‹ Mémoires de Michelot Moulin sur la chouannerie normandeChapitre 19 sur 43 · itÀ · texte numérisé non relu

itÀ

179^. io5

qu'à me louer de ses procédés pour moi. Il trouva que j'avais Tos du bras entièrement rompu ; ce ne fut pas une nouvelle pour moi : j'en étais sûr avant que la Faculté eût prononcé, puisque je le ployais bien par l'endroit de la blessure. M. Sérard vint me voir trois fois pendant les quinze premiers jours ; il montra à une de mes cousines, qui est devenue depuis ma femme, la manière de me panser : elle le faisait avec autant d'adresse qu'aurait pu le faire un chirurgien. Pour cela, elle fut obligée de sacrifier sa liberté et de se cacher, ainsi que moi; lorsque je changeais de domicile, elle me suivait aussi. Enfin, à l'occasion de mon malheur, elle s'acquit des droits imprescriptibles à une reconnaissance éternelle.

Je souffrais de douleurs très aiguës lorsqu'il fallait m'arracher de ce trou pour faire voir ma blessure au chirurgien, toutes les fois qu'il venait me voir. Comme il était très répidilicain, nous n'osâmes pas lui faire connaître le lieu secret de ma retraite ; au contraire, nous lui témoignions une grande crainte de perquisitions dans le château par les troupes républicaines cantonnées dans les environs, pendant que j'y étais dans un état si déplorable. Nos soupçons sur M. Sérard étaient mal fondés ; il avait trop d'honneur et de probité pour livrer à la mort un mallieureux qui n'avait commis d'autre crime que d'avoir une opinion politique opposée à la sienne. Nous avions plus à craindre du côté des voisins, sur lesquels il ne nous vint jamais à la pensée le moindre soupçon, parce qu'ils se disaient Royalistes. Cependant, un de ces prétendus Royalistes alla avertir le commissaire du pouvoir exécutif de Tinchebray , qu'il savait bien être le plus cruel ennemi des Royalistes, et le mien en particulier, que j'étais blessé et que je me cachais au château de la Guionnière. Fort heureusement que Prairie, le commissaire, ne crut

pas à la dénonciatioii qui lui était faite par un homiiie qu'il croyait Royaliste ; il se persuada que les Royalistes lui avaient fait faire cette révélation afin de Fattirer daas un piège, lui et la troupe qui se trouvait en gamisoft à Tinchebray. Au lieu de remercier le dénondateur, il Is menaça de le faire mettre en prison ; il se contenta néaa* moins de le mettre à la porte en lui donnant q[aelc[Bies coups de pied au derrière. Prairie m'a raconté depuis, plusieurs fois, toutes les particularités de cette dénoncia» tion, que lui fit François Aumont, de la Vallée, en me disant que je Tavais échappé belle. SU eût cru ce que loi disait ce braçe et honnête homme, j'étais infailliblemeil perdu. Cet homme avait contre moi deux motifs de haine que j'ignorais entièrement alors. Le premier, et sans contredit le plus fort, était qu'il avait fait très inutilement la cour à une demoiselle qu'il savait m'être très attachée : il ne doutait pas que je ne fusse pour lui un dangereux liTal, qu il ne pourrait jamais vaincre par des moyens avoués par l'honneur. Il s'imagina donc qu'il n'y avait que la par» fidie et la trahison qui pussent le débarrasser de moi. Son second motif de haine contre moi était que son beau*firère avait été fusiUé par les Royalistes ; il prétendait que j*ett étais la cause, parce que son beau-frère avait été en quelque sorte Tauteur de la mort de mon père, en le dé* nonçant comme suspect, du temps de Robespierre, et le faisant traîner dans les prisons de Rennes, où il mourut des mauvais traitements qu'il subit dans ces lieux infe^ naux. Il voulait donc s'en venger siu* moi. Heureusement que ses mauvaises intentions n'ont eu d'autre effet que de lui attirer la haine et le plus souverain mépris de tous les honnêtes gens. J'ai dédaigné de m'en venger, mais la dip vine Providence en a pris soin. 11 est extrêmement malheureux, méprisé de tout le monde, mangé par la Ter*

1796. lOJ

mine et accablé par la plus afireuse misère. Quoique son père, qui était un parfait honnête homme, lui eût laissé une jolie fortune, il n'a pas, à beaucoup près, autant de pain qu'il en mangerait bien. Je désire de tout mon cœur que les souffrances qu'il endure en ce monde servent de pénitence à ses fautes, et que le bon Dieu veuille les lui pardonner toutes, comme je lui pardonne le mal qu'il a cherché à me faire.

