‹ Mémoires de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 25 sur 50 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Aussi surpris que flatté de cette marque de confiance, je me mis aussitôt à l'œuvre, et voici le résultat de mes recherches et les conclusions auxquelles j'ai été conduit. Mes observations sont au nombre de quatorze, rangées dans l'ordre où elles se sont présentées à mon observation.

Première observation. — Fièvre quarte avec accès intenses et longs, qui cédèrent à 1 gramme de tannate de quinine. — La première concerne la fille Goué..., âgée de trente-deux ans, d'une forte constitution, ordinairement bien portante. Elle éprouve depuis un mois des fièvres quartes dont les accès ne durent pas moins de vingtquatre heures.

Ils débutent par des frissons de trois heures, et se terminent par des sueurs abondantes.

A ma première visite (17 septembre 1851) : Visage pâle, yeux jaunes, céphalalgie intense, ventre doulourenx pendant les accès. Une forte saignée du bras, pratiquée à l'instant de ma visite, ayant été sans effet sur l'accès subséquent je prescrivis 1 gramme de tannate en neuf doses prises en trois jours, cette faible dose de tannate

coupa radicalement ces accès, qui semblaient devoir être plus difficiles à déraciner. Chez ce malade, comme chez tous les autres, la guérison a été soutenue à l'aide d'amers. (Tisane de centaurée et de camomille, continuée durant vingt et un jours(l).

Ce succès, chez un sujet aussi malade, m'a surpris infiniment. Ce que j'ai vu dans ma pratique m'autorise à penser que, si au lieu du tannate de quinine j'avais employé le sulfate, j'aurais dû en donner le double et peut-être n'aurais-je pas été si heureux Jamais je n'avais employé le tannate, et n'en connaissais ni la force ni les vertus; la prudence voulait donc que je ne l'employasse qu'à une faible dose ; or, la malade ayant été guérie par 1 gramme, je me bornai à seconder l'effet produit par les amers.

Deuxième observation. — Accès nerveux "périodiques datant de six mois, chez un sujet de soixantedix-neuf arcs, guéris à l'aide de 150 centigrammes de tannate. — Madame Mer..., âgée de soixantedix-neuf ans, d'une forte constitution, habituellement bien portante, suivit les armées d'Italie et d'iUlemagne, durant seize ans, comme cantinière; outre les fatigues extrêmes de sa profes-

(1) Tous mes malades ont généralement usé de 30 centigrammes de tannate de quinine par jour pris en trois fois; après chaque dose, ils prenaient une tasse de tilleul.

sion, elle a eu dix-sept enfants. Néanmoins, elle conserve encore assez de force; mais souvent sa santé est chancelante.

Depuis six mois, cette femme me consultait pour une douleur de tête qui cernait toute la base du cerveau, et qui durait toute la journée.

Voici l'état où je la trouvai à ma première visite, le 15 octobre 1851 : Douleur extrême au lieu indiqué; c'était comme des coups de lance ou d'aiguilles, avec une forte congestion cérébrale. Les calmants n'y faisaient rien. Mais enfin Madame Mer..., me fit part d'une particularité qui m'éclaira. « Ma douleur, dit-elle, redouble au lever du soleil; au contraire elle se calme a l'approche de la nuit, ce qui me permet de dormir. »

Je soupçonnai que j'avais affaire à une affection nerveuse périodique et je donnai neuf paquets de tannate de quinine chacun de 10 centigrammes à prendre en trois jours.

L'administration de ce médicament réussit d'abord à modérer les douleurs, et six autres paquets suffirent à supprimer entièrement les accès. Depuis six semaines, Madame Mer... est dans un état de parfaite santé.

Cette observation prouve que le tannate n'est pas moins apte à guérir les douleurs nerveuses périodiques que les fièvres de même type.

Et veuillez remarquer que la dose prescrite était bien minime; 150 centigrammes suffirent pour guérir radicalement Madame Mer... : or, combien eût-il fallu de sulfate de quinine? Je l'ignore; mais je dois dire que, pour combattre une otalgie violente périodique chez un sujet de vingt-cinq ans, je n'en employai pas moins de 4 grammes.

Troisième observation. — Fièvre quarte rebelle, coupée avec 2 grammes de tannate de quinine. — Ret. . . , de Saint-Laurent, âgé de vingt-cinq ans, est atteint d'une fièvre quarte depuis six semaines.

Au début, les accès étaient peu violents; il y avait des frissons; mais ils étaient peu intenses et de courte durée. A ma première visite, le 8 octobre 1851, le dernier accès avait augmenté d'intensité, les frissons étaient changés en tremblements qui duraient trois heures ; figure amaigrie, jaune, pâle; les yeux portent, comme la figure, le cachet des fièvres d'accès rebelles; constipation, céphalalgie, rate volumineuse et sensible au toucher. (Dix sangsues à l'anus, 1 gramme de tannate de quinine en neuf paquets à prendre à trois fois dans le jour.)

Le 16 octobre, les accès ont diminué et sont moins longs, moins intenses, plus de tremblements; l'appétit est revenu. (Nouvelle dose de tannate d'un gramme.)

Le 3 novembre 1851, le malade est mieux; mais il conserve comme un souvenir de ses accès qui sont à peine sensibles. La figure du malade est plus naturelle et la rate indolore a repris son volume ordinaire.

Cette observation offre de l'intérêt sous le rapport de la ténacité des accès; peu s'en est fallu que le tannate n'ait échoué; et lorsque l'on voit ce remède triompher de cas plus graves, on est surpris de le voir si peu actif dans d'autres cas en apparence plus légers. — (Voir première et deuxième observations.)

