CHAPITRE XIV
MODUH BBTSOOTB LES Hmrg. — DDmCOLXi MT ■
J'étais entre la crainte et l'espérance. Dcpai* BMf laik j'étais éloigné de ches moi; depuis qoatra ans, je n'vwwà» reça aucune nouTclle de ma fenmte et de ma petiUi flikh Une des dernières lettres que j'aTais reçue, me dïaait ^m le gouremement ne s'était pas contenté de s'emparer im notre petite fortune; il arait mis ma femme bous la a^ Teillance de la police: elle était à pea jffès gardée à vas. Je ne savais dans qnelle situation j'allais troorer ce* dflVS infortunées. Quelquefois je mefiguraisqu'ellean'existaioal plus, ou qu'elles étaient jetées dans quelque eaduA. d'«4 elles ne pouvaient se faire entendre d'aucun être komnii pusqn' elles ne me donnaient plus de leurs nonvella. Gella idée s'était souvent emparée de mon esprit, et m'aTattMl regretter de m' être échappé des cachots du^rut, dlM personnes qui m'étaient plus chères que la vie, dmiHft en être les victimes. Mille idées me passaient à la Ml par la tète ; je songeais aux moyens d'obtenir des mNmDM de ma femme avant d'arriver au pays. Tout en i imiMilMl la manière <le m'y prendre, nous arrivflmes iSainULA. H n'était pas plus de trois heures du matin; M. Lenoir ■■ dit qu'il ne croyait pas prudent de Uvverser b villa avHft
le jour. Nous avions poui' le moins encore deux heures à attendre ; nous entrâmes dans une pièce de terre sur le bord de la grande route. M. Lenoir s'y coucha et dormit un peu; pour moi, je n'eus pas la pensée de fermer l'œil une minute. Je réfléchissais sur les moyens d'avoir des nouvelles de ma femme ; je me demandais où je pourrais m'adresser pour cela. J'avais des cousins germains qui demeuraient à Thorigny, mais je n'avais pas en eux assez de confiance pour aller les voir en passant. En me promenant de long en large auprès de M. Lenoir, qui dormait aussi profondément que s'il eût été couché sur le duvet, je me rappelai que j'avais un parent curé à Saint-Louet, à une petite lieue de Thorigny; je pouvais me présenter chez lui avec toute confiance, et j'aurais là des nouvelles de ma femme et de ma fille. Tout réjoui de la bonne idée que je venais d'avoir, je m'empressai d'éveiller M. Lenoir et de lui en donner connaissance. Il fut ravi d'apprendre qu'il n'y avait que quatre lieues de l'endroit où nous étions, à Saint-Louet.
Le jour commençait à paraître ; nous reprîmes la grande route de Saint-Lô, et dix minutes après nous entrâmes dans la ville. Quelques personnes parcouraient déjà les mes; nous leur demandâmes la route de Thorigny, et nous traversâmes Saint-Lô sans courir le moindre danger. En me guidant sur ma carte, nous arrivâmes à Saint- Louet; je demandai à des paysans s'il y avait encore loin pour aller chez le maire de la commune. Après plusieurs questions insignifiantes, je leur demandai le nom de leur curé; ils me dirent que c'était M. Moulin, mais que depuis longtemps il ne faisait plus aucune fonction, étant malade depuis plus de trois ans. Je me rendis chez lui et demandai à loi parler. Une femme de quarante à quarante-cinq ans s^informa de ce que je lui voulais. Je répondis que j'étais
