I. Alexis Letellier, chef très influent dans son canton
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sent payé le montant des contribations qui leur assignées au prorata da reTenu de leurs acquisitioBS illégitimes. Nous les mettions dans Timposaibilité de s* der de ces souterrains en y fixant un gros pieu anqnél les attachions avec une chaîne de fer, fermée par ut denas renforcé. Cette chaîne, assez longue, était appUipée sur la jambe de manière à ne pas trop gêner le Nous leurs donnions d'ailleurs d'assez bons lits» table, des chaises, de la chandelle pour les éclairer» de Tencre et du papier pour écrire à leurs parente et anii» afin qu'ils pussent leur rendre compte de leur position 0l leur indiquer ce qu'il était à propos de faire pour tarai» ner leur captivité. Le concierge de chaque prison, qai était un soldat, lisait les lettres et les faisait tenir à laar adresse, en indiquant la manière de faire remettre les ré» ponses aux prisonniers. Sauf la liberté, le captif ne quait d'aucune des choses nécessaires à la vie.
Ce premier essai nous réussit si bien que nous nuâmes tout le reste du temps de la guerre à employer eas moyens envers les acquéreurs de biens ill^times qai faisaient les récalcitrants poiu* en payer le reyenu. Nona avons eu souvent jusqu'à vingt prisonniers de cette pèce. à la fois, dans divers souterrains. Nous ne les tions jamais sans leur avoir préalablement signifié da verser dans la caisse du trésor les sommes requises, tan» jours cwctement réglées, je le répète, sur le reyennda leurs domaines illégitimement acquis. Cétait une choaa irrévocablement arrêtée parmi nous qu'aucun prisonnier n'obtiendrait sa liberté avant d'avoir contribué prédaé ment pour la somme assignée, ou d'avoir fourni v tion acceptée par nous : point de transaction, point da lâche sur ce point. La caution était, bien entendn. soU* daire pour le cautionné, et devait, au défaut de célni-si»
payer à Téchéance stipulée. Malgré les désagréments que leur détention causait inévitablement aux prisonniers, nous savions tellement allier les soins et les bons traitements dictés par Thumanité, avec la rigueur et Tinflexibilité que demandaient Tintérôt de la cause que nous servions et la réussite du système de contributions adopté, que plusieurs d'entre eux, après avoir recouvré leur liberté, m'ont fait présent de paires de pistolets ou d'autres armes, en reconnaissance des bons procédés que j'avais eus à leur égard pendant leur captivité.
Lorsque les prisonniers avaient rempli les conditions exigées, on les reconduisait la nuit par une foule de détours, les yeux bandés comme précédemment, et on les lâchait à une grande distance de la prison où ils avaient été détenus, en leur indiquant le lieu où ils étaient et le chemin le plus sûr pour arriver à leur domicile. C'est avec de tels moyens que nous pourvûmes eilicacement aux plus pressants besoins de la petite armée qui se disposait à reprendre incessamment les armes.
Jusque-là le général nous avait recommandé bien positivement de nous borner à entretenir et à réchauffer en secret l'esprit public, et à réorganiser d'abord la légion principale sans nous mettre en évidence. Ses instructions avaient été ponctuellement suivies pour la légion de Saint- Jean, dont les trois autres ne tardèrent pas à imiter l'exemple avec plus ou moins de succès. Quand j'eus rendu compte à M. de Frotté de l'état de sa légion favorite et de ses finances, il donna l'ordre à tous les principaux officiers, tels que le vicomte d'Oilliamson, général en second de l'armée, le baron de Commarque, brigadier-général, M. de la Pivardière, aussi brigadier-général, et un grand nombre d'autres Emigrés de tout rang et de tout grade, de se rendre au mois de septembre 1799 dans la partie de la Nor-
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mandie précédemment insultée. Il promit d*arriYCV bomème d'Angleterre à la même époqae, pour reprendre k commandement. D*un autre côté, le cheyalier de Mqb» ceaux et le vicomte de Ghappedelaine anÎTèrent de Péris dès le mois d'août. M. le général de GhappedelaiBe eTiit sa destination pour l'armée de M. de Bourmont, qui mandait dans le Maine.