A cette époque, les armées royales de la Vendée, de l'Anjou, du Maine, de la Bretagne, et enfin celle de la Normandie, furent obligées de plier sous les forces énormes que la République envoyait contre les Royalistes de toutes ces provinces. Le a^ juin 1796, une amnistie générale fut accordée aux Royalistes des départements de l'Ouest. Tous les soldats et les officiers de nos paroisses en profitèrent ; les Emigrés repassèrent en Angleterre en grande partie, ou se cachèrent soigneusement. Pour moi, ma blessure me mettait hors d'état d'aller me rendre à Mortain et d'y déposer mes armes comme les autres, en faisant ma soumission aux lois de la République entre les mains du générai Digonnet, qui commandait dans cette ville. Mais outre que ma blessure m'aurait incommodé pour la route, je n'avais nullement la volonté de transiger avec ma conscience et mes principes en me liant à la République par un serment que repoussaient également l'honneur et le devoir. Il fallait néanmoins concilier mes principes avec ma sûreté. Cette démarche était d'autant plus nécessaire que la gravité de ma blessure demandait plus de repos et de ménagements. Elle fut le motif que j^alléguai pour me dispenser de me présenter devant le général Digonnet, dont M. de Lenchantin, son secrétaire, à qui j'avais eu le bonheur de rendre un service essentiel, m'avait concilié à un certain degré la bienveillance. Le

général, sollicité par la reconnaissance de Lenchantin* m'expédia un sauf-conduit par lequel il était eajoinl troupes républicaines de me laisser tranquille dans foyers jusqu'à la guérison radicale de ma blessure, qui pouvait s'opérer parfaitement avant plusieurs mois. Il y était porté encore qu'à cette époque je devrais fidre les démarches exigées par les lois révolutionnaires et stqislées dans Tacte de la pacification générale pour tous les départements insurgés de TOuest.

Cette carte de sauvegarde me rassura un peu, ainsi que les personnes chez lesquelles je me réfugiais et qui, ea m'olTrant un asile, se compromettaient au point d^eucoiH rir des peines capitales. Je profitai des garanties qa*oa venait de m'accorder pour me rendre à Vire, afin d^étre à portée de faire traiter plus régulièrement ma blessure. Ïm cure me coûta des douleurs très aiguës ; mais enfin, après que Thabile chirurgien eût extrait de mon bras firacassé quatre-vingts et quelques parcelles d'os, dont quelquesunes étaient de la grosseur d'un pion de domino, la guérison surpassa mes espérances.

Grâce à mon sauf-conduit, je fus assez tranquille le reste de l'année 1796 et une partie de 1797. Je fus cependant ar^ rèté une fois par la maladresse d'un lieutenant des troupes cantonnées à Tinchebray, au mépris du papier qui me mettait à l'abri d'un tel acte de violence ; mais cet imbë» cile d'ollicier, qui ne savait pas lire, ne put faire droit à ma réclamation. Il me conduisit à son commandant à Tinchebray. Le commandant Scourgeon, que les circons^ tances, bien plus ({ue ses principes, avaient jeté dans le parti de la félonie, me rendit justice et me témoigna même beaucoup d'égards, dictés par l'estime que les habitante de Tinchebray lui avaient inspirée en ma faveur. Le lèle indiscret du pauvre lieutenant fut vertement réprimandé.