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son cousin et que je Tenais lui âir« boigonr ea Elle me dit que M. le curé était hors d*étal de 8^ avec moi, qu'il y avait plus de trois ans qn*il était malade, et plus de dix mois qu*il ne connaissait ptoB perso— e. En disant cela, elle me fit entrer dans la pièce oà il élill couché. Ce malheureux était dans un état à faii« ^tié; je suis certain qu*iln'avait pas deux pieds de long. Ile vécu deux ans dans la même situation. Je fis questions à la servante sur la position de M. le evré; je lui demandai s*il avait les moyens d^exister* BUe me Sa que le gouvernement lui payait toujours sa pension, qsi était de 5oo francs; avec cela et ce qn*il receTait de sea bien, il pouvait vivre. Il était dix heures du matin; je U demandai la permission de passer le reste de la jovnnée chez elle, car nous étions très fatigués et av besoin de prendre un peu de repos. Elle répondit que ne se pouvait pas, qu'il serait très inconvenant qa*i femme seule reçût chez elle deux étrangers. Je M. Lenoir, lui demandant s'il se trouvait de force à encore trois lieues ; il me dit qu'il ne pouvait pins qu il lui fallait absolument du repos avant d'aller pins loia. Je m'adresai de nouveau à cette femme, la priant de aoas permettre de reposer un peu dans sa grange sur Ul pea de paille, et de nous donner quelque chose à manger, qae nous allions lui payer. Elle consentit à nous lainsnr poser deux ou trois heures; elle atteignit du pain, donna du cidre, et nous demanda si nous voulions qn^elle nous fasse une omelette, ne pouvant nous ofllrir antoe chose. Je fus très reconnaissant de ses atteoUoDS A j'acceptai son offre; Fomelctte fut bientôt prête. NoasnoM mimes à déjeuner; tout en causant avec cette brave flBa, je lui demandai si les parents de M. le curé souvent la voir; elle me dit qu'ils venaient tons les
ou trois mois. Je dis que j'étais aussi un de ses parents, que j'étais de Saint- Jean-des-Bois ; elle répliqua quelle y était allée, il y avait quatre ou cinq ans, avec M. le curé, mais qu'elle ne se rappelait pas de m'y avoir vu. Peu à peu, nous liâmes connaissance et je lui dis qui j'étais. Cette pauvre fille éprouva une vive surprise en entendant mon nom; elle changea tout à fait de manières avec nous, et ne nous traita plus en étrangers. Je lui demandai si elle pouvait me donner des nouvelles de ma femme et de ma Qlle, n'en ayant reçu aucune depuis plus de quatre ans. Elle me dit qu'un des cousins de M. le curé était venu le voir, il n'y avait pas plus d'un mois, qu'elle s'était informée de la santé de M"»® Moulin et de sa demoiselle, et qu'elle avait reçu de lui l'assurance qu'elles étaient toutes deux en bonne santé. Cette nouvelle était un baume pour mon cœur; je ne cessais de faire à cette bonne fille mille questions auxquelles elle ne pouvait répondre.
Nous avions fini de déjeuner. M. Lenoir me dit qu'il croyait que nous n'avions rien de mieux à faire que d'aller nous reposer ; qu'un peu de repos nous mettrait en état de continuer notre route, et que, sous peu, je pourrais faire toutes ces questions à M""® Moulin elle-même. Làdessus je priai cette fille de vouloir bien nous conduire à la grange où nous allions nous reposer deux heures. Elle nous dit qu'elle n'avait plus peur de nous garder chez elle, sachant qui nous étions; qu'il y avait un bon lit dans un cabinet à côté, et que nous y dormirions tout à notre aise. Je lui représentai le danger qu'elle aurait à courir si les gendarmes nous trouvaient chez elle. Elle répondit qu'elle savait tout cela, mais qu'il ne fallait pas s'en effirayer au point de fermer sa porte à d'aussi braves gens que nous. Elle ouvrit le cabinet en disant que nous pouvions dormir tranquillement, qu'elle allait nous garder.
et que si les gendarmes mettaient les pieds dans la paroisse, elle en serait prévenue, car elle connaingait plusieurs conscrits qui s'y cachaient.
