‹ Mémoires de Michelot Moulin sur la chouannerie normandeChapitre 34 sur 43 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

SITUATION PERPLEXE. — EMBARQUEMENT A HONFLEUR. — ARRIVÉE EN ANGLETERRE. — MOULIN A JERSEY. — l'ESPION DUPÉ.

Nous n'avions plus aucun espoir d'être repris par les Anglais ; le temps convenu était passé, et comme ils ne pouvaient revenir qu'à certaines marées, et pendant un certain temps de la lune, qui se trouvait écoulé, il y avait pour le moins vingt jours à attendre ; et plusieurs des dix jours que nous avions passés là, ayantété très beaux, nous ne pouvions espérer qu'ils reviendraient plutôt le mois suivant. Nous dîmes à M. Grammont qu'il nous fallait voir les personnes dont il nous avait parlé, pour tâcher de les décider à nous mener à Jersey. Il nous répondit qu'il était nécessaire de faire venir de Montebourg une demoiselle, qui pouvait le conduire chez les individus en question. Nous le priâmes d'écrire sur-le-champ à cette demoiselle; nous allions envoyer Gaillard porter la lettre. Celuici arriva une demi-heure après, équipé et botté. Grammont lui donna sa lettre, nous de l'argent pour son voyage, et le voilà parti. Le lendemain au soir. Gaillard revint avec M"* Louise : c'était chez elle que Grammont avait passé le temps où il n'avait pas été avec nous ; ce fut une

- ■ ^ TJi

Soa icâtoiaBS db mouuh.

grande joie pour lui et pour elle. Gnuaunonlnoas dtt qvH allait partir avec M"* Louise pour aller chciles pnraiwmM dont il nous avait parlé, et quand il sesendl «mogé «née elles, il nous enverrait chercher. Noos déelariiBAi à M. Grammont que nous n'avions pins de temps à à aller et venir, et que nous allions raccompagner. Je voyai mon ami Le Tessier, qui était tonjonrs resté moi dans Fespoir de porter à ma femme la lUMnrelle ûê notre embarquement.

Nous partîmes, Lenoir et moi, avec Louise et Gmh mont, pour nous rendre chez M. X., parent de eeHs^; c'était lui qui avait dû parler à QranwionI des Imshmb disposés à nous passer à Jersey, sauf la crainte de Toir hs Anglais prendre leur barque ; il était voisin de PottfMfl» où il aurait dit à M. Grammont qu'il était très fiMdle dTsn» lever un bateau. Ce brave homme était notre seul e^afr* M. Grammont nous enmienait, Lenoir et moi» bien ma|pé lui ; il nous fit force objections, pour nous détonmer êê le suivre ; mais notre parti était pris, il fallnt qn^il nms y conduisît. Nous trouvâmes, conmie il nous Tavait dit» chemins abominables ; nous avions souvent de Vi qu'à la moitié de la cuisse, et quelquefois jusqa^à la ture. Grammont, qui ne pouvait marcher, fit presque le chemin à cheval, avec M^ Louise en croupe dertiln lui ; Lenoir et moi, nous suivions à pied. GrammoBti M pouvant plus faire avancer son cheval, fut obligé de cendre ime demi-lieue avant d'arriver, et Lenoir» Tobliger, monta à sa place.

Nous arrivâmes vers trois heures du matin ches le sin et la cousine de Louise. Nous trouvâmes une très joBs femme de vingt-cinq à trente ans, un mari qui ponirait eà avoir autant, et deux jolis petits enfants. Nous ttùùm très bien reçus; c'étaient des gens très aisés, même

pour le pays. Aussitôt que nous fûmes arrivés, M. Lenoir demanda à M. et M"^ X. si les bateliers dont ils avaient parlé à M. Grammont étaient toujours dans les mêmes dispositions. M. et M™* X. se regardaient et ne savaient que répondre : nous vîmes de suite qu'ils ne comprenaient pas ce qu'on voulait leur dire. Ils nous assurèrent n'avoir jamais entendu parler de bateliers devant s'occuper de notre passage ; ils n'avaient jamais causé avec M. Grammont, et ignoraient ce dont il était question. Je demandai si c'était bien chez M. et M"* X. que nous nous trouvions. Ils répondirent que c'était bien leur nom, que personne dans les environs n'en portait un semblable. Nous fûmes certains que M. Grammont nous avait trompés. Il était présent, la tête entre ses deux mains, les coudes appuyés sur ses genoux, et ne disait pas un mot ; M. Lenoir l'écrasait de reproches de nous avoir déçus de la sorte. M. et M™' X. ne savaient ce que cela voulait dire ; Louise les avait bien prévenus qu'elle amènerait chez eux M. Grammont. Elle leur avait raconté que c'était un officier envoyé d'Angleterre par le Roi pour remplir une mission; qu'il se cachait, et qu'elle les priait de vouloir bien lui donner asile pour quelques jours, et de l'accueillir comme leur futur cousin, car il lui avait promis de l'épouser. Mais elle ne leur avait pas parlé de trouver un bateau, où ce cousin en espérance s'embarquerait pour Jersey ; Grammont ne l'avait même pas chargée de cela ; il lui avait toujours dit qu'un bateau de Jersey viendrait nous chercher. Cependant trois semaines auparavant, il avait envoyé Louise à Bayeux trouver M. Lenoir, avec une lettre par laquelle il loi demandait l'envoi de vingt-cinq louis, afin de conclure le marché qu'il disait négocier pour le bateau en question. M. Lenoir n'avait heureusement pas envoyé les vingt-cinq louis, répondant à Grammont de conclure le marché.

3o4 MÉMOIRES DS MOULIN.

mais de ne donner Tai^nt qu'an momant de nous emlNur» quer. Nous expliquâmes à M. et M"* X. Unit ce dool il avait été question; ces braves gens nous assurèrent» ea présence de M. Grammont et de Louise, qu'il ne leur avait jamais été fait mention de toutes ces choses, qu'ils ne connaissaient personne dans le cas de nous porter i Jersey, et qu il était de toute impossibilité de nous procurer un bateau à Portbail. Nous étions furieux, M. Lenoir et moi, de ce que Grammont nous avait si cruellemenl trompés.