et je fus aussitôt remis en liberté. Le danger que je venais de courir m'apprit à surveiller toutes mes actions et les démarches qui auraient pu provoquer des atteintes à ma liberté. J'adoptai un genre de vie tout à fait retiré ; j'évitais de paraître en public, pour ne pas attirer l'attention d'une autorité tyranniquc ; je conservais l'attitude la plus pacifique qu'il m'était possible. Je ne laissais pas néanmoins d'aller visiter un grand nombre de mes anciens camarades qui, malgré les stipulations de l'amnistie, se trouvaient jetés dans les prisons sous divers prétextes, plus injustes et plus arbitraires les uns que les autres. L'un avait été dénoncé comme ayant proféré des propos malsonnants contre le gouvernement; l'autre était prévenu d'avoir tenté de réorganiser un parti de Chouans ; celui-ci était accusé d'avoir fait contribuer pour les frais de la guerre les acquéreurs de biens prétendus nationaux, en raison du revenu des propriétés qu'ils avaient acquises : on voulait le forcer à restituer solidairement les sommes qu'il avait perçues d'après les ordres du conseil militaire ; celui-là était tourmenté sous tout autre prétexte. Telle était, en eflct, la manière dont on traitait la plupart des ofliciers ou soldats qui avaient servi sous les ordres du général de Frotté : singulier moyen de faire sentir à des hommes dont on avait redouté le courage, la protection de la République, que l'on représentait comme la mère de tous les enfants de la patrie ! Singulière manière de ramener dans le sein de cette République des enfants qu'elle prétendait égarés ! De telles vexations, qui me menaçaient plus que tout autre, ne m'apprivoisaient guère, et ne me représentaient la liberté si vantée que sous des couleurs très sinistres. Je faisais la meilleure contenance possible ; sans me cacher précisément, je me tenais toujours sur mes gardes et je reculais indéfiniment la déclaration de

SGomission que j'étais censé avoir faite avec ceux de compagnons qui n'avaient pas été chercher on reloge es Angleterre.

Sur ces entrefaites et dans le printemps de 1797, k bruit se répandit dans mon canton que j'étais reça ehe» valier de Saint-Louis. Ce titre était assez propre à réveiller la surveillance et les persécutions des agents du goii f e r» nement. Nouveau sujet de soupçons sur la fidélité que j'étais censé avoir jurée ; nouvelle raison d'épier nia conduite. Je venais, en effet, d'être reçu chevalier de Saint- Louis par M. de la Roque-Gahan, général en second de toutes les troupes sous les ordres de M. de Frotté. Il était revenu d'Angleterre pour maintenir secrètement le bon esprit parmi les Royalistes du pays, et concerter avec moi les moyens d'une nouvelle réorganisation. Mais ce malheureux ne tai'da pas à être victime de son dévonement et de sa témérité ; il fut dénoncé, arrêté et jugé à Tindiebray, en comité secret, par trois brigands de révolutionnaires, Prairie, Signard et Lelièvre-Prévostière. Le d^ tachement qui Tavait capturé reçut ordre de le fusiller anr la route de Domfront, où Ton feignit de le conduire poor lui faire subir un jugement définitif. Cette exécution atroce était d*autant moins propre à m'inspirer de la sécn» rite que je fus averti à la même époque que ma perte avait été résolue, et que des ordres étaient donnés poor m*anrêter partout où je serais rencontré.

Les alarmes de mes amis n'étaient que trop fondées, car le jour de l'Ascension 1797, je faillis tomber entre les mains de mes bourreaux. Ma guérison était très avancée; conséquemmcnt la validité de ma sauvegarde allait expirer. D*aiileurs comme le général Dig^nnet, qui m*avaft délivré un sauf-conduit, était parti de Mortain depuis plusieurs mois, j'avais lieu de craindre que ses saccessenrs

1797- ïïï

dans le commandement de cette place ne méconnnssent la validité des garanties qu*il m'avait données.

Il ne me restait donc plus aucun moyen de conjurer Forage qui grondait sur ma tête ; mais je cherchai et je trouvai mon salut dans la rapidité de ma fuite. Un détachement de troupes du cantonnement de Sourdeval me surprit demi-habillé dans le plant d'un de mes cousins avec lequel je causais. Je franchis d'un saut une barrière fort élevée; on me fait une décharge de coups de fusil dont j'eus le bonheur de n'être pas atteint, et dans deux minutes je mis en défaut la meute républicaine.