Nous nous dîmes, Lenoir et moi, que nous pcayioas dormir plus tranquilles chez cette respectable fille que chez M. du T...., où nous étions la Teille. L*im était cependant grand seigneur, et Tautre n*était qa une ser* vante. L'honneur avait fui du château pour se réfugier dans la chaumière ; ce n était pas ici la seule preure que j'en avais. Nous fûmes nous coucher, certains d*ètre lucn gardés par Jeanneton: c'était le nom de la gouvemante de M. le ciiré. Nous étions exténués de fatigue, ayant bit vingt lieues sans dormir, car nous n'avions pas fermé rœil chez le gentilhomme où nous étions descendus la veille. M. Lenoir avait dormi environ une heure et demie dans im fossé avant d'arriver à Saint-Lô ; cela lui avait fait plot de mal que de bien. On peut croire que nous ne fûmes pas longtemps à nous endormir, une fois couchés dans un boa lit; il était onze heures et demie. A sept heures du soir, nous ouvrîmes les yeux ; la bonne Jeanneton nous avait préparé de la galette pour notre réveil; en sortant da lit. nous nous mimes à table. Après avoir bien bu et mangé, il fut question de nous mettre en route. Jeanneton s'y opposa absolument; elle nous dit que nous n^étions pat assez défatigués, qu il fallait passer la nuit chez elle; que nous partirions le lendemain après déjeuner. Le bon accueil que cette brave fille nous faisait, nous engagea à y passer la nuit; elle fit ehautfer de l'eau pour nous laver les pieds ; nous nous remhnes au lit vers dix heures et demie du soir, et dormîmes comme si noua ne noua étions pas couchés dans la journée.
Le lendemain matin, nous nous levâmes vers aepi heures; une bonne soupe nous attendait. Comme noua la
mangions, une femme arriva tout essouf&ée pour prévenir Jeanneton que les gendarmes faisaient une battue dans la commune de Pontfarcy, qu'ils avaient tiré plusieurs coups de fusil sur des conscrits qui fuyaient devant eux; qu'il y en avait un de blessé, mais qu'ils n'avaient pu l'arrêter. Notre route passait justement par Pontfarcy; Jeanneton dit qu'elle ne souffrirait pas que je me mette en chemin pendant que les gendarmes étaient à courir le pays; si malheureusement nous étions pris, elle ne se le pardonnerait jamais. Je lui exprimai l'impatience où j'étais d'arriver chez moi pour voir ma femme et ma fille, après neuf ans d'absence. Elle dit que si je vouiais envoyer chez moi un homme pour prévenir ma femme que j'étais là, elle allait m'en trouver un; c'était l'ancien domestique de M. le curé, qui connaissait bien le chemin de Saint-Jean-des-Bois, et se ferait un plaisir de s'y rendre. Je fus ravi de cette proposition; je la priai d'aller de suite voir si ce brave homme pouvait partir à l'heure même. Il fut aussitôt décidé; elle revint m'annoncer qu'il préparait son cheval, et que je n'avais que le temps d'écrire un petit mot à ma femme. Je demandai à Jeanneton si elle avait dit à cet homme qui j'étais; elle m'assura que non; elle l'avait seulement prié de porter une lettre qu'elle allait lui donner pour une dame Moulin, demeurant au village de Frèdeville à Saint-Jean-des-Bois. Content qu'il ne sût pas mon nom, j'écrivis à la hâte, pour ne pas faire attendre le bonhomme, un billet de deux lignes, dont voici à peu près le contenu : « Je te prie d'envoyer un de tes frères, ou Aumont, avec le porteur du présent. Us trouveront quelqu'un qui leur donnera des nouvelles d*ane personne qui t'est bien chère. » Je ne signai pas ce billet : je savais bien qu'elle reconnaîtrait mon écri-
990 MÈMOÊMMB tm MOVUH.
tnre. JeannetoB porta ma pelile kitre à rhwmit ci le Tit partir.