A l'arrivée de M. de Monceaux, je fis reconnaître le veau commandant à sa légion, et lui donnai coi de tout ce qui la concernait. Il ratifia la nominatioa de M. Guesdon à la place de major, malgré les rédamatioDS des ofiiciers émigrés qui la lui disputaient. Noos paseimes une partie des mois d'août et de septembre à régularinr définitivement l'organisation et à confectionner desce^ touches. De leur côté, M. de Saint-Paul, M. de Roajf et les chefs de la légion de Fiers , recomposaient ea même temps leurs colonnes. Tous les chefs visaient à mettre de l'ensemble et de Tordre dans les opératioas pRh jetées, à combiner leurs forces et leurs moyens avec nae sage ordonnance. En même temps, le général, secondé par les agents de la partie diplomatique et de celle dm correspondances, nous ménageait auprès du goave m a ment anglais des secours pour protéger nos débar q ae ments, appuyer et approvisionner de munitions et d'arMM Tarmée que nous levions encore en secret.
Cependant, les Républicains n'en étaient pas à 8*apere^ voir de nos dispositions insurrectionnelles. Ils avaient d^ puis assez longtemps remarqué dans les départemeals de rOuest une fermentation active qui menaçait de mm* vemeuts prêts à éclater bientôt. Ils se mirent incontuMit en mesure de les étoutler. Les soupçons et les alarmes qet les llévolutionnaires de Normandie concevaient d^nle insurrection prochaine, furent tout à coup confirmée
riiuprudence d'un de nos officiers supérieurs. M. Billard, second de la légion d'Ambrières, connu sous le nom d'Alexandre, impatient de prendre une attitude capable de tenir en respect les Républicains, qui poursuivaient avec acharnement les Royalistes dont ils remarquaient les mouvements, avait, dès le mois d'août, levé le masque, contre les ordres formels du général. Il se mit en marche à la tête d'une trentaine de cerveaux brûlés comme lui, battit deux fois de forts détachements républicains, courut le pays d'Alençon en passant par Argentan et les environs de Lisieux, sans rencontrer d'obstacle ; mais, ayant été grièvement blessé dans une troisième rencontre, sa bande fut dissoute. Quoique Alexandre eût fait preuve d'une valeur brillante dans cette petite expédition si intempestive, cette escarmouche trop prématurée nous fut très préjudiciable. Elle avertit les Républicains de redoubler leurs poursuites contre les principaux officiers qui fomentaient l'insurrection, dont l'expédition d'Alexandre vint trahir le danger.
Cette coupable imprudence dérangea les plans habilement concertés du général, et fft avorter des projets qui auraient pu amener les résultats les plus importants pour le succès de la campagne qu'il méditait '.
L'insurrection n'était pas encore arrivée à son point de maturité, quand la nécessité nous força à brusquer la campagne avant l'arrivée du général. En eff*et, le vicomte d'Oilliamson et les autres officiers supérieurs cités plus
I. Par le moyen d'intelligences prudemment ménagées dans la garnison de Domfront, M. de Frotté espérait commencer la prise d'armes en s'emparant de cette ville, qui lui aurait fourni des armes, des munitions et de l'artillerie, un poste capable de défense, et Tadjonction à sa petite armée d'un certain nombre de soldats de Tarmée républicaine. L'échauffourée de Billard, en déterminant l'envoi de nouvelles troupes sur ce point, rendit impossible l'exécution de ce plan.
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haut, qui, d'après les ordres du général, étaient arrÎTés d'Angleterre au commencement de septembre, vinrent me trouver vers le sS de ce mois, et m'engagèrent & prendre les armes pour nous défendre contre les persécutions de plus en plus actives des Révolutionnaires. Ils me dirent qu'ils ne connaissaient plus aucun moyen d^échapper aux mains de nos ennemis ; que le général arriverait incessamment, puisque le terme du rendez-vous général était échu ; qu'enfin, il ne fallait pas se laisser ^^orger comme des moutons, et que s'il fallait périr, da moins fallait-il vendre cher sa vie. Comme M. d'Oilliamson était général en second, et que d'ailleurs je brûlais d^impatience de prendre les armes, je me prêtai facilement à vues. Je réunis donc ceux des miens qui s'étaient compromis et se cachaient exactement, et j'en formai détachement de 120 hommes bien armés et munis d* bon uniforme. Je conduisis ce petit noyau de légion an général en second pour lui servir d*escorte, ainsi qu^nnz autres ofliciers sans asile qui étaient venus se réfugier parmi nous. Telle fut la première reprise d*armes.
