CHAPITRE IV
NOUVELLE EXPÉDITION. — COMBAT DU MESNTL-TOVE. — TAOnQUB DES CUOUANS. — M. DE FROTTÉ DANS LE MAINE. — PRISE DB GER. — COMBAT DE LA VENTE-UENRIETTE. — EXPÉDITION DB M. DE CAR VILLE. — ESCARMOUCHES A SAINT-VIGOR-DBS-MÉ- ZERETS, A CALIGNY, A LANDISACQ, A ^'ENGEONS.
Après ce court armistice, M. de Frotté donna des ordres pour une réunion générale ^ Dans sa tournée de Domfront, Passais, etc., le général avait assigné un jour pour faire leur jonction à MM. Achard des Hautes-Noes et Guesdon, dit Michel ^, qui avaient, de concert, organisé une belle compagnie à Saint-Mars-d'Kgrenne. Les compagnies, ou plutôt le bataillon de Flei's (à cette époque, il était formé des compagnies de Fiers, la Lande-Patry, Landisac([, la Chapelle-Biche et (îhanu), le bataillon de Henry, la compagnie de M. Achard, rejoignirent la légion ou bataillon de Saint-Jean-des-Bois, ([ui se composait alors de
I. Tnr note inaricinalo donne à ce rasiteniblement la date du lo ou l'j juin I7(|5 : cVst lo ou rj juillet (|u*il faut lire.
a. Jaequevl.ouis Achard des Hautes-Noi»s, né en 1742, mort en iSaS, l\ii cliel* du canton de Passais et membre du conseil de Tarmee royale. Il irçut en i7<>j» un lirt'vet «le colonel.
Michel (lucsdon, dit la Violette, capitaiiu^ de la compagnie de ManUUy, puis, en i;*!)), nuijor de la lésion de baint-Jean ; il existait encore k>rsdu n*tour des Bourbons.
la compagnie de Saint-Jean, de celle de Trutemer, ti de quelques petits détachements 'des volontaires de Sourdeval, Ger, Saint-Quentin, etc. Tous ces petits corps, réunis au rendez- vous général assigné à Saint-Jean, se montèrent à environ 4oo hommes.
Le général nous déclara q[u*il avait résolu de faire de nouveau une petite campagne. La colonne se mit en route vers le bois de Saint-Christophe ; nous avions projeté de coucher au village de la Haute-Frémondière. Ce fut à ce village q[ue le général jugea à propos de me nommer adjudant-major de sa colonne. Depuis l'arrivée des Émigrés, auxquels nous avions remis le commandement, je n'étais de droit que lieutenant de la compagnie de Saint-Jean ; néanmoins, je la commandais en chef, depuis que le capitaine était allé se cacher avec M. de la Roque-Cahan. Ce capitaine, que j'avais fait nommer, était d'ailleurs peu connu des jeunes gens ; c'est à moi qu'ils avaient coutume d'avoir affaire.
Le lendemain, le général fit marcher sa troupe par Vengeons, Gathemô et Saint-Pois. Nous n'étions pas encore fort éloignés, et cepcfndant la colonne avait déjà diminué de près d'un tiers par la désertion. Mais le comte de Ruays, qpii avait réellement du talent pour recruter, nous amena à peu près 200 hommes, ce qui remplit le vide. Le lendemain, la colonne se dirigea par Coulouvray, et alla coucher à Saint-Nicolas-des-Bois et Notre-Dame-de- Livoye. Le jour suivant, nous retournâmes par Brécey, le Mesnil-Gilbert et Chérencey-le-Roussel , où nous couchâmes. Le lendemain, vers les dix heures du matin, la colonne s'était répandue dans les environs du château du Mesnil-Tove, et les principaux officiers étaient au château même, lorsque cent vingt grenadiers, qui venaient de piller le château de Lingeard, apprirent que les Chouans
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étaient au Mcsnil-Tove ; ils laissèrent les effets qu'ils venaient d'enlever avec des charrettes, au milieu de la route sous Tescorte de dix hommes, et ils se hâtèrent de venir nous attaquer au Mesnil-Tove. Ils nous trouvèrent en plus grand nombre qu'ils ne l'avaient prévu; ils ae comptaient avoir affaire qu'à quelques compagnies de l'organisation de M. Gérard, qui recrutait assez publiquement depuis un ou deux mois dans l'arrondissement qu^il s'était choisi.