La journée me parut longue ; cette bonne fille a*flni cerait bien. Étant d*mi caractère très gai, elle tait des anecdotes sor des gens da pays qœ je parfaitement, et le faisait d*nne manière ai qu'elle nons faisait moorir de rire. Enfin la jonméa aa passa et notre homme revint Ycrs dix heores dn aoir; fl me dit qa'il arait remis la lettre à M"* MoaUn iilln inlmà. qu'elle se portait bien, ainsi que sa pelile demoiadla; qu'elle lui avait fait bien des questions anxqnèHea il nV Tait pu répondre. Elle serait venue avec lui si elle aivait eu un cheval ; elle allait en trouver un» et fiendraii le demain matin de bonne heure ; un de ses fi'ères Yi gnerait. Le billet qu'il avait porté, lui avait ISût grande impression. Je donnai douie firancs poor sa à ce brave homme; il fut très content et nuH aussi.
Nous fûmes nous coucher; j'étais dans une impatience de voir arriver le jour. Je trouvai la matinée très longue ; je fus plus de eeni fois à la porte voir si personne ne venait. Ma femme, qoi était en route, trouvait les huit lieues qu^elle avait à Mra bien longues; elle lisait et relisait mon petit billel non daté, sans pouvoir démêler s'il était écrit d*An|^el0ffffa ou de Saint-Louet; cependant vojrant qu*il était sur dn papier français, elle avait grand espoir d*en ver Fauteur, plutôt qu'un ami chargé de donner de nouvelles. Vers onze heures et demie, JeanneUm me posa d'aller voir Téglise; elle avait l'habitude d*7 tous les jours sonner Y Angélus. Je fus me prosterner as pied de Tautel, et y remercier Dieu de m'avoir fiit mwétt ma patrie, de me ramener encore une fois au sein de famille : je le priai de vouloir bien conserver
pour deux infortunées qui n'avaient que moi pour soutien. Ma prière fut courte, mais fervente; elle partait du fond du cœur. Je sortis pour regarder du côté où j'attendais ma femme; Lenoir et Jeanneton étaient encore à voir Téglise. J'aperçus à trois ou quatre cents pas un homme et une femme qui venaient du côté du presbytère ; je fus à la porte de l'église crier : « Les voilà venir, » et je courus à la rencontre des arrivants. Je ne puis rendre ce qui se passa dans mon âme pendant les cinq premières minutes ; un moment je reconnaissais ma femme, la seconde d'après, je ne la reconnaissais plus; je répétais à M. Lenoir et à Jeanneton, qui me suivaient : « C'est elle. » — « Ce n'est pas elle. » Enfin j'arrivai auprès de ma femme, qui se précipita dans mes bras. Elle perdit connaissance, tant son émotion était forte; je n'étais guère en meilleur état. M. Lenoir et Jeanneton prirent ma femme et l'emportèrent au presbytère, qui heureusement était tout près; mon beau-frère, qui était venu accompagner sa sœur, me donna le bras et m'aida à rentrer. Ma femme fut longtemps sans connaissance ; peu à peu elle recouvra ses sens ; une fois que son cœur fut un peu soulagé et qu'elle eut pleuré de joie pendant quelques minutes, elle se trouva remise....
Nous dînâmes et partîmes avec elle, M. Lenoir et moi, vers quatre heures de l'après-midi. Nous prîmes la route de Gampeaux, la Graverie et Vire ; il était près de huit heures du soir quand nous arrivâmes devant cette ville. Ma femme et mon beau-frère ne voulurent pas que nous la traversions, disant que ce serait trop imprudent, qu'il ne faudrait que la rencontre d'un mauvais sujet pour nous faire aiTêter; je consentis à tout ce qu'ils voulurent. Ils nous conduisirent par derrière la ville ; il faisait horriblement noir; nous eûmes bien de la peine à nous tirer d'affaire dans les gros cailloux qui couvrent les petits che-
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pttpa: en entendant arrîTei* SCS coosns, je
que j'occupais auprès ile mA friwf , cl fv as |
l'antre coin de la ctiemiiLée. tandiB ^se BL 1
anpfèâ de ma femme. On hd de^^ndn kqnel do ces Mi^
■tienrs était âoa papa. Elle do«» jeta ■■ co^ d*«BÎl. yril
répnodit qneUe était trop jeane lonqa'dlc mwwSL mm It
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naître. Mon cœur ne me permit pns de h Iusmt pfan ImC
temps dans l'incertitude ; je Ini onvris les Ims «t W dfr
nant de m'cmbrasser, elle s'y précipita, et j*sas le fhMr
df. presser cootre mon cœnr nne enfiuil qù H'Mdk ri
ohJTf! et qne j'avais à peine vne.