Je demande si le sulfate de quinine eût été plus efficace et si une dose de 10 grammes eût suffit pour couper à fond les accès. Je ne le pense pas ; ma pratique, dans des cas analogues, m'a prouvé qu'il ne fallait pas moins de 3 à 4 grammes de ce sel. J'ajoute que le cas de Ret... est un de ceux qui trompent souvent le praticien ; en effet, la position de cet homme paraissait moins grave que celle des deux précédents malades; or, comme une petite dose de tannate avait suffi pour les guérir, je devais croire qu'une semblable dose aurait produit chez lui le même résultat.

La première observation et la dernière nous donnent à penser que l'épreuve de remèdes nouveaux, faite sur des malades en apparence atta-

que au même degré, peut souvent en imposer et conduire à des conclusions erronées.

Mon intention était d'abord de procéder de la sorte et d'essayer comparativement le sulfate et le tannate de quinine sur des malades placés dans des conditions en apparence semblables; mais les faits dont nous venons de parler m'ayant prouvé l'inconvénient d'en agir ainsi, j'ai changé d'avis; après tout, je n'avais pas à m'expliquer sur le sulfate de quinine, dont la réputation est faite sans retour. Je laisse donc à l'expérience le soin de prononcer entre l'ancien et le nouveau fébrifuge.

Pour le moment, l'essentiel est de savoir que chez tous nos malades, le tannate de quinine à doses moins fortes a eu autant de succès qu'en aurait pu avoir le sulfate de quinine, et il a encore l'avantage de ne pas irriter la muqueuse gastrique.

Quatrième orservation. — Fièvre quarte devenue tierce. — Joseph Bi..., de Saint-Laurent, âgé de seize ans, ordinairement bien portant, a éprouvé pendant un mois des fièvres quartes dont les accès intenses duraient de sept à huit heures environ, et se terminaient par des sueurs.

Le 8 octobre 1851, je le vis, et il me dit que ses fièvres, depuis huit jours, avaient changé de type ; de quartes, elles étaient devenues tier-

ces, avec des accès plus intenses, et qu'elles duraient de douze à quatorze heures.

Voici son état: Figure pâle, yeux jaunes, ventre dur, douloureux, ballonné, rate et foie gonflés, constipation, anorexie. Après une médication antiphlogistique de quaran te-huit heures, je prescrivis 1 gramme de tannate de quinine, qui ne fit que diminuer les accès.

Le 1er novembre, nous ordonnâmes un nouveau gramme de ce sel, et les fièvres furent complètement enlevées.

Ce malade, comme le précédent, offre les mêmes phénomènes; cependant il est à remarquer que les accès de fièvres quartes en changeant de type deviennent ordinairement moins intenses; le contraire ayant eu lieu, l'affection était plus difficile à guérir.

Cinquième observation. — Fièvre tierce coupée avec 2 grammes de sulfate de quinine. Récidive le quinzième jour. Guèrison durable après l'usage d'un gramme de tannate. — Le 9 novembre 1851, je vis Ami..., de Saint-Laurent. Ce malade, âgé de vingt-quatre ans, fort et ordinairement bien portant, a depuis cinq semaines des accès de fièvre tierce qui durent trente-six heures : 2 grammes de sulfate de quinine furent pris et ne firent que suspendre la maladie pendant quinze jours.

A ma visite, figure pâle et jaune, yeux également jaunes, amaigrissement, ventre douloureux durant les accès; mais le foie et la rate sont sains, céphalalgie très-intense. Saignée du bras; 9 doses de tannate de 10 centigrammes chaque coupèrent les accès d'une manière durable.)

Le 20 octobre, Am... est guéri : il n'a pas eu de fièvre depuis cinq semaines.

Nous remarquons sur ce malade que le tannate a eu l'avantage sur le sulfate ; 2 grammes de sulfate n'avaient coupé les accès que durant quinze jours, tandis que le tannate à dose plus faible a mis fin à cette affection rebelle.

Nous voyons encore que l'action du tannate est plus grande chez certains sujets et moins chez d'autres.

Sixième observation. — Fièvre quarte rebelle qui a duré deux ans. — Jeanne Goi..., de la Maminière (Vendée), âgée de cinq ans, a contracté l'hiver précédent des fièvres quartes qui ont duré dix-huit mois; 2 grammes de sulfate de quinine ne lui ont coupé la fièvre que durant six semaines. A cette époque, elle reparut avec le même type; mais les accès étaient moins intenses.

Le 10 octobre dernier, voici quelle était la situation de Jeanne : Figure pâle, amaigrie, yeux ternes et jaunes, ventre dur, douloureux, pen-

dant et après les accès, rate et foie engorgés, descendant de deux centimètres au-dessous des fausses côtes; céphalalgie. (6 sangsues aux malléoles internes; 1 gramme de tannate en trois jours.)

Le 18 du même mois je revis la malade : les accès sont diminués d'intensité et de durée, plus de tremblements au début, ni de sueurs au déclin.

Gomme les organes abdominaux étaient toujours douloureux et qu'il y avait encore de la céphalalgie, je prescrivis 6 nouvelles sangsues et donnai de nouveau 60 centigrammes de tannate.

Le 25 novembre, je revis Jeanne; elle est bien et n'a pas eu de fièvre depuis le 18.

Cette résistance de la maladie aux médicaments n'a rien qui doit étonner chez cette malade, qui, depuis deux ans, a été fortement empoisonnée par les miasmes délétères, causes ordinaires des fièvres d'accès ; ajoutons encore que Jeanne, en proie aux lésions consécutives des fièvres de cette nature, est une de ces malades exceptionnelles qui nécessitent l'emploi de remèdes actifs et prolongés; j'ai vu des cas analogues qui résistèrent à tous les fébrifuges connus et que je fus obligé d'abandonner aux soins de la nature, la providence des médecins et des malades.