Il était déjà jour; il Mlait penser à se reposer un peu. On nous conduisit dans une grande et belle chambre oà il y avait deux lits. Nous dîmes, M. Lenoir et moi, que nous allions coucher ensemble dans le plus grand, et que Grammont se mettrait dans Tautre ; nous avions d'autres soucis que de dormir ; nous voulions aviser aux mojens de nous tirer du danger où nous étions. M. Lenoir me dit que nous pourrions peut-être trouver à Honfleur à nous embarquer pour FAngleterre. Quatre ans plus tdt, il étiit venu en France, et c'était par là qu'il était repertL H ajouta que si je voulais aller avec lui à Bayeux, nous prierions M"« Anfry d'aller voir à Honfleur s'il y aurait moyeu de nous en aller par là. J'acceptai cette proposition uvee quelque espoir que cette tentative pourrait réussir. Noas arrêtâmes de passer chez nos hôtes la journée qui était un dimanche et la nuit suivante, et de partir pour Buyeox le lundi matin, aussitôt qu'il ferait jour. Nous communi* quâmes notre projet à M. Grammont, qui le trouTU très bon ; il annonça qu'il irait à Valognes ches Louise, pettdant que nous enverrions M'^ Anfry à Honfleur, et que fli elle trouvait le moyen de nous y embarquer, il viendrult nous rejoindre à Bayeux. Tout fut convenu ainsi.

Vers midi ou une heure, Louise vint rapporter les gu^

très de M. Grammont qu'elle avait eu le soin de faire sécher ; la maltresse de la maison monta aussi pour causer un moment avec nous. Nous voyions bien que Louise avait beaucoup d'attentions pour M. Grammont; nous commençâmes à plaisanter sur l'avantage d'être joli garçon ; lorsqu'on avait ce bonheur-là, on était sûr d'être l'objet des attentions des jolies demoiselles. M. Grammont voulut me plaisanter très maladroitement, en disant que les trois semaines que j'avais passées avec M"^« Moulin m'avaient fait maigrir. Sans penser faire une méchanceté, je répondis que j'étais sûr que les trois premières semaines qu'il passerait avec M°»* Grammont ne le feraient pas maigrir. Ce fut pour lui un coup de foudre ; la maîtresse de la maison et Louise me demandèrent ce que je voulais dire, et si M. Grammont était marié à Jersey. Je me mis à plaisanter, mais cela ne les satisfit pas, surtout M"»* X., qui a beaucoup d'esprit ; elle me dit que toute plaisanterie à part, elle me sommait sur mon honneur de lui dire la vérité, qu'elle était très intéressée à la savoir, et qu'elle me croyait trop honnête homme pour vouloir la tromper. Je rassurai, sur mon honneur, que M. Grammont avait une très jolie femme et cinq charmants petits enfants; qu'il les avait quittés à Jersey, le 26 mars, en très bonne santé. Grammont était présent et ne disait pas un mot. Cette bonne dame me remercia beaucoup de ce que je venais de lui apprendre; elle dit qu'elle ne s'étonnait plus que Grammont eût oublié Tordre que je lui avais donné le jour de notre débarquement, de s'occuper de nous trouver un bateau pour repasser à Jersey, puisqu'il avait oublié sa femme et ses enfants, depuis un mois qu'il les avait quittés. Nous passâmes le reste de la journée et la nuit suivante dans cette maison; cette brave femme ne pouvait en revenir de la fourberie de M. Grammont, de tous les men-

ao

3o6 MÉMOIRES DB MOULIN.

songes qu*il avait débités à M. Lenoir et à moi, et de la perfidie par laquelle il couronnait rœmrre en TCHilaiii tromper la pauvre Louise, qui suivant moi ne le méritut pas.

Le lundi matin au point du jour, nous partiimes, M. L»> noir et moi; M. X. vint nous remettre dans notre ehe» min. Nous fûmes déjeuner à Pont-FAbbé; nous entriflMM dans un cabaret à Isigny pour boire du cidre et mander un peu de pain avec du beurre, que je trouvai détestable, et nous arrivâmes d'assez bonne heure à Bayeux* Il lallnl nous coucher dans un champ pour attendre la noit ayaal d'arriver à la maison de M°^ Anfi^, car il était important d*éviter d'être vus par les ouvriers qui y travaillaieiil* Nous aurions bien voulu aussi, s'il eût été possible, noue cacher de M. de la Fauconnerie, qui avait épousé la plus jeune des demoiselles Anfry, et qui demeurait dans la maison ; mais cela était presque impossible. M« Lemir avait déjà passé quinze jours dans cette maison; il a¥ail fait croire à M. de la Fauconnerie qu'il se cachait pomr de mauvaises affaires laites dans le commerce, afin de se soustraire à ses créanciers jusqu'à ce qu'il pût s'i avec eux. Il fut convenu qu'on lui dirait que j^étais associé ; M. Lenoir avait pris le nom de Lalos, je m*ap» pelai Samuel.

M. Lalos frappa à la porte de M"^ Anfry; la servanis fut nous annoncer à sa maltresse. M. Lalos me présenta à elle, comme son grand ami étant dans le même embarras que lui. M"^ Anfry, à qui Lenoir avait parlé de moi la première fois qu'il était venu, savait bien qui j*étais; alla m'accueillit parfaitement bien, et nous dit que sa miiisira était à nous jusqu*à ce que nos afl'aires fussent arrangées. Je la remerciai beaucoup. Ce qui nous contraria Ibrti ce fut d'apprendi*e que M"* Anfry Tainée était à Paris;

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nous n^avions qu'elle qui pût aller pour nous à Honfleur, où étaient nos affaires les plus pressantes ; il fallut prendre le parti d'attendre son retour. Je demandai à M"" Anfry la permission de faire venir chez elle ma femme et ma fille passer quelques jours avec moi ; elle m'engagea à les faire venir dès que je voudrais, disant que ce serait un plaisir pour elle de les connaître. J'écrivis à ma femme de venir me rejoindre de suite, d'amener ma petite Eugénie, et de prier Le Tessicr de les accompagner. Elles arrivèrent avec lui deux jours après; ma femme avait dit à ses voisins qu'elle devait depuis longtemps faire un voyage à la Délivrande, et qu'elle allait y mener sa fille ; ce fut le prétexte qu'elle donna pour s'absenter huit jours. Elle partit un matin de Bayeux, se rendit à la Délivrande et en revint le soir, rapportant des joujoux pour donner aux enfants des voisins ; de cette manière son absence ne fut pas du tout suspecte.

M"« Anfry revint à notre grande satisfaction; nous la suppliâmes de repartir le lendemain matin pour Honfleur, et de tâcher d'y trouver le moyen de nous embarquer pour l'Angleterre ou pour Jersey, ou de nous faire conduire aux frégates anglaises qui bloquaient Cherbourg. Elle fut assez bonne pour se charger d'aller arranger nos affaires : c'est la manière dont nous en parlions en présence de M. de la Fauconnerie. Nous jouions tous les jours quelques bouteilles de vin avec lui aux dominos, et nous faisions toujours en sorte de le faire gagner.