Néanmoins, les grenadiers surprirent les Royalistes et tuèrent une de leurs sentinelles. Heureusement, les différentes compagnies, réparties dans le village pour dîner, se réunirent assez promptement au premier coup de fusil, qui était le signal donné de réunion. En moins d'un quart d'heure, les grenadiers se trouvèrent assaillis de tous côtés et essuyèrent une déroute complète. Les Royalistes les poursuivirent assez vivement pour leur prendre ce qu'ils avaient enlevé au château de Lingeard, ce qui consistait en une trentaine de sommes de blé et une charretée de linge et d'ameublements. On amena ces effets au Mesnil- Tove, et les compagnies eurent ordre de se rendre à leurs logements respectifs et d'y diner bien promptement pour se réunir au château, où était le général. A peine y avaitil une demi-heure que la troupe était rentrée dans ses logements que la fusillade recommença au quartier général, ([ui n'était pas très fort pour l'instant ; aussi fut-il mis en déroute. Ce fut im grand bonheur que la fuite se dirigeât vers l'endroit où était logée la compagnie de Saint- Jcandes-Hois. Aux premiers coups de fusil, elle s'était mise sous les armes et elle se dirigeait du ctMé du feu. Bientôt nous aperçûmes nos camarades en fuite au haut de la prairie du chAteau. Je commandais la compagnie de Saint- Jean ; je jugeai l'endroit favorable i)our attendre les Répu-
blicains, qui poursuivaient très vivement nos fuyards dans la prairie. Après avoir embusqué fort avantageusement mes soldats, je leur défendis de tirer un seul coup de fusil avant que je leur en eusse donné le signal en tirant le premier. Je leur recommandai surtout de bien ajuster leurs hommes. Je laissai passer le général Frotté et les siens sous notre feu, et lorsque les Bleus passèrent à vingt pas de Tembuscade, je lâchai mon coup de fusil, signal d'une décharge qui abattit au moins une douzaine d'ennemis. Je commandai de franchir le fossé sans recharger, afin de mieux profiter de la surprise et de la déroute des Républicains. Les volontaires en prirent plusieurs à la course dans la prairie. Alors toute la colonne de M. de Frotté se réunit à la poursuite des fuyards, ce qui couronna le succès. Les Républicains perdirent ^4 hommes dans ce combat, et les Royalistes n'eurent de tué que leur sentinelle et de blessé qu'un seul homme. Après l'action, le général réunit sa colonne ; il me complimenta sur la bonne réussite de mon embuscade et du stratagème auquel la colonne était redevable de sa victoire.
La compagnie de Saint-Jean fut chargée d'escorter le butin que nous avions arraché des mains des ravisseurs et de faire conduire le tout à RefTuveille. Aussitôt que le général fut parti avec sa colonne, j'envoyai ime patrouille éclairer les environs du château pendant que je faisais charger le blé sur des chevaux. La patrouille rencontra les Bleus au milieu de l'avenue du château ; c'était le cantonnement de Sourdeval qui était venu au bruit de la fusillade, n faisait déjà obscur; le chef de la patrouille leur cria : Qui vive ? Les Bleus, croyant que c'étaient les soldats de Mortain restés maîtres du champ de bataille, répondirent avec beaucoup de fierté et d'assurance : « Républicains. ï> La patrouille répliqua par une décharge de
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coups de fusil à laquelle les Bleus ne ripostèrent pas; ils décampèrent sans trompette. Le général, qui n'était encore éloigné que de deux portées de fusil, revint à notre secours avec sa colonne ; il fondit sur les fuyards et détacha deux compagnies pour leur donner la chasse ; mais elles ne purent les atteindre.