M. f^noir devait se rendre^ Bayeox. ApftelaiKVijr remis se» instructions sur ce qu'il avait à labc et la m^ iiiJ-r«* «le correspondre avec moi, je loi donnai u ( et un friiidc, qui le conduisit i Baf eux sans qn'il M a
i8i3. agS
le moindre accident, malgré la rencontre de plusieurs gendarmes sur sa route. Je lui avais donné rendez-vous vingt jours après, sur la côte dans les environs de Lessay ; il devait m'envoyer chercher à Contrières, près de Coutances. Ayant eu lieu d'envoyer Le Tessier rejoindre Lenoir, ils convinrent ensemble qu'il n'y avait pas besoin de m'envoyer un guide à Contrières, que Le Tessier m'en servirait et me conduirait jusqu'à la côte en la paroisse de Créances. Il me dit que Lenoir et Grammont se trouvaient réunis, que le premier n'avait pu trouver aucun moyen de repasser à Jersey, si les Anglais ne venaient pas nous reprendre comme nous en étions convenus ; Lenoir était désolé de croire qu'il n'en serait rien ; M. Grammont cherchait à le rassurer en disant qu'il avait trouvé trois moyens différents pour nous rendre à Jersey, mais ses belles promesses ne paraissaient pas rassurer beaucoup M. Lenoir, à ce que me rapporta mon bon ami Le Tessier.
Pendant ce temps-là, je m'étais occupé de faire parvenir toutes les lettres dont j'étais chargé et de m'en procurer les réponses. Pour cet effet, j'avais envoyé des exprès à Pafis, à Rouen et au Mans. Ma mission se remplissait suivant mon désir. En attendant le retour de mes courriers, les journées se passaient bien rapidement avec ma femme et ma petite Eugénie, et à faii*e des visites à mes plus intimes amis et à mes plus proches parents. Je suis ftchéde dire que mes plus proches parents n'eurent pas le courage de s'exposer pour me donner asile ; ils me refusèrent lliospitalité, dans le moment même oii je ne pouvais me tenir sur une jambe par suite du coup que je m'étais donné contre une pierre dans les Monts de Vire, le jour de mon arrivée. Us eurent la cruauté de me voir m'en aller, en me traînant appuyé sur un bâton, chercher l'hospitalité chez des étrangers. Cette dureté de cœur fit un mal iiMui
qa'il exislait dans la maiiwi» dcax cachas à Téfm&mwm daa
rcchereiics qpe Ton |wwF f ttil fûre povr loa décMtffii*
Aparès ce trait de malTcillaiice de lapait da
je ne derais {dus trourer étonnaat d'Ctre bmI kçk
je Tarais étélejoardemondébaiqiH)Baftdh»lLd»T,^
Mon cœnr trop offensé ne me penBaetlait paa fnjardae
mêmes moyens pour y rester.
Le temps qoe j*aTais à passer an pays a'écowlait hioa rite. Je reçns mes coorriers enToyés à Pttrîa» à Ro«aa, an Mans, etc.; tous s'étaient parfaitement aeqaitléa messages dont je les aTais chargés. La misainn laquelle j*ayais été envoyé en France était remplie ; il ne me restait plnsqa*à retoamer en ponr en rendre compte à M. de Blacas, ministre da RioL Le jonr fixé poor mon départ approchait : c^était un aa* ment redoutable que celui où il faudrait quitter ma fianma et mon enfant, peut-être pour ne jamais nous reroir. Lea Tingt jours que je Tenais de passer avec ellea tfaraiaal fait que rouvrir la plaie de notre première séparatiaft. Le moment cruel arrivé, je m'échappai sans nmhraaocir aM chère Eugénie, pour lui épargner la douleor da Toir s'aa aller son père presque aussitôt qu'elle Tayail connii* Je aa pouvais en faire autant pour ma femme; elle se trovra à Vire pour recevoir mes adieux. Il n*est pas poaaiblia da dépeindre ce que fut notre douleur à tous les denx.
