I.BS FUGITIFS GAONBNT NBUCHA,TBL. — OAIKSBB QO*ILS OOOHBR
A TVBtUlun. — SÉJOUR A RATUBOmiB. — AUttVftB Bt àlh ■ VOYACK A I
La oeige était si épaisse que nons perdîmes la gnaAt route sans nons en apercevoir. Nous suivions loajonim I* cbemin le plus battu. La nuit était très obscnre. Ud pM plus loin, nous primes la direction d'une église; U a^f avait plus que quelques pas çàetlànkarqiiésBvrlaiM%<; nuus n'osions retourner sur nos pas et reprendre la grande route où nous l'avions quittée, dans la cnùnta iiê rencontrer les douaniers qui nous avaient menacée At courir après nous, il y avait une demi-heure. Nons aaMt> nuâmes à marcher par un cbemin mal tracé dans le aelglw espérant qu'il nons conduirait h une habitation, o4i aiM> trouverions quelqu'un assez charitable pour n dans notre route. Nous étions presque morts d nous arrivAuies à un village de sept on hoit i nous frappâmes à toutes les portes ; personne ne i nous ouvrir, inéinc nous répondre. 11 y avait po«r !• moins une demi-henrc que nous étions & i succès les portes de ce village, lorsque deux I
chargés chacun de trois hommes passèrent ; celui de devant s'arrêta tout court ; un homme vint à nous et nous demanda ce que nous cherchions si tard dans ce village. Nous répondîmes que nous étions égarés et que nous cherchions quelqu'un assez bon pour nous remettre sur la route de Neuchàtel. Le jeune homme qui nous avait abordés, nous dit que si nous voulions le suivre, il allait nous mettre dans la route ; qu'à une demi-heure de marche, nous allions arriver chez son père, qui tenait auberge sur le bord de la grande route. Heureux de cette rencontre, MM. de Frotté et d'Hauteroche, qui ne pouvaient plus marcher, montèrent dans son traîneau ; nous suivîmes à pied, M. Girod et moi. En très peu de temps, nous arrivâmes à la maison du père Barbeson ; c'était le nom de l'aubergiste où nous conduisit son fils. Nous avions grand faim et bien soif, et étions exténués de fatigue. Après nous être reposés trois heures et avoir bien déjeimé, nous proposâmes au jeune homme de nous conduire à Neuchàtel avec son cheval et sa voiture ; il nous dit de le demander à son père et que si celui-ci y consentait, il ne demandait pas mieux ; le père Barbeson dit qu'il le voulait bien, et quant au prix, que nous donnerions à son fils ce que nous voudrions pour sa peine. Nous fûmes très heureux de trouver une pareille occasion, vu que MM. de Frotté et d'Hauteroche avaient beaucoup de peine à se dépêtrer dans les neiges qui étaient très hautes. Le jeune homme arrangea son cheval et sa voiture, nous payâmes notre déjeuner, montâmes dans la petite charrette, et nous voilà partis pour Neuchàtel à huit heures du matin. Nous avions huit bonnes lieues à faire, mais nous étions bien contents, étant à quatre lieues du fort de Joox et très persuadés qu'on ne s'était pas encore aperçu de notre départ, sauf M. le marquis de Rivière qui ne
x.^tfc^à^id?. -L
a^O MÉMOIRES DB HOtTUIT,
pouTait manquer de frapper & l'endroit da aigaal poar
s'assurer si nous étions partis.
Le commandant avait été cependant inatroît d» noba évasion à huit heures environ. Il envoya k Besançon m courrier en porter la nouvelle & Jean Debry, pr^t da dé> partement; il fit sortir toute la troupe, «a nombre da 400 honunes, eu détachements dans toutes les tlirr rtin— Nous nous étions persnadés qn'on ne s'apercemôk d* notre évasion que vers onze heures et demie on bUI, heure où on venait ordinairement nous apporter à dbMf. Mais le cantinier, allant faire ses provisions à à huit heures du matin, aperçut, en descendant la une traînée sur ta neige, lui paraissant swtîr da rocher. Il jugea de suite que c'étaient les s'étaient échappés, ou on quartier de rocher qui l'était dAtaché. Il courut dire au commandant ce qn'il Tenait da voir. Celui-ci, qui était couché, se leva bien Tite, et courot . à sa cage voir si nous y étions encore. Quelle fut sa wm^ prise ! les oiseaux n'y étaient plus. Ce fut alors qu'il dipfr cha un courrier à Besançon et mit toute la troope en cM^ pagoe pour tâcher de noua reprendre.
Pendant ce temps, nous voyagions très tranquillaMOl jJ dans notre petite charrette. Nous dlnftmes k on groa TÎt lage à peu près à moitié route. J'étais inquiet; je me tria vais trop peu éloigné de Joux pour être parfoitement nn^ sure. Ces messieurs se moquaient de moi et de moa i^ quiétude ; nous étions à huit lieues de notre prison, à ils de la frontière de France ; les Français, préteodaienMIa, ne pouvaient pas venir nous chercher en Suisse ; ils passeraient pas la frontière. Après dtner, nom oa nuâmcs notre route ; nous arrivâmes & NenchAtel quatre heures de l'après-midi. Nous descendîmes an d'argent.
M. de Frotté avait une lettre de recommandation pour une dame de Neuchâtel. Voici comment il avait eu ce petit billet qui nous devenait si précieux. Il était prisonnier au Temple depuis dix-huit mois, lorsque Georges et PichegrvL y furent conduits. Il fut fait une évacuation des prisonniers qui se trouvaient au Temple, pour y recevoir Georges et ses associés. M. de Frotté ayant su que sa destination était le fort de Joux, un nommé Fauche-Borel, qui était aussi prisonnier au Temple, lui donna ce petit mot de recommandation pour M™« Fauche, qui demeurait à Neuchâtel. M. de Frotté avait déchiré ce petit billet et en avait caché les morceaux dans des bâtons de cire à cacheter. Lorsque nous fûmes arrivés à Tauberge, M. de Frotté cassa ses bâtons de cire, réunit les morceaux de papier qu'il porta à M"** Fauche-Borel, et lui raconta nos aventures. Cette bonne et respectable dame envoya son neveu nous chercher à l'auberge où nous attendions M. de Frotté; quand nous fûmes tous chez elle, on fit chauffer de l'eau pour nous laver les pieds ; elle voulut nous les laver elle-même et eut de nous tous les soins imaginables. On nous servit un bon souper ; mais les malheurs qu'elle avait éprouvés ne lui permettaient de nous faire aucune avance d'argent ; cependant c'était une chose bien essentielle pour nous que de nous en procurer. M. de Frotté, qui n'avait aucun ordre, avait déjà dépensé les deux louis que M. le marquis de Rivière lui avait donnés ; les miens étaient déjà entamés. Le jeune Barbeson avait une jolie pipe d'écume de mer ; elle avait donné dans l'œil à M. de Frotté, qui n'était pas homme à calculer. A deux cents lieues de chez lui, il n'avait que 4^ fr. dans sa poche ; ses trois camarades ne possédaient qu'une pareille somme, qui était à moi, car MM. d'Hauteroche et Girod n'avaient pas un denier : tout cela ne l'empêcha pas d'acheter la pipe
a^O MÉMOIRES DE MOULIN.
