‹ Mémoires de Mistriss Bellamy (volume 2)Chapitre 15 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

(jS MÉMOIRES

ley se réalisassent, ni que M. Calcraft tînt sa parole.

L^espèce d^humiliation qu'on éprouve toujours h demander quelque chose, ajoutait à la répugnance que j'ai naturellement à discuter des intérêts pécuniaires; tous ces sentimens m'avaient donné un air de gravité qui le frappa. Il me demanda si j'étais indisposée , et de quelle nature était ma maladie? De la plus cruelle , répondis-je , qui puisse peser sur ime ame délicate; je suis accablée de dettes, et trompée sans espoir de réparation.

Sa réponse fut un long commentaire sur ce qu'il appelait mon extravagance. Mes veilles, ma dissipation, ajouta-t-il, altéraient ma santé et causaient mon abattement; par rapport à mes dettes , il aurait voulu se convaincre que j'avais quelque égard pour lui, avant défaire le sacrifice d'une si forte somme.

Je répliquai que les termes où nous avions été depuis que j'avais découvert sa lâche trahison, lui étaient tout droit de censurer ma conduite , et que je n'avais aucun compte à lui rendre. Ce que j'exigeais de lui était l'accomplissement d'une promesse que je regar-

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dais comme une dette, promesse qui uVmi eût pas moins ete' obligatoire pour lui, quand mes dettes nVussent pas ëte' contractées pour dc'frayer sa maison, et qui devenait la plus sacrée des oblir'ations, puisqu^il n^ignorait pas que je mVtais endettée pour lui. Enfin, j^exigeai une réponse prompte et décisive.

Elle fut négative.

Alors, sans rien perdre de mon sang-froid, et rassemblant dans un sourire amer tout le mépris qu^il nVinspirait, je lui demandai s''il voulait me prêter une somme de deux mille quatre cents livres pour retirer mes diamans qui étaient en gage. J'^articulai cette somme , parce que les intérêts sMtaient accumulés, et que je nWaispas d^argent pour faire le voyage de Bristol. Il ne fit point d^objection sur Favance des deux mille livres; mais il chicana encore sur les quatre cents. Enfin, après avoir vu les reçus du joaillier, qui constataient la valeur des bijoux, il remit à son commis Willis toute la somme.

Cette première opération faite, j'*exigeai qu'ail disposât le plus tôt possible de ces articles, qu''il se payât de ses avances, et me rendit le surplus pour satisfaire mes créanciers. Il me

remit près d^une centaine de livres, et parut s'^applaudir d^avoir entre les mains un de'pôt qui valait trois fois la somme qu^il m^avancait; il était surtout flatte de mVvoir satisfaite à si bon marche.

La chaise fut devant la porte à Fheure convenue. Comme ma fille devait retourner le même soir à Camden-house, où elle était en pension, M. Calcraft pouvait croire que la voiture n''avait pas d^autre destination; mais à la vue de quatre chevaux et d^une malle sur le derrière de la voiture, il observa que ces préparatifs nVtaient point nécessaires pour une si petite course. Je lui répondis qu^il nVtait pas question de course, mais d^un grand voyage, puisque je me proposais de coucher le soir même à Reading; comme les chevaux m'*appartenaient, j'avais apparemment le droit d'en usera ma volonté. A ces mots, sa carnation vive et animée lit place à une pâleur mortelle : il se remit pourtant, me donna la main, et me conduisit à ma voiture, avec une apparence de calme et d'indifférence. Je lui fis alors mes adieux; j'espérais, ajoutai -je, que ce serait pour jamais.

Quand je fus dans la chaise, j'éprouvai une

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sensation pareille à celle d^un malheureux soustrait tout-à-coup à un châtiment qu'ail eût été près de subir; quoiqu^accable'e de dettes , et sans perspective consolante, je n^ai de ma vie goûte' une joie aussi pure , aussi exempte de toute amertume. Quand je pus recueillir mes pensées , la seule idée de me séparer de ma fille vint troubler mon bonheur; mais mon retour étant prochain, jVspérais la revoir à sa pension , loin des yeux de son père. A Salt-Hill, je rencontrai M. Fox, à qui je fis part de tout ce qui s''était passé. Il me blâma dWoir quitté la maison avant d^étre entièrement libre, et me pressa de retourner. M. Calcraft avait donné à entendre quej^avais eu du goût pour une autre personne; et, ajoutait M. Fox, un départ si brusque ne fera que fortifier ses soupçons. Fière du témoignage de ma conscience, un bruit aussi peu fondé augmenta mon ressentiment contre celui qui Tavait inventé. Je jurai de ne jamais revoir un homme qui était assez lâche pour ajouter la calomnie à des torts irréparables; et cela dans la seule vue de se dispenser de payer une dette sacrée aux yeux de la justice et de Phonneur.

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