CHAPITRE II
LE GÉNÉRAL HOCHE. ^- SOUTERRAINS DE REFUGE. ^- ARRES- TATION ET MORT DU PÈRE DE MOULIN. — LOUVET ATTAQUÉ ET TUÉ. — RÉGIT SOMMAIRE DE LA GUERRE.
Au mois de novembre 1794» le général Hoche arriva subitement dans notre paroisse et enleva douze hommes des plus respectables de la commune et dont le plus grand nombre étaient pères de famille. Mon père fut le premier arrêté. Sans leur faire subir aucun interrogatoire, il les emmena dans les prisons de Rennes. Mon père et sept autres y périrent par suite de l'infection qui régnait alors dans ces prisons. Les quatre qui eurent le bonheur de n'être point attaqués de la maladie pestilentielle furent mis en liberté sans avoir été interrogés.
Jusqu'à cette époque, j'avais pris toutes les précautions possibles pour cacher la part que j'avais eue dans l'organisation des compagnies de Saint-Jcan-des-Bois, de Fiers, de Landisacq et de Trutemer. Après la mort de mon père, je ne cherchai plus que les occasions de me mettre en évidence et de lever le masque que j'avais eu soin de conserver autant qu'il m'avait été possible.
Je résolus de faire un coup d'éclat sur le commandant des gardes nationales du pays. Il avait mis à l'ordre du
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jour que les gardes nationaux qui se laisseraient désarmer sans résistance par les Chouans (c'est ainsi que Ton nous appelait) seraient arrêtés, jugés par un conseil de guerre et fusillés. Depuis cet ordre, tous se défendaient quand nous allions les désarmer ; nous eûmes plusieurs hommes de tués dans ces occasions.
Le jour de la mi-carême, au mois de mars 1795, je fis se réunir les quatre compagnies qui se trouvaient bien organisées, au nombre de deux cents et quelques hommes, et me rendis à deux heures de l'après-midi chez Louvet, le commandant en chef de toutes les gardes nationales du pays, dans l'intention de commencer par lui à faire un
Seconde rédaction. — « Le général Iloche, dont les troupes couvraient nos malheureux cantons, les avait distribuées en une dizaine de petits camps disséminés dans les trois arrondissements de Vire, Mortain et Domfronl. L'un était assis à Saint-Jean-des-Bois, un autre à Saint-Comier, un autre à Chanu ; un à Fiers, un à Romagny, près Mortain ; un dans la lande de Moulons, près de l'ancienne abbaye de ce nom, à deux lieues'de Mortain ; un à Trulemer-le-Grand, un à Loniay- TAbbaye; quelques autres dans les environs de Domfront, du Teilleul et de Saint-Hilaire-du-Harcouët.
« Toutes ces forces, cpii pouvaient se réunir avec la plus grande facilité, nous attaquer de tous côtés et nous couper toute retraite, nous auraient infailliblement exterminés, si nous ne nous fussions préparé des retraites en creusant des souterrains, où nous passions les jours dans les inquiétudes et les alarmes, et d'où nous ne sortions la nuit que pour recevoir le pain de la bienfaisance et de l'amitié. C'était là la seule ressource qui nous restât ; car, outre que les Républicains nous surpassaient incom[>arablenu'nt en nombre, ils avaient des munitions, des annes, des moyens également sûrs et prompts de s'en procurt^r de nouvelles, tandis que nous n'avions que des armes fort médiocres et point ou prescjuc point de munitions de guerre.