pouvait manquer de frapper à Fendroit da aignal pour s'assurer si nous étions partis.
Le commandant avait été cependant instruit de noire évasion à huit heures environ. Il envoya à Besançon on courrier en porter la nouvelle à Jean Debry, préfet dn département; il fit sortir toute la troupe, au nombre de 4oo hommes, en détachements dans toutes les directions. Nous nous étions persuadés qu'on ne s'apercevrait de notre évasion que vers onze heures et demie on midi, heure où on venait ordinairement nous apporter à dîner. Mais le cantinier, allant faire ses provisions à Pontarlier à huit heures du matin, aperçut, en descendant la rampe, une traînée sur la neige, lui paraissant sortir du haat da rocher. Il jugea de suite que c'étaient les prisonniers qui s'étaient échappés, ou un quartier de rocher qui s^était détaché. Il courut dire au commandant ce qu'il venait de voir. Celui-ci, qui était couché, se leva bien vite, etcoumt à sa cage voir si nous y étions encore. Quelle fut sa sm^ prise ! les oiseaux n'y étaient plus. Ce fut alors qu'il dépêcha un courrier à Besançon et mit toute la troupe en campagne pour tâcher de nous reprendre.
Pendant ce temps, nous voyagions très tranquillement dans notre petite charrette. Nous dînâmes à un gros village à peu près à moitié route. J*étais inquiet; je me trou» vais trop peu éloigné de Joux pour être parfaitement m^ sure. Ces messieurs se mo({uaient de moi et de mon in» quiétude ; nous étions à huit lieues de notre prison» à sis de la frontière de France : les Français, prétendaient-ils, ne pouvaient pas venir nous chercher en Suisse ; ils ns passeraient pas la frontière. Après dîner, nous conti* nuAmes notre route: nous arrivAmes à Neuchàtel ven (|uatre heures de l'après-midi. Nous descendîmes au Soleil d'argent.
M. de Frotté avait une lettre de recommandation pour une dame de Neuchâtel. Voici comment il avait eu ce petit billet qui nous devenait si précieux. Il était prisonnier au Temple depuis dix-huit mois, lorsque Georges et Pichegru y furent conduits. Il fut fait une évacuation des prisonniers qui se trouvaient au Temple, pour y recevoir Georges et ses associés. M. de Frotté ayant su que sa destination était le fort de Joux, un nommé Fauche-Borel, qui était aussi prisonnier au Temple, lui donna ce petit mot de recommandation pour M"»« Fauche, qui demeurait à Neuchâtel. M. de Frotté avait déchiré ce petit billet et en avait caché les morceaux dans des bâtons de cire à cacheter. Lorsque nous fûmes arrivés à Tauberge, M. de Frotté cassa ses bâtons de cire, réunit les morceaux de papier qu'il porta à M"^ Fauche-Borel, et lui raconta nos aventures. Cette bonne et respectable dame envoya son neveu nous chercher à Tauberge où nous attendions M. de Frotté; quand nous fûmes tous chez elle, on fit chaufFer de Teau pour nous laver les pieds ; elle voulut nous les laver elle-même et eut de nous tous les soins imaginables. On nous servit un bon souper ; mais les malheurs qu'elle avait éprouvés ne lui permettaient de nous faire aucune avance d'argent ; cependant c'était une chose bien essentielle pour nous que de nous en procurer. M. de Frotté, qui n'avait aucun ordre, avait déjà dépensé les deux louis que M. le marquis de Rivière lui avait donnés ; les miens étaient déjà entamés. Le jeune Barbeson avait une jolie pipe d'écmne de mer ; elle avait donné dans l'œil à M. de Frotté, qui n'était pas homme à calculer. A deux cents lieoes de chez lui, il n'avait que 4^ fr. dans sa poche ; ses trois camarades ne possédaient qu'une pareille somme, ([ui était à moi, car MM. d'Hauteroche et Girod n'avaient pas un denier : tout cela ne l'empêcha pas d'acheter la pipe
3^ h£hoires de MOUUN.
36 ù-., de manière que Barbeson eot tonte la jàhee d*
M. de Frotté pour la pipe et les la fr. payés pour soba
déjeuner et pour sa peine de nons avoir menas toata la
jonmée dans sa charrette. J'avais été oUigé de c
ma pièce pour notre dîner. Voilà l'état où se I
nos Snances, que M™ Fauche, & notre arrivée. lu
gna tout son regret de ne pouvoir relever. Elle eut Tei
tréme l>onté, pendant que nous étions conchéa, de WM
procurer des passeports. Elle chercha les p
quelles nous ressemblions le plus ; elle fut L
les décida à aller se faire délivrer des passeporta pov
voyager, en s'adressant au botirgmestre qui était dana la
secret.
Le matin à notre réveil, nous nons tnmvAmes naatia chacun d'un bon passeport; avec te mien, je m'i^^riab Samuel Guerbaste, et M. de Frotté, Louis Vlnceid. Cea papiers nous étaient bien précieux ; mais il ooos lUliit trouver de l'argent, aviser aux moyens de nous ea jw uvm rer. MM. Girodetd'Hauterocheenayant àParis, H^FaiK cbe, en attendant qu'on pût le faire arriver, les jdaça à la campagne chez quelqu'un de ses amis.