11 y avait déjà quatre jours que nous étions réunis, lorsque nous apprîmes qu'un détachement de Bleus, an nombre de i5o, était sorti de Vire pour nous chercher. Le vicomte d'Oilliamson jugea à propos de l'attendre de pied ferme. Nous allAuies prendre position sur la chnnft* sée du vivier des Brousses. Après y avoir été postés trois ou quatre heures sans le voir paraître, nous nous retirâmes vers le Mesnil-Ciboult, où nous allâmes dîner. On nous assura là que la petite colonne ennemie était ponsjte par Saint-Jean-des-Bois, puis s'était retranchée dans Tin» chebrav.
On décida aloi^s de faire quelque coup de main pour si* gnaler le renouvellement des hostilités ; il fut arrêté que
nous désarmerions, dès le même soir, le village du Gué- Rocheux, dans la commune de Ger. Il y avait bien quarante fusils de munition à prendre dans ce village, habité par tous forcenés Républicains. Sur le soir, lorsqu'il n'y eut plus que deux heures de soleil environ, nous nous mettons en route pour investir ce village, situé à trois lieues de distance de l'endroit où nous étions. En passant parle Pont d'Égrenne, je fis la rencontre d'un de mes cousins qui avait servi pendant quelque temps dans les grenadiers de la République. Il m'aborde et, me tirant à l'écart, il me prévient qu'il venait de voir arriver dans le bourg de Fresne-Poret un détachement de i6o à i8o soldats républicains. Je fis part de cet avis au vicomte d'Oilliamson, afin qu'il décidât le parti qu'il fallait prendre. « C'est égal, dit-il, allons désarmer le Gué-Rocheux. » Alore, pour le mettre à portée d'apprécier la justesse de l'opération qu'il allait conduire, je lui exposai la situation des lieux. « Considérez, mon général, lui dis-je, que ce village est au centre de trois ou quatre cantonnements qui le protègent et qui, par leur distance, sont à portée de le secourir sans beaucoup tarder, dès qu'ils entendront le bruit de la fusillade ; car il faut compter sur une résistance vigoureuse de la part des habitants du village ; au Midi, la garnison de Lonlay-l' Abbaye, situé à une lieue et demie ; à l'Ouest, celle de Mortain, situé à une petite lieue; au Nord-Ouest, celle de Sourde val, situé à une lieue et demie ; et enfin celle du Fresne-Poret, qui peut le plus nous incommoder en nous coupant la retraite du côté du Nord-Est. Toutes ces forces, réunies à la garde nationale du bourg de Ger, peuvent nous envelopper et exterminer en quelques heures votre faible noyau, qui fait la base et l'espoir de la prise d'armes. Ajoutez à cela combien il nous importe de ne pas débuter
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par un succès équivoque , si toutefois nous pooYOOS em espérer un. »
Ces représentations déterminèrent le général à ajovr* ncr Texécution de notre premier dessein; mais pour ne pas perdre notre temps et notre peine, nous d'attaquer la petite colonne qui venait d*arriver au Nous dirigeâmes notre marche sur ce bourg« où chargeâmes Tennemi à une demi-heure de soleil condiaaL Toute la troupe fut bientôt dispersée, excepté une tna* taine de soldats qui ne nous échappèrent qu*en se jetiat dans la maison de M°^ Moulin-Bourdonney. Ils y entraîné les habitants du bourg qu'ils avaient trouvés leur passage, aûn d'avoir une espèce de garantie contre h violence de nos résolutions. Nous leur parlions par kt croisées; nous les sommâmes de se rendre à discrétiiMi; mais nous ne pûmes les y déterminer. La maison est Ibffte et facile à défendre; MM. d'Oilliamson et de la Piva^ dière voulaient y mettre le feu, seul moyen de réduire sa peu de temps ceux qui s*y étaient retranchés: mais je combattis cette résolution de toutes mes forces, en représentant que ravantage de soumettre une poignée de Républicains ne pouvait entrer en comparaison avec le lori que cet acte de violence nous ferait dans l'opinion» ea égard surtout à des circonstances où rexistenec de nolie détachement était si précaire, et nos succès si éventllds; que d'ailleurs cette conduite, en nous assimilant aux Ré- ])ubliciiins, ne manquerait pas de discréditer notre parti aux yeux des h()nn(>tes gens des campagnes, nos af^peil naturels, à qui notre exemple attirerait de funestes repr^ f saiUes. Mon opinion prévalut; nous nous retirànes. avant tué deux Bleus seulement dans cette action.