<x Les Républicains nous pourchassaient avec acharnement,
exemple. Il est bon d'observer que la commune de Montsecret, où il demeurait, est à une petite lieue de Tinchebray, et qu il y avait dans cette place cent hommes de troupes de ligne, avec quatre-vingts hommes de la garde nationale, plus acharnés à nous poursuivre que la troupe elle-même. Au moment où nous arrivions chez ce commandant pour le désarmer, il s*y trouvait une patrouille de sept hommes de la garnison de Tinchebray, et son neveu était aussi chez lui. En nous voyant arriver, ils se mirent en défense, et commencèrent à tirer siu* nous. De leur première décharge , ils nous tuèrent un de nos hommes ; une jeune demoiselle du village, qui se trouvait sui' la route comme nous arrivions, reçut aussi une balle
tirant sur ceux qui avaient le malheur d'être rencontrés par eux et qui cherchaient à fuir. Ils prirent à celte époque un de nos camarades, après l'avoir blessé d'un coup de feu, et le massacrèrent inhumainement, lui écrasant la tête sous des pierres énormes. Je voulus venger sa mort. Quelques jours après, je fus avec un petit détachement attendre les soldats de la compagnie qui avaient tué Garnier-Rogerie : c'était le nom de celui qu'ils avaient égorgé. Nous n'aperçûmes sur la route que deux hommes qui venaient de quérir leur étape ; nous ne voulûmes pas tirer dessus et les sommâmes de nous rendre leurs armes. Ils refusèrent et tirèrent sur nous sans nous toucher ; ils furent fusillés sur place. »
Seconde rédaction. — « Le besoin de renfort rappela sur les frontières les troupes de ligne qui occupaient notre pays depuis deux mois. Il ne resta plus que quelques détachements, qui se casernèrent la plupart dans des églises, et le bataillon toujours en cantonnement à Tinchebray. Ces appuis des Patauts révolutionnaires ne suflisaient pas pour les mettre en état de nous résister, et nous avions repris le cours de nos désarmements dans les premiers mois de 1796, toujours avec de nouveaux succès, lorsqu'un événement particulier amena une amélioration accidentelle et passagère dsins notre position. »
qui lui traversa la poitrine ; elle tomba sans vie : c'était la nièce et la filleule de Louvet. Nous nous embusquâmes dans toutes les maisons voisines de celle que nous attaquions. Comme je vis que le commandant était décidé à se défendre jusqu'à la mort, je plaçai cinquante hommes autour de sa maison; je pris les cent cinquante hommes qui me restaient et je les fis s'embusquer sur la route qui conduit à Tinchebray, de manière à défendre avec avantage le passage de la rivière du Noireau. Effectivement, la troupe de Tinchebray, ayant entendu la fusillade qui se faisait à Montsecret, se mit en devoir de venir au secours. Vers soleil couchant, ils parurent sur la route à l'endroit où j'avais placé mou embuscade; mais voyant le passage bien gardé, ils n'osèrent pas essayer de le forcer, et rentrèrent à Tinchebray sans avoir tiré un seul coup de fusil. J'avais envoyé aussi vingt-cinq hommes pour tirer quelques coups de feu sur Tinchebray, afin d'inquiéter la ville sur son propre compte et de tâcher par ce moyen d'empêcher la garnison de sortir. Ce fut, je crois, ce petit stratagème qui les empêcha d'attaquer notre embuscade ; ayant entendu plusieurs décharges du côté de Tinchebray, ils prirent le parti de rentrer dans la ville pour la défendre contre l'attaque qu'ils croyaient dirigée contre elle.
Louvet se défendait toujours avec opiniâtreté. Je le sommai plusieurs fois de se rendre, l'avertissant que j'allais faire mettre le feu à sa maison ; il refusa toutes propositions. Les sept soldats qui se trouvaient chez lui, son neveu et lui-même se défendirent en désespérés. Voyant que je ne pouvais vaincre leur résistance sans m'exposer â perdre beaucoup de monde, je fis mettre le feu à la maison ; quand elle fut bien enflammée, je lui criai encore de se rendre, que nous allions l'aider à éteindre le feu et à sauver ses meubles. Pour toute réi)onse, il nous tira des
coups de fusil. J'engagai sa femme à sortir avec ses enfants, en rassurant que nous ne lui en voulions pas et que nous ne lui ferions aucun mal. Elle sortit sur notre parole avec quati*e enfants ; la maison était prête à s'écrouler ; elle nous dit qu'il n'y avait plus que son mari de vivant ; tous les autres avaient été tués aux fenêtres. Un moment après, les planchers des chambres tombèrent; Louvet fut obligé de descendre dans la cuisine, et enfin de sortir, sous peine d'être brûlé dans son dernier repaire. Il parut, un fusil à deux coups dans chaque main ; en sortant, il reçut plusieurs balles et tomba mort. L'attaque de sa maison avait duré huit heures et demie, presque neuf heures. Lorsqu'il fut mort, nous aidâmes les habitants du bourg de Montsccret à garantir leurs maisons de l'incendie qui commençait à s'y communiquer. Quand elles furent toutes en sûreté, je renvoyai chaque compagnie chez elle, et je ramenai celle de Saint-Jean-des-Bois.