M" Fauche nous apprit qu'un M, Christen, d'YverdaB, arrêté par ordre de Bonaparte, venait d'obtenir sa libeiW. Il y avait quinze Jours que le roi de Prusse l'ar^ i^ clamé comme son sujet, et l'avait fait relAcher, et davE ou trois jours qu'il était arrivé à Yverdnn. Cette ville atf à huit lieues de Neuchâtel et à cinq du fort de Jovx. B fallait presque revenir sur nos pas pour aller dMl M. Cliristen. Il me répugnait beaucoup de retourner d* ce cûté-là. mais la nécessité nous y obligeait. AnaslIM qw nous eûmes déjeuné, nous prîmes congé de M» PaaehA flî de nos deux camarades. Nous voilà partis pour Yverdas. Un neveu de M°» Fauche, nommé Vittel, vint nova ftlM
sortir de la ville et nous mettre en chemin. Nous suivîmes la route par laquelle nous étions arrivés la veille, pendant près de trois quarts de lieue ; en la quittant, nous primes un chemin à gauche de la route de France : M. Yittel nous conduisit jusque-là.
Nous nous dépêtrions comme nous pouvions dans les grandes neiges, M. de Frotté et moi. Après que nous eûmes fait environ six lieues, M. de Frotté se trouva très fatigué. Heureusement nous trouvâmes une cabane, où nous entrâmes pour nous reposer et pour dîner ; il ne s'y trouvait presque rien à manger ; on fricassa des œufs, et nous bûmes une bouteille d'un mauvais vin blanc. Ce repas fit mal à M. de Frotté ; il se trouva incommodé au point de ne pas me laisser espérer qu'il pût continuer sa route. J'avais cependant bien envie de partir ; il n'y avait même pas de quoi nous coucher dans ce misérable taudis. En parlant à la femme de la maison, je lui témoignai mon regret de voir mon camarade malade et hors d'état de se rendre à Yverdun. Elle me dit que son voisin avait une petite charrette et un cheval, et qu'elle croyait bien qu'il se ferait un plaisir de nous y conduire. Je la priai d'avoir la complaisance de me faire parler à ce voisin ; elle fut de suite le chercher. Il me dit qu'il nous y conduirait pour quatre francs ; je ne trouvai point que ce fût trop, et lui dis qu'il serait content de nous s'il nous menait bien. Un quart d'heure après, notre homme arriva avec son équipage ; nous montâmes dans la charrette, dont les secousses firent le plus grand bien à M. de Frotté : il fut pris de mal au cœur, rendit tout son dîner et se trouva soulagé. Il était nuit depuis une heure lorsque nous arrivâmes à la porte de la ville.
Le matin, nous avions manqué de bien près d'être repris, n n'y avait pas une demi-heure que nous avions
344 HÉMOlftES DS HODUM.
quitté la grande roate de Verrières & Neodiltel, qoud deox cents hommes de la garnison de Jmiz y pksafcreal poor aller à cette ville, croyant nons y |««iidre; ils ■•valent que nous étions passés la veille par cette ronte. Sous la vo&te de la porte d'Yverdon, une sentmelle arrêta notre charrette et nous demanda nos passeports; quelle fut notre surprise en reconnaissant ce soldat pov être de la garnison de Joux 1 H faisait heoreosement trèa noir, et le soldat ne pouvait voir notre figure; nons lal présentâmes nos passeports ; il fut tes porter an eomnaa^ dant du poste dans le corps de (farde, qui, ne ch«rehattl pas à arrêter Samuel Guerbaste ni Lonis Vincent, tronn nos passeports très bons. Le soldat nons les r^tporta très hounâtement à la charrette, et nons permit de c<HitiaMr notre route. Nous nous dîmes tout bas que nous Tenioas de la manquer belle.
AussitAt que notre conductenr aoas eût descendnsA nas auberge, je lui donnai 5 francs, et il repartit fort content. Notre premier soin fut de prier une des filles de l'aobei^. qui venait nous offrir ses services, de nons conduire ehei M. Clii-istcn; elle fut en demander la permission k mm maître. Pendant qu'elle le cherchait, nn soldat entra dans la pièce od nous étions à nous chaufter an pofile; il était de la garnison de Joux. A.près avoir été un moment à a* chauiTer le dos au poèlc, nous avoir examinés toot i aoK aise et bien reconnus, il sortit sans faire semblant da rien. Nons nous regardions, M. de Frotté et mol, onnoM demandant comment nous allions nous tirer de ee ma» vais pas. i|uand la (illc vint nous dire qu'elle était à BM ordres : nous la primes bien vite au mot. En pen de tenpa nous arrivâmes à im très bel hi>tel; nous entrâmes daM une grande salle ; nous demindAmes à parler It M. C tcn. Un honmic d'une figure très respectable.
avoir soixante ou soixante-dix ans, se présenta à nous et nous demanda ce qu il y avait pour notre service. M. de Frotté lui dit qu'il désirait parler à un M. Christen qui était arrivé depuis peu de Paris. « C'est mon neveu, » nous dit ce brave homme ; « il est ici, je vais lui dire de venir vous parler. » Il alla chercher son neveu qui entra à l'instant; il reconnut M. de Frotté, lui sauta au cou pour l'embrasser, et vint m'embrasser aussi. Il savait notre évasion du fort de Joux, l'ayant apprise vers midi, quand deux cents hommes de troupes françaises qui nous cherchaient, étaient arrivés dans Yverdun, dont ils avaient pris possession militairement, plaçant des postes à toutes les portes de la ville. Il nous demanda comment nous avions fait pour venir jusque-là sans être repris. Nous le racontâmes brièvement ; nous dîmes que nous n'avions pas le sou, et que nous venions le prier de nous donner de l'argent pour nous éloigner. Il nous engagea à renvoyer la fille qui était venue avec nous. Nous fûmes lui dire que nos affaires allaient nous retenir un moment chez M. Christen, qu'elle pouvait s'en aller à l'auberge pour nous préparer une bonne soupe et un lit à chacun, et revenir ensuite nous chercher dans une demi-heure.