Septième observation. — Fièvre quarte intense chez un sujet de quatre-vingt-seize ans. Guérison. — La femme Par..., âgée de quatre-vingt-seize ans, jouissant ordinairement d'une bonne santé, depuis six semaines est atteinte de fièvres quartes dont les accès très-intenses sont redoutables chez un sujet de cet âge.

A l'instant de ma visite, 25 octobre 1851, voici son état : L'accès débuta par un tremblement qui a duré quatre heures, à la suite duquel elle perdit connaissance ; anéantissement et sommeil profonds, rêvasseries, visage rouge, ventre souple, indolore; elle fait sous elle sans se sentir. Cet état dura quinze heures, au bout desquelles la connaissance revint, et l'accès finit par de la sueur.

Un gramme de tannate fit cesser tous les symptômes graves et changea le type de la fièvre, de quarte en tierce.

Le 4 novembre, un nouveau gramme fait cesser tous les accès. La malade, bien que trèsfaible, se lève six heures par jour, elle a de l'appétit et digère sans difficulté.

Le 10 novembre, la Par... a repris ses forces et se trouve bien.

Des accès aussi terribles eussent certainement en peu de temps fait mourir cette bonne vieille.

Nous remarquons ici, comme chez les autres malades, que le tannate n'a pas manqué son effet, et qu'en raison du danger des accès j'eusse été obligé d'employer une bien plus grande quantité de sulfate de quinine.

La malade trouvant de l'amertume au tannate quelle prenait en poudre, je l'administrai en bols qui passèrent parfaitement (1).

Huitième observation. — Fièvre tierce guérie par l'usage du tannate. — La femme Bar..., de la Petitière, âgée de quatre-vingt-quatre ans, m'appela près d'elle le 1er novembre 1851. Je la trouvai dans un accès de fièvre aussi grave que celui où était la malade précédente.

Depuis un mois la Bar... a des fièvres tierces qui, loin de s'éteindre, ne font qu'augmenter d'intensité.

Le 2 novembre, elle prit le tannate de quinine (I gramme en neuf bols) et en peu de jours la fièvre fut coupée.

Le 25 novembre, cette femme est bien; cependant elle dit avoir éprouvé, les jours précédents, quelques frissons qui durèrent peu de temps; je prescrivis un nouveau gramme de tannate, qui mit fin à tous ses accès.

(1) Je dois dire qu'en général certains malades prenaient ce médicament sans répugnance et d'autres avec difficulté.

La Bar... depuis longtemps souffrait souvent de l'estomac, ce qui m'obligea à lui donner, après chaque dose de tannate, une potion calmante; grâce à ce moyen, le nouveau fébrifuge fut bien supporté et la guérit.

Neuvième observation. — Fièvres tierces qui ayant résisté à 80 centigrammes de sulfate de quinine furent radicalement coupées par une égale quantité de tannate de quinine.

Constance G..., domestique de la Maminière (Vendée), âgée de vingt ans, a éprouvé durant quinze jours des fièvres tierces que l'on combattit par 2 grammes de sulfate de quinine.

Au bout de huit jours, les fièvres revinrent et continuèrent encore un mois sous le type quarte; mais les accès, devenant déplus en plus intenses, je fus consulté.

Au 8 octobre, Constance était sans fièvre, son teint était jaune, pâle; ventre dur, rate et foie douloureux. J'ordonnai 11 sangsues à l'anus et 1 gramme de tannate à prendre en quatre jours. Le tannate ne réussit pas mieux que le sulfate, seulement la fièvre, au lieu du huitième jour, reparut le seizième, et les accès restèrent ainsi irréguliers.

La malade revint me voir le 28 du même mois, et je mis fin à ses accès erratiques par un nou-

veau gramme de lannate, pris comme le premier en quatre jours. Ce dernier remède coupa complètement les fièvres.

L'action du tannate dans ce cas a été plus grande encore que celle du sulfate; en effet, nous avons vu que les 2 grammes de sulfate n'ont coupé les accès que durant huit jours, landis que le premier gramme de tannate a d'abord fortement ébranlé la maladie, et que le deuxième l'a complètement chassée.

Dixième observation. — Fièvre tierce guérie à l'aide de 60 centigrammes de tannate de quinine. — Bro..., âgé de trente mois, ordinairement bien portant, éprouve depuis trois mois des fièvres tierces qui, au début, ne duraient que trois heures. Des tisanes amères de centaurée et de camomille suffirent pour les éteindre. Depuis quinze jours, ses fièvres sont revenues chaque matin; elles s'annoncent par un tremblement qui dure une heure, auquel succède de la sueur.

Voici son état.

Le 20 octobre 1851, la figure de Bro... est jaune, pâle, ventre dur, ballonné, douloureux pendant la fièvre, rate et foie légèrement douloureux, le premier organe est plus volumineux que de coutume, anorexie, amaigrissement, céphalalgie à l'instant des accès. 6 sangsues à l'anus et 6 paquets de tannate de quinine de 10

centigrammes chaque paquet, guérirent complètement Bro...

Ici, comme chez tous les autres malades, le nouveau fébrifuge n'a pas manqué son effet, bien qu'il ait été pris à une dose assez minime (60 centigrammes).

Onzième observation, — Fièvre quarte guérie à l'aide d'un gramme de tannate. — Doul..., âgé de trente ans, a éprouvé depuis quinze jours quatre accès de fièvres quartes qui débutaient par des tremblements dont la durée était de trois heures.

Le 20 octobre, je le vis pour la première fois. Figure rouge, céphalalgie intense pendant l'accès, ventre dur, indolore, rate et foie sains. Une saignée du bras et 1 gramme de tannate suffirent pour couper entièrement ses fièvres; depuis un mois elles n'ont pas reparu.

Cette observation n'a d'intérêt que par la facilité avec laquelle le tannate de quinine a triomphé.