Depuis ce moment, nous n'eûmes plus aucune difïiculté à désarmer les campagnes. Après la mort de Louvet, nous fûmes assez tranquilles ; les gardes nationales ne nous poursuivaient plus. Il suffisait au capitaine d'ime de nos compagnies d'écrire au maire de la paroisse qu'il voulait désarmer, pour l'inviter à réunir toutes les armes de sa commune et à les porter à tel endroit : l'ordre était exécuté.
Première rédaction. — « Cela continua de la sorte jusqu'au commencement de 1795, que M. le comte Louis de Frotté vint au milieu de nous avec les ordres de Monsieur, frère du Roi, pour nous commander. Il s'était formé des partis dans les environs d'Avranches et du côté d'Ambrières, lisière du Maine. En même temps, notre organisation s'était augmentée ; la compagnie de SaintJean-des-Bois et celle de Trutemer formaient alors un corps qui, peu de temps après, fut porté à
Seconde rédaction, — Il n'en était pas de même de ceux des villes ou des gros bourgs susceptibles de quelque fortification; car à cette époque, toutes les petites villes et les bourgades devinrent autant de petites forteresses. Toutes les issues en furent fermées ; des palissades et des
deux bataillons de chacun 5oo hommes, et de ce moment, ils ne cessèrent d'être sous les armes jusqu'à Tamnistie du 24 juin 1796. Les deux autres compagnies, de Fiers et de Landisacq, formèrent un bataillon qui, en 1796, était de 800 hommes. Dès le commencement de cette année, nos corps se distinguèrent par divisions, dont la première était celle de Saint-Jean-des-Bois ; venaient ensuite celles de Fiers, d*Ambrières et d'Avranches.
« M. le comte de Frotté avait assisté à une partie des conférences qui eurent lieu à la Prévalaye entre les généraux de la république et le général Cormatin. M. de la Roque-Cahan était arrivé dès le mois de mars dans notre pays ; mais son système n'était pas de faire une petite guerre. 11 ne voulait qu'organiser dans le plus gprand secret une armée, et la lever en masse une fois qu'elle aurait été bien organisée : chose impraticable lorsqu'on manque de tout ce qui est nécessaire pour l'entretien et l'armement de la troupe. Le système de M. le comte de Frotté était tout à fait contraire à celui de M. de la Roque. Il soutenait qu'on ne pouvait organiser et lover des honunes, qu'en leur faisant tirer des coups de fusil sur l'ennemi. Comme j'étais de son avis, je me donnai tout entier à lui aussitôt qu'il fut arrivé dans mon pays et (]u'il m'eut fait voir les pouvoirs du Roi pour lever un parti en Normandie. Je le conduisis à Landisacq et à 1 1ers pour lui faire connaître les officiers de ces deux compagnies. Nous le reconnûmes pour notre chef, et il nous donna des ordres pour nous réunir dans la forêt de Sidnt-Jean-des-Bois.
« Cette réunion eut lieu deux jours après ; nous étions à peu près 200 hommes. Une fois réunis, nous <]uittAmes la forêt et fûmes coucher à Saint-C^ihristophe. Les Ré[>ublicaius y arrivèrent à près de cinq heures du matin ; une fusillade s'engagea ; les Républicains s'enfuirent par derrière la butte de Brimbal.
meurtrières en défendaient l'entrée . Toutes les maisons extérieures de ces petites places de guerre étaient crénelées et percées çà et là pour tirer sur les Chouans, lorsqu'il leur prendrait fantaisie d'attaquer ces places. Tous les Patauts qui avaient poursuivi les réquisitionnaires
Nous crûmes qu'ils voulaient nous tourner et nous prendre par derrière ; nous nous en allâmes d*un autre côté pour les éviter. Il se trouva que nous fîmes notre retraite du même côté qu'eux. Nous nous rencontrâmes à une demi-lieue de là, au village de la Guionnière, paroisse de Saint-Jean-dcs-Bois. La fusillade recommença ; M. du Lorent reçut une balle dans le bras ; son fusil tomba au milieu de la prairie de la Guionnière, qu'il traversait quand il fut blessé. Les Républicains étaient à un bout de la prairie et nous à l'autre. Ne voulant pas laisser perdre le fusil, j'allai le prendre au beau milieu de la prcûrie, à cent pas des Républicains. Cette action me donna la réputation d'un brave aux yeux de plusieurs émigrés qui étaient venus avec M. de Frotté. Nous passâmes le reste de la journée dans la forêt de Saint-Jean-des-Bois. Le soir, nous partîmes pour les environs d'Avranches, afin d'aider le comte de Ruays à lever ce pays. Nous eûmes une fusillade dans la forêt de Saint-Sever avec un détachement de 240 hommes qui étaient sortis de Vire contre nous ; plusieurs Républicains y furent tués ; nous n'eûmes que deux blessés. Nous continuâmes notre route par les environs de Villedieu jusqu'à Gavray. Nous y eûmes une affaire et une autre à Pontfarcy à notre retour par Hambye, et nous rentrâmes dans la forêt de Saint- Jean-des-Bois.