Le lendemain, nous nous portâmes dans les enTiroM do ^'ire. où nous apprîmes le débarquement et rarriTit
du général de Frotté. Nous marchâmes à sa rencontre et, des le lendemain, il arriva au château de la Lande-Vaumont. A la première nouvelle de notre reprise d*armes, il était accouru au milieu de nous, où l'appelaient tous les vœux et toutes les espérances. Il nous témoigna combien Textravagante expédition d'Alexandre, qui avait par suite amené et nécessité nos hostilités prématurées, avait contrarié ses vues, en donnant Téveil au gouvernement, et en mettant en garde contre un coup de main des places importantes, dont il avait l'espoir de s'emparer par surprise. Dès lors, les plus intelligents ne purent s'empôcher de sentir la fimeste influence de cette course irréfléchie sur tout l'ensemble de la campagne que nous allions entamer. Quoique l'audace d'Alexandre se présentât sous quelques côtés brillants, on ne peut se dissimuler qu'elle n'eût gravement compromis nos succès. Néanmoins, le général ne négligea rien pour relever ou fortifier nos espérances, et surtout pour remédier au mal et tirer de la situation le meilleur parti possible.
A cet efl*et, il ordonna un rassemblement général des quatre principales légions, celles de Saint-Jean, d'Avranches, d'Ambrières et de Fiers. M. de Monceaux et chaque chef de légion donnèrent ordre à leurs capitaines de réunir leurs diverses compagnies, et pendant ce temps-là mon détachement de 120 hommes escorta le général aux revues qu'il fit dans les cantons respectifs de chaque légion. Trois ou quatre jours après, des détachements de la légion de Henri et de celle de Fiers que conmiandait le baron de Gommarque, levés à l'improviste, rejoignirent l'escorte du général dans la forêt d'Andaine. Les trois détachements réunis montèrent au nombre de 7 à 800 volontaires.
Avec cette petite troupe, le général attaqua une garnison de i5o soldats républicains dans le bourg de Cou-
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terne ^ Ces Bleus étaient appuyés par les réfugiés et les habitants du bourg. M. de Frotté leur signifia de se rendre, mais comme ils s'y refusèrent, il les fit charger Tigoureusement. Ils se défendirent avec coorage; enfin, après huit heures de combat, nous les obligeâmes à se rendre à discrétion, sans quoi ils allaient être ensevelis sous les ruines du bâtiment où ils s'étaient réfiigiés. Voyant la maison bientôt consumée par les flammes, ils demandèrent grâce ; ils étaient réduits au nombre de 38; tout le reste avait été tué pendant Faction. Nous nous étions de bonne heure emparés de Téglise, et, de la tonr, nous avions foudroyé Tennemi dans sa caserne.
Le général, voulant marquer la première expédition qu il eût conduite depuis la reprise d'armes, par un trait de générosité, ne fit tomber le poids de la justice terriUe de la guerre que sur un seul individu réfugié, nommé Radiguc, de la Sauvagère, qui fut signalé comme ayant été la cause de tout le désastre, en engageant la garnison à défendre jusqu'à la dernière extrémité. Du reste, il voya à Alençon les débris de la garnison, après leur avoir donné six francs à chacun pour faire une route de dix à onze lieues.
Après cette affaire, la colonne se dirigea vers Measey, la Sauvagère, la Ferté-Macé, Briouze, la Cameillc, Fiers et Tinchebray.