M"« Anfry revint : elle nous dit qu'il ne nous serait pas possible de partir par Honfleur; elle avait, il est vrai, trouvé des bateliers qui consentaient à nous conduire à bord des frégates anglaises devant Cherbourg mais ils ne voulaient pas moins de 4,000 francs, et sûrement nous ne pouvions pas payer une si grande somme. Nous n'avions

3o8 m£hoibbb de xoULDl.

pas les /i,ooo franca ; il nons manquait i,Soo fraïua. J« d»> mandai à M^" Anfiry si elle pourrait ma les prœiiMr lar une lettre à vue que j'allais loi donner sur ma ftnpiTW, qal était repartie il y avait deux ou trois joara ; eUa va les trouva. Il fallait emmener avec noua M. Grammont; jeBS dépêchai de lui écrire que nous avions trooré née oeaftsion pour repartir, et que je l'eng^eais k nons ngaiadn le plus promptement possible. Louise Aait venoa de sa part uous voir chez M™ Anfry; nons lui expU^iftmes -rtr^ balcment ce qu'il eût été dau^renx d'&:iïre, nninni»aa dant surtout que Grammont vint nous troanr poor ^M aous partions ensemble, car il nous serait très péaïble da le laisser derrière nous, et sa famille nous en ferait das reproches. Je terminais ma lettre en lui disait que anai partagerions les mêmes dangers, et que nous l'attnndioM le oS mai au matin, ou du moins une réponse de loL H avait trois jours pour venir; Louise partit bien vite. Le 97 aB soir, elle nous apporta une lettre de M. OrammoDt, nedt saut, après beaucoup de remerciements, de ne pas Tafr tendre; qu'il trouvait l'entreprise trop btigante et trop dangereuse pour s'y exposer, et qu'il comptait sur astre bienveillance pour lui et sa famille, en croyant que nnai viendrions le chercher une fois que nons serions à JeFsej, Je lui avais rccoiumaudé, s'il ne venait pas, de nous doB* ner du moins des lettres pour en expliquer les notUk à M. le géucral de Druslart et à sa famille; il ne oeaa eK envoya ni pour Tune, ni pour l'autre. Je fus cootraÎBt da lue servir de la mienne pour me justifier de l'avoir laine derrière; car une des choses que M. de Bmsiart MMft avait le plus recommandées, était de n'abandonner aaem de nous et do revenir tous les trois ensemble. Voîlk l'humme que M. de Druslart me donna pour être daas ht cas d'affronter tous les dangera I

Nous partîmes de chez M^ Anfry, M. Lenoir et moi, le d8 mai à midi, pour nous rendre à Honfleur, où M"^ Anfiy se chargea de venir nous trouver le 3o, avec notre argent. Nous traversâmes Bayeux et Gaen, et fûmes coucher à Troam. Nous en repartîmes aussitôt qu'il fut jour; j'avais les pieds écorchés par-dessous jusqu'au sang; de ma vie je n'ai tant souflert pour faire un trajet, comme je

souffris sur la route de Pont-l'Evêque à Honfleur. Nous arrivâmes à cette ville, chez le père Mayet, vers neuf heures du soir; nous fûmes très bien reçus. Il y avait déjà chez lui deux Messieurs ayant aussi l'intention de passer en Angleterre, et M"* Anfry nous l'avait dit. Cela nous donna un peu d'inquiétude; nous aurions préféré être seuls; j'avais tant rencontré d'espions dans ma vie, que je les craignais plus que la peste.

Le souper était prôt quand nous arrivâmes chez Mayet; je mangeai peu, souffrant trop des écorchures que j'avais aux pieds; ils étaient très enflés. Je demandai à me coucher ; on me conduisit dans ma chambre en me soutenant sous les bras, car je ne pouvais plus me tenir debout. Je me lavai les pieds avec de l'eau-de-vie et du savon ; je fus sur le point de me trouver mal; je souffrais comme si j^avais eu les pieds dans le feu; je dormis bien peu; je restai au lit toute la journée du lendemain, et mes pieds se trouvèrent désenfles. Le troisième jour, je fus en état de marcher jusqu'au port pour m'embarquer; à dire vrai, il n'y avait que deux cents pas.

M. Mayet fit venir les marins qui devaient nous passer, pour convenir du prix, que nous trouvions trop élevé à a,ooo francs pour chacun. Les deux marins étaient plus intraitables que M. Mayet; ils nous dirent que s ils le faisaient pour 8,000 francs, ce n'était que par considération pour lui. Celui-ci avait l'air de chercher à diminuer le

râi^dar^u^

3lO KÉMOIBBS ta HOtlUlf.

prix en plaidant notre csase, mais je voyaiB lien qu'il 4ldk de moitié avec eux. Il est vrai que cm hoiwiies •'«oy^ saieot à être fusillés. J'ai sa depuis que H. Bhyet avait eu 4<(>o<> francs pour sa part, et qoe les deux marias s'étaient partagé le reste. Ce n'était pas en prOMf qu'ils voulaient être payés ; ils Toolaieat dM éeaa eoa^ tants avant de nous embarquer. J'avais les 4<0(k> fraaaa qtm M"* Aniry était venne nous ^porter, en bellea pïteaa im ao francs ; mais les deux antres personnages qoi deraîeat s'embarquer avec nous, n'avaient que 9,000 franc* ; ils offraient de faire un billet pour le reste, et d'en fidre ya^ ser le montant dès leur arrivée en Angleterre. M. Majat vint nous trouver, Lenoir et moi, dans notre ciumbre, et nons raconta ce contre-temps, disant que c'était très flk cheux ponr nous, car les marins ne voulaient pas n oa s embarquer avant d'avoir les 8,000 &ancs, mais que si bobs voulions cautionner ces Messieurs, il tAcheraît de décider notre embarquement. Nous répondîmes que noos ne oo^ naissions même pas leurs noms, et que nous ne poorioBa les cautionner, ignorant absolument s'ils étaient en état 4a remplir leurs engagements. Ce fiit alors qu'il noBS fflrit que le plus petit des deux était M. Bonvet dn Louer *, qii avait figuré dans le procès de Georges et Pieiu^ro, «i l'autre, le général espagnol Contreras, qni commandait à Tarragonc lorsque cette place fut prise par les Franfail. Tous deux s'échappaient du ch&tean de Boulogne «a Pki^

