LETTRE LXIX
5 juillet 17 — .
Après avoir satisfait aux émotions d'*un cœur sensible, et aux mémoires exorbitans de la maîtresse de Fhôtel, qui me rançonna avec la dernière insolence , je me trouvai moi-même dans le plus grand embarras. Je n^avais plus que quelques ducats de reste ; et comme j^étais en deuil, tous mes bijoux consistaient en une montre et un Agnus-Dei^ dont le diamant était de quelque valeur. Je résolus de mVn défaire, comptant en tirer un parti avantageux dans un pays si dévot; mais mon compagnon de voyage s^y opposa , et me dit quHl me procurerait sur mon billet, payable à vue en Angleterre , tout Targent dont jWrais besoin.
Ce secours vint très-à-propos, car ma jeune pupille fut bientôt si malade, que je fus obligée de retarder mon voyage : ses malheurs, ce brusque passage du désespoir à
une délivrance inespérée, avaient affecté trop vivement une constitution si délicate ; j'eus la douleur de la voir languir et sVteindre par degrés. Cet incident me retint si longtemps à Anvers , que je fus forcée de différer encore le voyage de la Haye ; dVilleurs , une lettre d** Angleterre m'apprenait que le théâtre devait rouvrir en septembre.
Dans les dispositions où j'étais à Fégard de M. Calcraft , jVurais voulu ne retourner jamais dans ma patrie. Ma maison mutait devenue si odieuse , que Fimpulsion seule de Famour maternel , avec la certitude de trouver mes affaires pécuniaires en règle , pouvait m'y déterminer. Enfin , je me décidai ; mais l'indisposition de miss French, qui était devenue d'une affreuse maigreur , rendit notre marche plus lente.
A mon arrivée en Angleterre, je trouvai, à mon grand chagrin , que M. Calcraft , qui était alors à Marlborough ^ n'avait tenu aucune de ses promesses. Comptant sur sa parole, je n'avais pas cru nécessaire de mettre mes créanciers dans la confidence de iaon voyage. La publication de mon nouvel engagement au théâtre, insérée dans les
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papiers publics, était plus que suffisante pour calmer leurs inquiétudes ; mais il était mortifiant pour moi d^étre réduite à user de pareils moyens.
Je crus devoir, en cette occasion, consulter ma constante amie de Sommersethouse , lady Tyrawley , qui me conseilla de quitter la maison si M. Calcraft ne payait pas mes dettes. A son retour, craignant une explication, il se dit malade, et mit tous ses soins à m'éluder ; mais malgré ma répugnance à entrer dans de pareilles discussions avec un homme que je méprisais, et me croyant en droit de demander Faccomplissement d'une promesse qui à mes yeux était une dette sacrée , mon parti était pris irrévocablement; en conséquence, je descendis à son bureau , et avec une chaleur qu'il ne m'avait jamais vue, j'insistai sur ce qu'il remplît ses engagemens , lui reprochant son infidélité à les tenir, et lui laissant voir ma ferme détermination de quitter sur-le-champ la maison si j'éprouvais un refus.
Il objecta qu'il avait fait des pertes considérables, acheté deux terres, et avancé d^ fortes sommes pour lord Granby , ce
qui Pavait épuisé. Il avait espéré que le legs de miss Meredith , montant à sept cents livres, sans les bijoux, mWrait mise à Taise. Je lui rappelai les douze cents livres qu^il fallait en déduire, et lui dis que je devais en outre environ trois mille livres, ce dont Clifïord, au reste, lui ferait un meilleur compte que moi. Je conclus en lui déclarant que jVntendais que ces dettes fussent payées.
Il secoua la tête, en observant que la somme était exorbitante ; mais si je consentais à en retarder le paiement jusqu'à mon bénéfice , il me tirerait dVmbarras , sur ma promesse de ne plus faire de dettes. Je répondis que je ne voulais pas qu''on me fit de condition; mais que s'il voulait me débarrasser de la charge de son frère et de sa sœur , j'y consentirais. Il devait savoir que la rente qn'il me passait pour cet objet, était insuffisante; il était honteux pour lui de restreindre à sa paie les dépenses d'un jeune homme placé dans un régiment aussi coûteux que celui des gardes ; et à une pension de 5o liv. , celles d^une jeime personne obligée de paraître décemment. Je lui remis le mémoire du vin , article qui n'entrait pas dans ceux que je devais payer. Sa ré-
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ponse fut une traite sur son banquier , que jVus soin de faire acquitter dès ce jour même. Cette opération me donna un peu de calme. Mais comme le maître n'en était pas moins méprisable à mes yeux , la maison ne m'en fut pas moins odieuse.
A la même époque, ladj Caroline Keppel tomba dang creusement malade , ce qui alarma lady Caroline Fox, ainsi que toute la famille. Les médecins envoyèrent , comme moi, cette jeune personne à Bristol pour y mourir; mais elle échappa presque aussi miraculeusement que je Pavais fait. M. Adair , qui , depuis , eutlebonheur de voir lady Caroline sa femme, déclara , en cette occasion , qu'il nous croyait toutes deux immortelles. Hélas ! il devait bientôt éprouver que son épouse ne Tétait pas. Avantd'êtrebien rétablie, pressée par sasœur, lady Tavistock, de Faccompagner en Portugal, les soins tendres et assidus qu^elle rendit à celle-ci, lui coûtèrent la vie, au grand regret de tous ceux qui avaient le bonheur de la connaître.
La perspective que m'offrait, cette année, le théâtre, n'avait rien de très-^brillant. La plupart des dames qui mWaient honorée de