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tous ces b.... d'Aristocrates à la raison. » Noire sergentmajor, marchant à Texécution qui lui était conQée, ne perdit pas de vue les exhortations de M. le curé, et les propos que son éloquence avait inspirés à son auditaire ; il résolut donc charitablement de donner à chacun, selon qu'il avait péché, la pénitence et la leçon qui lui convenaient. A cet effet, M. Lepont, secondé par un petit nombre de volontaires, va saisir tous ces Patauts qui ne parlaient que de fusiller les Aristocrates, et qui avaient précédemment coupé à des centaines de Royalistes les cheveux, parfois même les oreilles, s'essayant ainsi à leur couper la gorge quelque beau jour. Il en fît attacher deux à deux seize ou dix-huit, et s'achemina avec cette chaîne de vrais forçats vers le presbytère, éloigné de l'église de près d'un quart de lieue. Il était onze heures ou minuit; il trouva donc au lit le Grand-Michel, c'est le nom par lequel on désignait l'intrus. Il le fait s'habiller à l'instant, puis attache ce bon pasteur à la tête de son cher troupeau garrotté. « Monsieur le curé, dit alors le sergent-major, rappelez-vous les bons conseils que vous avez donnés à vos ouailles et les excellentes dispositions que votre zèle entretient dans leurs cœurs.... C'est vous-même qui avez prononcé voti'e propre condamnation...., vous serez aujourd'hui ma monture.... » Aussitôt il s'élance sur les laides épaules du Grand-Michel. Tout le cortège s'avance, et le curé servit de bête de somme jusqu'au pied de l'arbre de la liberté.... Arrivé là, il fut contraint à porter d'une main tremblante la hache au pied de l'arbre, qui tomba bientôt sous ses coups.
Pendant tous ces préliminaires, on devine les alarmes mortelles des brebis et du pasteur, qui avaient d'autant plus de raisons de regarder ces scènes comiques comme le prélude d'une tragédie, que les oreilles des Aristo-
crates, encore clouées à Tarbre fatal, pouvaient rallumer le ressentiment et provoquer la vengeance du terrible sergent-major.... « Je vous répète, leur dit-il, que vous allez tous subir le sort que vous nous destiniez. Vous n'am^ez pas pis ; mais quel droit avez-vous d'obtenir mieux ? Ne vouliez-vous pas nous fusiller? Eh bien, faites votre acte de contrition. » Puis, s'adressant à ses soldats : « Camal'ades, conduisez-moi cet homme-là dans le cimetière, au pied des murailles de Féglise, et faites votre devoir. » Il désignait le moins coupable des Patauts, ce qui n'était pas très rassurant pour les autres. Les soldats, qui avaient le mot de leur sergent-major, se saisissaient de FindiWdu ; mais en l'emmenant, ils lui disaient de n'avoir pas peur, qu'ils voulaient seulement mystifier le curé et ses ouailles. Arrivés au mur de l'église, ils tirèrent en Tair deux coups de fusil, et renvoyèrent le patient sain et sauf, en lui enjoignant de se conduire désormais en honnête homme, avec l'assurance qu'à cette condition, il pourrait dormir tranquillement chez lui et ne serait plus exposé à aucune avanie désagréable ; et le captif de décamper sans trompette. Les soldats retournent de suite prendre les nouveaux ordres de leur sergent-major; M. Lepont désigna une nouvelle victime à immoler, et les exécuteurs suivirent de môme ses instructions. Quand il eut expédié ainsi toutes les brebis, en gardant les plus coupables pour 1rs dernières, il renvoya aussi le pasteur sain et sauf, mais avec injonction de ne plus souiller la chaire de vérité en y débitant les blasphèmes de la fureur révolnliomiaiie.
Tel est le genre de représailles que nous nous permettions quelquefois pendant le court relâche que nous procura le désarmement des gardes nationales. Mais notre tranquillité momentanée ne dura pas longtemps, car les armées vendéennes ayant essuyé de grands revers, ces
événements mirent beaucoup de troupes à la disposition des Républicains de notre pays, qui avaient fait retentir de tous côtés les cris de leur fureur, et invoqué le secours des milices armées contre les Vendéens. Aussi les poursuites dirigées contre nous, qui avaient été passagèrement interrompues, recommencèrent avec plus d'acharnement que jamais à l'arrivée de quatre ou cinq bataillons de troupes de ligne qui furent répartis dans les cantons de Domfront, Vire, Mortain, Tinchebray, etc. Ces forces, infiniment supérieures aux nôtres, jointes aux gendarmes et aux gardes nationaux, dont un grand nombre des plus zélés s'étaient procuré des armes nouvelles, nous poursuivirent comme des loups et des bêtes fauves dans les champs et les forêts. Ces recherches et les fouilles les plus rigoureuses, dirigées par les Patauts du pays, qui connaissaient par conséquent fort bien les localités, nous réduisirent à creuser des souterrains pour nous soustraire à la fureur de nos bourreaux. La présence et l'appui des troupes de ligne relevèrent l'audace des Patauts consternés par nos désarmements et le ton avec lequel nous les traitions. Mais, fm*ieux de voir leurs poursuites combinées rester à peu près infructueuses, ils arrêtèrent les parents des réfractaires et les plongèrent dans les prisons d'arrondissement et de département, en leur déclarant formellement qu'ils ne seraient élargis que quand leurs fils se présenteraient aux autorités.