M. Christen courut chez lui, nous apporta trente-six louis, une chemise à chacun, des mouchoirs et des cravates. Pendant ce temps, son oncle fit placer par ses domestiques une échelle contre le mur de son jardin, qui était en même temps le mur de la ville. Aussitôt que le neveu fut de retour avec son argent, il nous donna im conducteur pour nous mettre dans la route que nous devions suivre, et au moyen de l'échelle, nous franchîmes les murs de la ville, et nous nous trouvâmes en plein champ. Notre guide nous conduisit près d'un quart de lieue ; en nous quittant, il nous dit de suivre la route toujours tout droit,
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et qu'après avoir travené nu petit boia k denz M—m at demie, hods troaTerions nne maison, 1a prwi?«i ^m Doas allions rencoatrer ; qoe c'était nne miberg» ttÊUts p^ nn ancien coisinier de M. CSbriatMi, et qn'cn mcmm muaa^ çant comme envoyés par lui, nous i d'être bien reçns. EffectiTement le Ivave fa çnt de son mieux ; noos nons dépècUmes de Buugir Ml morceaa et d'aller nons concber, car nons en anona lâiB besoin. Mous dîmes & notre bâte de noos préparer ^m soupe pour le lendemain matin, une bonne demi he— avant le jour, et de s' assurer de bateliers piHir noaa passer & la petite ville de Morat dès la pointe du joor. L*a^ bei^ était sur le bord dn lac de Morat, qn'U lUlaîk traverser. Tout fut exécuté d'après nos ordres; eo daax heures nous eûmes traversé le lac, et nons étions arriréa dans la ville de Morat, bien contenta d'avoir mis mM p^ tite mer entre ceux qui nous cherchaient et nmifl.
En ce moment-là, la troupe qui était à Yverdnn élatt très occupée à nous chercher dans la ville. AnsaitM ^aa nous avions été sortis de chez M. Ghristen, la fille de Ta» berge était revenue nous y chercher accompagnée de treati ou quarante soldats, qui étaient venns nons réelaBtar à l'auberge un moment après que cette fille était r nous conduire. Elle leur dit que nous l'avions l pour nous faire préparer un souper et des lits, el qa'da irait bientôt nous chercher. Ils l'emmenèrent de wttlÊ pour les conduire là où elle nous avait menés. Qaaad 9a furent arrivés chez M. Christen, celui-ci gronda la ADCt cQ lui disant qu'elle avait été trop longtemps, qoa M«p nous étions ennuyés et que nous étions partis, asanmil^p» nous saurions bien retrouver notre chemin. « SAramiM« lui dit-il, ils ont été par une rue pendant qaa tow tibAib par l'autre ; voua allez les trouver à l'anberga ea ai
Les soldats s'en allèrent bien vite à Tauberge, croyant nous y trouver. Trompés dans leur attente, ils battirent la générale, mirent la troupe sous les armes et formèrent un cordon autour de la ville pour ne laisser sortir personne. Le lendemain, ils firent une fouille générale dans toute la ville. Nous avons su ces détails par M. Ghristen, que nous rencontrâmes un mois après à Vienne en Autriche.
Arrivés à Morat, nous croyions être hors de tout danger; nous en avions encore de très grands à courir. En ce moment-là, toute la Suisse, l'Allemagne, la Prusse, le Danemark, que nous avions à traverser pour nous rendre en Angleterre, le seul pays où nous pourrions nous croire en sûreté, étaient sous Tinfluence de Bonaparte à un tel point, qu'il aurait sufH d'im mot de l'ambassadeur français auprès d'une de ces puissances, pour nous faire arrêter et ramener en France prisonniers. Mais à Morat, nous commencions à respirer; nous avions de l'argent dans nos poches et des passeports comme Suisses. Nous primes une voiture pour nous conduire à Soleure. En arrivant dans cette ville, notre premier soin fut de nous rendre à la cathédrale pour remercier le bon Dieu des grâces qu'il nous avait accordées en nous sauvant de tous les dangers auxquels nous avions été exposés; depuis quatre jours, nous avions manqué nous casser le cou plus de cent fois, et été à tout moment exposés à être repris; la réussite de notre évasion est miraculeuse aux yeux de tous ceux qui connaissent ce fort et tous les obstacles que nous eûmes à surmonter. Nous rendîmes grâce à Dieu pour les dangers dont il nous avait sauvés ; nous le priâmes de nous préserver de ceux auxquels nous étions encore exposés. Après avoir diné, nous remontâmes en voiture pour continuer notre route par Olten et Zurich ; nous arrivâmes à Constance le 3i janvier.
aSji HiHoiitss I» Monuif.
Il j avait quatre jours que nous étions échappés de Jon et nous ea étions à plus de soixante lieues; je n'avais pas encore eu un moment A moi pour écrire àma chère etmalheureuse femme et lui af^rendre que j'avais recouvré ma liberté. Je lui écrivis de Constance en date du a février i8o5; je loi disais que nous nous étions évadés et que je loi dcmiifr rais de mes nouvelles aussitôt que je me serais fixéqnelqas part. Cette lettre lui parvint assez promptement; elle la reçut presque aussitôt que tes jonmanx annonçant noira évasion, et co fut bien à propos ponr loi retirer rinqaiétude mortelle que cette nouvelle lui donnait.