I. Athuiase-Hfacinlhc BoutfI da .Loiler, oOcler tmliré, avait Ml ps^ tic de réut-major de l'année Imagliuire que le baron ïlalM, oBai^gte^ rai suisse, prétendait lever en Haute-Kormandle. H entxm enaolle AmbIs conspiration île Cadoudal, donl on chercha dans le profita i le hlM paa> ser pour ré réla leur, afin de diBsImuler le Téhtable dènoBciatoar, GHI> imputation ne put l'atteindre auxyeui dessus bien Infinnita. A hM^ tau ration, il rut nommé gouverneur de l'Oe Bourbon ; UfOttaèeaaMl eniSgfi.

i8i3. 3ii

die, où ils étaient prisonniers. Le nom du premier ne me rassura pas du tout, car j'avais lu dans la procédure de Georges et Pichegru, que M. Bouvet du Lozier y avait joué un rôle de dénonciateur. J*en fis Tobservation à M. Mayet ; il m'assura qu'il le connaissait depuis longtemps, ainsi que toute sa famille, et que c'était un très honnête homme. Je répliquai que c'était une raison de plus pour qu'il restât lui-même sa caution auprès des marins; il convint que c'était très vrai, mais il nous pria de vouloir bien paraître rester cautions ; cela nous donnerait moyen, arrivés en Angleterre, de les presser d'envoyer les 2,000 francs à M. Mayet; car c'est en son nom que le billet fut fait. Nous y consentîmes, et tout fut arrangé pour notre départ le lendemain au point du jour, 3i mai i8i3. M. Mayet nous fit payer ao francs pour les deux jours où nous avions été logés chez lui ; mais nous y avions été très bien.

Nous fûmes debout de très bonne heure. Il fallait passer devant la porte du corps de garde pour gagner le port ; on nous donna, à tous les quatre, des habits de marin. Nous étions supposés nous embarquer pour la pêche au maquereau, où il ne faut que deux ou trois hommes par bateau; il fut convenu que nous irions trois à la fois à bord de notre bateau ; les trois premiers arrivés se coucheraient dans le fond jusqu'à la venue des autres; nous resterions tous les quatre cachés sous les voiles au fond de la barque, pendant que les deux marins mettraient les agrès et sortiraient du port. Nous étions en habits de matelot; nos effets étaient enveloppés dans les filets que nous portions sur le dos. M. Lenoir et moi, avec un des marins, nous partîmes les premiers; nous avions mis nos armes en bon état. Nous passâmes effrontément devant le corps de garde très près de la sentinelle, et un peu plus loin au milieu de quatre douaniers qui étaient là pour ne laisser partir les

3ia MÉMOiRss ni Moraor.

bateaux qoC^près le soleU leré, el povr Ui ipUKbv. Kôti

tray ersftmes plusieurs barques lea unes à e6té

arriTés dans celle de notre ccmdueleiir, monê

dîmes au fond, et il jeta sur nous les filetsel les^ofle^ye

nous avions apportés. Cinq minutes après»

pagnons de voyage firent de même. Nous

cette situation jusqu'à ce qu^il flkt temps de pcrtb; ci

nous fussions assez loin pour ne pas être

les douaniers et gardes-côtes. Il faisaitun temps

en passant devant le Havre de Grâce, mms

très bien ce port.

Nos marins devaient nous conduire, soil à Vttm As Wight, soit à bord des frégates devant Gheriboory. Apffès avoir navigué toute la journée, nous arrii^kmfls« mm heure avant le coucher du soleil, en vue de ces ftégÉtew; nous ne pûmes les aborder qu'un peu plus tard. New montâmes à bord du brick l'Héroïne^ commandé parla capitaine Schilton, le plus insolent personnage que fais vu de ma vie. On nous reçut comme des prisûaniera; à dire vrai, nos habits ne donnaient pas une gnoide iAie de ceux qu'ils couvraient, surtout à des Anglais. On conduisit de suite à bord de l'amiral; on nous où nous allions et d'où nous venions. Nous dîmes, et moi, que nous avions été envoyés d'Angleterre an mencement du mois de mars, par les ordres de Lonis XVID» et avec la permission du gouvernement anglais, prmf ina plir une mission en France; que le bateau de Jenej qiA nous avait mis à terre, n'ayant pu nous repre n dre, avions été obligés de louer un bateau à Honfleor nous conduire à la flotte anglaise devant Gherbouy, que nous priions instamment M. l'amiral de vouloir donner des ordres pour laisser repartir sur-le-chaBip deux hommes qui nous avaient amenés. M. ramiral

manda de les laisser aller de suite. Il nous dit de lui présenter Tordre délivré à notre départ par le Roi et le gouvernement anglais, dont nous devions être porteurs. Nous répondîmes que nous n'avions voulu nous charger d*aucun ordre écrit, dans la crainte que si nous étions arrêtés en France, ces ordres ne nous fissent reconnaître pour des agents de l'Angleterre, et qu'avant de partir, nous les avions laissés à Jersey; nous le priâmes de nous faire conduire dans cette île, ou à Portsmouth. Il donna ses ordres au capitaine Schilton pour nous conduire dans ce port. M. Bouvet et le général Contreras furent interrogés à leur tour ; après quoi nous fQmes reconduits à bord de V Héroïne, et le capitaine fit mettre de suite à la voile.

Nous fûmes mis tous les quatre avec le lieutenant dans une petite chambre, où Ton dressa des hamacs; on nous servit du biscuit et du grog. En nous recevant à bord, on avait eu la précaution de nous désarmer ; on m'avait pris ma carabine et mes pistolets. Le lieutenant qui était avec nous, me demanda si je voulais lui vendre mes pistolets qu'il trouvait très jolis; je les avais achetés en France; ils me coûtaient trois louis et demi, 84 francs. Je refusai, disant que j'en avais besoin pour moi-même; il me tourmenta tant et parut en avoir tant d'envie, qu'enfin je consentis à les lui vendre pour le prix qu'ils m'avaient coûté ; il les mit aussitôt dans son coffre.