Douzième observation. — Fièvre d'accès périodique chez un phthisique qui débutait par des tremblements; accès enlevés sous l'influence d'un gramme de tannate. — La Mer..., phthisique au troisième degré, éprouve depuis huit jours vers midi des tremblements qui durent environ deux heures. A ces accidents succèdent une toux plus

fréquente, une vive chaleur et plus tard de la sueur. Souvent durant les accès surviennent des vomissements accompagnés de douleurs épigastriques qui tourmentent longtemps la pauvre malade.

Le douzième jour, je prescrivis 9 paquets de tannate en poudre administrés en trois jours; après la prise de chaque dose la malade usait d'une cuillerée de potion calmante. Cette dose suffit pour supprimer les frissons, pour masquer et adoucir les accès de cette affection accidentelle.

Quoique la Mer... souffrit souvent de l'estomac, jusqu'à vomir quand la douleur était par trop vive, le tannate ne fut pas moins utile contre la fièvre sans ajouter à l'affection gastrique.

D'où nous inférons que le tannate peut être donné sans trop de crainte à des estomacs irritables.

Treizième observation. — Accès de fièvre pernicieuse chez un sujet atteint de pleurésie. — La Sor. . . , âgée de soixante-cinq ans, ordinairement bien portante, a contracté depuis deux jours une pleurésie du côté droit avec fièvre, toux forte ; à ma première visite du 2 novembre, soif vive, matité sensible à la partie postérieure et latérale du poumon droit. Dans sa moitié inférieure,

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égophonie, oppression, pouls petit, à 108 pulsations. (lc2 sangsues au côté douloureux, cataplasmes, tisane gommeuse.)

Le troisième jour, la toux, la douleur et les autres symptômes persistent à un moindre degré; il y a du mieux ; la fièvre est à 100 pulsations.

Le quatrième jour, même état que la veille.

Le cinquième au matin, frissons et tremblements très-forts, la fièvre augmente de plus en plus; à midi, le délire survient, la douleur de côlé est plus grande; oppression ; la malade ne sait plus ce qu'elle dit ni ce qu'elle fait (fièvre violente à 120 pulsations). Le soir, même état; oppression plus forte, bien que l'épanchement pleurétique soit le même; il en est ainsi de Tégophonie, prostration très- grande. (Vésicatoires sur le côté et aux jambes, synapismes.)

Le sixième jour au matin, même état; le soir, la fièvre a diminué, le trouble des idées persiste.

Le septième jour au matin, la malade a repris sa connaissance, la fièvre a diminué ; elle est à 108 pulsations; sueurs à la fin de l'accès,

(4 paquets de tannate de quinine de 10 centigrammes à prendre dans la journée.)

Le huitième jour, nouveau paroxysme avec délire; l'accès ne dure que vingt-quatre heures.

Le neuvième, on revient au tannate.

Le dixième, mieux; l'oppression, l'épanchement, la fièvre sont diminués ; l'égophonie n'existe plus. (Tannate à la dose de 20 centigrammes.)

Le onzième jour, nouvel accès moins violent; il ne dure que douze heures. (Tannate à la fin du paroxysme.)

Le douzième, même dose de tannate.

Les treizième, quatorzième et quinzièmejours, mieux sensible; la fièvre n'a pas reparu.

Le seizième, la malade est bien ; elle tousse toujours; plus d'oppression, mais de la faiblesse.

L'accès terrible survenu tout à coup chez notre malade, sans cause connue, sans augmentation bien sensible dans les symptômes locaux, nous a fort inquiété; la malade est âgée de soixante-sept ans, épuisée de fatigues et de misère, et ordinairement d'une faiblesse remarquable : cet état nous faisait craindre de la voir succomber durant l'accès.

Remarquons bien ici que 40 centigrammes de tannate ont suffi pour modérer l'accès principal et trancher les symptômes qui compromettaient la vie de cette femme. Enfin, 120 centigrammes de ce sel ont complètement fait disparaître les accidents. Je pense qu'une double dose de sulfate de quinine n'eût pas mieux réussi.

Dans le cas de fièvres pernicieuses, le tannate peut donc être administré sans crainte.

Quatorzième observation. — Fièvre typhoïde guérie à l'aide du tannate pris comme tonique, — Jean J,.. contracte, le 2 octobre, une fièvre avec céphalalgie intense: au début de l'affection, il éprouve des étourdissements, de la stupeur; inquiétude involontaire, dévoiement et coliques intenses, ballonnements du ventre présentant çà et là à sa surface de petites pustules acuminées, anormales. Rêves pénibles la nuit, pouls petit, fréquent, à 120 pulsations; anorexie, langue blanche, épaisse, bouche mauvaise. Cet état dura quatre jours. (14 sangsues à l'anus, eau de riz.)

Le cinquième jour, émétocathartique, qui sur l'instant produisit un bon effet.

Le sixième jour, les symptômes n'ont point diminué ; prostration plus grande.

Les neuvième, dixième, onzième, douzième et treizième jours, délire, somnolence et rêvasseries ; soif et tièvre vives, langue sèche, noirâtre au centre. Jean se plaint beaucoup et est insouciant pour tout ce qui l'entoure; stupeur plus grande, commencement de surdité; dévoiement et coliques, ventre dur, ballonné, pouls petit à 124 pulsations, prostration plus grande. (30 centigrammes de tannate à prendre dans la journée;

potion calmante après l'usage du tannate, frictions d'huile camphrée sur le ventre.)

Le quatorzième jour, de la sueur survenue dans la nuit modère la fièvre, et le pouls tombe à 84 pulsations. Il en est ainsi des autres symptômes. Ce mieux persiste le même pendant deux jours, quand, le seizième, survint un frisson et un nouveau paroxysme qui met le malade dans le même état que celui du treizième jour.