Nous partîmes de Constance le jour de la Oiandeleor, à dix heures du matin; nous passâmes le lac pour débar» quer à Merspurg, où nous prîmes la voitore pnUiqiie pour Memmin^en et Au|;sbonrg ; enBn nous I&mefl sans nous arrêter jusqu'à Batisbonne. Nous avions déjà dé> pensé beaucoup d'argent lorsque nous arrivflmes dans cette ville. Il nous tétait de toute impossibilité de conti» Qucr notre route en diligence : nos finances étaient |H?esqM à bas. Nous étions descendus à l'Agneau blane, chaa M. Cramer, homme très honnête et très respectaUe, qri n'aimait pas le gouvernement de Bonaparte. Nous Inida» mandâmes s'il y avait un consul anglais A Ratisbuina, Il nous dit qu'il n'y en avait plus depuis qu'on avait été oblige d'y recevoir M. Andréossy, consulde France, n>is qu'il y avait un chargé d'affaires qui n'était pas cboiia d* tout te monde. Nous le priâmes instamment de nnos pro> curer sa connaissance ; il nous promit de TenToycr dwf cher. Deux heures apr^s. il vint nous prévenir que l'afMft anglais était U; et en même temps celui-ci entra dus notre chambre. Cet agent secret était un moine c retiré dans une abbaye à Ratîsbonne; là il f tenient les affaires de sa nation auprès de la Dièt# C
niqiie. Aussitôt que M. Gramer se fut retiré, nous lui fîmes connaître notre embarras; nous lui racontâmes brièvement pourquoi nous avions été arrêtés, comment nous avions fait pour nous échapper de notre prison, et le peu d'argent qui nous restait pour nous rendre en Angleterre, le seul pays où nous pouvions vivre en sûreté. M. de Frotté lui dit d'ailleurs qu'il avait déjà demeuré en Angleterre, qu'il y jouissait de la demi-solde de capitaine; que son père y demeurait, et y jouissait aussi d'un traitement comme Emigré français; qu'il avait fait luimême la campagne d'Egypte sous les ordres de sir Sidney Smith. Après que M. Horme, c'était le nom de l'agent anglais, eut entendu tout ce que M. de Frotté put lui dire, il lui demanda s'il était porteur de quelques papiers pouvant justifier l'exactitude de son récit. M. de Frotté répondit que nous sortions de prison et n'avions aucun papier, sinon des passeports sous de faux noms, que des personnes charitables et bien pensantes nous avaient procurés à Neuchàtel, et sans lesquels nous aurions déjà été arrêtés. M. Horme répliqua que tout ce que nous lui disions pouvait être vrai, qu'il le croyait même très fort; mais qu'ayant été trompé par des intrigants, il devait prendre toutes ses précautions pour ne pas l'être de nouveau; que M. de Frotté ayant servi avec sir Sidney Smith, il avait dû connaître Spencer Smith. M. de Frotté dit qu'il le c&nnaissait particulièrement et qu'il avait eu l'honneur d'être son secrétaire. « Dans ce cas, vous connaissez M"*" Spencer Smith; elle est à trente lieues d'ici. Écrivez-lui, je ferai passer la lettre. Si elle vous connaît, je ferai tout ce que je pourrai pour vous être utile. » M. de Frotté écrivit sur-le-champ, et M. Horme se fit fort d'avoir une réponse dans quatre ou cinq jours au plus tard. En attendant, il recommanda à M. Gramer d'avoir de nous
aSo MâHOIRES DB MODLIN.
le plus grand soin. Le lendemain matin, M. H<»me ^al Qons trouver, apportant la gaxette qui annonçait noliv érasion du fort de Joox, donnait nos noms, nos ngnile» ments. et enjoignait à tous les bon^^estres d'AUemagae de noua arrêter partout où iU nons tronTeraienl, «1 de nous remettre aux autorités françaises de la ville la ploa voisine ; il nons traduisit l'article en français. Noos dliDM qu'Andréossy nous ferait arrêter s'il avait la nurindra connaissance de notre arrivée à Ratisbonne, et nons la prî&mes d'avoir la bonté de nous mettre en état de continuer notre route pour l'Angleterre. Il nous répondH que ce qu'il venait de lire dans le journal n'était pas la preave que ce fCkt nous qui étions les prisonniers échappés da Jonx ; cela lui paraissait vraisemblable ; mais M. de Frotté ayant écrit à M™ Spencer Smith, il fallait attendre la réponse. Il nons rassura sur la crainte que M. Andréo a iy ne nous Ht arrêter. « Je suis mieux servi que lui, noos dit-il ; s'il voulait vous faire arrêter, j'en serais prérena avant que cène fût fait; et je vous donnerais alors sans calculer tout ce qui serait nécessaire pour vons éviter de tomber entre ses mains. »
Quatre jours se passèrent, la lettre impatiemment «t> tendue n'arrivait point. M. Horme, qui venait nous voir tous les jours, était surpris de ce que nous n'enssioiis pas de réponse. Le septième jour, il se décida, sans noos la dire, à écrire lui-même pour avoir des nooTelles de sa compatriote. Un jour que nous étions allés le t<^ k sa commuaauté, la conversation tomba sur l'expédltioB d"^ l^pte; il fut question de l'afTaire d'Abookir, du siège da Sain t-Jcan-d' Acre, enfin des cent prisonniers français qal avaient été envoyés en Angleterre par l'AUeniaglM; B nous dit que Spencer Smith lui avait écrit, au sujet de passage de ces prisonniers, plnsieurs, lettres; il les ;
il les onl^^H
i8o5. aSi
encore dans son secrétaire et voulut nous les montrer; la première qu'il prit se trouva avoir été écrite par M. de Frotté lui-même, du temps qu'il était secrétaire de Spencer Smith à Constantinople. Il prit une plume et prouva de suite que la lettre était de son écriture ; M. Horme dit qu il n avait pas besoin d'autre preuve, et qu'il allait nous donner l'argent nécessaire pour nous rendre en Angleterre. Le lendemain, il nous apprit que M"* Spencer Smith était partie depuis peu pom» Venise. M. de Frotté lui dit qu'il lui serait très obligé s'il voulait bien nous donner une somme suffisante pour passer par Vienne, avec une lettre de recommandation pour lord Paget, ambassadeur anglais à la cour d'Autriche. M. Horme nous engageait à nous rendre tout droit en Angleterre ; ses remontrances et les miennes ne purent déterminer M. de Frotté à renoncer à aller à Vienne. M. Horme nousdonna l'argent nécessaire pour ce voyage, et une lettre très pressante pour lord Paget.
Avant de partir, je demandai à M. Horme la permission de donner son adresse à ma femme, pour la mettre dans la possibilité de me donner de ses nouvelles ; il y consentit de la meilleure grâce et me promit de me faire parvenir ces lettres à Londres, à l'adresse de M. le comte de Frotté. Je me suis servi pendant plus de trois ans de ce moyen de correspondance pour écrire à ma femme et pour recevoir ses lettres.
n faut aussi que je dise un mot d'une connaissance que je fis à Ratisbonne, où nous séjournâmes quinze jours ; ce ne fut malheureusement que la veille de notre départ. Un Émigré français, âgé de soixante ou soixante-dix ans, dînait tous les jours comme nous à la table d'hôte de l'Agneau blanc, ainsi qu'il faisait depuis quatre ans. Ce vieillard était très réservé et ne faisait société avec personne.
aSa HÉHOIRB8 DB HCIDUN.