m Vers le mois de juin 1796, le général Frotté licencia momentanément ses divisions et ne garda avec lui que la compagnie de Saint-Jean-des-Bois et une partie des officiers des autres compagnies. Il partit avec ce détachement de 2 à 3oo hommes et se rendit dans le Bas-Maine pour y établir des correspondances et des communications. Il poussa jusqu'aux quartiers de Taillefer, alors à Bazougers, dans le voisinage de Laval. Je fus blessé deux fois pendant cette tournée ; une balle me froissa le coin de la joue et l'oreille ; ce fut à Javron que je re-
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avec acharnement, ou qui avaient pillé leurs propriétés et celles de leurs parents, se réfugièrent dans ces villes et bourgades pour y être plus en sûreté. Ce n'était plus le temps de poursuivre à outrance leurs victimes, de violer leur domicile, de dévaster leurs propriétés, comme ils
çus cette balle. J'en reçus une autre à la poitrine à la Chapelleau-Ribout : cette dernière ne me lit qu'une forte contusion. M. de Saint-Paul se réunit à nous à notre passage dans les environs de Domfront, et fit cette tournée avec nous ; il avait à peu près 120 hommes. Ce fut dans cette campagne que M. de Frotté recruta M. Picot. Nous fûmes plus de deux mois absents, pendant lesquels nous eûmes douze ou treize combats, plusieurs officiers de tués et un plus grand nombre de blessés.
« Rentrés sur la division de Saint-Jean, nous attaquâmes et enlevâmes de vive force, en plein midi, le cantonnement de (îer, fort de 200 hommes ; beaucoup de RépubUcains y |>erdirent la vie ; nous eûmes deux officiers et plusieurs soldats de tués. Ce fut au mois de septembre 1795.
« Quatre jours après, les Républicains piqués rassemblèrent tous leurs cantonnements et vinrent à Saint-Jean-des-Bois attaquer M. le général Frotté, qui y faisait une réunion de ses différentes divisions. Les Républicains étaient plus de 3,ooï> houunes ; ils y perdirent beaucoup de monde. Les Royalistes, en ce moment fort inférieurs en nombre, soutinrent le combat pendant deux heures et demie ; ils ne perdirent que deux ofliciers. Ce fut à cette époque que le général Frotté me nomma adjudant-major de sa division.
« 11 en fut de même au Mesniltove, près Mortain, où le combat fut renouvelé trois fois dans la même journée ; toutes nos divisions y étaient réunies. Nous fûmes moins heun*ux au !>ourg du Teilleul, où les Républicains s'étaient retranchés ; nous y perdîmes 25 ou 3o hommes, dont plusieurs oflicic»rs.
« Un mois après, le général licencia et n*nvoya ses <lifTérentes divisions dans leurs arrondissements, et alla inspecter les rassemblements que ses olliei(»rs avaient été chargés d'organiser. La division de Saint-Jean-des-Bois, pendant ce temps, eut
Tavaient fait pendant toute Tannée 1794; car alors il n'était pas rare de voir des voisins républicains à la porte de leurs voisins royalistes et fugitifs, avec une charrette pour enlever tous leurs meubles et se les approprier, ou de les voir moissonner dans le champ d'autrui. Jadis de pareilles
deux combats sur la route de Tinchebray à Domfront, un à Vassy, où les Républicains perdirent plus de 90 hommes ; un à Dernières, où la colonne mobile de Vire perdit 160 et quelques hommes; deux sur la route de Vire à Mortain, deux sur la route de Vire à Villers, un à Aunay, un à Saint-Vigor-des- Mèzercts, un à Caligny : partout les Républicains furent battus.
