QUATRIÈME SÉRIE
Vingt-troisième observation. — Fièvre quarte passée au type double quarte.
Le 15 août 1852, je fus appelé près de Ber.... (d'Évrunes, Vendée), âgé de 42 ans, d'une faible constitution et souvent indisposé; depuis huit jours, il souffre de la tête et d'une petite fièvre qui mine ses forces.
Le 24 août, la fièvre changea et prit le type double quarte ; l'accès principal était marqué par un froid glacial de deux heures, avec céphalalgie intense, anorexie, bouche amère et langue couverte d'un mucus épaisd'unblanc jaunâtre. Je lui pratiquai tout d'abord une petite saignée du bras, le lendemain je le fis vomir; ce qui n'empêcha pas les accès subséquents de revenir comme de coutume, moins la céphalalgie. Ce fut dans de telles conditions que je prescrivis le tannate de quinine. 11 fut administré à la dose de 2 grammes dans trois jours, la fièvre fut parfaitement coupée; mais Ber... ne reprenait pas de forces, il resta faible durant trois semaines, et à cette époque la fièvre reparut avec le type quarte. Je revins au tannate, dont il prit 5 grammes en trois jours. Pour consolider cette guérison, j'ordonnai les eaux de Yichy et l'usage d'une décoction de centaurée. Ber... resta encore faible pendant deux mois, mais plus d'accès, plus de fièvre.
Vingt-quatrième observation. — Fièvre quarte passée au type tierce. — Pas. . . , domestique, vingt-
deux ans, fortement constitué, contracta au 1er septembre dernier une fièvre typhoïde dans le genre des malades de la première série. Comme eux il prit le tannate à dose tonique, et revint à la santé en conservant toutefois un fond de faiblesse qui dura plusieurs mois.
Le 12 septembre 1852, il fut atteint d'une fièvre quarte; l'accès était marqué par un tremblement de trois heures de durée : céphalalgie, bouche amère, langue saburrale, soif, etc., etc. (Saignée le 13; le 14 vomitif.)
Le 15, nouvel accès aussi violent que le précédent, mais sans céphalalgie. (2 grammes de tannate donnés en quarante-huit heures ne coupèrent les accès que pendant quinze jours; la fièvre alors reparut en tierce : le premier accès fut assez long; tremblement d'une heure, mal de tête violent : le malade est oppressé et tousse sans cracher; le lendemain, point de fièvre; le jour suivant revint le second accès, qui fut terrible. Pas... faillit être suffoqué par une oppression extrême. Arrivé près de lui, le soir, je lui fis une saignée du bras, après laquelle il vint une sueur abondante qui dura toute la nuit; le matin, elle était passée. J'ordonnai aussitôt 1 gramme de tannate de quinine qui coupa l'accès subséquent; un second gramme de ce sel fut pris le jour suivant, puis 50 centigram-
mes encore, qui firent complètement céder la fièvre.)
Vingt-cinquième observation. — Fièvre quarte. — Marie Bid..., âgée de dix-huit ans, est atteinte de fièvre quarte depuis trois semaines; je la vis le 2 octobre 1852, elle présentait les mêmes phénomènes que les précédents malades, savoir :
Frissons de deux heures, céphalalgie, etc. , etc.
Le 5, saignée.
Le 4, purgatif.
Le 5, administration du tannate : 200 centigrammes réprimèrent tous les autres accès.
Le 26 décembre, Marie est toujours sans fièvre.
Vingt -sixième observation. — Fièvre quarte coupée une première fois par le sulfate de quinine; retour des mêmes accès, guérison durable par le tannate de quinine. — Le 14 novembre 1852, Bau..., domestique à Mallièvres (Vendée), me demanda des conseils à l'occasion d'une fièvre quarte qu'il avait longtemps portée, et qu'on coupa pendant dix-huit jours à l'aide du sulfate de quinine : depuis huit jours il éprouve une récidive des mêmes accès, et voici son état, à ma première visite : l'accès a débuté par un tremblement de deux heures; ventre dur, rate et foie gonflés; ajoutez à ces symptômes tous ceux qui caractérisent une fièvre inflammatoire in-
tense (1), les accès durent ordinairement vingtquatre heures; après une saignée copieuse et un vomitif, 200 centigrammes de tannate de quinine, aidés d'une décoction de centaurée, pris chaque matin pendant quinze jours, ont conjuré, pour ne plus reparaître, ces accès intenses et tenaces.