La veille de notre départ, je me troiiTaiàsoiiperftedtédt loi; M . de Frotté était sorti; me trouvant seul arec ce roapMK
table vieillard, je lui adressai la parole en loi demandantaï □'était pas ou Émigré français. H me répondit qnll bvhK cet honneur. La conversation s'engagea snr la Fnnce;]» lui demandai pourquoi il n'avait pas cherché, comme taSI d'autres, à rentrer dans sa patrie. Il me répondit qu'il m» pouvait y rentrer tant qu'elle serait goavenkée par l'asMa» sin de sa famille. « Ck)mment, lui dis-je, Bonaparte ^■^41 fait assassiner un de vos parents ?» — « Oni, monaïevir, fl a fait assassiner un de mes neveux qni était dans la YeB> dée. n Je lui dis que j'avais servi dans l'ai de l'Ouest : peut-être aurais-je connu son neveu, i je le priais de me dire le nom. ■ Cest le i comte de Frotté qui commandait en Nonnandie; <ni U envoya un sauf-conduit pour aller, comme les antres, ttgner la paix ; lorsqu'il se présenta son sanfconduit à la main, il fut arrêté et fusillé le lendemain. » Je sautai iatm cou et je l'embrassai en lui disant que M. de Frotté avait été mon plus grand ami, que c'était soos ses ordres diracAi que j'avais servi, qnc c'était son frère qui était aTeemoi, et que nous venions de nous échapper d'un fort oJi Tlniia parte nous avait fait enfermer. Ce brave vieillard était pi4t à perdre les sens, de la vive émotion que lui produiaaitM que je venais de lui dire ; il fut un moment sans ponrafe rien répondre; les larmes lui coulèrent des yenx en gmia abondance. Lorsqu'il eut un peu repris ses eiprita •t^'ft fut plus calme, il vint m'embrasser et me pria de la «aBt duire dans ma chambre pour que nous possitHU ] tout à notre aise. Quand nous y fûmes entrés, il ma qu'il se nommait le comte de Ohappedelaine, qn'il 4 Ureton, oncle de la mère du général Frotté; qna le Mn du général, qui était avec moi, n'était pas son ji
a jiBrcat, o'^^H
tant frère que de père, mais qu'il ne lui en était pas moins cher, puisqu'il appartenait de si près à celui qu'il regardait comme son propre fils. Je lui racontai à mon tour comme j'avais fait la guerre avec son neveu, été arrêté et conduit au fort de Joux ; je lui dis ce que je savais des circonstances tragiques de la vie de Charles de Frotté ; comment il avait été arrêté; comment nous nous étions trouvés dans la même prison à Joux, et enûn comment nous avions fait pour nous en évader et échapper à toutes les poursuites. M. de Chappedelaine me raconta son émigration, me parla des corps où il avait servi à l'armée des Princes. C'était Monseigneur le prince de Condé qui lui faisait passer des fonds à Ratisbonne tous les trois mois. Aussitôt que M. de Frotté fat rentré, je lui racontai tout ce qui s'était passé entre M. de Chappedelaine et moi. Le lendemain matin, aussitôt levés, nous nous fîmes conduire au logement de M. de Chappedelaine, qui demeurait dans un endroit assez éloigné du faubourg, de l'autre côté du pont. La scène de la veille recommença lorsqu'il embrassa le frère de son neveu. Le cher homme ne savait quelles caresses nous faire, et comment nous mieux prouver son amitié. Ce fut un spectacle pour tous les habitués de la table d'hôte de l'Agneau blanc, de voir ce vieillard qui, y mangeant deux fois par jour, n'avait jamais lié conversation avec personne, s'éprendre tout à coup d'une belle passion pour deux marchands de montres, qui à la vérité n'en avaient pas une seule dans leur poche : la profession d'horlogers et de marchands de montres était celle que nous donnaient les passeports qu'on nous avait procurés à Neuchâtel. Nous eûmes la crainte que cela ne nous rendît suspects à M. Andréossy, qui sûrement faisait surveiller tous les Français alors à Ratisbonne ou aux environs. Tous nos arrangements étaient pris pour partir ce jour-
là. M. Horme nous avait donné de Fargent el sa lettre de recommandation pour lord Paget; noos avions loué ^m voiture de retour pour Vienne, qui s^était troaTée* Ue jeune homme parlant très bien français, qui était à rhôtel, voulant retourner à Vienne, noos jnm de le prendre comme domestique, ne demandant pour eela que le permission de monter sur le devant de la voiture, et à Mie nourri en route; tout s'arrangea pour le mieux. No«s primes congé de M. de Ghappedelaine ; nous montâmee en voiture avec un domestique à nos ordres, et nous voilà partis pour Vienne. Nous fûmes huit jours à nous rendre de Ratisbonne à Vienne. A Lintz, nous reneontrftnoAS le général Brune qui revenait de son ambassade de Gonstaii^ tinople. Joseph, notre domestique, nous dit qu^il y avait été avec Sébastiani. Cet officier, envoyé par Bonaparte comme ambassadeur extraordinaire à la cour ottomane» avait, en traversant la Valachie, perdu son interprète, qid était tombé malade et y mourut. Il prit Joseph pour le remplacer comme interprète à Constantinople ; il rêvait ramené jusqu'à Ratisbonne, et pour toute récompense de ses services, voulait le faire engager comme soldat dans le régiment de dragons dont il était colonel. Joseph ne Yonlant pas, Sébastiani Tavait laissé à Ratisbonne, sans M donner un sou pour rejoindre sa famille en Valachie ; euiri se tenait-il pour très obligé envers nous de vouloir bien le ramener à Vienne, où il espérait trouver quelque sion pour regagner son pays, bien décidé à ne ji servir d'interprète à Bonaparte ou à aucun des siens.