Enfin il fallut me mettre en route. Le Tessier était
moi; comme nous Bortions de Vire, le soleil se levait. En descendant la cavée de Martilly, nous vîmes à cent pas devant nous deux des gendarmes de Vire qui la descendaient aussi; ils suivirent la route de Saint-Sever, en étant toujours à peu près à la même distance. Le Tessier, qui aurait bien voulu les attaquer, me pressait toujours d'allonger le pas pour les rejoindre, afin de voir, disait-il, s'ils allaient nous demander quelque chose. S'il eût été dans mon caractère de chercher à faire des coups d'éclat pour me donner une réputation de brave, il était bien facile, une fois loin de Vire, de les désarmer, même de les tuer, si cela nous avait fait plaisir; ils étaient à pied, chacun son S€d>re sous le bras; Le Tessier et moi, nous disposions de dix coups de feu, entre ma carabine et nos pistolets. Au grand regret de Le Tessier, j'évitai de les joindre, de crainte de nous trouver obligés de les tuer; en ce temps-là, j*avais cependant juré haine mortelle aux gendarmes; mais je craignis de faire tourmenter le pays, et d'être cause de la mort de quelque malheureux conscrit, qui se trouverait arrêté par suite des recherches que la mort des deux gendarmes occasionnerait dans les environs. Ces motifs l'emportèrent sur ma haine des gendarmes. Après les avoir suivis à bien petite distance sur la grande route près de deux lieues, nous primes, un peu avant d'arriver à Saint- Sever, un chemin sur notre droite qui conduisait du côté de Hambye. Nous nous arrêtâmes pour dîner dans ce bourg ; en en sortant, nous vîmes venir à notre rencontre deux gardes champêtres. On nous avait prévenus que ces Messieurs se donnaient quelquefois le ton de demander aux voyageurs leurs passeports. Aussitôt que nous les aperçûmes. Le Tessier me dit : « S'ils nous attaquent, prenons chacun le nôtre. A vous la di^oite, à moi la gauche. » Ils avaient chacun sur leur épaule un fusil à deux coups.
9g6 MÉMOIRES DE MOUUH.
En passant à cdié de noos, ils nous tirèreni leurs chapeaux; noQs leur rendîmes leur saint, et tont en resta là.
Xons arrivâmes à Contrières chei M. le cheralier de Monceaux : il était très tard et nous étions bien fttignés. Noas avions fait ce jonr-là pour le moins seize lieaes, presque toujours par des chemins de traverse. M. de Monceaux, que j'avais fait prévenir par Le Tessier que j*irais chez lui. s'était bien donné garde de s*y trouver; il était ee jour-là à Montcuit. Nous logeâmes ches lui comme 8*il y eût été. et fûmes servis par une brave domestique qoi était la gardienne du château : elle avait grand regret de nV voir pas une bouteille de vin à nous donner, mais le maître en avait la clé. et il avait sûrement oublié d*en faille sortir du caveau pour nous avant de partir^ aussi bien que notre arrivée l'avait fait s'en aller. J^avais quelque chose à lui faire savoir: je lui écrivis, et envoyai son jardinier porter la lettre, où je lui disais entre autres choses que je ne quitterais sa maison qu'après avoir eu le plaisir de le voir, ou du moins, pas sans avoir reçu sa réponse. Cette phi*ase m'assurait le prompt retour du courrier, car il m'aurait déjà voulu bien loin de chei lui. D me rendit réponse si vite qu'il n'eut pas le temps de donnera son domestique la clé du caveau pour nous faire donner une bouteille de bon vin. Dans sa lettre, il s'excusait de n'être pas chez lui pour me recevoir, sur des affaires u^ gentes qui l'avaient appelé à Montcuit, où il prévoyait qu'il serait obligé de rester quelque temps ; c'était bien à regret qu'il était privé de me voir, il me priait d'en être persuadé, etc. M. le curé de Ck>ntrières vint passer qnel^ ques moments avec moi : il ne savait pas qui j'étais, ni le motif de mon voyage. Il me parut être très bien pensaBl et très indisposé contre rempereur.
