CHAPITRE VII
ÉGORGEBfENT DE PLUSIEURS CHEFS ROTAUSTBS. — SATION DES LÉGIONS ROYALES. — CONTRIBUTIOIIB SUR LES ACQUÉREURS DE RIENS NATIONAUX. — LEMENT DES HOSTILITÉS. — ESCARMOUCHE DU — ARRIVÉE DE BT. DE FROTTÉ. — PRISE DB COUTBBHB.
Après le i8 fructidor, nos persécuteurs redonUènat d'activité. Ils s'attachèrent surtout à tourmenter par loaln sortes de vexations et de violences les oiDciers de an anciennes légions ; les Émigrés surtout furent poonraivii à toute outrance. Parmi ces derniers, M. le baron di Mandat fut arrêté à la Haye-Piquenot, près de chez M°^ de Basmarais. 11 fut conduit à Caen pour jugé révolutionnairemcnt. On eut un peu Tespoir da la sauver ; le geôlier était gagné pour une somme de 5o»ooofri., avec laquelle il devait décamper et passer à rétranger. Je fus solliciter des personnes riches de notre pays pour laa engagera contribuer à son rachat ; mes sollicitatioiis tinrent que 4*000 fr. Ainsi, les 5o,ooo fr. n^ayant pcrfnl fournis à temps, M. Mandat fut fusillé, au grand regrel de tous les vrais amis de la royauté, qui connaissaient laa* excellentes qualités de son cœur et qui savaient apprédw
les talents distingués de cet oiBcier. Ce fut la plus grande perte que les Royalistes de la Basse-Normandie aient jamais faite avant la mort de M. de Frotté. Cela seul donne une idée de son mérite.
Quelque temps après, Saint-Louis S major de la légion de Saint-Jean, tomba aussi entre les mains des Républicains sur la route d*Harcourt. Il était d'une bravoure qui allait jusqu'à la témérité. Il ne céda à la force qu'après avoir combattu seul contre cinq gendarmes à cheval, auxquels il fit face pendant longtemps, en déployant autant d'habileté que de courage, et qu'après avoir reçu une blessure qui paralysait tous ses efforts. Il fut incarcéré à Caen, et le commissaire du pouvoir exécutif ayant voulu lui faire subir un interrogatoire, il ne lui répondit d'abord qu'en lui crachant à la figure. Mais Coquille-Deslongchamps, espérant en obtenir des révélations dénonciatrices, ne se rebuta pas de cet appareil de fermeté. Il employa pour l'ébranler un vil stratagème, qui lui réussit malheureusement trop bien. Il lui demanda s'il ne connaissait pas M. Filleul *, chef d'une petite légion qui devait se lever aux environs d'Aunay, et quelques autres ofûciers qui se trouvaient alors dans la prison de Caen. Saint-Louis répondit d un ton de dédain et de mépris qu'il ne connaissait personne. « Ah ! vous ne connaissez aucun de ces messieurs, à ce que vous prétendez, reprit l'insidieux commissaire ; ces messieurs, et surtout M. Filleul,
I. Pierre Bourdelais, dit Saint-Louis, natif d^Evron, sous-ofBcier dans nn régiment de hussards, avait passé aux Chouans, où sa brillante valeur Tavait fait parvenir au rang de major.
3. Maurice-François-Nicolas-Alphonse Filleul de Fosse, seigneur de Valcongrain, ancien émigré, était désigné pour commander une légion à lever sur la rive gauche de POrne dans les arrondissements de Caen et de Vire. Cette légion, dite d'Aunay, ne fournit jamais qu'un faible détachement dliommes armés. M. Filleul de Fosse fut chef d'escadron de gendarmerie sons la Restauration.
laO MÉMOIRES DE MOULIN.