Arrives, nous fûmes nous présenter à la Police il est d'usage. Étant obligés d'avouer que nous n*y naissions personne, on nous délivra à chacun une earlede sûreté pour huit jours seulement, en nous enjoignant de trouver dans ce délai quelqu'un de connu pour réponAre
de nous; on nous donnerait alors des passeports. Nous allâmes chez Tambassadeur d'Angleterre, avec la lettre de recommandation de M. Hormc. Son Excellence nous reçut avec bonté, et demanda ce qu'il pouvait faire pour nous. Nous lui expliquâmes la position dans laquelle nous nous trouvions ; la lettre de M. Horme entrait à cet égard dans de grands détails; nous lui dîmes que nous étions arrivés à Vienne avec des passeports qui nous désignaient comme Suisses et marchands de montres, et lui fîmes voir les cartes de sûreté qu'on nous avait données à la Police pour huit jours seulement. Son Excellence nous dit que si nous voulions partir pour l'Angleterre dans les huit jours, il nous donnerait des lettres de courrier pour nous rendre à Londres, et que nous n'aurions ainsi besoin ni de passeports, ni de permissions à obtenir de la police. Nous exprimâmes à Son Excellence toute notre reconnaissance de sa proposition et de la protection qu'elle voulait bien nous accorder. Nous employâmes les huit jours que nous avions à rester à Vienne à voir les principales curiosités de la ville. Le jour où nos cartes expiraient, après avoir payé notre auberge, nous nous fîmes conduire en fiacre à Fhôtel de l'ambassadeur d'Angleterre, avec Joseph monté derrière. Une bonne voiture à quatre chevaux nous attendait dans la cour de l'hôtel ; Son Excellence vint nous voir partir et nous souhaiter un bon voyage. Nous donnâmes à peu près la valeur de deux louis en monnaie d'Allemagne au pauvre Joseph, dont on se figure la surprise en voyant ses deux marchands de montres tout à coup change en courriers anglais.
Nous primes la route de Prague; il ne nous arriva rien de particulier jusque-là. Nous y séjournâmes deux jours, ayant voyagé jour et nuit. Le froid dont nous avions souffert dans les voitures de postes, qui en Allemagne
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sont de manTaises petites ehairtXtt» o& l'on b deux bottes de paille ponr asseoir !
avait beaucoup incommodés, surtout pendant la aatt. M. Charles de Frotté acheta une petite Toiture k dna places, espèce de cabriolet, où nous flkmes on pe« ptasà notre aise ; mais cette acqnisitioa nous coftta 45o fl et notre voiture n'était pas très solide. Dfes le • l'essieu cassa dans un village où il n'y avait pas de WÊat^ chai qui liït dans le cas de le raccommoder. H j avtttk peu de distance un maréchal ferrant; noua flkmes chei U pour lui faire réparer cet essieu, mais nous ne p<ww jamais le déterminer à entreprendre cet oavn^. Ja m'offrais à l'aider de mon mieux; apparemment il arst pea de confiance dans ma capacité en ce greore, car tootei nos instances furent inutiles. Gomme je ne parlids pis allemand, je lui faisais expliquer par M. de Frotté qw s'il voulait mettre les fers au feu, je lui aiderais beaneoap: rien ne put le décider. Enfin je lui fis demander par H. 4* Frotté de me permettre de la raccommoder k sa tatgà moi-même ; il y consentit ; je mis les fers au fea. et en bki peu de temps notre essieu fut parlaitoment réparé, k In grande sm'pi'ise du maréchal qui m'aidait; U i concevob' comment un courrier était asseï at raccommoder un essieu de voiture rompu par le i Cet incident ne nous retarda que de trois oaquatrekavrMî nous continuâmes notre route et arrivâmes k Berliiit d'ok j'écrivis à ma malheureuse femme ma troisième lallN depuis notre évasion du fort de Jouz.
De Berlin nous nous rendîmes à Rostock, port de wêêT dans le duché de Mecklcmboui^ ; notre intention était d> nous j- embarquer pour l'Angleterre, il ne s'y ti-ouva point de vaisseau prit A partir; il ■ laliu attendre dix ou donio jours avant d'avoir uie
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sion pour nous embaripicr. Nous étions décidés à rester là, mais en lisant les papiers-nouvelles, nous vîmes un article qui ne nous laissa pas assez de sécurité pour attendre le bâtiment en chargement pour Londres; il contenait la nouvelle de notre évasion du fort de Joux, donnait notre signalement et engageait les autorités à nous arrêter partout oi^ Ton nous trouverait. Dès cette époque TinQuence de Bonaparte sur tout le continent était telle, que le moindre agent d'un consul français pouvait nous faire saisir et livrer à son gouvernement. Ceci nous détermina à partir le lendemain matin pour Husum, où il y avait un paquebot pour TAngleterrc.
Nous fûmes obligés de prendre des chemins détournés pour éviter dépasser parLïibeck, occupée par des troupes françaises. Il y avait peu de jours que huit ou dix hommes armés avaient arrêté un courrier de Cabinet anglais qui venait de la Cour de Vienne ; ils lui avaient pris ses dépêches et tout ce qu'il possédait, et l'avaient laissé attaché à un arbre. Comme c'était arrivé presque aux portes de Lùbeck, l'opinion générale était que c'étaient les Français qui avaient fait arrêter ce courrier pour lui prendre ses dépêches. Soit comme courriers anglais, soit comme Français fugitifs, la prudence nous ordonnait de faire ce détour, plutôt que de nous exposer à nous faire arrêter en passant à Lûbeck.
Nous arrivâmes enfin à Husum ; mais nous fûmes encore obligés de demeurer trois jours dans cette ville pour attendre le départ du paquebot anglais. Ce temps nous parut d'autant plus long que la maudite nouvelle de notre évasion du fort de Joux paraissait nous suivre partout, avec notre signalement et l'injonction aux autorités de nous faire arrêter. La première chose qui tomba sous nos yeux dans la feuille posée sur la table de l'auberge où
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noos étions descendus, fat Farticle qui noas emucemaiL Kons fûmes d^autant moins rassurés que le soir à souper, nous nous tronvâmes à la même table qae le prinoe Molitemo arrivant d'Angleterre; il aTait été prisonnier «n Temple avec M. de Frotté. Leur rencontre inattfindne fut one surprise pour tous les deux, et elle ne fat nnlie» ment agréable à M. de Frotté, qui n^avait ancnne coAfianee en la discrétion du prince. Le jomrnal qni pniiail de notre évasion étant sur la table, ne laissait aoenn moyen de déguiser notre position; M. de Frotté prit le parti de lui raconter ce qui en était, en le priant de ne pas nous perdre en prononçant son nom. Il nons promil le secret et nous tint parole. Nous nous occupâmes de vendre notre voiture, qui nous devenait inutile; nons j perdîmes plus de moitié, n'ayant pu en trouver que doo francs.