Alors toute la colonne se réimit et elle escorta les provisions à RefTu veille, où elle passa la nuit. Le combat du Mesnil-Tove avait bien diminué les munitions de guerre des Royalistes. D'un autre côté, beaucoup de jeunes gens avaient déserté et désertaient encore tous les jours. La colonne se trouva réduite à une centaine d*hommes fort mal approvisionnés de numitions, car la difficulté de s'en procurer était inconcevable. Le général était obligé d'avoir des émissaires dans les villes où il y avait des magasins à poudre pour la République, afin de faire escamoter des gargousses et quelques paquets de cartouches par les gardes-magasins qui les vendaient au poids de Tor. La poudre nous coûtait de six ù dix francs la livre ; mais il s'en fallait de beaucoup que nous en eussions autant que nous en aurions désiré. Comme donc la petite colonne royaliste était réduite pres([ue à rien, tandis que les cantonnements des républicains destinés et acharnés à nous poursuivre se multipliaient et se renforçaient de jour en jour, le général prit le parti de faire des marches forcé'*** pendant la nuit et de se retirer le jour dans des granges et des greniers, d'où sa troupe et lui ne bougeaient pas pendant toute la journée. Après avoir exécuté coMe sorte de manoMivre pendant deux ou trois jours de suite, lorsqu'il se retrouvait dans un canton où il y avait peu de troupes républicaines, il reparaissait sur Thorizon avec les débris de sa colonne, (jue Ton croyait bien exterminée et qu'on s'imaginait ressusciter de ses cendres. Alors il dé-
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sarraait les Patauts et pourvoyait à tous les approvisionnemcnts. Lorsque ses éclaireurs lui rapportaient que les garnisons de tel ou tel endroit venaient Tattaquer, s'il se sentait en force, il les prévenait en marchant à leur rencontre. Cette attaque brusque et imprévue les mettait ordinairement en déroute avant qu'ils fussent arrivés au lieu où ils comptaient trouver les Chouans. Si, au contraire, le général jugeait qu'il y eût de Timprudence à s'opposer aux Républicains en force évidemment supérieure, il faisait faire à sa troupe une traite de quelques lieues pour éviter la rencontre des ennemis.
On sera sans doute étonné que les Royalistes ne se trouvassent pas fréquemment dénoncés par les Patauts, lorsqu'ils étaient réduits à se cacher comme je l'ai dit plus haut, surtout lorsque étant éloignés de leurs cantons habituels, ils ne pouvaient savoir précisément l'opinion do ceux chez qui ils s'adressaient. Voici les expédients qu'ils employaient d'ordinaire. On arrivait toujours avant la pointe du jour ; on bloquait la maison ou le village ; après quoi quelques-uns entraient dans les maisons, où ils s'assuraient de la personne des maîtres et des chefs de famille, auxquels on déclarait qu'il fallait loger tant d'hommes dans leurs granges et greniers, sans que le village voisin en eût connaissance. Nous indiquions au maître de la ferme ou de la maison les moyens et les précautions à employer pour empêcher que des indices de notre présence ne transpirassent à l'extérieur. Nous leur déclarions qu'ils étaient personnellement responsables de toutes les indiscrétions de leurs gens qui pouvaient trahir notre retraite, et pour plus de sûreté, nous retenions en otage avec nous le maître et tous ceux qui nous étaient suspects. Si les otages sur qui pesait la responsabilité n'étaient pas parfaitement sûrs de quelqu'un de leurs gens, ils les fai-