J. J... fait sous lui sans en avoir conscience; la surdité est plus grande ainsi que la faiblesse; langue et dents fuligineuses, peau sèche et chaude, pouls petit à 124 pulsations, roideur permanente des muscles du dos. (Même prescription que le treizième jour; on ajoute l'usage du vin de Bordeaux sucré et mitigé.)

Du seizième au vingt-huitième jour, même état, mêmes symptômes, qui s'aggravent de plus en plus et font croire à la fin prochaine de J. J. . .

Le vingt-neuvième jour, après une forte diaphorèse et de fréquentes garde-robes rendues dans le lit, le malade sort de l'état alarmant où il se trouve ; le pouls, filiforme, est moins vif à 96 pulsations, l'intelligence revient, et cette crise subite nous fait espérer une guérison que nous étions loin de prévoir.

Du treizième au vingt-huitième jour, le tan-

nate a été administré par doses de 20 centigrammes.

Ici le tannate de quinine n'a pas été moins utile que dans le cas précédent. L'estomac de J. J... souffrait depuis longtemps, et par conséquent il était très-sensible; néanmoins il n'a nullement souffert du contact de ce médicament, ce qui prouve assez que le tannate n'est pas irritant.

Comme dans les huitième, douzième et treizième observations, l'action du tannate a été si douce (1), que ma pratique me porte à croire que le sulfate de quinine n'eût pas été aussi bien supporté par ces estomacs délicats et sensibles; et, en effet, dans des cas analogues, je me suis vu quelquefois forcé d'y renoncer pour l'extrait de quina.

Telles sont les observations que j'ai faites et que j'ai suivies avec soin; j'ajoute même que j'ai visité les malades cinq semaines après la cessation de la fièvre, pour constater si les accès avaient été coupés. Tous, les plus gravement comme les plus légèrement attaqués, n'ont éprouvé de rechutesjjque celles que nous avons consignées et qui tenaient à la quantité trop

(1) Bien que J. J... ait pris 450 centigrammes de sel en quinze jours.

minime du fébrifuge dont ils avaient fait usage. Le tannate ne m'a donc fait défaut dans aucun cas.

Depuis deux mois je cherche en vain l'occasion d'essayer le tannate de quinine dans les douleurs nerveuses rhumatismales : je ne sais si, en pareil cas, il supporterait la comparaison avec le sulfate. Je termine donc ce travail avec le regret d'être incomplet.

Toutefois, des observations que j'ai faites je me crois autorisé à conclure :

1° Que le tannate de quinine possède des propriétés analogues à celles du sulfate, tant contre les fièvres d'accès que contre les autres affections périodiques (1) ;

2° Qu'à propriétés égales, il faut donner la préférence au tannate, parce qu'il est moins cher;

3° Que le tannate étant moins amer, est aussi plus facile à prendre ;

4° Et qu'étant plus facile à supporter par les estomacs délicats, il peut être employé là où le sulfate de quinine ne saurait l'être.

(1) En 1851, le tannate de quinine semblait avoir autant d'énergie que le sulfate; d'où vient aujourd'hui qu'il en a moins (1862), et que je donne depuis quelques années, pour obtenir le même résultat, une dose double de celle de l'époque précitée?...

Mais dans quelques termes que nous parlions du tannate de quinine, le sulfate a l'avantage d'être depuis longtemps dans la pratique; et, sous ce rapport, il jouit d'une confiance à laquelle le tannate ne peut encore prétendre.

DEtXlÈIHE PARTIE.

Il ne suffit pas à un praticien qui veut s'assurer des propriétés d'un nouveau médicament de ne le mettre qu'une fois en expérience ; il faut qu'il répète ses épreuves plusieurs années de suite et sous toutes les constitutions atmosphériques. Qui ne sait que les maladies diffèrent d'une année à l'autre? Et ces différences touchent de si près à leur nature qu'elles se terminent quelquefois d'elles-mêmes par le seul bénéfice de la nature, tandis que dans d'autres circonstances elles se montrent rebelles aux médications les plus énergiques et les mieux combinées.

J'étais dans ces principes, lorsqu'en 1850, l'4cadémie de médecine voulut bien me charger d'expérimenter le tannate de quinine proposé par M. Barreswil. En 1851, j'essayai donc le nouveau sel sur les 14 malades, dont j'ai tracé l'histoire dans mon premier mémoire.

Ce nombre, on le voit, était trop insuffisant pour fixer l'opinion et je recommençai les années suivantes.

Le nouveau travail que je publie aujourd'hui renferme quarante-huit observations; dans le nombre, il y en a de connues; il y en a d'autres qui sont nouvelles, ou du moins je n'avais jamais rien vu de semblable dans le cours d'une pratique qui ne laisse pas cependant de remonter déjà loin. Telles sont les trente-neuvième, quarantième, quarante-septième et quarante-huitième observations.

J'ai divisé en neuf séries les observations contenues dans ce mémoire :

La première série concerne treize observations de fièvre typhoïde avec paroxysmes pernicieux.

La deuxième en contient six de dysenterie compliquées de fièvre typhoïde grave.

La troisième est relative à trois cas de rhumatisme articulaire aigu.

La quatrième comprend cinq cas de lièvre quarte rebelle à l'action des antipériodiques.

La cinquième onze cas de fièvres tierces rebelles.

La sixième trois cas de fièvres périodiques avec complication d'angine gangreneuse.

La septième trois cas de fièvres quotidiennes.

La huitième est un cas de gastralgie.

Enfin 3 malades atteints de douleurs périodiques compliquées d'accidents graves, affec-

tions contre lesquelles le tannate de quinine a été administré avec avantage.

PREMIÈRE SÉRIK.