Le second jour après mon arrivée à Contrières, M. Le*
noir m'envoya un guide pour me conduire à la maison où il se trouvait. Vers six heures du soir, je fis mes adieux et mes remerciements à la servante qui nous avait traités de son mieux; je lui mis un louis de vingt-quatre francs dans la main ; bien différente de son maître, elle aurait désiré nous voir souvent, et l'autre que cela n'arrive jamais. Nous passâmes par Coutances comme le soleil se couchait, et suivîmes la route de Lessay. En sortant de Coutances, nous fîmes la rencontre de deux gendarmes à cheval; ils passèrent à côté de nous sans y faire attention. Après avoir marché pendant quatre lieues sur la même route, nous la quittâmes dans la lande de Lessay ; ayant pris un petit sentier sur notre gauche, nous arrivâmes bientôt à im petit village à un quart de lieue de la mer. Notre guide frappa doucement à une porte ; on vint nous ouvrir; MM. Lenoir et Grammont étaient là, se chauffant avec du mauvais bois vert, à un feu qu'ils ne pouvaient faire brûler. Ce fut une grande joie que de nous voir réunis tous les trois. Chacun de ces Messieurs s'empressa de me rendre compte de ce qu'il avait fait. M. Lenoir me fit nn portrait, qui n'était pas beau, de notre position ; il était presque certain que noire bateau ne pourrait venir nous reprendre, et il n'avait pu trouver aucun moyen pour nous en retourner en ce cas; cela l'inquiétait beaucoup. M. Granmiont me dit qu'il n'y avait aucun embarras à avoir; il avait trouvé trois moyens différents pour nous rembarquer. Le premier était un homme qui voulait bien noos passer moyennant cinquante louis, et caution que les Anglais ne s'empareraient pas de son bateau. Un second bateau appartenait à deux personnes, dont l'une voulait bien nous passer, et l'autre, craignant que son bateau ne fût pris par les Anglais, voulait qu'on lui en versât la valeur en argent avant notre embarquement. En troisième
ag8 KÉMOiHBS db mofuua.
lieu, il 8'{igi$8ait d'enlever on b«la«i dans le port de Poi^ bail, où il s'en trouyait pliudenn d*eiiMunr<e. Je lUe à M. Lenoir qoe les deux prenden moyens pr o po aée M. Grrammont ne nous ofliraienl pes d'olnlerlri tables; nous ]>ouTions payer cinquante Umie pmr passage et fournir caution que les Aii|^eis ne draient pas le bateau; le seccMid cas se rédnisall à pea près à la même chose ; je ne pouvais parler des barqaas à enlever, parce que je n'en connaissais pas lesdifleollés; dans tous les cas, c'était le dernier moyea à M. Lenoir dit à M. Grammont qu'il lui avait dé^jè tout cela tant de fois de différentes manitoes ^*il M^ comptait pas beaucoup, que le ten^Mi nous éelairenil sar notre sort, mais qu'il ne pouvait s'empêcher de me dim qu'il ne le voyait pas beau.