ne sont pas, je tous jure, de môme à votre égard, oa pin* tôt ils n'ont pas la même générosité. Ils disent fort bien - TOUS connaître et ne vous connaître que trop ; ils ne toos ont pas fait ici une fort belle réputation ; ils vous drapent comme il faut, et déclarent à qui veut Tentendre que ee n*est pas un mal que vous soyez ici; que vous avec déji fait bien du mal, sans parler de celui que vous éties capable de faire encore. Bref, Monsieur Saint-Lonls, je toos Tavoue, ils ne vous ont pas mis ici en odeur de sainteté, s Saint-Louis donne tôtc baissée dans le panneau ; il est fiftrieux, il écume de rage, et dans son délire, il se déchaîne contre Filleul et les autres prétendus calomniateurs. H se répand contre eux en invectives et dévoile tout ce qoi était de nature à les compromettre davantage. Llnftme Coquille-Deslongchamps, s'applaudissant du succès de sa fourbe odieuse, promit à Saint-Louis qu*il ne subirait pas la peine capitale, s'il voulait dénoncer tous les Royalistes de sa connaissance et découvrir toutes leurs trames $ecrêtes. Saint-Louis qui, au premier abord, avait déployé tant de caractère, mais dont la loyauté avait été surprise par Tartifice le plus abject, se dégrada jusqu*à devenir le dénonciateur de tous ses compagnons d^armes sur les* ({uels on lui demanda des renseignements. Il dénonça, entre autres, (laudin, dit Monte-au-ciel, capitaine dans le ])ataillon de M. (luesdon, i[ui fut guillotiné à Angers. Quant k Saint-Louis, il ne fut pas guillotiné; Ck>qmlle- Deslongcliamps lui tint parole, mais il mourut peu de temps après dans les fers, et d'après Topinion la plus répandue, il périt par le poison. S*il fut infidèle aux lois de riionneur en trahissant ses frères d'armes, il ne faut pas tant le taxer de faiblesse et de li\cheté, que le plaindre d'avoir été si horriblement trompé. Combien, en eflet, ne dut pas être exaspéré un homme d*un caractère si fou-
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gueux, si bouillant, quand il put se croire trahi par ceux en qui il avait placé sa confiance!
Dès que le général Frotté fut instruit de la perte qu*il avait faite dans la personne de M. Mandat, il s'empressa de m'écrire d'Angleterre pour me faire connaître qu'il m'avait nommé pour le remplacer dans le commandement de la légion de Saint-Jean. Cette annonce, dont se seraient applaudis sous tous les rapports presque tous les autres oiliciers, ne laissa pas que de me flatter beaucoup en ce qu'elle était une nouvelle preuve de toute la confiance dont m'honorait le général. Je lui exprimai la reconnaissance dont cette promotion m'avait pénétré ; mais des motifs d'un ordre supérieur me déterminèrent à refuser ce nouveau grade. J'écrivis à M. le comte de Frotté pour lui expliquer ces motifs, que me dictait l'intérêt de la cause que je servais depuis plusieurs années. Je lui fis comprendre qu'étant habitant de la commune qui était le centre de nos opérations, et par conséquent connu de tout le monde, je trouverais beaucoup d'obstacles à l'exécution des ordres de réquisition, indispensables pour la subsistance des troupes; que les personnes grevées par ces charges éventuelles s'appuieraient de l'ascendant de mes amis, de mes parents, et surtout de ma mère, pour me faire révoquer les ordres que j'aurais donnés, ou au moins pour me les faire réduire considérablement ; que si, dans de pareilles conjonctures, je persistais à faire exécuter l'ordi'e dans sa rigueiu», je me ferais beaucoup d'ennemis et j'aliénerais les esprits d'un grand nombre de personnes, qui ne serviraient plus avec le même zèle la cause du Roi ; que si, au contraire, je montrais trop de condescendance en relâchant du service assigné à chacun, cette faiblesse entraînerait de graves inconvénients. Je finissais par demander au général de nommer un officier étranger
HÉMOIRES DE UOUUN.
