‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 9 sur 58 · LETTRE LXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVII

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Vous allez me revoii encore faisant les honneurs de la table de M. Calcraft , et recevant à cesiijetles félicitations de mes nombreux amis. Quelque temps après mon rétablissement, la trésorerie nous redemanda Taruenterie du Gouvernement, que nous avait laissée Finfortune' ge'ne'ral Braddock. Nous refusâmes : un procès s''ensuivit ; mais nous le gagnâmes ; et les lions , les licornes , etc. , continuèrent de figurer sur notre table.

Je reçus alors la nouvelle de la mort de miss Mereditli ; elle m'avait lègue' 5oo liv. , avec les 1,200 que je lui devais, ses bijoux, qui eh valaient près de 2,000, et ses plus belles dentelles, qui e'taient d\m grand prix. Ce legs était pour moi de la plus haute importance : notant pas engagée cethiver au théâtre, je m'^étais vue obligée d^emprunter sur mes diamans, pour faire face à mes dépenses per-

sonnelles, dans Fassiirance que M. Calcraft tiendrait sa parole à Texpiration du terme qu^il avait pris.

Mais ces considérations e'taient bien peu de chose, mises en balance avec la perte d^une amie inappréciable, que je pleurerai toujours. L^infortunëe avait conçu un tendre sentiment pour le duc de Kingston : il parut quelque temps y re'pondre ; mais il ne tarda pas à détruire toutes ses espérances de bonheur, par un autre attachement. Avec une constitution extrêmement délicate , et une sensibiHte' qui ne Fêtait pas moins , elle ne put, malgré toute la force de sa raison, surmonter une passion malheureuse.

Par son testament, elle laissa au duc une boîte dW , dans le couvercle de laquelle était son portrait. JVtais chargée de la lui remettre; commission assez désagréable pour moi , car le duc avait fait profession d^étre un de mes admirateurs. Je lui écrivis cependant, pour Tinformer de son legs, et il vint le recevoir. En le lui présentant, je lui dis que j^aurais désiré qu^il y eût eu deux portraits , j'en aurais demandé un , afin de pouvoir conserver au moinslafaibleressemblance d'une personne

qui mVtaitsi chère. Le duc, alors, prit tranquillement un canif, détacha le portrait du couvercle , et me le donna. Une preuve si choquante d''indifFërence pour la mémoire d''une femme dont il avait, suivant toute apparence , abrégé les jours, mVffecta tellement, que je mVloignai avec mépris, laissant le duc emporter sa boîte.

En reconnaissance des attentions que mistriss Sparks m^avait témoignées durant ma maladie, non -seulement je consentis à jouer dans la Fiancée en Deuil (the Mourning Bride ) , pour le bénéfice de son mari , mais je lui plaçai deux cents billets à une guinée. Comme je nWais pas joué depuis que les papiers publicsrn'avaient tuée si souvent, Taffluence fut considérable ; mais ce qui excita un étonnement général, fut que ma voix nWait jamais eu plus d'éclat; du moins je pus juger, à la manière dont je fus applaudie , que le public était satisfait , et M. Sparks ne le fut pas moins des émolumens de la soirée.

Ma maison mutait devenue si odieuse, que je ne m'y trouvais que lorsque la société était très-nombreuse. J'aimais la musique à Tex-

ces, ce qui me lia bientôt avec les plus habiles virtuoses. J'^allais souvent chez Frasi (i), où je rencontrai un soir lady Saint-Léger, mère de feu mon aimable amie miss Saint- Lëger , depuis femme du colonel Burton , dont je vous ai souvent parle dans mes précédentes lettres. La plus jeune de ses sœurs , miss Kitty, était logée avec cette dame, qui, par le moyen de son douaire et d^une pension que lui avait fait obtenir lady Harrington , était en état .de recevoir bonne compagnie.

C^était ce qu^on appelle en Irlande une femme comme il faut du second ordre : son caractère étaitinégal; on la voyait tantôt d'une hauteur insolente, tantôt d'une bourgeoisie triviale. Vous en jugerez par le trait que je vais vous citer. Son mari, juge d'Irlande, avait traité avec sévérité quelques pauvres malheureux accusés d'avoir exercé des brigandages dans le pays. Paul Liddy , capitaine des bandits , qui avait levé des contributions dans la partie de File où résidait le chevalier , avait eu l'insolence de lui écrire que s'il ne dépo-

'0 Célèbre chanteur de ce temps.

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