Vingt-septième observation. — Fièvre quarte wupée trois fois à Vaidc du sulfate de quinine et guérie radicalement par le tannate de quinine. — Marie Ret..., fileuse, est atteinte depuis un an d'une fièvre quarte, qui combattue à plusieurs reprises par le sulfate de quinine; ne cesse pour un temps que pour revenir. Je la vis le 29 juillet 1852. Elle avait la figure colorée et non en rapport avec la pâleur ordinaire des sujels atteints depuis longtemps de ces sortes de fièvres, les yeux légèrement jaunâtres, le ventre dur, la rate volumineuse, indolore, le foie à l'état normal, la tête lourde, céphalalgie, langue sale, bouche amère, pouls petit à 80 pulsations; telle était la situation de Marie, les jours d'apyrexie. Elle est très-souffrante pendant les accès, qui débutent par des tremblements de deux heures, et finissent par des sueurs abondantes.
(1) Pendant les apyrexies, le visage de Bau... est pâle et les yeux sont jaunes.
Comme les précédents malades, Marie fut guérie par une saignée, un vomitif, 200 centigrammes de tannate et l'usage des amers le matin. Les accès n'ont pas reparu.
Les malades de cette quatrième série offrent de l'intérêt sous plusieurs points de vue : remarquez d'abord que les sujets des vingt-cinquième et vingt-sixième observations, sur lesquels le sulfate de quinine avait été impuissant, ont été radicalement guéris par le tannate. Est-ce à dire pour cela que ce sel est supérieur au sulfate de quinine? Telle n'est pas notre opinion. Nous croyons qu'ils ont des propriétés analogues et qu'on peut les remplacer l'un par l'autre ; et j'insiste sur ce fait, parce que des confrères, placés dans des conditions opposées aux miennes, ont dit contre le tannate ce que je pourrais dire contre le sulfate de quinine; oui, je crois sincèrement que le nouveau fébrifuge vaut l'ancien ; si les malades sont convenablement préparés (1) à le recevoir, ils en ressentiront les mêmes avantages; mais ma confiance ne va pas jusqu'à proclamer son infaillibilité; quelque efficace que soit un médicament, il se rencontre toujours dans la pratique quelques cas où il échoue (2). C'est ce que j'ai dit en 1851, c'est ce
{1) C'est le point essentiel.
(2) Du reste, j'ai parfois vu des accès rebelles au sulfate de qui-
que je répète aujourd'hui. Ni le sulfate ni le tannate ne fait exception de la règle générale.
Ajoutons, et ceci est important, que, six semaines après avoir quitté mes malades, je les ai revus et aucun n'était retombé.
Vingt-huitième observation. — Fièvre tierce très-rebelle guérie à l'aide du tannate de quinine, — Charles Char..., âgé de onze ans, éprouva, le 22 mars 1852, un accès de fièvre qui débuta par un frisson de deux heures : figure rouge, céphalalgie, peau sèche, soif vive, bouche mauvaise, langue sèche, saburrale. Cet accès dura vingtquatre heures et se termina par de la sueur. (Sangsues, vomitif, limonade, diète.)
Le 25 mai, apyrexie complète ; le 24, nouvel accès semblable au précédent, excepté qu'il vint deux heures plus tôt. (Sangsues aux pieds, synapismes aux jambes, boisson tempérante.)
Le 25, apyrexie ; 50 centigrammes de tannate de quinine furent pris dans la journée.
Néanmoins, l'accès du 26 fut presque aussi violent.
Le 27, apyrexie; continuation du tannate à la même dose que la veille.
nine être coupés par remploi de la poudre de quinquina, de sel ammoniac, etc., etc., pris dans du vin blanc. Aujourd'hui (1862) les faits ont démontré que le sulfate est plus actif que le tannate.
Le 28, fièvre moins longue et moins forte.
Le 29, continuation du fébrifuge.
Le 30, fièvre peu diminuée.
Le 31, on double la dose du tannate, et, après en avoir pris en tout 2 grammes 20 centigrammes, Charles se trouva tout à fait délivré de ses accès; mais la convalescence fut longue.