« A son retour, le général rappela ses troupes et fut, avec 3 ou 4>ooo hommes, en mars 1796, attaquer la garnison de Tinchebray ; la ville fut forcée ; mais à la fin, la garnison se retrancha dans une tour, et faute d'artillerie, nous fûmes obligés de rabandonner. Nous y perdîmes beaucoup d'officiers et de soldats. Les différentes divisions eurent ensuite plusieurs affaires particulières. Celle de Saint-Jean-des-Bois, séparée alors en deux, en eut une à Vassy et une au Mesnil-Ciboult. A la même heure, celle d'Avranches en avait une à Villechien, où elle perdit plus de 3o hommes. Celle d'Ambrières en eut plusieurs dans les environs de Gorron, de Mayenne et du Teilleul. Celle de Fiers en eut une dans le Bois-Daufils et une à la Lande-Patry.
« A cette époque, nos quatre divisions et des détachements de celles que le général faiscdt organiser à Villedieu, à Coutances, dans le pays d'Auge, etc., se réunirent et livrèrent plusieurs combats à TAuberge-Neuve, à Landisacq, à Préaux, à Vengeons, à Sourdeval, etc.
« Vers la fin de mai 1796, la division de Saint-Jean-des-Bois eut un combat à la Forge-Coquclin, paroisse du Grand-Celland, qui dura cinq heures, où les Républicains perdirent plus de 3oo grenadiers. La division était commandée par le baron de Mandat. Le 7 juin 1796, elle eut un autre combat à la Papillonnière, où M. Mandat et moi nous fûmes tous deux très grièvement blessés.
actions se seraient appelées vols, rapines et brigandages ; mais la sainte liberté consacrait tout ce qui avait les apparences les plus odieuses. Aussi les Jacobins ne se cachaient-ils nullement pour commettre ces crimes, considérés entre eux comme actions méritoires, et celui-là croyait avoir le mieux mérité de la République, qui s'était montré ravisseur plus effronté.
« Peu de temps après, le 24 juin 1796, il y eut amnistie générale pour le pays de TOuest.
REPRISE d'armes
« Malgpré la pacification du n^ juin 1796, la majorité des officiers furent poursuivis, emprisonnés et quelques-uns fusillés. Depuis cette époque jusqu'au i*' septembre 1799, la division de Saint-Jean-des-Bois a perdu les ofliciers ci-aprés :
« M. de la Roque-Cahan, premier chef de ladite division, pris à Saint-Jean-des-Bois et fusillé sur la route de Tinchebray à Domfront.
« M. le baron de Mandat, commandant la division, pris et fusillé à Caen.
« M. Pierre Bourdelais, connu sous le nom de Saint-Louis, major de la division, arrêté dans les environs de Caen et mort dans les prisons de cette ville.
« Julien Dufay, capitaine, pris et fusillé ; Roch Maupas, capitaine, arrêté à Vire et fusillé à Caen ; Julien Le Four, oflicier, pris à Tinchebray et fusillé à Alençon.
a Julien Ilardouin, capitaine ; Auguste Le Breton, capitaine ; Le Teinturier, adjudant ; François Pelvé, sous-lieutenant, dirent arrêtés et, après une longue détention, recouvrèrent leur liberté.
« La division de Saint-Jean-des-Bois a reconuuencé la guerre au mois de septembre 1799.
« Le vicomte d'Oilliamson, général en second de l'armée, le baron de Comnianpie, officier supérieur, le chevalier de la Pivardière, chef de division; M. le chevalier de Monceaux, chef
Cependant, au printemps de 1790, les forces et Tassurance des Royalistes s'accrurent à mesure que leur organisation s'étendait. Ils se trouvaient en état de tenir la campagne, tandis que les révolutionnaires étaient maîtres des villes et des bourgs. Comme nous bloquions souvent ces places environnées de retranchements, pour empêcher toute espèce de provisions d'y arriver, les assiégés se
de la division de Saint-Jean-des-Bois, et plusieurs autres officiers, se réunirent à ladite division et attaquèrent les Républicains qui étaient dans le bourg du Fresne-Poret. Ces derniers furent battus et perdirent plusieurs hommes ; les Royalistes n'en eurent qu'un seul de blessé.