Nous arrivâmes devant Portsmouth le i" juin au soleil levant; c'est le plus beau coup d'œil que j'aie vu de ma vie. Nous nous trouvâmes au milieu de quatre cents vaisseaux à la voile, partant de ce port pour les Indes et les Iles du Levant; ils ne devaient faire qu'une flotte jusqu'au détroit de Gibraltar, où chaque division devait prendre sa direction particulière. Lorsque nous fûmes mouillés dans la rade de Portsmouth, on nous déclara que

3l4 MÉMOIRES BB HOULDI.

nous étions considérés comme prisomiten, et qpne ne pourrions aller à terre qu'après qa^ilnoos sérail des licences de Londres; que le ^p^^n^ atlût son rapport à TAmirauté, et recevrait des qu'il devrait faire de nous. Je demandai la d'écrire à M. Charles Flint, chef du bureau des dlrlande à Londres; le lieutenant me demanda ai je naissais ce M. Flint; je répondis que c'était un de meilleurs amis; il sourit de manière à me laisser d'une manière assez marquée qu'il n'en croyait me dit que je pouvais lui écrire, qu'il ne fallait qa'm mot de lui pour avoir promptement ma licence, el se chargea de faire partir mon billet. Le télégraphe SMrchait pour annoncer à l'Amirauté l'arrivée dn g éùéff» ! Contreras et de M. Bouvet; mais nous étions d'm tiap petit intérêt pour qu'on s'occupât ainsi de nous.

Le 3, le général Contreras me dit qu'il atleadait sa licence, et que je pouvais être certain qu'il s' à en demander une pour moi et mon camarade. Je le merciai en disant que j'espérais que nos licences anire* raient ensemble ; il m'observa que cela n'était pas pe^ sible, car on avait demandé la sienne par le télégiapàs» et que cela allait plus vite que la poste. Un après, on vint le chercher, ainsi que M. Bouvet, poar conduire à terre, et moi pour me mener à bcnrd d'aï ton qui se trouvait dans la rade. Toutes les ol que je pus faire furent inutiles, il fallut descendre canot qui m'attendait. Mon bagage n'était pas rable, cependant je ne pus tout emporter avec moi; e* ma carabine et mes pistolets; je les réclamai; on qu'on ne pouvait me donner mes armes tant qne j*< prisonnier ; je répondis que je ne demandais pas qn* les rende, mais qu'on les remette aux mains d^ eeox ^fk

étaient chargés de me conduire à bord du ponton. On me dit que mes pistolets étaient dans le coffre du premier lieutenant, qui était à terre, et que je les lui avais vendus; qu'il m'enverrait le prix, ou me rendrait ces armes. Je dis que je n'avais promis ma carabine à personne et que je tenais beaucoup à ce qu elle ne me quittât pas. Après diverses altercations, TofScier alla chercher ma carabine et la remit aux matelots chargés de me conduire au ponton, dont je ne me rappelle pas le nom ; je me souviens seulement qu'il était très grand, même le plus grand bâtiment que les Anglais aient jamais eu ; il était percé pour cent trente canons, et depuis bien longtemps sert de ponton dans la rade de Portsmouth.

Quand je fus arrivé à bord de cette prison, le commandant me fit demander dans sa chambre. Mon conducteur ouvrit la porte et entra ; je le suivis jusqu'au milieu de cette grande pièce ; le commandant me dit d'un ton très brusque de retourner à la porte. Je crus qu'il me disait de m'en aller ; lorsqu'il vit que je m'en retournais, il envoya celui qui m'avait amené, me prendre par le bras et me placer à sa porte. On me fit avancer et reculer plusieurs fois pour me mettre juste à la place que je devais occuper, à la première position, en face du commandant, qui était debout devant une grande table au milieu de l'appartement. Il me demanda de quelle nation j'étais; je lui répondis que j'étais Français. — Z). « D'où veniez-vous lorsque vous avez été pris par le brick V Héroïne ?» — R. « Je n'ai point été pris par Y Héroïne ; je me suis fait conduire à bord de ce brick par un bateau pêcheur d'Honfleor. » — D, « Pourquoi vous êtes-vous fait conduire à bord du brick? » — R, « Pour m'échapper de France. Il y a un peu plus de deux mois que je fus débarqué par ordrç de votre gouvernement sur la côte de Goutances,

3l6 MÉHOIUB I»' HODLIK.

ponr remplir one mission d<mt f étai^ehaifi pv Sa 1^ jesté Louis XVm, roi de France. » — D.*OA est -von titre de mission? » — A. « Je l'ai iàmé à Jeraey, oAfe hb suis embarqné pour France, ne Tonlant ■portmr' sht niit aucune chose qui prourftt que le gouvememriii ntiglaisHU d'accord avec le Roi ponr m'enrojeF en F^ncr. ■ Il ne fît beaucoup d'autres questions qn'a senit trop loog dr rapporter; je fus pour le moins trois quarts d'hriirc dwu la même position, après qnoi il fit signe de )n tt^tc de me remmener avec les autres prisonniers. Je suivis mon c<iaducteur jusque dans une espèce de petite dkambre. où « trouvaient un contre-maître, deux aspirants «t nn annnrier, qui était de Vire et senonmiaitI>nbos;'jl était depuis longtemps armurier à bord des frégates anglaÏM^ ; ayanl fait connaissance avec loi, je m'ennuyai nuAi» qq*nupBnv?int. La jonmée du 4 se passa en grandes réjouissances pour ceux qui n'étaient pas prisonniers; c'était l'aoniversaire du couronnement dn roi Geoi^M ; on tira le c»non à bord de tons les vaisseaux de g ue r re qui sr trouvaient dans la rade.

J'attendais toujours avec beaucoup d'impiiticiict' la réponse à la lettre que j'avais écrite à M. Fliiit; elle ne se fit heureusement pas attendre longtemps. Le .S, vi>r« dix heures dn matin, le courrier de Londres arriva : tnni changea de face pa»r moi en une minute; on vint m'annoncer que j'avais une licence et une lettrt de SI, FUnL En voici à peu près le contenu : « Mon dier Monsienr Moulin, votre lettre m'a fait bien plaisir ; ne lis étions très inquiets sur votre sort. J'ai été faire ouvrir les bureaui de l'Alien-Office pour vous délivrer votre Lcirnec et crlle de M. Lenoîr, car c'est aujourd'hui f&te. Je- voua attends avec beaucoup d'impatience. Tout à vona. Flinl. ■ Un midshipmnn, ou aspirant, fut mis de soite à nea ordn»

pour me conduire partout où j'aurais affaire à Portsmouth, et me servir d'interprète ; un canot m'attendait avec huit matelots. Aussitôt débarqué, je me rendis droit à l'auberge où était logé le général Contreras ; il me demanda si j'avais obtenu la permission de venir faire un tour à terre ; je dis qu'oui, et lui demandai à mon tour s'il ne partait pas bientôt pour Londres et si le télégraphe lui avait apporté sa licence. Il répondit qu'il n'en avait pas encore eu le temps. Je lui demandai alors ses commissions pour Londres, où nous nous reverrions ; je lui donnai à lire le petit billet de M. Flint, en l'assurant de ma protection. Je partis par le stage-coach, et le 6 au matin, j'étais dans la capitale. M. Lenoir n'avait pas eu besoin de licence pour s'y rendre ; étant établi à Jersey, il était considéré comme sujet anglais ; sur sa déclaration, il fut mis en liberté le 3, et put partir pour Londres.