Première observation. — Fièvre typhoïde grave avec paroxysmes pernicieux guérie par le tannate (1). — Dans la nuit du 9 au 10 mai 1851, je fus appelé près du nommé Lio..., âgé de ving-sept ans, d'un tempérament nerveuxsanguin; il était malade depuis onze jours et présentait les signes d'une fièvre typhoïde grave; faiblesse générale, soif, chaleur vive, convulsions des fléchisseurs des doigts, langue sèche, noirâtre au centre, pouls petit, facile à déprimer, cent seize pulsations, visage pâle, délire et rêvasseries. (Vésicatoires aux jambes, 30 centigrammes de tannate pris en trois fois dans le jour.)

La nuit suivante, sur les trois heures, Lio... perd connaissance; les muscles du visage sont agités de mouvements convulsifs ainsi que ceux des membres, pouls petit à cent vingt pulsations, dents serrées; on secoue, on pique le malade, il ne sent rien. Cet état dure cinq heures, après lesquelles Lio... reprend ses sens. Je le vis le matin; la faiblesse était plus grande que la

(i) Tous mes malades ont usé du tannate de quinine préparé par M. Barreswil.

veille, le pouls était tombé à cent douze pulsations. Je prescris au plus vite 1 gramme de tannate en quatre doses rapprochées, et cela suffit sinon pour prévenir l'accès, du moins pour le tempérer. Le lendemain, même prescription à même dose, et plus tard à dose tonique. Cependant la fièvre continue à peu près au même degré jusqu'au vingt-huitième jour; mais alors il vint un dévoiement qui dura vingt-quatre heures et une petite sueur qui fit naître sur tout le corps une éruption anormale; la fièvre céda. On n'usa pas moins de 5 grammes de tannate durant tout le cours de cette maladie.

Cette observation me suggère deux remarques : premièrement elle fait voir avec quelle facilité le tannate est supporté par une muqueuse qui cependant avait été douloureuse et irritée dès le commencement de la maladie. Elle fait voir encore qu'il n'est pas nécessaire de porter ce médicament à des doses excessives; un gramme a suffi pour conjurer tout le danger d'un accès pernicieux; nous reviendrons sur ce fait; notons seulement ici que le tannate de quinine, après avoir été employé comme fébrifuge, a été donné, avec non moins d'avantage, comme tonique.

Deuxième observation. — Fièvre rémittente avec accès pernicieux chez un sujet débile. Guérison par

le tannate de quinine. — Mademoiselle Sophie •Ga..., âgée de vingt-deux ans, nerveuse et trèsdélicate, fréquemment souffrante.

Appelé le 25 novembre au matin, je la trouvai avec une forte céphalalgie, pouls petit, fréquent, quatre-vingt-quatre pulsations, peau chaude, soif vive, langue sèche, malaise et douleur dans toute l'économie. J'appris que la fièvre existait depuis deux jours, et que le 24 au soir il y avait eu un paroxysme aveclongue menace de syncope.

Le 25 au soir, sur les sept heures, nouvel accès qui débuta par des frissons; et tout à coup Sophie perdit connaissance deux minutes environ, après quoi survint un mal de tête affreux, délire et fièvre violente.

Je la revis le 26 au matin, huit heures; l'abattement était extrême, à peine pouvait-elle parler; elle était dans son lit sans mouvement ; pouls à cent seize pulsations, petit, filiforme. Jugeant par l'abattement combien l'accès avait été violent, je prescrivis sur-le-champ le tannate à haute dose. 1 gramme 10 centigrammes furent pris en quatre fois dans la journée, et j'ordonnai en même temps le sulfate de quinine en frictions et en lavement. La malade n'avait pas absorbé moins de 2 grammes de fébrifuge ; aussi le paroxysme ne revint pas et la fièvre resta au soir ce qu'elle était au matin.

Le 27, encore un gramme de tannate; le 28, 75 centigrammes seulement, parce que l'estomac était parfois douloureux.

Le 29 et le 50 la fièvre cessa et, chose étrange, le cœur, qui ordinairement battait de soixanteseize, à quatre-vingts fois, ne présentait plus que soixante pulsations. A cette époque, l'estomac, moins douloureux, supportait quelques aliments, ce qui me fit revenir au tannate à dose tonique seulement; mais telle était la faiblesse et l'irritabilité de la malade, que cela suffit pour provoquer des crampes et des envies de vomir. Cet état dura près de deux heures et ne céda qu'à l'emploi de l'acétate de morphine à haute dose. Un fait que je dois noter, c'est que la crème de lait chauffé, prise en petite quantité modéra et calma les vomissements. Depuis lors, les aliments passent difficilement et causent parfois des crampes atroces. Cette susceptibilité dura jusqu'au 5 novembre, et finit par céder à trois petits vésicatoires appliqués sur l'épigastre et pansés chaque soir avec 2 centigrammes de sulfate de morphine.

Le 21 novembre, la malade est assez bien ; elle prend quelques aliments, mais elle est d'une très-grande faiblesse et la convalescence marche lentement. Elle ne se lève pour la première fois que le 9 décembre 1852. Aujour-

DU TAjNMTE DE QUINjNE. 41 L

dhui, 1er février 1853, elle est bien, niais toujours très-faible.

Pourquoi, dira-t-on, avoir employé le sulfate de quinine? Vous n'aviez donc pas confiance dans le tannate? L'estomac de Sophie nous était connu; plusieurs fois il n'avait pu supporter quelques centigrammes de sulfate de quinine : or, devant à tout prix user d'un fébrifuge, nous devions craindre que le tannate ne présentât les mêmes inconvénients que le sulfate ; la prudence voulait donc qu'on employât les fébrifuges par toutes les voies possibles, et comme le tannate est moins soluble que le sulfate, je choisis ce dernier pour être donné en lavements : l'estomac de Sophie reçut 3 grammes de ce sel en trois jours; eut-il supporté un poids égal de sulfate de quinine? Il n'y a pas d'apparence.