« Le général Frotté ordonna un rassemblement des divisions de Fiers, d'Ambrières et d'Avranches ; les ayant réunies à la division de Saint-Jean-des-Bois, il dirigea la colonne du côté de la Ferté-Macé et de Briouze. Elle eut une affaire à Couteme ; elle s'y battit six heures ; le cantonnement fut forcé dans ses retranchements ; plusieurs officfers royalistes y périrent. La colonne se dirigea ensuite sur Fiers, Chanu, le Mesnil-Ciboult, Maisoncelles et Tallevende. Nous eûmes un combat à Scdnt-Clair et au Clos-Fortin, près Vire, sur la route de cette ville à Sourdeval ; il dura depuis neuf heures du matin jusqu'à la nuit ; plusieurs officiers royalistes y furent tués, et un plus grand nombre blessés. Le lendemain, la petite armée fut attaquée par les Républicains à Montjoie et à Saint-Pois ; le vicomte d'Oilliamson fut blessé de deux coups de feu ; les Royalistes furent victorieux.
a Le général Frotté, à la tête de la colonne, continua sa route par les environs d'Avranches et par la Haye-Paisnel ; il passa sous les murs de Coutances et eut un combat au Lorey, où plusieurs officiers furent tués et dix ou douze blessés ; les Républicains furent complètement battus. Le lendemain, un combat eut lieu au village de la Fosse, près Saint-Lô. M. de la Pivardière, chef de division, fut tué, ainsi que M. de Beaumont, second de division, et plusieurs autres officiers ; douze ou treize furent blessés. Plusieurs autres affaires eurent lieu
trouvaient obligés de faire des sorties dans la campagne pour se procurer des vivres les armes à la main. Mais les Royalistes les leur disputaient presque toujours avec chaleur, ce qui donnait lieu à de fréquentes escarmouches d'où nos ennemis ne sortaient pas souvent vainqueurs, de sorte qu'ils étaient alors forcés de rentrer dans leurs retranchements sans avoir de provisions.
Tel à peu près était Tétat des choses dans nos cantons.
pendant cette tournée, telles que celles du Gast, de Sourdeval et de Scdnt-Martin-de-Chaulieu, toutes pendant le mois de novembre 1799.
« De retour à SaintJean-des-Bois, les divisions rentrèrent dans leurs arrondissements respectifs. Le i®' décembre, la division de Saint-Jean-des-Bois eut dans cette paroisse un combat où un officier fut tué et un autre blessé.
« A cette époque, s'ouvrirent les conférences do Pouancé et nos divisions entrèrent en cantonnement. Le premier bataillon de la division de Sain^Jean-des-Bois fut cantonné à Saint- Bômer, près Domfront, et le second au château de Saint- Auvieu, canton de Passais : ces deux bataillons étaient forts chacun de 5oo hommes. Le général de Frotté se rendit à ces conférences et établit son quartier général à Fiers, où il fut représenté par le baron deCommarque, ([ui ouvrit une correspondance avec les généraux Guidai et Chambarlhac. Les divisions furent à peu près six semaines en cantonnement. Le général les réunit aussitôt que les conférences de Pouancé fuirent finies, et se porta dans la direction d'Alençon. Aux Forges-de-Cossé, U rencontra Tarmée républicidne commandée par les généraux Chambarlhac, Guidai, Bribes et Avril. Le combat s'engagea, et en moins d'une heure, l'armée républicaine fut en déroute, hnmédiatement après cette affaire, le général de Frotté apprit que les généraux Bourmont et Georges avaient fait leur paix, sur quoi le général Frotté licencia son armée et envoya quatre officiers supérieurs à Alençon, avec pouvoir de traiter pour la Normandie. Tout le monde sait (|nelles en furent les suites funestes. »
lorsqu'il s'établit des conférences entre les officiers royalistes de Bretagne et les agents de la République. Cormatin était le chef des Royalistes ; j'ignore le nom des chefs républicains qui figurèrent à ces négociations, qui avaient lieu à la Mabilais, près de Rennes. L'espèce d'armistice qui s'ensuivit donna un moment de relâche aux deux partis, dont ils profitèrent l'un et l'autre pour s'approvisionner et se fortifier.