Je fus rendre compte de ma mission à M. de Bruslart, qui me conduisit chez M. le comte de Blacas. Je remis à M. de Bruslart la lettre de M. Grammont, pour lui prouver qu'il était resté en France par sa faute. J'allai ensuite voir M. Flint et le remercier du service qu'il m'avait rendu. Il me témoigna, de môme que mes autres amis, le plus grand plaisir de me revoir ; tous m'avouèrent qu'ils avaient cru me dire un dernier adieu quand j'étais parti pour la France ; ils étaient persuadés que j'y périrais, comme tous ceux qui y étaient allés avant moi.

La situation déplorable où j'avais laissé ma femme, ne cessait de me navrer le cœur. Il me semblait à tout instant que j'allais recevoir une lettre m'annonçant qu'elle et son enfant étaient en prison. Souvent, la nuit, je croyais dans mes rêves la voir emmener par les gendarmes. Sachant à quel point M. de la Magdelaine, préfet de l'Orne, la faisait surveiller, je ne pouvais goûter un moment de repos.

3l8 MiMOIRXS DB MOUUlf.

En lui faisant mes adieux aTant m<»i départ pour 1* Aagi^ terre, je lui avais promis de faire tout mon poaaifahr po«r la faire venir me rejoindre ; mais Fexéciition de ce pngel n'était pas facile. Il fallait pour cela tâcher de fidre co^ naissance avec quelques contrebandiers qui ToahuMal bien se charger de Tamener ; il m*eût été très AiÊIU4Èm ^ trouver à Londres des hommes de cette espèee. Je donc le projet d'aller demeurer à Jersey. J^étais en respondance avec M. Lenoir ; il m'écrivit, les jours du mois d'août, qu'il était venu à Jersey on de la côte de France, qu'il avait proposé aux b alelkw de m'amener ma femme et ma fille, moyennanl wûê somme de 1,000 fr., mais qu'il n'avait pas osé prendre lui de les faire venir de suite. Il m'engageait k me à Jersey sur-le-champ, pour décider si je me servirais et ce bateau, qui devait y revenir dans quinze jours on tNii semaines, pour le passage de ma femme et de ma fille.

Aussitôt que j'eus reçu cette lettre, je sollicitai et oMtat du gouvernement anglais la permission d'aller m*élalilir à Jersey. Je partis de Londres dans les premiers jouis Ab septembre i8i3, et fus demeurer chez M. Lenoir an vil* lage de Faldouet, près du vieux chftteau de Jersey. CTélril le point où abordaient ordinairement les bateanz qA venaient de la côte de France pour faire la fraude; commerce était d'apporter des dentelles, de la toile, soieries, toutes marchandises sur lesquelles ils cent pour cent ; ils remportaient du café, du sucre, de la mousseline, des aiguilles, etc. Arrivé chez M. Lenoir, Je ne manquai pas, tous les matins, avant que le soMl levé, de me rendre sur la côte près du vieux pour voir si le bateau dont le retour était promis, li*< point arrivé. Les trois semaines étaient expirées et ce teau ne reparaissait pas ; peu de temps après, nous

qu'il avait été saisi par les douaniers en anrivant à la côte de France ; les marchandises avaient été confisquées, le maître de la barque et les bateliers mis en prison. Je me trouvai fort heureux de n'avoir pas été à Jersey lorsqu'il y était venu ; je lui aurais remis une lettre pour engager ma femme à venir me rejoindre avec cet homme, et cette lettre aurait été dans le cas de la compromettre et de la faire arrêter sur-le-champ. Ce fut cependant un grand désappointement pour moi ; il fallait, pour l'exécution de mon projet, tâcher de profiter d'un des autres contrebandiers qui, de temps à autre, venaient de la côte de France à Jersey.

Plusieurs mois s'étaient inutilement écoulés depuis que je résidais dans cette lie, lorsque le nommé Rouxel, de la Rocque, vint me dire qu'un Monsieur, venu plusieurs fois déjà de Granville à Jersey pour apporter des nouvelles au général Don, lui avait proposé d'amener ma femme et ma fille. Il me fit la confidence que c'était lui et Jean Vicque qui étaient chargés par le général de correspondre avec ce Français. Rouxel me fit mille éloges de celui-ci ; il me dit que c'était un homme très au courant de tout ce qui se passait en France, bon royaliste, détestant Bonaparte, enfin un parfait honnête homme. Il les avait engagés à me mener avec eux à l'Ile de Chausey, point de correspondance, où nous nous amuserions bien à tuer des lapins et des canards, car il avait entendu dire que j'aimais beaucoup la chasse ; il pensait que cela pourrait me faire plaisir. D'ailleurs, il désirait fort faire ma connaissance ; si je voulais, nous établirions une correspondance pour instruire Louis XVIII de tout ce qui se passait en France ; il savait que j'y avais été envoyé au printemps, et sûrement j'étais venu m'établir à Jersey pour être à portée de passer plus facilement en France ; il désirait me voir au

vm^

3iM) HÉHOnU» DB XOVLDr.

sujet de tontes ces ehtwet-UL Je dîfl k. Bouxat qaa fmHÊn un grand désir de faire venir ma feauns vl dm flUs ; Je W priai de s'informer du prix t[iM ce ] pour les amener à l^e de CI uuegr, où. j'ind» av chercher. Quant ft la prop< ion d'Aahlir tma c dance pour le Roi, je répondis qne je n'aru* sa sion pour cela, et que d'ailleurs, je ne i charger d'une pareille chose.