Notons encore la diminution en nombre des pulsations du cœur; ce médicament aurait-il la même propriété que les préparations de digitale? Gela a été dit; mais nous reprendrons plus tard ce sujet. Constatons, en attendant, qu'un estomac très-irritable, incapable de supporter le sulfate de quinine, digéra facilement une forte dose de tannate.

Comme il n'y a rien d'indifférent en pratique, j'insiste sur les bons effets que produisit sur

les vomissements de Sophie l'usage de la crème de lait chauffé (telle qu'en Vendée elle se prépare pour faire le beurre). Elle fit réellement merveille chez notre malade, pourquoi n'aurait-elle pas chez d'autres les mêmes avantages?

Troisième observation. — Accès pernicieux chez un typhoïdé guéri à Vaide du tannate de quinine.

La Gri..., âgée de soixante-dix-huit ans, d'une constitution robuste, réclama mes soins le 18 mai 1852 ; elle étaitmalade depuis quatre jours. Voici son état à ma première visite : décubitus sur le dos, prostration des forces, face rouge, respiration gênée, somnolence profonde, céphalalgie; on lui parle, et elle ne répond qu'avec difficulté; fièvre vive, pouls petit, plein, 112 pulsations; soif vive, langue sèche; on pince la malade, elle ne sent rien; on soulève ses bras, et ils retombent comme s'ils n'avaient plus de vie. Cet état dure douze heures, et cède aux sansgues et aux vomitifs.

Le 19, la Gri... est mieux, ses facultés sont plus libres; fièvre moins forte, 90 pulsations; mais la céphalalgie et la pesanteur de la tête persistent. Il en est ainsi de la chaleur à la peau; toux fréquente. Le soir, nouveau paroxysme violent avec perte de connaissance pendant deux

heures; et, à l'instant où cette femme reprend ses sens, elle se dit mourante.

Le 20 au matin, la malade a sa connaissance, mais elle est tellement affaiblie qu'elle s'exprime avec la plus grande difficulté; du reste, même état que la veille. 1 gramme de tannate de quinine fut administré dans la matinée. L'accès suivant fut peu marqué.

Le 21, même dose de tannate ; même état que la veille. Le soir, un redoublement a lieu, mais il n'a rien d'alarmant.

Le 22, la malade est bien. On administre alors le sel comme tonique (15 centigrammes par jour), et après dix-huit jours de maladie elle entre en convalescence.

Quatrième observation. — Fièvre typhoïde grave chez un sujet de dix-neuf ans. Bons effets du tannate donné comme tonique. — Le 12 février 1 852, je visitai Per..., âgé de dix-huit ans, bien constitué et ordinairement bien portant : je le trouvai avec: Pouls fort, à 120 pulsations; chaleur vive à la tête; céphalalgie très-intense, stupeur et pâleur de la face; malaise général, faiblesse, envies de vomir, (saignée du bras, sinapismes aux pieds, diète).

Le 19, le malade est absorbé et comme frappé d'idiotisme (sangsues aux malléoles, etc.). La nuit du 19 au 20, a été agitée, peu de sommeil, rêvas-

HULLUf. 27

séries, faiblesse plus grande, fièvre violente avec paroxysme le soir.

Les 2 J , 22 et 23, même état; agitation continuelle et délire la nuit; soubresauts des tendons.

Les 24 et 25, même état. (Vésicatoires aux jambes, camphre à l'intérieur, réfrigérants sur la tête.)

Le 26 au matin, le malade est fort assoupi et reconnaît difficilement les personnes qui l'entourent ; langue sèche, noire au centre ; le soir il y a de l'agitation; Per... cherche à mordre et délire toujours; yeux étincelants, constipation. (Sangsues aux oreilles et aux pieds; laxatifs.)

Les 27, 28, 29 et 30, la faiblesse augmente (Tannate de quinine, 20 centigrammes par jour; Camphre à l'intérieur, etc.)

Le 1er avril et jours suivants, même état, même prescription; le tannate passe bien, le malade veut toujours mordre; mais il boit sans peine et n'est point offusqué des corps brillants. Le tannate et les calmants sont continués.

Le 10 et 15 avril, Per... se plaint de la gorge, de la fesse et de la cuisse du même côté; à la gorge, se remarquent intérieurement des pellicules blanchâtres, épaisses; à la fesse on voit une escarre noirâtre, à la cuisse un furoncle large et très-douloureux.

Le 20, plus de fièvre; bien que très-faible, ce malheureux a de l'appétit et souffre affreusement de l'escarre et du furoncle; le tannate continué jusqu'au 25 avril est supprimé ; le malade entre en convalescence; mais ses forces ne reviennent que très-difficilement.

Cette observation est intéressante (1) à pius d'un titre, et d'abord les envies de mordre, symptômes de Phydrophobie, et des signes critiques des fièvres ataxiques. En effet, arrivée à son soixantième jour, il survint à la fesse gauche une escarre gangréneuse, puis un énorme anthrax à la partie supérieure externe de la cuisse du même côté. Au même moment, la fièvre se calma, mais la douleur était extrême, et la faiblesse qui succéda était telle, que nous aurions craint de voir succomber le sujet, si nous n'avions pas eu pleine confiance dans la pureté de l'air qu'il respirait, et des bons soins qu'il recevait.

Qu'il me soit permis, à l'occasion des affections typhoïdes, de signaler deux faits importants consacrés par une pratique de vingt-cinq ans :

1° Tous les accidents, toutes les gangrènes que j'ai vu survenir dans le cours des maladies typhoïdes ont été le signe précurseur d'un changement favorable dans l'état des malades; je ne

(4) Observation qui prouve qu'un praticien ne doit jamais condamner sans appel de tels malades.

me souviens que d'un sujet qui, trop affaibli par l'intensité et la longueur de la maladie, mourut à TapparUion de la gangrène (1).