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soient aussi arrêter avec eux, et ils envoyaient des personnes afiidées dans les villes et bourgs voisins où il se trouvait des garnisons, pour s'informer si les Républicains avaient ou non connaissance de la présence des Chouans dans leur voisinage : ce qui se remarquait assez facilement en observant les manœuvres de la troupe. Les Royalistes payaient toujours ce qnils buvaient et mangeaient dans ces sortes de conjonctures, et salariaient encore assez souvent les personnes employées au dehors pour veiller à leur sûreté. Aussi n'ont-ils jamais été trahis lorsqu'ils ont agi de la sorte ; moyennant ces précautions, les Patauts les plus forcenés leur étaient fidèles ; nous avions, en effet, leur vie pour garantie de leur fidélité. Nous commencions par leur bien persuader qu*ils répondaient de nous sur leur tête, et leur déclarer qu'ils seraient irrémissiblement fusillés sur place si nous étions surpris dans leur habitation. « Nous sommes justes, leur disions-nous, nous convenons bien que vous ne pouvez pas arrêter une colonne de troupes républicaines qui viendra nous assaillir chez vous, mais convenez à votre tour que vous avei des personnes de confiance que vous pouvez placer sur toutes les routes par où nos ennemis pourraient venir nous surprendre, et qui peuvent nous avertir au moins une demi-heure avant qu'ils n'arrivent et ne tombent sur nous. »
Le général partit donc de Keffuveille le lendemain du combat de Mesnil-Tove, et se dirigea avec les débris de sa colonne vers le Buat et les communes circon voisines. Après avoir passé une quinzaine de jours à parcourir, avec les précautions ci-dessus exposées, les environs de Ducey, Saint-Hilaire. Landivy, FougeroUcs, Goron et le Tcilleul, il rentra comme de coutume dans la forêt de Saint- Jeandes-Bois.
Après s'ôtre reposé quelques joui's, M. de Frotté partit le 5 ou 6 juillet ' avec sa compagnie favorite et quelques officiers des autres compagnies ; il dirigea sa marche par Ger, Barenton, Mantilly, Passais et Ambrières. C'est dans ce dernier endroit que M. de Saint-Paul réunit au petit détachement de loo hommes qui accompagnait le général, un bataillon de aoo à a5o honmies à peu près. Cette troupe réunie parcourut les environs de la ville de Lassay. Mais une petite fusillade, où les Bleus furent battus, s'y étant engagée, une partie de la légion de M. de Saint- Paul lui manqua et se hâta de rentrer dans ses foyers, pour se cacher bien entendu; l'autre partie, fidèle à ses chefs, ne les abandonna pas et les accompagna dans leurs courses dirigées par Mayenne, Montsurs et Bazougers ; là, M. de Frotté s'aboucha avec le général Taillefer, qui, pour lors, commandait les Chouans du Bas-Maine ^. Ce Taillefer était un homme de soixante ans, qui, dans sa jeunesse, avait été militaire. Il était maréchal, et c'est ce qui lui avait fait donner ce nom de Taillefer. Lorsque ce brave homme avait appris la mort tragique de son roi, il avait abandonné sa boutique et pris les armes pour contribuer à tirer vengeance de ce crime horrible, en abomination à tous les cœurs honnêtes. M. de Frotté et lui se concertè-
I. Cest le 5 ou 6 août, ou environ. Les souvenirs de Moulin, rédigés nombre d^années après ces événements, l'ont induit en erreur d'un mois sur leur date. L'erreur de date la plus forte est celle de la surprise de Torchamp, qui eut lieu, non au début de la guerre, mais au retour de M. de Frotté de sa campagne dans le Maine.
a. Michel Jacquet, dit Taillefer, avait suivi Tarmée vendéenne jusqu'après la déroute du Mans. Plus tard, il forma dans le Sud-est de l'arrondissement de Laval une nombreuse division de Chouans. Il fut tué au commencement de mars 1796. M. de Frotté cherchait sans doute à faire accepter sa direc* tlon aux Chouans de la Mayenne; mais ce fut en vain; ceux-ci étaient trop profondément ennemis de toute subordination. Plusieurs officiers, qui du bataillon, dit de la Montagne, dans l'armée républicaine, avaient passé dans les rangs royalistes, profitèrent de l'occasion pour quitter la division de Taillefer et se joindre à M. de Frotté.