Après avoir pris congé du prince Molitemo, nous noua embarquâmes eniin le aS mars, vers neuf heures du ma» tin, à bord du paquebot anglais. La traversée fut longne, les vents étant contraires ; mais le temps fut asses benn* Nous débarquâmes à Harwich le 37 au matin ; ayant pris des renseignements, nous apprîmes que M. de Frotté le père demeurait à Chelsea, à une demi-lieue de Londres. Nous nous empressâmes d'aller trouver M. le comte de Frotté ; il m'est impossible de rendre compte de la scène touchante qui eut lieu à la première entrevue de ce pectable père avec un (ils qu'il croyait perdu pour jours. Il eut la bonté de m'aecueillir comme un iils, de me prodiguer ses caresses et de m'établir chei lid. J'arrivais dans un pays étranger sans argent et presque nu, mais j'y trouvais des protecteurs et des amis* M. la comte de Frotté voulut que je demeurasse avec lui; il eut la bonté de me loger et de me nourrir jusqu*i ce
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M. le chevalier de Bruslart m'eût fait obtenir un traitement de deux sekellings par jour du gouvernement anglais.
Il y avait à peu près trois semaines que j'étais chez M. le comte de Frotté, lorsque M. le chevalier de Bruslart vint de la part de Monseigneur le prince de Condé lui proposer d'aller chercher à Dantzick la princesse Louise de Condé, et d'accompagner cette auguste princesse pour la ramener auprès de son père en Angleterre. M. le comte de Frotté ne voulut accepter cette honorable mission qu'à condition que je lui servirais de second dans ce voyage. M. le chevalier de Conti et lui m'en firent la proposition, que j'acceptai avec bien du plaisir. Les préparatifs du voyage se firent lestement; Monseigneur le prince de Condé donna ses instructions, et nous nous embarquâmes à Gravesend en mai i8o5. Notre traversée fut assez bonne ; le vent fut très fort, mais toujours favorable. Nous débar- ({uâmes à Husmn, et travereàmes le Holstein ; nous passâmes par Travemûnde poiu» éviter Lûbeck, où étaient les Français. Il y avait peu de temps qu'ils avaient arrêté, sur cette même route, un courrier anglais à qui ils avaient pris ses dépêches ; pour ces sortes d'expéditions, ils se déguisaient en paysans. Une demi-lieue au delà de Travemûnde, nous vîmes venir au-devant de nous sept hommes habillés en paysans, armés de fusils de munition. D'aussi loin que nous les aperçûmes, nous nous dîmes réciproquement, M. le comte de Frotté et moi : « Ah ! les voilà ! » Nous saisîmes nos pistolets, qui étaient dans un panier au fond de notre chaise de poste, bien décidés à nous faire tuer plutôt que de nous laisser arrêter par eux. En arrivant à nous, celui qui était à la tête de la bande tira sou chapeau et tous les autres en firent autant ; nous leur rendîmes leur salut, et bien contents d'en être quittes pour
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la peur. A la preniîère poste, doob ^if«lmes que c'étaient des recrues do Haaovr« qni passaient eo Angleterre, et prenaient comme nous le chemin de traTerae poor érilcr Lubeck où étaient les Français. Noos passAmes par Wifr mar, Rostock, Stettin, Colbei^, et sÙTlmes toute la cOle de Poméranie.
A Dantzick, nous trouvAmes Madame la princewe Louise, qui était retirée dans nn coarent en «ttoiniagl notre arrivée. M. le comte de Frotté fat prendre aes ordres. Nous nous occupâmes de suite de chercher des moyens d'embarquement pour l'Ang'leterre. Il se troun un très beau navire marchand saédois en cfaa^fmwnt pour Londres ; nous fîmes prix pour le passage en Angleterre de la princesse et de sa suite, an nombre de cinq personnes ; nous prîmes des provisions, et dix ou dooM jours après notre arrivée, nous nous embarquimes.
Un peu après avoir passé le détroit du Smid, nous eûuies une alerte : an bâtiment de ^erre cing^la sur nous et tira uq coup de canon pour nous faire mettre en travers. Nous avions appris que depuis peu an corsaire français avait fait plusieurs prises dans ces parages ; nous étions persuadés que c'était lui. Le capitaine descendit à la chambre de la princesse pour lui annoncer que le corsaire français était en vue, et demander quel parti elle vonlait prendre ; il proposa à Madame la princesse de se lUre passer pour sa feniuie, et M™ de la Rosière pour sa bellesœur ; la petite Ëléonore. enfant de neuf ans que la prin> cesse avilit recueillie par charité, allait se dire la fille im capitaine, et M. le comte de Frotté, son beaa-père ; poor moi. j'allais prendre un liabît de matelot et faire partie de l'équipage. Tout fut ainsi arrangé et convenu. La pri» cesse conserva le plus grand calme ; elle dit à M. le coml* de Frotté de monter sur le pont et d'examiner ce bAtimtttt*
Il observa que les voiles du vaisseau qui venait sur nous paraissaient bien noires, ce qui lui fit croire qu'il était anglais plutôt que français, vu que l'emploi du charbon de terre à bord noircit plus les voiles que le bois que brûlent les Français ; efTectivement, c'était un navire anglais, et nous en fûmes encore quittes pour la peur.
Nous arrivâmes à Gravesend dans les premiers jours de juillet, la princesse et nous tous bien portants. Le prince de Condé et Monseigneur le duc de Bourbon vinrent le lendemain à Gravesend au-devant de la princesse; nous arrivâmes le soir à Wainsteade, résidence de Monseigneur le prince de Condé, à trois lieues de Londres. La princesse donna dix livres sterling à M. de Bruslart pour me les remettre : je n'ai jamais reçu de cadeau à contre-cœur comme celui-là ; il fallait me trouver dans la situation où j'étais, pour ne pas refuser cet argent; il me semblait que cela m'arrachait le plaisir que j'avais eu à faire ce voyage. Mais j'étais à la charge de M. le comte de Frotté el de M. de Bruslart, qui auraient peut-être trouvé ma fierté déplacée, si j'avais refusé le cadeau de la princesse.