2° J'ai vu plusieurs sujets survivre aux ravages d'une gangrène, large, profonde, qui avait détruit jusqu'à l'os, toute la masse charnue de l'une ou l'autre fesse (2); aussi quand je vois arriver cet accident tant redouté de quelques médecins, moi, je m'en réjouis, car j'y vois souvent le présage d'une terminaison heureuse.

Néanmoins, je dois le dire, si je consulte mes souvenirs des cliniques que j'ai suivies : en 1827, celle de M. Chomel; en 1828, celle deBroussais; en 1829, celle de Cayol; je les trouve fort différents de ma pratique personnelle. Aux époques où je me reporte, il était rare, en effet, que les typhoïdés auxquels il survenait des accidents gangréneux, ne succombassent pas. Cependant ponrquoi cette différence? Pourquoi tant de revers à la ville? Pourquoi tant de bonheur à la campagne? Pour moi, je ne doute pas que les malades des hôpitaux, trop rapprochés les uns des autres, ne s'empoisonnent mutuellement, et bien qu'aujourd'hui, ils soient plus éloignés les

(1) C'était un des fils Veil... de la Grande-Épinay, commune de Chambertaud (Vendée). Traité par le docteur Poisson.

(2) Trois enfants Grol... de la Verrie (Vendée), la femme Mer..., de Mortagne ont offert de tels accidents.

uns des autres, ils ne le sont pas encore assez pour balancer les avantages de l'isolement dans une chambre spacieuse et bien aérée. A quoi il faut ajouter la confiance que portent dans le cœur du souffrant les soins d'une mère, d'un frère ou d'une sœur.

Il serait curieux de comparer la mortalité dans les hôpitaux de Paris avec ceux de la province. J'ignore à quel résultat on arriverait; je soupçonne cependant que l'avantage ne serait pas en leur faveur. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on meurt plus dans les hôpitaux des premiers que dans la pratique de la campagne. N'y aurait-il pas moyen d'effacer cette différence? Ce sujet est digne de la méditation des philanthropes. Ne pourrait-on pas créer deux sortes d'hôpitaux, les uns intra-muros, les autres extra-muros? ... Dans les premiers, seraient traitées les maladies aiguës et non suspectes; dans les autres, on placerait les convalescents et les maladies putrides, contagieuses, ou compliquées de gangrène et de malignité, etc., etc.

Pardonnez-moi le vœu que je forme ici en passant; s'il se réalise jamais, je ne doute pas qu'il ne tourne à l'avantage de l'humanité. Il en serait ainsi de la création de maisons mortuaires d'attente, dont nous parlerons à la fin de ce mémoire. Revenons à Per... : comme chez les autres

m OBSERVATIONS SUR LES EFFETS THÉRAPEUTIQUES

sujets, le tannate de quinine fit merveille, et, en parlant de la sorte, je n'entends pas dire que ce médicament est le spécifique des fièvres typhoïdes ; mais je crois qu'en général, il est mieux supporté que les autres toniques et mieux approprié par conséquent aux estomacs frêles et irritables.

Cinquième observation. — Typhoïde grave guérie par le tannate de quinine. — Mala. . . , âgé de treize ans, tomba malade le 2 avril 1853. Cet enfant présenta tous les accidents de l'affection typhoïde au plus haut degré; souvent on le crut mort; mais, enfin, grâce aux soins et aux médicaments à la tête desquels figura le tannate à dose tonique, comme chez le précédent malade, à l'apparition des escarres gangréneuses vers le soixantième jour, et d'un dévoiement abondant, il devint mieux et se leva pour la première fois le soixanteseizième jour de l'invasion de la maladie.

Sixième observation. — Typhoïde grave; mort. — La sœur de Mala..., âgée de dix-huit ans, tomba malade, le 5 mars 1852, d'une fièvre typhoïde intense, à laquelle elle succomba le trente-cinquième jour; elle fut traitée comme tous les autres (par le tannate de quinine), au vingt-huitième jour de la maladie, survint une crise qui mit fin à la fièvre, mais alors la faiblesse était extrême, et le trente-cinquième jour, à l'instant où on la

croyait sauvée, la mort arriva dans les conditions suivantes : c'était la nuit, ses parents dormaient près d'elle, et la lampe vint à s'éteindre. Tout à coup, Marie se réveilla et voulut uriner; son père, ne pouvant arriver à se procurer de la lumière, la souleva dans l'obscurité pour lui passer le vase de nuit. Malheureusement l'effort que fit la malade pour se prêter à cette manœuvre produisit une syncope mortelle. Nous croyons être utile en communiquant ce fait, qui démontre que tout mouvement brusque, chez un sujet aussi faible, peut lui être fatal.

La septième observation concerne le nommé Pierre Pe..., de la Chaloire d'Evrunes (Vendée), dont l'affection fut aussi longue et aussi difficile à guérir que les précédentes.

La huitième observation, Re..., du Grand-Chambord (Deux-Sèvres.)

La neuvième observation, Font... aîné, de la Tremblay (Maine-et-Loire).

La dixième, Marie Bau..., du même lieu.

La onzième, Alexandre Ti..., de Mortagne (Vendée) .

La douzième, Gou..., charron, au même lieu. La treizième, la femme Rou..., de Mortagne (Vendée).

Nous ne donnerons pas les détails de ces dernières observations, parce que, à quelques diffé-

rences près, elles ne sont que la répétition des premières. Qu'il nous suffise de dire que tous les malades de la première série, au nombre de treize, usèrent du tannate de quinine avec le même avantage.

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