouest, à près de 200 mètres au-dessus des eaux de la Sèvre nantaise, qui coule à ses pieds.
De cette ville située sur un mamelon élevé, on découvre donc la vallée à laquelle la Sèvre a donné son nom et où les artistes vont chercher des inspirations et des points de vue délicieux.
Aux agréments de la situation, Mortagne joint l'avantage d'avoir des rues bien percées, spacieuses et assez inclinées pour ne conserver aucune eau stagnante. Les environs, formés d'un terrain léger et sablonneux, se laissent facilement pénétrer par les eaux, et les plantations dont ils sont couverts sont si touffues qu'elles
impriment à l'air une circulation qui en entretient la pureté; et cependant, malgré ces avantages, Mortagne n'est pas exempte d'épidémies. Depuis trente-deux ans que j'y pratique la médecine, j'y ai vu deux fois la dysenterie : la première en 1852, pendant que le choléra exerçait ses ravages aux environs (1), la deuxième en 1849, encore sous le règne du choléra (2).
Y a-t-il maintenant entre le choléra et la dysenterie des rapports de nature tels que ces deux maladies puissent se remplacer à peu près comme la vaccine et la petite vérole se substituent l'une à l'autre ; ou, au contraire, ces deux maladies s'excluent-elles mutuellement? entre ces deux suppositions je ne me prononce pas; je signale seulement les faits et en abandonne l'explication à de plus habiles que moi.
À ces faits j'en puis joindre un autre du même genre : je tiens de bonne source que Savenay, petite ville de Bretagne, peu distante de Paimbeuf, où régnait le choléra , échappa complètement à l'épidémie qui était, pour ainsi dire, à ses portes; mais, si elle n'eut pas le choléra, elle eut la dysenterie.
Je ne parle ici que d'épidémies; mais il va
(1) A Cholet, au village de la Girardière (Maine-et-Loire).
(2) Baurepaire (Vendée); Vihiers (Maine-et-Loire).
30^2 DE LA DfSEMÉlîE KP1DÔ1IUUE DE MORTAGNE.
sans dire qu'à Mortagne, comme ailleurs, il ne se passe guère d'automne où je n'observe quelques cas isolés de dysenterie.
Au reste, la nature se montre toujours la
même :
Combien de fois mon père, vieillard de quatrevingt-quatre ans, ne m'a-t-il pas ditqu'il y avait vu fréquemment des épidémies de dysenterie, et la plupart très-graves!
Celle dont je parle se présentait aussi sous les apparences les plus effrayantes, et, si la mortalité n'a pas répondu à ce que faisaient craindre les symptômes, j'ai lieu de croire que le traitement que j'ai employé n'a pas peu contribué à éloigner le danger. Jë le dis avec d'autant plus de satisfaction que ce traitement, je le dois en grande partie à la pratique de mon père.
Causes de iïÉPîtàéMm. — L'épidémie éclata sous l'influence d'une chaleur excessive. L'air était sec et embrasé. C'est le 15 juillet 1859 que le premier malade s'offrit à mon observation. J'en vis un autre cinq ou six jours après; ils se l'établirent facilement et en peu de temps. La maladie sembla s'arrêter pendant quinze jours; mais au bout de ce temps, l'épidémie fit explosion. J'eus donc le même jour 17 malades à voir dans dix-sept maisons différentes, situées dans
ANALOGIES DE CETTE ÉPIDÉMIE AVEC LÉ CHOLÉRA. 505 les quartiers les plus élevés de la ville, et fort éloignés des demeures des deux premiers malades. Je fais cette observation pour montrer que ni l'infect ion , ni la contagion n'ont contribué en rien aux progrès de l'épidémie. Et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que tandis queles lieux dont jeparle étaient en proie à la maladie; lesquartiers les plus bas et en apparence les plus malsains n'avaient pas de malades.
Cependant je ne saurais taire que lorsque l'épidémie entrait dans les familles nombreuses, souvent elle en atteignait successivement tous les membres; avec l'attention de laisser un intervalle de six à douze jours entre chaque nouvelle invasion.
Il est triste, mais il est vrai de dire que le fléau a particulièrement sévi dans la classe des indigents, laquelle est à la vérité la plus nombreuse; cependant celle des riches lui a payé aussi son tribut, et j'en pourrais ici citer plus d'un exemple.
Marche des symptômes. — Au début, les malades se plaignaient de coliques plus au moins fortes; en' même temps, la fièvre s'allumait et la réaction s'étendait à tous les organes, mais principalement à l'estomac et au cerveau; c'était la première période.
La seconde était marquée par un surcroît dans
l'intensité des symptômes : les coliques demeuraient plus vives, les selles plus fréquentes, les ténesmes plus insupportables; et, au contraire, les urines étaient rares, peu abondantes et quelquefois nulles. La langue était saburrale.
La troisième période s'annonçait par la prostration des forces et le refroidissement des membres.
Mais, au lieu d'une description générale, je vais rapporter une observation qui réunit la plupart des symptômes de l'épidémie; observation d'autant plus intéressante qu'on croirait, à la ressemblance des symptômes, que le choléra et la dysenterie ne sont que des modifications de la même maladie. En effet, même refroidissement, mêmes coliques, mêmes envies de vomir avec crampes d'estomac, hoquet, même extinction de la voix, même insensibilité du pouls, même liberté d'esprit jusqu'au dernier moment, même décomposition des traits, etc., etc.
Le 30 juillet je fus appelé près de Gar. . . , âgé de dix ans, sourd de naissance, d'un tempérament lymphatique et d'une constitution faible; il est malade depuis dix heures seulement, et la maladie débuta par des frissons. A ma première visite : décubitus sur le dos, coma profond dont on ne peut le tirer ni en le secouant ni en le pinçant, chaleur vive à la peau, langue sèche,
saburrale, couverte d'un enduit jaune; ventre ballonné, borborygmes, dévoiementbilieux, sanguignolent; pouls plein, fréquent (138 pulsations), soif vive; le malade fait sous lui. (6 sangsues à l'anus, synapismes renouvelés aux extrémités, lavements anodins, tisane albumineuse.) Cet état dure 30 heures. Le 2 août, au matin, la fièvre a baissé, le malade a repris sa connaissance ; le pouls est à 116 pulsations G... se plaint de céphalalgie , de coliques intenses, il a des évacuations incessantes avec ténesmes; du reste, même état que la veille. Croyant voir dans le début de cette maladie un accès de fièvre pernicieuse dont le retour pouvait emporter le malade, mon premier soin fut d'employer les fébrifuges (1), en conséquence, 50 centigrammes de sulfate de quinine furent administrés en 3 doses dans une potion laudanisée; en même temps je fis appliquer 4 nouvelles sangsues à l'anus; trois heures après l'administration du sel de quinine, je donnai 75 centigrammes d'ipécacuanha en décoction qui produisirent quatre vomissements bilieux; après ces vomissements j'ordonnai une potion calmante et une tisane albumineuse, etc..
(t) Bien qu'il y eut inflammation peu propre à permettre l'emploi des fébrifuges, je crus cependant indispensable de recourir à cette médication; car de deux maux il fallait éviter le pire.