TOME II
sait pas à jour nommé une certaine somme à Fen droit qu^il lui désignait, il mettrait le feu à sa maison , le tuerait , et enlèverait sa femme.
Bientôt après , grâce à la vigilance du chevalier , le capitaine fut pris , et mis aux fers dans la prison de Black-Dog. Lady Saint- Léger ne put résister à la tentation de voir un homme qui avait osé lui faire une pareille déclaration : elle se rendit à la prison, où la belle Monique Gall, courtisane que Liddy avait épousée, lui dit que celui-ci était trop indisposé pour voir personne ; sur quoi la dame , avec une insolence qui la rabaissait au-dessous de la malheureuse h laquelle elle parlait, lui demanda si elle était la maîtresse du misérable , ou sa femme. Madame , répondit Fautre naïvement, j^ai le malheur d'être sa femme ; Thonneur d'être sa maîtresse vous était réservé.
Telle était ma nouvelle connaissance, que j'invitai à venir à Hollwood , et qui profita de notre intimité, pour redire avec exagération, à M. Calcraft, tout ce que je lui confiais.
Aussitôt que ma compagnie m'eut quittée, je me disposai à mon voyage de Bruxelles.
DE MISTRiSS BELLAMY. 6^
Mais, avant de partir, je laissai une lettre pour M. Calcraft, où je lui rappelai la promesse qu^il m^avait faite de payer mes dettes , seule re'paration qu'il pût me faire pour la bassesse de sa conduite. Quant à ma visite à Voltaire, la mort du marquis de Verneuil, en qui je perdis encore un excellent ami , vint y mettre obstacle. Le marquis s'occupait beaucoup de chimie, et même y avait acquis une certaine habileté. Dans une expérience dont il suivait les résultats , une explosion subite lui coûta la vie.
Arrivée à Bruxelles, je trouvai miss Child entourée de mes amis, et devenue Tobjet particulier des attentions de Télecteur de Cologne. Elle me reçut de manière à me prouver combien ma visite lui faisait plaisir. Elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour me rendre le séjour de la ville agréable, et m'amener insensiblement à oublier mes chagrins. Je me prêtai, de bonne grâce, aux vœux de mon amie; pendant trois mois, je jouis de tous les plaisirs que m'offrait sa société. Mais le chagrin que je portais dans mon cœur empoisonnait tout; l'idée seule de retourner dans l'odieuse maison que j'avais fuie, me
rendait la plus malheureuse de toutes les femmes.
De Bruxelles, dont je laisse aux voyageurs de profession le soin de vous décrire toutes les curiosités, je me rendis à Anvers, où je me proposais de prendre des renseignemens sur la fortune de M. Sykes , auprès de son frère , qui était établi dans cette ville. A mon arrivée , j"'appris que M. Sykes, qui était tout à la fois, peintre , joaillier et bijoutier, sV'tait rendu à Paris, sur Tinvitation du duc de Berry,qui voulait faire quelque changement dans sa galerie. Un grand personnage qui s^intéressait à un autre artiste, piqué de cette préférence , obtint une lettre - de-cachet contre lui. Un j our qu^il était dans un café, un exempt le prit à part, le fît monter dans une voiture qui Tattendait à la porte, et le conduisit à la Bastille : il n''eut que le temps de prier un de ses amis, qui se trouvait là, d^informer sa femme de sa disgrâce. Cet ami remplit ce triste devoir. La pauvre femme , après un long évanouissement, perdit la raison : et dans cette douloureuse situation, il était bien à craindre que ni le mari ni la femme ne revissent jamais leur famille.
J'appris également que les États-Généraux avaient pris possession des effets que M. Sykes avait laisses à la Haye , et qu'il m'avait lègues. La perte d'un bien, dont j'ignorais la valeur, ne pouvait m'afFecter vivement , je la supportai avec assez de courage.
^O MÊMUIKKS