Peu de temps après, je ne fus pas aussi heureux. Une forte patrouille de bourgeois de Tinchebray, ayant à leur tête l'ini^Lme Signard, un des juges assassins de M. de la Roque-Cahan, bloqua la maison de ma mère, où j'étais couché, et je me vis réduit à me rendre sans résistance, espérant toujours faire valoir mon sauf-conduit pour gage de ma sûreté. Je fus conduit, avec beaucoup d'ostentation et toutes les démonstrations d'une joie féroce, dans la prison de Tinchebray. De graves incriminations s'élevaient sur mon compte; bien des passions étaient soulevées contre moi. Le lendemain matin, deux bourgeois, qui étaient de la patrouille qui m'avait arrêté, vinrent me voir à la prison, et me dirent que M. de la Prévostière, alors juge de paix, m'en voulait beaucoup et se proposait de m'éplncher de près : ce sont leurs expressions : <x Je n'ai pas peur de Prévostière, leur dis-je ; il a plus de sujet de me craindre qiie je n'en ai de le redouter. » — « Gomment cela ? )» me dirent-ils. Je leur dis confidentiellement : « Vous savez que je suis amnistié; par cela, je ne suis plus répréhensible d'avoir été Chouan; et lui ne l'est pas, amnistié. » — « Gomment cela ? Prévostière n'a pas été Chouan. )» -— « Il est vrai qu'il n'a pas porté les armes, car

Ilâ MÉMOIRES DE MOUUN.

il est trop poltron ; mais il nous fournissait des armes «I im munitions, et nous donnait tous les renseignements êmX nous pouvions avoir besoin sur ce qui se passait à Tiiidie-> bray. » — « Il ne serait pas possible ! i» me dirent-ils. -» « Je suis à môme de donner les preuves de tout ce que j'avance, en lui montrant de son écriture. Nous verrons lequel de nous deux épluchera le mieux la tête de l'autre !.... Cependant je suis loin de vouloir chercher à le perdre. Mais je vous proteste que mes mesures senl prises ; il ne me fera pas subir impunément le même sort qu'à M. de la Roque. » Mes deux hommes, en sortant de la prison, n'eurent rien de plus pressé que d'aller rendre compte au juge de paix de la conversation que nous venionfl d'avoir : il est môme possible qu'ils aient exagéré encore. Ce brave républicain de Prévostière tomba malade, oa feignit de Tôtre, dès qu il sut que j'avais connaissance des services qu il avait rendus au parti du Roi, et d'une lettre qu*il avait écrite à M. de Frotté, dans laquelle il faisait l'énumération de tous ces services. Dans cette lettre, il demandait aussi l'agrément de M. de Frotté pour accepter la place de juge de paix qui lui était proposée. Tous ses services étaient pour se garder une porte de derrière si les Chouans réussissaient; car la conduite qu'il a tenue envers les Royalistes, lorscju ils ont été obligés de déposer les armes, a bien prouvé qu'il était leur plus cruel ennemL Le juge de paix, ailectant de plus en plus d'être très malade, déclara qu'il ne serait pas en état de me faire passer mon interrogatoire d'ici à quelque temps, et qu'il serait très injuste de nie retenir en prison si j'étais innocent. Il écrivit au juge de paix d'Athis pour le prier de venir à Tinchebray m'interroger. M. Lepetit, dit Dauphinière, prêtre marié et juge de paix à Athis, vint prendre les renseignements que Prévostière avait a lui donner. Biais

IJ97. ii3

celui-ci lui dit le fin mot : qu'il fallait qu'il me trouvât imiocent, coupable ou non, vu que son salut en dépendait. Dauphinière lui assura qu ayant été jadis un de mes amis, tout s'arrangerait bien.

Dauphinière vint donc me trouver en prison ; il trouva quatre ou cinq dames avec moi. Il commença à me plaisanter en disant qu'il voudrait bien être en prison, pourvu qu'on lui donnât une aussi aimable compagnie ; qu'il y serait longtemps avant de s'ennuyer. Après un moment de plaisanterie, il me dit qu'il était venu à Tinchebray pour être mon juge ; il ajouta qu'il voudrait bien me parler un moment en particulier. Alors ces dames s'en allèrent. Il me fit mille amitiés, me dit qu'il était enchanté d'être à portée de me rendre service dans la malheureuse circonstance où je me trouvais; il me rappela notre ancienne aiuitié, en nie disant que la dillercnce de nos opinions ne m'avait point efiacé de son cœur ; qu'il était bien malheureux que M. de la Prévostière fût tombé malade au moment de mon arrestation ; que sans cet incident, il y aurait bientôt quinze jom*s que je serais en liberté. Il me répéta tout le bien que Prévostière venait de lui dire de moi, en lui remettant les pièces qui étaient à ma charge. Un sourire que je ne pus m'empêcher de laisser paraître lui fit bien voir que je n'étais pas la dupe de tout ce qu'il me disait de Prévostière. Enfin, il ajouta qu'il avait les pièces à ma charge dans sa poche, qu'il allait me les communiquer, et si je n'avais pas de bonnes raisons pour y répondre, qu'on les supprimerait dans l'interrogatoire qu'on me ferait passer le lendemain à l'audience.