Première rédaction, — Mon père et ma mère furent arrêtés tous deux et conduits en prison à Domfront. Ils me firent dire pai' tous ceux qui allaient les voir, que la plus grande peine que je pourrais leur faire serait de me présenter et de partir au service de la république pour les faire mettre en liberté. Après un mois de détention, ils
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furent relâchés ; mais ils ne retrouvèrent rien de leur mobilier : les Républicains avaient tout emporté ; ils avaient brisé ce qu'ils ne pouvaient enlever. En un mot, mon père et ma mère, en retournant chez eux, ne retrouvèrent que les murs de la maison. Cependant ils étaient contents, puisque je n'avais pas été arrêté. La troupe étant repartie de nos paroisses, nous fûmes quelque temps assez tranquilles. Nous profitâmes de ce moment pour nous mieux organiser et nous procurer des armes. Nous allions la nuit chez les gardes nationaux et chez les Patauis qui nous poursuivaient pendant le jour, et nous les désarmions.
Au mois de mai 1794» le curé de Tinchebray, qui était réfractaire, fut arrêté et conduit dans la prison de Tinchebray *; il fut condamné à êti'e guillotiné. Je formai le projet de l'enlever de vive force de sa prison, ainsi que trois de mes camarades qui avaient été arrêtés depuis peu de jours. Je fis rassembler la compagnie de Saint- Jean-des- Bois et quelques hommes des compagnies voisines. Il ne se trouva que cinquante-sept hommes au rassemblement, et je m'attendais à ce qu'il y en aurait deux cents; dix d'entre eux étaient habillés en uniforme de gardes nationaux. Nous étions trop faibles pour exécuter notre projet de vive force : je me déterminai à employer la ruse, ce qm réussit très bien dans cette occasion. Je fis habiller en prêtre un de mes hommes : nous étions censés l'avoir arrêté et le conduire en prison. Il était près de minuit lorsque j'arrivai à Tinchebray ; je saisis par surprise la sentinelle et le corps de garde de la prison. Une partie de notre troupe se plaça sous la halle au blé, d'où elle pou-
I. GVtait Tabbé Joseph-René Dulauront, ancien curé de Notre-Dame, à Tinchebray. Il mourut en ce bourj; au mois de mars iSal.
vait empêcher les soldats qiii étaient dans la caserne, de sortir. Je me présentai à la porte de la prison; je frappe, le geôlier ouvre le guichet pour voir qui nous étions ; il nous voit tous en uniforme de gardes nationaux ; je lui montre celui qui avait Thabit d'un prêtre, en lui disant que nous venions d'arrêter ce f.... calotin et que nous ramenions en prison. Le geôlier nous ouvre la porte, tout fier d'avoir une nouvelle victime ; il prend les clefs de la prison ; nous montons les escaliers en bousculant notre prétendu prêtre ; il ouvre la porte de la chambre où était celui que nous voulions enlever ; je l'avais fait prévenir que nous allions essayer de le délivrer ce soir-là, et il ne s'était pas couché. Aussitôt la porte ouverte, le curé sort et me prend par le bras; le geôlier s'aperçoit qu'on le trompe, et veut faire résistance pom' éviter d'ouvrir la porte d'une autre chambre oii étaient renfermés mes trois camarades. Le cm*é veut lui arracher des mains ses clefs ; je lui dis de le laisser; que le geôlier allait nous ouvrir lui-môme toutes les portes. En elïet, je pris un de mes pistolets et le présentai au geôlier en lui disant que s'il faisait la moindre résistance, j'allais lui brûler la cervelle ; je lui ordonnai de m'ouvrir à l'instant toutes les portes de la prison, et de me désigner le nommé Maigrière, car je venais pour mettre tous les prisonniers en liberté, à l'exception de Maigrière qui était arrêté pour vol. A la première porte qu'il ouvrit, il m'indiqua le voleur; je lis sortir de la chambre les autres détenus et refermer la porte sur Maigrière. Toutes les portes ayant été ouvertes, les prisonniers qui voulurent en profiter s'en allèrent. Nous emmenâmes M. le curé et nos camarades sans qu'il nous fut arrivé le moindre accident.
Cette petite expédition produisit un très bon effet dans tout le pays. Le bruit général fut que nous étions pour le
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moins cinq cents hommes, et tous en uniforme de gardes nationaux. Les Républicains se réunirent pour demander l'envoi de nouvelles forces. Plus de quatre mille hommes se répandirent sur le pays ; on nous poursuivit très vivement ; il fallut nous retirer dans les souterrains que nous avions creusés pour nous cacher.