6a MEMOIRES DE MOULIN.
rent pour établir des relations entre les Royalistes du Bas- Maine et ceux de la Basse-Normandie. Ils se proposaient de lier et de combiner leurs opérations pour obtenir des succès plus soutenus et plus importants.
Les deux généraux marchèrent ensemble avec leurs détachements respectifs par les environs de Laval et de Château-Gontier, et même ils s'avancèrent jusque dans l'arrondissement du Lion d'Angers, pour se concerter avec les chefs qui commandaient ces difl'érentes contrées.
M. de Frotté revint avec sa petite colonne par Segré, Craon et Cossé ; il se détourna un peu par la Guerche, Vitré et Ernée. Dans les environs de cette dernière ville, il eut des conférences avec le général Rochainbeau '. Après cette tournée, il dirigea sa marche entre Laval et Mayenne sur la petite ville d'Évron ; il rentra dans le pays qu'il conmiandait par Jublains et Ambrières. Pendant cette petite excursion ({ui dura plus de deux mois, le général eut onze conil)ats contre les Républicains. Je ne puis me rappeler bien précisément les noms des endroits où furent livrés ces combats, parce que ces noms ne me sont pas familiers comme ceux de mon départe* ment. Dans une de ces allaires, je fus eftleuré d'une balle <|ui m'enleva la peau de l'oreille gauche. Le général, parti d' Ambrières, passa sous les murs de Domfront, par Mantilly et Barenton. C'est dans cette commune, où il fit coucher sa colonne, i\\ii\ apprit (|ue pendant notre campagne les Républicains avaient établi des cantonnements à Ger, au Fresne-Poret, à Juvigny, à Brécey, etc., etc.
Nous n'avions perdu (pie très peu de monde dans notre
I. Métayer, dit Rochainbeau, de la Chapelle*au*RiboiiI, entre Mayenne et Alençon, commandait dans ce canttm une division de Chouans. Il lui ttt jouer un rôle trf*s eflacë. U Tut pris par trahison en juin i^ ci fUsUlé peu aprt's.
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tournée, et nous n'avions fait qu'acquérir de la confiance en nos forces. Il fut donc résolu que, dès le lendemain, nous attaquerions le cantonnement de Ger. C'était le dimanche immédiatement après le 21 septembre, jour de la Saint-Mathieu, fête patronale de la paroisse, qui se transfère au dimanche suivant ' ; nous résolûmes donc de fêter aussi la garnison. Pour cet eflet, la petite colonne de M. de Frotté, forte de 180 ou 200 hommes tout au plus, partit du village du Tour, en Barenton, vers onze heures et demie du matin. Nous nous avançâmes par des sentiers détournés au travers de la forêt, pour couvrir notre marche, si bien que nous surprimes, à deux heures de l'après-midi, la garnison qui, dans la plus parfaite sécurité, se livrait aux plaisirs folâtres de la danse, avec la jeunesse du bourg et les bourgeois de Mortain qui étaient venus s'amuser à la fête avec les Patauts réfugiés de Ger, dont il y avait un assez grand nombre.
Tout à coup, la musique un peu âpre que nous fîmes entendre interrompit dans un clin d'œil les amusements fort gais de ces enfants de la liberté. Une décharge de mousquets, tirée sans contredit fort mal à propos, stir les danseurs qui, en ce moment, formaient le grand rond, priva plusieurs dames de leurs cavaliers. Ces imprudents danseurs avaient oublié la règle générale de toute troupe en guerre, qui consiste à être toujours en garde contre les surprises de l'ennemi. Ils ne se seraient jamais doutés que les Royalistes eussent été gens d'assez mauvaise compagnie pour troubler une si belle fête ; d'ailleurs, ils les croyaient encore dans l'Anjou. Quoi qu'il en soit, les Républicains se hâtèrent de se mettre en défense.
Une femme réfugiée de Ger à Mortain était revenue