I. ("ominuni' do Baronton
riage. Déjà môme elle affectait eu plaisantant de ne les plus nommer que ses gendres. Un beau jour, nos volontaires se ti'ouvaient au nombre de huit à la Pierre, trois déserteurs qui s'étaient rangés dans nos rangs, et cinq jeunes gens du pays, parmi lesquels les deux favoris. Ils se livraient à la joie et à la sécurité que devaient naturellement inspirer les caresses de M"»« Coysel. Celle-ci dépécha secrètement à Mortain un dénonciateur, pour inviter le commandant de la garnison à se rendre chez elle en diligence, afin d'y arrêter huit brigands. Elle ajoutait qu elle n'allait rien négliger pour les distraire et les retenir bien avant dans la nuit. Sur les onze heures du soir, la troupe cantonnée à Mortain arrive à la Pierre. Les Royalistes, au cliquetis des armes des Républicains, qui, dans les ténèbres, se heurtaient les uns contre les autres en arrivant dans la cour, n'eurent que le temps de barrer la porte et de se mettre en défense. Les Républicains firent sur les volontaires une décharge par une fenêtre laissée ouverte à dessein, tuèrent un des déserteurs, en blessèrent un autre légèrement au bras, et fracassèrent le genou au jeune Grandmaison, de Ger, Tun des heureux mortels que M™" Coysel désignait pour ses gendres. Les Royalistes, s'apercevant qu'ils étaient traliis et qu'une plus longue résistance ne pouvait que leur être funeste, sortirent par une petite porte de derrière gardée par un détachement de soldats qui leur tira une décharge de coups de fusil presque à bout portant, sans les atteindre. Ils s'échappèrent pôle-môle avec les Républicains dans la cour, dont toutes les portes étaient fermées, et trouvèrent enfin moyen de franchir les palissades. Les sept Royalistes qui se sauvèrent de cette boucherie avaient leurs habits criblés de balles et leur corps haché de coups de sabre. Guimond, ofHcier de la compagnie de
5a MÉMOIRES DE MOULIN.
Saint- Jean ^ en avait reçu six sur la tête pour sa quotepart, et Grandmaison, de Ger, deux aussi sur la tête, sans préjudice de son genou fracassé. Ce dernier échappa pour Finstant à la fureur de ses ennemis, mais le malheureux jeune homme périt bientôt de ses blessiu»es.
Les huit Royalistes qui furent attaqués ou assassinés chez M"* Goysel avaient eu une rencontre assez plaisante quelques jours auparavant. Voici le fait : ils arrivaient tous huit dans le bourg de Lonlay-F Abbaye, sans aucune précaution, parce qu'ils n'y croyaient pas trouver de troupes républicaines : c'était en plein midi. Lorsqu'ils passèrent vis-à-vis des halles, une voix leur cria : Qui vive ? Nos jeunes gens répondirent sans beaucoup de réflexion : « Chasseurs du Roi. » En prononçant ces mots, ils s'aperçurent qu'ils étaient au beau milieu de 3oo soldats armés. A l'instant, Guimond, cet oflicier de la compagnie de Saint- Jean dont il est fait mention plus haut, leur cria comme par une sorte d'inspiration : « Bas les armes, ou vous êtes tous morts ! Ces sept hommes que je commande forment l'avant-garde de l'armée de M. de Frotté, qui nous suit à cinquante pas. Le premier qui bouge est mort. » Les Républicains, consternés au nom de M. de Frotté et de son armée, ne bougèrent pas, et nos volontaires eurent le temps de traverser le bourg avant que leurs ennemis se fussent aperçus que les huit hommes formaient l'avant et l'arrière-garde, et le corps d'armée tout à la fois. Après avoir reconnu l'audace et la présence d'esprit des volontaires, les Bleus les poursuivirent. Mais ils firent leur retraite en bon ordre et sans courir, en faisant de fois à autre volte-face contre les Bleus, dont ils tuèrent
I. Jean Guimond, lieutenant de la compagnie de Saint-Jean-des-Bois. Il vivait encore sous la Restauration.
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encore deux soldats. Un de nos braves reçut une balle qui lui coupa le pouce de la main gauche. C'est ainsi que leur intrépidité et leur sang-froid les tirèrent du danger où les avait engagés leur imprudence.
Ainsi, les périls que courut M. de Frotté avec son étatmajor chez M™* Doynel et la perte de deux de nos braves, assassinés à la Pierre, sont une nouvelle preuve que dans une guerre de partisans il ne faut point s'arrêter ni reprendre haleine au milieu de la carrière, et qu'il faut continuellement poursuivre sa course jusqu'à ce que l'on ait atteint le but qu'on se propose. Ce court relâche de quelques jours nous coûta plus que n'avait fait notre petite campagne de Gavray, Hambye, Saint-Sever, etc.
'JLi^M.'