Le lendemain soir était le premier jour ob les Aii|^Éb devaient essayer de venir nous chercher à la edie ; ils vaient paraître en vue, et de très près, dans Ta] avec une voile rouge àleur grand màtetuneblandieaa] tit. Nous payâmes un homme de confiance pour veiUari le rivage si notre bateau paraîtrait comme il était < Le soir, notre honmie vint nous dire que le vent était Ma mauvais ; il n'avait pas vu de bateau, mais avec ee veoliil était de toute impossibilité d'approcher de la eAte. Noos la chargeâmes de continuer à veiller le lendemain, et de ti> cher de nous apporter du poisson, s'il pouvait en car nous n'avions rien à manger. Il prit un superbe qu'il nous apporta, mais il n'avait pas vu de bateanà rouge ; le surlendemain non plus. Les vents fiireiit jours contraires.
Nous étions nichés tous les quatre dans un grenier à foin très petit. Nous n*avions pour nous coucher qoe gleus, et nous en avions déjà brûlé presque deux
faire cuire notre turbot et deux poules, que nous avions mangées depuis que nous étions dans ce malheureux trou. Dès le lendemain de mon arrivée, nous avions été obligés de changer de gîte, de crainte d'être découverts dans Tautre, qui était une vieille maison inhabitée, sur le bord de la route. Le moindre bruit que nous y faisions pouvait donner des soupçons aux voisins, qui pensaient très mal ; il était également suspect et dangereux d*y faire du feu, car le jour, on pouvait voir la fumée sortant de la cheminée, et la nuit voir la clarté du feu à travers la porte et la fenêtre très mal jointes ; il était même dangereux de parler tout bas dans cette maison : des enfants jouaient toute la journée devant la porte, et grimpaient souvent sur la fenêtre pour regarder par les trous. Du grenier où nous nous étions réfugiés, nous pouvions descendre dans une petite étable, et de là passer dans une maison appartenant à une vieille fille, qui allait travailler tout le jour dans ses champs, et nous laissait maîtres dans sa maison; comme elle était im peu éloignée de la route, nous n'avions pas tant à craindre du bruit, et un cheval, une vache et des moutons y étant renfermés, les voisins pouvaient croire que ces animaux en étaient la cause. Personne d'ailleurs ne rôdait autour de la maison.
Nous fihnes dix jours dans cette situation sans voir paraître le bateau tant désiré. Deux fois Gaillard avait cru le reconnaître, mais les manœuvres convenues n'avaient point été faites. Nous allâmes cependant les deux fois sur la côte, aux Mortes-Femmes, le rendez-vous indiqué; c^était bien inutile, rien ne parut. Après avoir passé la nuit à nous geler au bord de la mer, nous étions obligés de rentrer dans notre mauvais grenier, pour nous livrer à nos tristes réflexions. Il est bon de dire que nous étions obligés d'être nu-pieds tout le temps que nous passions
3oo sdbioaun
sur le bord de la mer à attendre noire ImImbi ; les pêcheurs de Créances y allant toiqoiirsafaMi, Ammmj étioM allés autrement, les donanièrs n*anraient pas manqvé de remarquer les traces de nos souliers; cela leur anrak donné FéYeil et leur aurait fait lidre des redftevdiAa. 11 fallut donc, les deux nuits que nous passâmes ma bovd de la mer, être nu-pieds pendant cinq henres dbaqiie Mi» dans Feau ou dans le sable, et nous y oondier mmwnÊÊL à plat-Yentre pour éviter d'être tus par les paftrovdilea de douaniers, qui passèrent plusieurs fois auprès dé Lorsque nous étions rentrés, nous nûos éUMiiiiaiia mêmes de notre déyouement à la cause que nous Nos réflexions sur notre position étaient des plus M. Lenoir se désolait en pensant à sa femme et à son flht qu*il avait laissés à Jersey ; que deviendraienl-ils 8*il ]^ rissait ? Moi, j^avais bien ma femme et ma fille en mais en y restant, je ne faisais que les exposer voir leur être utile en rien. M. Grammont ne nous jamais de sa famille ; elle était cependant pour le aussi à plaindre que les nôtres ; il avait une femme élete enfants, et pas un sou de fortune.