La première chose dont j'étais accusé était d'être allé le.... de tel mois, pendant la nuit, accompagné de quatre hommes armés, chez M""* de la Mannière, au Mêlier, près Mortain ; de lui avoir volé une montre en or et fait con-

tt4 MÉMOIRES DE MOULIN.

tribaer une somme de aSofir. ; la même nuit, d*aToir assassiner un de mes cousins, M. Monlin, de chez un de ses fermiers an ylllage de Noblette» de Ger. « Qu'avez-vous à répondre à cette accoMUioii? » — « Le.... de tel mois, j'ai couché chez M. JnluADea* landes, au Pont-d'Égrenne; j*y suis arrivé le soir mww0ÊL soleil couchant, et n*en suis reparti que dans rafW'Jiii wiill du lendemain. Des voyageurs qui dînèrent ches M. De»^ landes, nous apprirent que des brigands avaient mtê M°^ de la Mannière dans la nuit : voilà ma réponse à eelll accusation. Vous pouvez d'ailleurs appeler en témoigM|fB toute la famille de M. Deslandes, M"~ de la Mannièie el mon cousin, qui me connaissent tous très bien ; ils TOM diront si j'étais un des malfaiteurs en question. » Li deuxième article était relatif à un nommé Mailld, de Mi paroisse, qui, depuis que j'étais arrêté, était venn et plaindre que je l'avais menacé de le faire repentir. Je à M. Dauphinière que je savais ce qu'il voulait me que je désirais qu'il fit venir Maillot à l'audience témoin à ma charge, et qu'alors j'expliquerais j'avais menacé cet homme de le faire repentir. M. phinière me pria de raconter cette affaire. « Voici ce c'est : ce Maillot, que vous connaissez bien pour un vais sujet, rencontra im jour ma mère chez le percep l e ig ; il Fapostropha en lui disant qu'elle avait nourri on eiN quin; que si j'étais jamais arrêté, un autre et lui suffireiml pour me faire guillotiner. Ma mère, sans faire attentioii à ses invectives, lui dit qu'on avait des preuves que deux ibex témoins sullisaient pour faire condamner un honnête homme. Peu de jours après, ma mère me raconta ce qoe Maillot lui avait dit de moi. Le hasard voulut que je contre Maillot dès le soir où elle m'avait raconté scène. Je le rencontrai dans un chemin qui condoildeln

1797- ii5

Vallée à la Haute-Chapelle. Il faisait très noir; en passant près de moi, il me dit : « Bonsoir. » L'ayant reconnu à la Toix, je lui répondis : «Bonsoir, Maillot. » Il me demanda qui était celui qui le nommait et qu'il ne connaissait pas. « C'est Michelot, x> lui dis-je. A ce nom, il s'approche de moi et me demande comment je me portais. « Sûrement mieux que vous ne voudriez, )> lui répliquai-je. 11 me protesta que je n'avais pas de meilleur ami que lui ; qu'il m'aimait autant que si j'étais son fils. Je lui lâchai un gros jurement après le corps, en lui reprochant ce qu'il avait dit à ma mère, ajoutant qu'il était bien heureux que je ne lui voulusse pas le mal qu'il me souhaitait, car il serait plus à plaindre que moi. Voilà tout ce que j'ai dit à Maillot, et c'est sur cette rencontre qu'il se plaint que je l'ai menacé de le faire repentir. Il faut que je vous donne la clef de cette énigme. Le fils de Maillot a été Chouan et servait sous mes ordres. Lorsqu'il y eut un camp et beaucoup de troupes en garnison à Saint- Jean, le maire, M. Lemaignan, donna une réquisition à Maillot pour fournir sa quote-part de bois, de draps de lit, etc., qu'il fallait que la commune de Saint- Jean fournit pour la troupe. Eh bien, lorsque le fils de Maillot fut soldat royaliste, ou, comme vous voudrez dire. Chouan, le père sollicita plusieurs des camarades de son fils, et les engagea à aller la nuit, avec son fils et lui, chez M. Lemaignan, et le força à lui payer la somme à laquelle il estima les eficts qu'il avait fournis. Son fils et lui ne se firent pas connaître, et même ils ne dirent pas au maire pourquoi ils lui faisaient contribuer cette somme, sinon que c'était le remboursement de fournitures qu'il avait fait faire contre justice. » — « Mais pourriez-vous faire la preuve de ce que vous avancez, monsieur Moulin? » me dit mon juge. — « Oui, Monsieur, lui répondis-je, et même par ceux qu'il avait embau-