Rouxel me promit de nder à son 1

il exigerait pour amener femme et ma fille à C il me dit qu'ilfalliùt que j'o enue la permiMioa <hl gtei> rai DoD pour les conduire de l'Ile de Ghaïuey à J mmj , Je répondis que je demanderais cette pennivion lon^jfei je saurais le prix qu'on réclamerait pour le voyage. DaiK jours après Rouxel vint me dire qu'on duMMdiil ai» quante louis ; je lui dis que c'était hien cher, tmai» fMlt donnerais cette somme si le général Toolait me p de faire yenir ma femme et ma fille. Rouxel n de me faire apporter de chez moi tons les efTete qae |i voudrais. « Ëh bien, lui diage, je vais voue donner M> lettre pour que ma femme m'envoie une dooiaîne de ikt^ mises, et pendant que ce petit paquet viendra, je tatà w^demande au général. » Je donnai la lettre h Roaxal, el huit ou dix jours après je reçus Les chemisée qne fenii demandées à ma femme. Pendant ce tempe, j'eveie aiB^ cité dn général Don son agrément pour foire iieimM' fur SOS bateliers ma femme et ma fille. Le génârel ne difepM non, mais il ne dit pas oui non plus; il au- cnui^pilU seulement d'attendre encore quelque temps; il dit i|ue U saison cteit trop mauvaise pour les mettre en mer. qu'il se chargeait de les faire venir au printemps, ot que i pendant le trajet, elles seraient aussi en BArvté qu'ctt -j pleine paix.

Quelque temps après le général me fit prier de passer chez lui; c'était pour me consulter sur une petite expédition qu il voulait faire sur la côte de France. Après que nous eûmes fini de parler de cette affaire, il me demanda si j'avais toujours Tintention de faire venir ma famille; je dis que j'attendais qu'il voulût bien m'en donner la permission. Il me répondit très obligeamment qu'il ne me la refusait pas, que je pouvais en user quand je voudrais et par le moyen de qui je voudrais, mais qu'il s'intéressait trop à moi et à tous ceux qui m'appartenaient, pour ne pas me prévenir que M. R. . . . , avec qui Rouxel était en rapport, était un espion du gouvernement français, et qu'il craignait que M^ et M"« Moulin ne fussent exposées à trop de dangers entre les mains d'un homme de ce genre. Je ne répondis au général qu'en le remerciant de la permission qu'il m'accordait, et de toute la confiance et l'intérêt qu'il me témoignait.

Je m'en allai bien content de la découverte que je venais de faire. Il y avait déjà longtemps que je me demandais si ce M. R.... n'était pas un espion envoyé par les Français pour savoir ce qui se passait à Jersey et Guernesey ; sa correspondance était trop publiquement connue pour qu'il en fût autrement : c'était le secret de toute l'île. Ce que venait de me dire le général fut pour moi un trait de lumière; toutes les sollicitations que M. R... m'avait fait faire pour m'attircr dans l'Ile de Ghausey, ne me laissèrent guère douter qu'il ne voulût m'y faire venir pour me prendre. La police était vexée que j'eusse pu lui échapper sept ou huit mois auparavant; j'étais allé en France ; j'avais apporté des lettres, même pour des agents de la police qui se donnaient pour de vrais et zélés royalistes; j'avais eu Fadresse d'obtenir des réponses à ces lettres sans qu'ils eussent pu me faire arrêter. Je ne doutais pas qu'on ne fit

ai

3aa MÀMoasB m hocuii.

loat au monde poor réparer la nuladreMeqa^oa uwA uêb de a'aTOir pu me prendre, Bnrtoat s^rie toates 1m bafcroDuadea insérées dans les jonmanx qa'onfûaût paHW en Angleterre quand on avait arrêté q u e l gne»- — et ceox qui s'étaient exposés à tmnber entre levs aate. Lorsqu'on avait arrêté et fusillé MM. de Goajan, é» Bar, Chateaubriand, de Rose, Vittel, tic, oo Baltaril dans le Moniteur expédié en An^terre qu'oa tal, a» pion des Anglais, avait été arrêté à tel endroit, «I t^ siUé à telle place ; on engageait avec dérision les Aa|^riS à envoyer souvent de leurs émissaires, promattaaft dTiB rendre bon compte : et pourtant je leur avais éehip^ ainsi que les deux hommes que j'avais emmenée mnt moi. Après cela je ne doutais plus que les inntanrwi da M. R.... pour m'attirer à CSiausey, que sa [wt^oaition Al m'ameaor ma femme et ma QUe, à conditùm d'aller aat même les recevoir dans cette Ile, ne fussent on piège;la général m'ayant donné la certitude que c'était on aqfaa de ta police française, je compris qu'on me ftéaeaUM ma femme et ma fille comme un appftt au bout d'un fafr meçon, pour m'attirer à ma perte. Mais voie! le calaal que je fis : ma femme et ma fille sont k la merci ds §■■* vcrnement, qui peut les faire arrêter s'il le joga k p puisqu'un agent de police de ce gouvernement m« p de me les amener, ils sont d'accord 1 femme et ma fille seront en sûreté « homme ; cela servira de prétexte pour me faire venirdMi l'Ile de Chausey et m'y prendre. Si je ne me traoTaiB jm à Chausey, M. R.... calculerait que le service qnU mlUfr rait rendu aurait pour effet de le mettre en crédit Mf>è> du général Dca et de moi, qu'on se persuadait t n'être venu à Jersey que pour établir une i iirrnpnmlli avec la France. J'en conclos que ma famille ne ■andt i

Icment exposée en venant me rejoindre par cette voie.

J*écrivis sur-le-champ à ma femme ; je lui disais de partir avec le porteur de ma lettre, qui l'amènerait auprès de moi. Je portai ce mot d'écrit au capitaine Rouxel, qui partait le lundi matin pour Ghausey, où sa correspondance avec M. R.... était établie; je lui donnai ma lettre sans la cacheter pour la remettre ainsi à son correspondant ; je le priai de savoir quel jour ma femme arriverait à Chausey, comptant aller la chercher pour faire connaissance avec M. R....; je donnai au capitaine Rouxel Fassurance que j'irais avec lui le jour où ma femme devrait arriver ; il fut enchanté. Je fus le voir à son retour le mercredi matin; il me dit qu'il avait remis ma lettre à M. R...., qui se faisait une grande fête de faire ma connaissance ; que ma femme arriverait à Chausey très probablement dans la nuit du dimanche au lundi, ou au plus tard dans la nuit du mardi, et qu'il fallait me tenir prêt à partir dimanche dans l'aprèsmidi pour aller la chercher ; je lui promis de l'accompagner. Le dimanche matin, je fus lui dire que j'étais extrêmement fôché de ce qu'une affaire qui m'était survenue, et à laquelle je ne m'attendais pas, m'empêchait de partir avec lui, et que j'en avais d'autant plus de regret que cela me privait de faire la connaissance de M. R...., et d'embrasser plus tôt ma femme et ma fille. Je lui remis les cinquante louis qui étaient le prix convenu pour leur passage ; et, lui ayant souhaité du plus profond de mon cœur un heureux succès, je revins chez M. Lenoir attendre avec bien de l'impatience le retour du bateau qui devait m'apporter ce que j'avais de plus cher au monde.