ne sont pas, je tous jure, de même à votre égard, ou j>littAt ils n'ont pas la même générosité. lia disent fort bîea ' TOUS connaître et ne tous connaître qne trop ; ils ne von* ont pas fait ici une fort belle réputation; ils vous drapent comme il faut, et déclarent à qui veut l'eiiteadre qtie m n'est pas un mal qne tous soyez ici; qn? tous avez dé^ fait bien du mal, sans parler de celui que vous étiez pable do faire encore. Bref, Monsieur Saint-Louis, je vi Tavoue, ils ne tous ont pas mis ici en odeur de sainteté, w Saint-Louis donne tête baissée dans le pnnneau ; il esl rieus, il écume de rage, et dans son délire, il se décbaliH contre Filleul et les autres prétendus calomniateurs. Il répand contre eux en iuTectiTcs et dévoile toot ee q était de nature h les compromettre dsTantage. L'inl&nM'' Goquille-Deslongchamps, s'applaudissant ilu succès den fourbe odieuse, promit à Saint-Louis qu'il ne subirait pas la peine capitale, s'il voulait dénoncer toti.s les Royali»tot de sa connaissance et découTrir toutes leurs trames secrètes. Saint-Louis qui, au premier abord, avait dcplojt tant de caractère, mais dont la loyauté aviiit été surprise par l'artifice le plus abject, se dégrada jusqu'à J< dénonciateur de tous ses compagnons d'armes sur lesquels on lui demanda des renseignements. Il déitonvsr entre autres, Gaudin, dit Monte-au-ciel, (Mjiilaîne bataillon de M. Guesdon, qui fut guillotiné h AngBni Quant à Saint-Louis, il ne fut pas guillotiné ; CoqnUlt^ Deslongchamps lui tint parole, mais il mourut peu temps après dans les fers, et d'après l'opinion la plus pandue, il périt par le poison. S'il fut Iniiilèle aux Ion l'honneur en trahissant ses frères d'armes, il ne fnut tant le taxer de faiblesse et de lAcheté, que le pi d'avoir été si horriblement trompé. Combien, en ctTel, dut pas être exaspéré un homme d'un caraclèr» ri
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et je fas aussitôt remis ea liberté. Le danger que je Tenais de courir m*apprit à surveiller toutes mes actions et les démarches qui auraient pu provoquer des atteintes à ma liberté. J'adoptai un genre de vie tout à fait retiré ; j'évitais de paraître en public, pour ne pas attirer l'attention d'une autorité tyrannique ; je conservais l'attitude la plus pacifique qu'il m'était possible. Je ne laissais pas néanmoins d'aller visiter un grand nombre de mes anciens camarades qui, malgré les stipulations de l'amnistie, se trouvaient jetés dans les prisons sous divers prétextes, plus injustes et plus arbitraires les uns que les autres. L'un avait été dénoncé comme ayant proféré des propos malsonnants contre le gouvernement; l'autre était prévenu d'avoir tenté de réorganiser un parti de Chouans ; celui-ci était accusé d'avoir fait contribuer pour les frais de la guerre les acquéreurs de biens prétendus nationaux, en raison du revenu des propriétés qu'ils avaient acquises : on voulait le forcer à restituer solidairement les sommes qu'il avait perçues d'après les ordres du conseil militaire ; celui-là était tourmenté sous tout autre prétexte. Telle était, en effet, la manière dont on traitait la plupart des oiliciers ou soldats qui avaient servi sous les ordres du général de Frotté : singulier moyen de faire sentir à des hommes dont on avait redouté le courage, la protection de la République, que l'on représentait comme la mère de tous les enfants de la patrie ! Singulière manière de ramener dans le sein de cette République des enfants qu'elle prétendait égarés ! De telles vexations, qui me menaçaient plus que tout autre, ne m'apprivoisaient guère, et ne me représentaient la liberté si vantée que sous des couleurs très sinistres. Je faisais la meilleure contenance possible ; sans me cacher pi*écisément, je me tenais toujours sur mes gardes et je reculais indéfiniment la déclaration de
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au pays, afin qu'il eût moins de répugnance à se charger de Todieux des réquisitions. Je lui proposais d*être le second de celui qu*il nommerait, et même de prendre snr moi tout ce qui concernait la légion, excepté ce qui était relatif aux contributions. J'engageais en outfe le général à recommander au chef qu'il nous donnerait* d*aT<Mr quelquefois égard aux représentations que me suggère» raient l'intérêt du parti et la connaissance des localités.
M. de Frotté sut apprécier les motifs de mon refus; il m'écrivit qu'il venait de nommer M. de la Pivardière », gentilhomme du Midi de la France, à la place de M. Mandat, et qu'il lui avait donné des instructions pour snivre en tout mes conseils.
Cependant, le bruit se répandit dans le pays que j^avais refusé le commandement en chef de la légion de Saint- Jean. Alors plusieurs personnes, et surtout M"^ Lebreton, de Périers ^, et de Quatrepuits, me prièrent instamment de proposer au général, pour chef de la légion de Sainte Jean, M. le chevalier de Monceaux ', ancien officier d*ai^ tillerie, qui avait déjà fait presque toutes les campagnes avec nous. J'eus beaucoup de peine à me décider à en écrire à M. de Frotté, parce que le choix qu'il avait fait tomber sur M. de la Pivardière m'agréait infiniment, car je le connaissais pour un des oiliciers les plus braves et les plus intelligents de tous ceux qui servaient sons les ordres de M. le comte de Frotté. Mais enfin, après aToir
I. Françoi» de la Pivardièrr. nv dans la province de la Mardie, èUU as officier d'une valeur éprouvée, mais d*un âjre déjà mûr. Après la retraite de M. de Saint-Quentin, M. de Frotté Tavait donné comme commandant SB second à la léfcion dWvranches, où la susceptibilité jalouse de II. 4i Ruays ne iiermit |mis de le maintenir.