Il6 UâHOIRBS DE iionuK.

chës ; ils tous diraient qœ Maillot était déguise et qu'il a mis le boQt de son fosil contre la poitrine du oiaire en loi disant de se dépécher de foomir la sonime demanda, ak qn'U était mort. Les témoins que je Tons propose sitnl au* DÏstiés et Maillot ne l'est pas C'était ^It^ cette action iptr je Toolais lui parler, en lui disant que si je lui en voulais autant qu'il m'en voulait, il serait plus h plaindre qov moi. » — « Il y a longtemps que je connais Maillot pov on mauvais sujet, » me dit M. Daaphinièrc, « mais si toos dites tont cela lorsqu'il passera en témoignage contre TOUS, je me trouverai obli^ & le faire arrêter sur-If^ champ, w — « Je ne demande point k faire arrèl«r Ma3* lot ; si TOUS TOUS contentez d'entendre do hit la conversation que nous eûmes ensemble entre la Hautc-CLapellB et la Vallée, je m'en tiendrai là ; mais si vous demandée, on qu'il demande l'explication de ma parole : qu'il senit plus à plaindre que moi, je vous la donnerai h randicnc» comme Ici, et je m'obhge à en faire la preuve. »

On dit bien que les loups ne se mordent pas entre en. M. Danphinière ne jugea pas àproposdcniedcmaujera»cune explication le jour qu'il m'interro^iNi piibliqucmenl: il s'en tint À la déposition de Maillot, qni lui ti'llc ifiurjcla fis moi-même. Comme il avait raconté oititiih-iitii-llemnit à Maillot ce que je liii avais dit, ce pauvre Maillot arrin tout tremblant pour faire sa déposition. Je l'interroat(i» dès le commencement, en lui disant i|>ic sa déporitian n'allait rien Taloir, car il ne disait pas la vérité. Il roc dit qu'il ne se rappelait pas bien comment >'eln «était passé, que si je voulais le raconter moi-ratime, il nu- neruil trf* obligé. Je rapportai notre conTersation comme je l'ai Gùt plus haut ; je lui demandai ensuite si c'était bien cumaM cela qu'elle s'était passée. 11 me répondit qiu- je n'avais ni ajouté ni diminué, qu'il reconnaissait tout eo que jo venai»

id

de dire pour la vérité. M. et M°»* Deslandes parurent aussi pour rapporter que j*étais chez eux la veille, la nuit et le lendemain du moment où M°^ de la Mannière avait été volée et mon cousin attaqué ; que la nuit où le vol avait été commis, j'avais couché avec leur fils. M"« de la Mannière et mon cousin vinrent aussi déclarer que je n'étais point du nombre de ceux qui les avaient attaqués et volés. D'après toutes ces déclarations, je fus mis en liberté sur-le-champ. Grâce à la peur que je fis à M. de la Prévostière, j'en fus quitte pour dix-sept jours de prison cette première fois, et M. de la Prévostière fut bientôt guéri de sa maladie ; deux ou trois jours après ma mise en liberté, il n'y paraissait plus. Mais il ne m'en conservait pas moins au fond du cœur une haine mortelle, comme on le verra par la suite ; il ne faisait qu'attendre un moment favorable pour me perdre. De mon côté, je n*ignoi*ais pas tous les ressorts ténébreux qu'on faisait jouer contre moi; et d'ailleurs, les vengeances meurtrières que je voyais journellement exercer contre mes anciens compagnons d'armes sous les prétextes les plus légers ou les plus absurdes, étaient pour moi une leçon sévère. A la moindre inculpation, ils étaient considérés, malgré leur soumission, comme pris les armes à la main. J'en pourrais citer un très grand nombre d'exemples ; mais ces faits sont d'une telle notoriété que ces citations ne pourraient être d'aucune utilité. Je songeai donc plus que jamais à me soustraire aux poursuites dirigées contre moi. Pour y réussir, je multipliai le plus qu'il me fut possible les cachettes et les souterrains qui nous avaient été si utiles précédemment.

Page 1