Aussitôt que M. R.... eut reçu ma lettre, il partit sur-lechamp et vint trouver ma femme, à qui il remit cette lettre. Elle se hâta de faire ses préparatifs de départ. Il était arrivé chez elle le mercredi dans la nuit, et le lendemain à

3a4 BliHOIHBS DE HOVUH.

midi elle partit pour Vire, oft elle loi andt donné raida» TOUS pour s'en aller arec lui par la diligance. Le TeMMV m troaraà Vire, etdloaaTec M. R.... et ma leoioM dus ■• cousine, où ils s'étaient rejoints. A|nis le dîner, M. A.» et Le Tessier furent prendre une denû^asM dans le o^ voisin ; en passant au coin d'une rue, H. R.... ipergrt des papiers placardés contre le mur; il n^apfroAM. pamt Toir ce que c'était ; ils contenaient des mTec&Tes oeaSn le gouTemement anglais. Il les arracha paMiqnemenK, d dit toat haut en les mettant dans sa poche : « Je laor th^ drai cela de bonnes guinées. » Le Tessier fat une» attrayé de voir ma femme et ma fiUe entre les mains d^on liift si imprudent; il eut la bonté d'en prévenir ma feauM; mais elle était en route, il n'y avait plus 4 reeolar.

Après avoir dîné et fait ses adieux i ses deux frftres, qiâ étaient venus la conduire jusqu'à Vire, à sa conalne •! k Le Tessier, elle monta en voiture avec sa petile Alla «I leur guide, remettant son sort entre les mains de la PHh vidence, et roula vers Saint-Malo. En arrivant dans eeM ville, on lui demanda son passeport; H. R.... dit qat c'étaient sa femme et sa fllle; les gendarmes se mirsaft i rire et n'en demandèrent pas davantaj^. H les emiBaaa chez lui, où elles furent reçues parfoitement par M"* R.«.; elles passèrent dans la ville pour ses parentes ; U les cm* duisit chez plusieurs de ses amis. Elles étaient aiiiiéaa le samedi, et il fallait les embarquer le i preaaat bien des précautions pour qu'elles d arrêtées. On avisa aux moyens qu'on poorrait emplojw; il fut convenu que M" Moulin prendrait i matelot, et que sa lille serait habillée en petit g se rendre au bord de la mer et tromper les | et les douaniers. Dans ce nouveau costume ob i elles devaient paraître bien gauches, M, R...

dnisit chez un de ses amis pour lui faire leurs adieux et lui montrer comme elles étaient bien déguisées; cet ami était M. Petit, chef général de la Police pour toute la côte depuis Brest jusqu'à Cherbourg. M. Petit, que ma femme ne connaissait pas, lui assura que ce costume la mettait à Fabri d'être découverte, qu'elle était en bonnes mains et qu'il ne lui arriverait rien dans son passage; il lui souhaita un heureux voyage. Ils partirent après avoir reçu sa bénédiction. A la sortie de la ville, ils trouvèrent une escorte de sept ou huit hommes bien armés, pour les défendre contre tout ce qui voudrait s'opposer à leur embarquement. Après avoir marché pendant une heure, ils arrivèrent à l'endroit où le bateau était mouillé ; plusieurs autres hommes s'y trouvaient déjà. Ils s'embarquèrent tous, sans être troublés, ni par les gendarmes, ni par les douaniers et gardes-côtes. Ils étaient une douzaine d'hommes très bien armés dans ce bateau : c'était beaucoup pour escorter M"« Moulin, mais si M. Moulin voulait résister, s'il ne voulait pas revenir avec eux, il était bon d'être en mesure de pouvoir l'y contraindre. Ils avaient apporté avec eux de quoi se régaler, un bon dinde piqué, des volailles de toute espèce, des vins et des liqueurs en abondance.

Ils abordèrent à Ghausey le lundi matin avant le jour. Le capitaine, qui était M. R...., descendit à terre pourvoir si Rouxel était arrivé ; il alla visiter un vieux four resté debout, qui était leur lieu de réunion dans l'île ; il y trouva du sel dans un chapeau, et revint tout joyeux dire à ses collègues qu'on était arrivé ; ils demandèrent si M. Moulin était là. R.... n'en savait rien; il avait seulement trouvé l'annonce convenue. Il alla se promener dans l'Ile avec son fusil, dont il tira un coup comme signal de son arrivée; les Jersiais vinrent aussitôt. En s' abordant, la pre-

niière chose qu'ils se demandèrent fut : « Avez-vous amené M"" Moulin? » — « Oui. M. Moulin est-il là? » — «Non. » Toute la joie et la fête furent unies. M. R.... remit le dépôt qui lui était confié à M. Rouxel; il en reçut les cinquante louis convenus et une lettre de moi, où je lui exprimais le désappointement que j'avais, de ne pouvoir aller au-devant de ma femme, ce qui me privait pour quelijuos jours encore du plaisir de faire connaissance avec un ami qui me rendait un si gi'and service; mais j'espérais que ce qui était difleré n'était pas perdu, etc. Les Jersiais prirent dans leur bateau ma femme et ma fille, et revinrent il Jei*sey. sans que le sieur R..,. leur proposât à boire ou à manger rien des provisions embarquées pour faire la foto : ce qui prouve que j'en étais le principal objet, et qu'on ne pouvait la bien fêter sans moi.

Le capitaine Rouxel arriva le lundi soir à Jei-sey avec ma fouiuie et ma lille. Aussitôt qu'elles furent débarquées au villuiTO de la Rocque. Rouxel vint me dire qu'elles étaient arrivées en très bonne santé et sans aucun acciilout. On croira sans peine que ma joie fut au comble; M. et M- ' Lenoir la partagèrent bien sincèrement. M. Louoir alla bien vite seller ses deux chevaux: nous part unes au grand galop cl en moins d'un quart d'heure nous arrivâmes à la Rocijue. Nous trouvâmes nos nouvelles débarquées chez le capitaine Rouxel. au milieu des habitants du village qui étaient venus les féliciter du succès do leur voyage. Nous en prîmes chacun ime en enmj>c et mnis nous niunes en route pour Faldouet. où M"** lenoir nous attendait avec impatience. Comme j'étîds assez aiuic de tous les voisins, cette arrivée fut une occasion de rèlo> i*t de réjouissances, rendant douze ou (piinze jours niuis l'ùnies invités à dîner chez les voisins, et de noii- ^ cau\ ili\ ertisscments se succédident tous les jours.

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